LL V
Dieu d’Abraham. Dieu d’Isaac. Dieu de Jacob non des philosophes et des savans Certitude joye certitude , sentiment, voue joye paix.
1) Recueil d,' l lrccht , pag. 253.
VISION ET AMULETTE
Dieu de Jésus christ
Deum meum cl Deum vestrum
Jeh. 20. 17.
Ton Dieu sera mon Dieu, ltuth.
Oubly du monde et de tout hormis Dicv
line se trouve que par les voyes enseignées dans l'Evangile. Grandeur de l’ame humaine. Tère juste, le monde ne t'a point
connu, mais je t'ai connu. Jeh. I 7
Joye, joye, joye, et pleurs de joye
Je m’en suis séparé
Dereliquerunt me fontem aquæ vivæ
mon Dieu me quitterez vous
que je n'en sois pas séparé éternellement.
Cette est la vie éternelle qu’ils te connaissent Seul vrav Dieu et celuv que tu as envoyé
Jésus christ
Jésus christ
Je m'en suis soparn Je 1>ay fuY renoncé, crucitié
que je n’en sois jamais séparé
11 ne se conserve que par les voyes enseignées dans l'Evangile
Renonciation totale et douce
Soumission totale a Jésus christ et a mon Directeur, éternellement en joye pour un jour d'exercice sur la terre non obliviscar sermones tuos. Amen. y i / .
VISION ET AMULETTE
Avant de déterminer le caractère de cette pièce étrange, je dois faire connaître succinctement de quelle manière elle fut découverte (1).
Peu de jours après la mort de Pascal un domestique sentit par hasard quelque chose de dur et d’épais dans son pourpoint. L’ayant décousu en cet endroit, il y trouva un petit parchemin plié, et dans ce parchemin un papier, l'un et l’autre écrits de la main de Pascal, et contenant ce qu’on vient de lire. Seulement dans le papier les trois dernières lignes manquaient. Ces deux pièces furent aussitôt remises à madame Périer, qui les lit voir à quelques amis. Tous convinrent que ce double écrit que Pascal conservait depuis huit ans dans l’étoffe même de son habit , le cousant et le décousant de ses propres mains, devait être pour lui le mémorial d’une chose qu’il voulait avoir toujours présente aux jeux et à l’esprit. Quelque temps après la mort de madame Périer, qui eut lieu à vingt-cinq ans d’intervalle de celle de son frère , les enfants de celte dame communiquèrent la pièce en question à un carme déchaussé qui était un des plus intimes amis de leur famille. Ce bon religieux la copia et essaya de
(l Voir, note XI, avec le fac-similé de cette pièce, le détail de toutes les circonstances qui se rattachent à sa découverte et à sa transmission.
VISION ET AMULETTE
la commenter dans vingt et une pages in-folio. A ce commentaire du carme, Marguerite Périer en joignit un de deux pages in-quarto , relatif seulement aux deux avant-dernières lignes du mémorial, lesquelles, ainsi que la dernière, ne se trouvaient que dans le parchemin. Ces commentaires sont maintenant perdus, et cela est d’autant plus regrettable «pie, sans faire double emploi avec celui qu’on va lire, ils lui auraient certainement prêté appui. On ne sait pas davantage ce qu’est devenu le parchemin qui contenait en son entier le précieux écrit. Ou n’en a que la copie delà main du neveu de Pascal, l’abbé Périer. Quant à l’original sur papier, il existe à la Bibliothèque royale, et il y fait partie du manuscrit autographe des Pensées , dont il forme en réalité la première page. C’est une feuille in-folio où l’écriture de Pascal est plus soignée qu’à l’ordinaire, et où l’on remarque la trace des plis qu’il lui avait fait subir pour la placer dans son pourpoint.
C’est cette pièce ainsi extraite de l’habit de Pascal «pie Condorcet , «jui le premier a appelé l’attention sur elle, a nommée son amulette mystique. La suite decette étude va montrer jusqu’à quel point ce double titre lui convient.
On a vu que le Recueil d’Utrecht donne cet écrit de Pascal comme la preuve d’une vision qu’au-
VISION ET AMULETTE
rait eue ce grand homme un mois environ après l’accident dupont de Neuilly. Cette vision, suivant le même recueil, Pascal n’en aurait jamais parlé à personne, si ce n'est peut-être à son confesseur, il est à croire que le confesseur de Pascal n’en a non plus jamais parlé à personne, si ce n’est peut-être aux auteurs du Recueil d'L Irecht, qui me paraissent ici bien sûrs de leur fait. Ce n’est pas que sur le seul vu de cette pièce, on ne put, en effet, la rattachera quelque chose comme une extase, une apparition, ou tout au moins au souvenir d’idées très vives, très incohérentes, dans un esprit tout à la fois très excité et très affaibli. Mais on peut, sur la réalité de la vision de Pascal, s’en rapporter sans crainte aux indiscrétions de son confesseur et aux affirmations du Recueil d’ U irecht (i). Les conjectures ne commencent que sur les caractères mêmes de cette vision , sur les circonstances qui l’ont immédiatement amenée , sur les conditions dans lesquelles elle s’est produite. \ oici celles qui me paraîtraient le plus probables; qu’on me permette de leur donner la forme d’un récit.
Un était à la lin du mois de novembre, à cette époque rie l'année où les premières tristesses de la nature se communiquent si facilement à l’Ame et la
1) iNote Ml.