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L’opération que nous nous proposons d’étudier consiste dans l’ablation totale de l’omoplate et du membre supérieur, ou, dans certains cas, de tout ce qu’a laissé de ce membre une amputation antérieure ou une mutilation accidentelle. L’extirpation de l’extrémité externe et même de la plus grande partie de la clavicule en est le complément ordinaire ; elle constitue l’un des temps principaux de son exécution, mais elle n’en est pas la condition absolue.
L’omoplate et la clavicule faisant partie du squelette du membre supérieur, l’opération en question doit être considérée comme une amputation de ce membre, la plus élevée de celles que l’on peut pratiquer sur lui. Elle n’a point d’analogue au membre inférieur où les tentatives de diérèse ne peuvent remonter au-dessus de l’articulation coxo-fémorale.
Elle doit occuper une place à part dans la classification des amputations; elle ne peut être rangée ni parmi les amputations dans la continuité ni parmi les désarticulations ; mais comme, à défaut d’interligne articulaire, on profite dans son exécution de l’interstice qui sépare l’omoplate de la paroi thoracique et qui représente en quelque sorte une articulation à distance, comme la séparation s’opère entre les deux surfaces contiguës par lesquelles le membre supé-
Berger.
rieur et le tronc se correspondent, le meilleur terme que nous puissions proposer pour la désigner est celui <S.’ amputation du membre supérieur dans la contiguitê du tronc ; le nom d’amputation inter s capido- thoracique , qui rappelle l’interstice dans lequel on la pratique, peut également être adopté ; nous nous servirons principalement de ces dénominations qui présentent sur celles d’ablation , d’ énucléation , d’ extirpation totale clu membre supérieur avec l’omoplate, l’avantage d’indiquer qu’il s’agit d’une opération réglée dont la description doit avoir sa place parmi les autres amputations dans les traités classiques de médecine opératoire.
Ces ouvrages gardent pour la plupart le silence sur l’amputation interscapulo-thoracique, et la mention sommaire qui lui est consacrée dans quelques-uns d’entre eux fait mieux sentir encore la nécessité de faire de ce sujet une étude approfondie, fondée sur la révision complète et la rigoureuse critique des documents fournis sur ce point par la littérature médicale. Ces documents, en effet, renferment des erreurs et des confusions nombreuses que les auteurs se sont transmises pour n’être pas remontés jusqu’à la source même des observations.
C’est à cette origine que nous avons voulu puiser les faits dont l’exposition et l’examen vont nous permettre d’établir sur des données certaines l’histoire d’une opération qui, sans être destinée à recevoir une application fréquente dans la pratique chirurgicale, offre cependant une ressource efficace et sûre dans certains cas presque désespérés en apparence.