Ô0 PASCAL HOMME PU MONDE
sultat de ses I io isons avec ces célèbres libertins qu’il fréquenta pendant trois ou quatre ans, et dont les noms vinrent plusieurs fois depuis se placer, comme en expiation, sous sa plume (1). Au reste, quelles qu’aient pu être les gravelures de ce nouveau régime , il paraît qu’il réussit au glorieux valétudinaire- et tout en s’abandonnant aux divers genres de distraction qu’il y trouvait, tout en voyant ce monde qui le recherchait pour son esprit et son amabilité, comme pour sa science et pour son génie, Pascal put revenir avec modération à quelques uns des beaux travaux dont j’ai donné plus haut la liste.
A cette époque , c’est-à-dire au mois de septembre 1 65 i , il eut le malheur de perdre son père, et l’on sent tout ce que la perte d’un tel père dut être pour un tel fils. Science, piété, pureté de mœurs, Pascal devait à son père le goût et l’exemple de tout (2). Aussi cette mort lut-elle pour lui l’occasion d’une x ix e douleur, mêlée peut-être de quelques remords. Mais elle lui donna aussi, avec une liberté plus grande, avec une aisance plus considérable, les moyens de se répandre davantage dans le
Përicr. llecucil d’Uncclit, pag. 26o , 12(35 ; — Lettres , opuscules et mémoires de madame l’rrier et de Jacqueline, etc., publiés par M. Faugèrc, pag. 357.
(1) Note VII.
(2) Note VIII.
PASCAL novi.vœ nu MOMUt. I .) 1
monde (ll <!’ > v ivre avec plus d’agrémeni i '. jadis il on avait détourné sa sœur Jacqueline ; il lui avait on quelque sorte imposé le goût de la vie religieuse.
II eut alors beaucoup de peine à consentir à ce que, trois ou quatre mois après la mort de leur père, elle entrât au monastère de Port-Ilojal Y. il se prêta meme d’assez mauvaise grâce à lui laisser disposer de sa part dans l’héritage paternel (3) en faveur de la sainte maison où elle s'était enlin consacrée au service de Dieu, sous le nom de sœur Jacqueline de Sainte-Kuphémie. \ussi, loin de tenir compte des reproches qu’elle lui adressait sur les dissipations dangereuses de son nouveau genre de ne , continua-t-il à partager entre ces distractions mondaines et la culture des sciences un temps dont lui permettaient (h* disposer une humeur désormais
(1) Recueil d’Vtrecht , pag. 258.— Mémoires pour servir à l’histoire de Port-Royal et à la vie de la révérende mère Marie-Angélique de Sainte-Magdeleine Arnauld , réformatrice de ce monastère, 17 Zi2, t. Ht, pag. 70-75. — Lettres, opusc. et mém. de madame l’érieret de Jacqueline, etc. , publiés par M. Faugère, pag. /i53.
(2) Recueil d’ Ut redit , pag. 256, 257. — Relation de la vie de la sœur Jacqueline de Saintc-Eupliemic Pascal, par madame Périer sa sœur, dans les Vies intéressantes et édifiantes des religieuses de Port-Royal , Paris, 1751, t. Il , pag. 356 ; ou dans Youvrage ci-dessus cité de M. Faugère, pag. 72.
(3) Mémoires pour servir à V histoire de Port-Royal, elc., t. III , pag. 5/i-105. — Recueil d'I'trccht , pag. 257.
ACCIDENT Dl' PONT DE N'EUILLY.
plus gaie et une santé moins mauvaise. C’est ainsi, dit sa nièce Marguerite, qu’il se livrait de plus en plus à la vanité, à l’inutilité, au plaisir, songeait à acheter une charge , et enfin ne craignait pas de se laisser aller à de sérieuses idées de mariage (1). M ais l)kju, dit à son tour madame Périer, Dieu l’appelait à une plus grande perfection (2); et voici, d’après les manuscrits devenus la propriété de sa fille, quel moyen il employa pour cela.
x Au mois d’octobre (3) de l’année 1 654 » Pascal,
Acculent du ^ . .
ni de Neuiiiy. suivant une habitude qui annonçait au moins un certain amour du faste, était allé, un jour de fête, se promener au pont de JNeuilly dans un carrosse attelé de quatre ou de six chevaux (4). Les deux premiers prirent le mors aux dents, et entraînant la voiture vers un endroit dupont qui manquait de parapet , étaient sur le point de se précipiter avec elle dans la Seine. Le danger ne pouvait être plus grand. Heureusement que par leur effort et leur poids ces deux premiers chevaux brisèrent les traits qui les
(1) Recueil d'Ulrecht, pag. 257, 258. - Ouvrage ci-dessus rite de M. Faugère, pag. /|53.
(‘2) Madame Périer, ouvrage cité , pag. 20.
(3J Bossut , Préface aux OEuvres de Biaise Pascal, pag. xxxij du t. I de l'édition de 1819.
(ü) Note IX.