LL
AQU
Au point de vue des résultats opératoires immédiats, nous avons, dans ces observations, 2 morts par péritonite (Rehn, Gersuny) ; une mort par hémorragie (Desguin) ; deux morts de Vallas dont une par septicémie. Dans tous les autres cas, on.lit « guérison par première intention »; ou « suites opératoires simples »; ou « guérison rapide »; et, lorsque le temps est mentionné, on voit : « réunion complète le 12° jour » ; « sort guérie 3 semaines après l’opération », etc.
On peut donc dire que cette opération est relativement peu traumatisante pour la malade et nous pouvons faire remarquer que sur les 5 cas mortels, # sont survenus dans les circonstances suivantes : 4 cas de cancer très élevé (Gersuny) et péritonite; 3 cas de cancers avec envahissement de la cloison recto-vaginale. A quoi attribuer la gravité particulière de ces interventions? Nous pensons qu'il faut en chercher la raison dans ce fait que, pour ces cas, on a eu recours à des opérations combinées (voie périnéo-vaginale, Vallas) ; ou à des opérations très mutilantes en raison de l'extension des lésions (Desguin). Nous pouvons trouver une confirmation de cette opinion dans les observations suivantes de Chaput, Quénu et Depage où la voie vaginale est imposée par le siège des lésions ou encore par l’existence de lésions génitales voisines.
Observation : CHAPUT Soc. de Chir., 1896).
Femme de 36 ans ayant subi une hystérectomie vaginale pour salpingite un an auparavant. On constate une tumeur derrière la paroi vaginale postérieure et on pense à une poussée inflammatoire dans les annexes laissées en place.
Incision du fond du vagin; on attire avec une pince érigne une énorme tumeur constituée par un cancer de l’S iliaque. Après avoir réséqué la tumeur, on renonce à suturer les deux bouts parce qu’ils viennent difficilement à la vulve; on les maintient au dehors avec des pinces hémostatiques. Douze jours plus tard, on fait un anus iliaque en un temps; puis, par une incision sacrée en Ÿ, on recherche les deux. bouts
ME Li pme
pour les suturer circulairement, mais ils sont friables et très retirés. On renonce à les suturer et on les abouche dans la plaie après les avoir liés avec une lanière de gaze iodoformée. Au bout de quelques jours, les matières passent par
le vagin et l’anus; 10 jours plus tard, mort avec diarrhée cholériforme.
Observation : QUÉNU (Soc. méd., 1896).
1° éemps : Anus contre nature.
2 temps : Extirpation; on détache la vulve en arrière et on la rabat en avant, de façon à en assurer la conservation; “puis, avec assez de difficultés, on enlève la face postérieure du vagin, envahie dans une assez grande étendue. On lie complètement l'anus avec un fil de soie et on peut ainsi extirper facilement le rectum avec tout le tissu cellulaire situé en avant du sacrum.
Observation : DEPAGE (Journal méd. de Bruxelles, 1898).
1° Propagation du cancer rectal au vagin ; extirpation ; fistule urétérale consécutive. Néphrectomie.
2° Cancer de l’S iliaque coïncidant avec un fibrome utérin.
Il y a incontestablement une différence considérable de gravité opératoire entre ces interventions où, en somme, le temps vaginal est accessoire et où la technique ne peut être réglée d'avance, et la voie vaginale proprement dite appliquée de propos délibéré pour des lésions dont le siège la justifie. C’est une question que nous reprendrons au chapitre des indications.
Quels sont Les résultats consécutifs, et par là, nous visons uniquement la conservation sphinctérienne. En consultant les observations, nous voyons qu'il y en à 15 où les résultats fonctionnels sont notés et chez ces quinze opérées, il n’y eut pas d’incontinence. Quelques auteurs sont plus explicites, et mentionnent qu’il y a incontinence pour les gaz (Gersuny) ; que la malade éprouve un besoin subit d’aller à la selle auquel elle ne peut résister que pendant un temps très court
(Heydenreich); la malade peut contracter son sphincter et les liquides injectés dans le rectum sont, en grande partie, retenus (Chalier).
Il y a donc, après la résection transvaginale du rectum cancéreux, une conservation particulièrement satisfaisante de l'appareil sphinctérien; et, à ce point de vue, elle peut encore supporter la comparaison avec toutes les autres voies qui visent le même but et, en premier lieu, la voie coccygienne de Kocher. Ceci d’ailleurs n’a rien qui doive nous étonner, car la ressemblance entre ces deux méthodes est encore poussée plus loin : l’intervention est menée d’une façon analogue quoique par deux voies différentes.
Comme résultats éloignés, nous trouvons les chiffres suivants indiquant le moment où les malades ont été revues guéries : 40 mois (Vautrin); 26 mois .(Depage); 8 et 6 mois (Heydenreich); 2 ans, 18 mois, 8 mois, 4 mois (Gersuny); 2 cas de mort sont mentionnés un an après (Gersuny, Iselin) sans récidive.
Ces chiffres confirment ce que l’on peut penser à priori et que Cunéo exprime de la façon suivante en parlant de la voie coccygienne : « On ne voit pas en quoi cette technique serait « inférieure, à ce point de vue, aux autres procédés, carelle « permet une exérèse aussi large. »
En somme, et pour résumer les enseignements de ce chapitre, la voie transvaginale, quand elle est indiquée, nous paraît réunir le maximum de qualités et de sécurité, car elle atteint parfaitement les trois buts que se propose le chirurgien dans la cure du cancer rectal :
1° Rigueur d’asepsie par une technique qui permet d’enlever le rectum sans souillures;
2° Guérison radicale par une large exérèse;
3° Conservation des fonctions sphinctériennes.