‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 52 sur 93 · DANS LES PROVINCIALES · texte numérisé non relu

DANS LES PROVINCIALES

s’affermit de plus en plus dans la croyance à la din inité de la religion.

Je n’ai pas à rajeunir ici le sens de ces controverses bien vieillies sur un sujet qui ne peut pas vieillir. Je n’ai pas à rechercher ce qu’il y a de vérité nécessaire au fond de ces questions aujourd’hui si abandonnées. A peine ferai-je remarquer que si saint Augustin, Jansénius, et avant ce dernier Calvin lui-mème , avaient posé les vraies prémisses, en appuyant sur les liens déjà si étroits qui retiennent le libre arbitre, Molina , d’après Pélage et Cassien , avait tiré les v raies conséquences, en faisant la grâce de Dieu plus facile et sa miséricorde plus grande. Je dois me borner à rappeler brièvement quelles ont été et quelles ont dû être sur ce grand problème les opinions de Pascal, du point de vue où l’avaient placé sans retour le sentiment de sa faiblesse et la nature de ses convictions.

Bien qu’il ait consacré la plupart de ses Provinciales «à accabler de sa logique passionnée et de son éloquente moquerie le probabilisme inepte et souillé des Kscobar et des Tambourin i ) , telle n’est pourtant pas la partie la plus importante de son œuvre, et ce n’est ni par là qu’il la commence, ni par là qu’il la finit. Les quatre premières lettres en sont

(1) Note XVIII.

2o/| COMME HANS

en entier consacrées à défendre la vraie doctrine de la grâce, celle de la grâce efficace, j’allais presque dire nécessitante, contre les petites hérésies du pouvoir prochain, qui ne l’est pas toujours, de la grâce suffisante, qui ne suffit pas, de la grâce actuelle, si commode pour les pécheurs endurcis. Dans les trois dernières , cette doctrine , reprise avec une tout autre science , une tout autre force et en même temps une tout autre éloquence, témoigne d’une conviction qu’avait encore rendue plus profonde le miracle de la sainte Épine, survenu depuis la publication des quatre premières. Qui ne sait quelle magnifique apostrophe a inspirée à Pascal , vers la fin de la seizième, celle qu’il s’excuse d’avoir faite trop longue sur ce qu’il n’a pas eu le temps de la faire plus courte, sa conviction de ce miracle, preuve dernière de la grâce divine et de la divine sollicitude pour les fidèles dans l’oppression ! Dans la dix-seplième Provinciale , après s’être défendu avec une éloquence si h mlaine et si provocante du reproche d hérésie que les jésuites avaient osé lui adresser , il leur montre que, malgré la perfidie de leurs manœuvres, la doctrine de la gtâce efficace, telle qu’elle a été définitivement établie par saint Augustin, par saint Thomas et par son éc de, es! et restera toujours debout , appuvée sur la décision des papes,

LES PENSEES. 90f)

des conciles (‘l sur loule la tradition. Enfin, > il a refait jusqu’à treize fois la <]i\-huiticme Provinciale, qui est aussi la dernière, ce n’est pas seulement pour y atteindre cette perfection de la forme , qui était avant tout chez lui celle du fond, c’est encore et beaucoup plus pour ne rien laisser à reprendre, clans une controverse bien diflicile , aux arguments par lesquels il prétend montrer que la vraie grâce du catholicisme tient un milieu indéfectible entre le fatalisme théocratique de Calvin et le nouveau pélagianisme de Molina.

Si, dans les Provinciales , Pascal discute surtout en théologien, et en théologien fort subtil , les points principaux de la doctrine de l’Eglise sur l’accord embarrassant de la grâce efficace avec le libre arbitre de l'homme , dans les Pensées , c’est surtout en philosophe, en moraliste , qu’il aborde de nouveau ces grandes et délicates questions. :\ul doute que, s’il lui eût été donné d’exécuter l’ouvrage à jamais regrettable dont elles ne sont qu’une ébauche, il n’eût, avec son habileté ordinaire, uni, dans cette démonstration, le théologien aumoraliste. Mais peutêtre; (jue ce dernier y eût toujours dominé. C’est qu’à cette époque de sa vie, Pascal, par l’effet de ses souffrances, ressentait de plus en plus, dans sa misère la misère de I humanité, dansses contradictions lex cou-

aoG CETTE FOI A LA GRACE DIVINE

tradictions humaines. C’est ce sentiment qui le poussait aussi de plus en plus , comme vers le s ni port assuré, vers Dieu , la religion, la grâce. On connaît le plan et les principales divisions de son grand ouvrage, son point de départ et son but. Son point de départ, c’est la misère actuelle de l’homme, triste résultat de sa chute, dont il lui faut se relever. Son but, c’est le recours à la religion , c’est la doctrine de la grâce , de la grâce appliquée à l’humanité tout entière par le fait de la rédemption, et à chaque homme en particulier par celui de l’assistance actuelle, que réclame impérieusement l’asservissement de la volonté.

« L’homme , dit-il, ne sait à quel rang se mettre. Il est visiblement égaré et tombé de son vrai lieu sans le pouvoir retrouver. Il le cherche partout avec inquiétude et sans succès dans des ténèbres impénétrables (1). » «Les grandeurs et les misères de l’homme , dit-il ailleurs, sont tellement visibles, qu’il faut nécessairement que la véritable religion nous enseigne et qu’il y a quelque grand principe de grandeur en l’homme et qu’il y a un grand principe de misère. 11 faut donc qu’elle nous rende raison de ces étonnantes contrariétés^). Car il laut,

(1) Pensées , clc., édit, de \|. Faugère , t. Il , pag. 87.

(2) Ibid. , pag. 152.

Page 1