L’AMPUTATION OU MEMBRE SUPÉRIEUR
(amputation interscapulo-thoracique).
L’amputation du membre supérieur dans la contiguïté du tronc est une opération toute moderne. On pourrait peutêtre faire remonter son origine à la publication du cas célèbre de ce meunier dont Cheselden rapporte l’observation (1) : Samuel Wood, le blessé, avait eu le bras arraché du corps par une corde qui s’était enroulée autour de lui, et dont l’autre extrémité était entraînée par les engrenages dumoulin. Les vaisseaux, déchirés, ne donnèrent que peu de sang ; artères et nerfs avaient été arrachés du bras : le premier chirurgien qui fut appelé les plaça dans le fond de la plaie, et la recouvrit avec un pansement superficiel. Le lendemain le blessé fut admis à l’hôpital Saint-Thomas, où il reçut les soins de M. Ferne ; ce dernier ne toucha pas à l’appareil les premiers jours : aucun accident grave ne survint, et la plaie guérit sous des pansements simples ; la peau
(I) W. Cheselden. The cinatomy of the human body ; the 9lh édition with 40 copperplates, engraved by Ger. Vanderguchl, 1768, pi. XXXVIII, p. 321.
suffit à recouvrir presque complètement sa surface. Ce fait se passait en 1737. Une fort belle planche gravée du traité d’anatomie de Cheselden montre en effet le patient dont le corps, dépourvu de son membre supérieur, présente comme seul vestige de ce dernier la saillie que fait au niveau de la cicatrice l’extrémité externe de la clavicule ; à côté du blessé l’on voit, reposant sur le sol, le bras entier et l’omoplate arrachés d’un seul morceau par le moulin dont on aperçoit les ailes au dernier plan de ce tableau.
Cette observation, rendue classique par l’ouvrage où elle est reproduite, devait, en démontrant que l’organisme peut résister à une mutilation aussi considérable, encourager les chirurgiens à tenter dans un but thérapeutique la séparation qui chez Samuel Wood avait été l’effet d’un traumatisme accidentel.
Ce ne fut néanmoins qu’en 1808, qu’un chirurgien peu connu de la marine anglaise, Ralph Cuming, exécuta pour la première fois l’ablation simultanée du bras, de l’omoplate et de la clavicule pour une lésion traumatique de ces parties produite par un coup de feu. Ce fait qui, sans la mention sommaire que lui a consacrée Copland Hutchinson, serait demeuré dans l’oubli, fut suivi, plus de trente ans après, par la relation d’un cas analogue que Gaetanibey, médecin de l’hôpital de l’Esbékié, au Caire, communiqua dans tous ses détails à l’Académie de médecine. Coïncidence bien singulière à relever : les désordres produits par l’action des armes de guerre qui avaient fourni dans ces deux cas à l’amputation inter scapulo-thoracique sa première indication n’ont plus depuis lors motivé son emploi, et les observations de Cuming et de Gaetani-bey sont actuellement encore seules de leur espèce.
INTERSCAPULO-THORACIQUE