I.ES MÉDECINS DE PASCAL
Pascal avait connu , par l’intermédiaire de la marquise de Sablé , un bon médecin de l’époque , Menjot, homme honnête et éclairé , qui a écrit plusieurs ouvrages relatifs à sa profession , entre autres une dissertation sur le délire (i), où il cherche à mettre d’accord l’immatérialité de l'esprit avec sa dépendance de la matière. Bien que Pascal eut lu cet opuscule et qu’il s’en fût montré content, il n’est pourtant pas probable qu’il ait pris son auteur pour
(1) Elle a pour tiire : Ve delirio in genere. Elle ne fait pas et ne pouvait pas faire partie, comme l'ont pensé à tort M. Cousin (a) et M. Fa u gère (b), de l’ouvrage de Menjot intitulé , Hisloria H curatio febrium malignarxim , dont la première édition est de 1660. Ce mémoire sur le délire est le premier des Mémoires de médecine du même auteur, publiés à Paris en 1665, 167/j, 1677, en 3 volumes 111-/1% sous le titre de Disscrlaliomtm palhologicarum partes IV. E’hisloirc des fièvres malignes est ordinairement comprise dans cette publication , et la commence. La dissertation De delirio in genere vient alors immédiatement après. Lorsqu’elle parut pour la première lois, elle devait être isolée. Cela me semble résulter de la lettre de Pascal à madame de Sablé (cx dans laquelle il en est question , et du passage, de celle de Menjot à la même dame où ce médecin dit qu’il est extrêmement reconnaissant îi Pascal d’avoir daigné jeter les yeux sur un ouvrage si peu considérable (d).
(a) Des Pensées (le Pascal, rapport, etc., pag. 370.
(b) Pensées , etc., de Biaise Pascal , t. I, pag. il.
(c) Ibid. ,
(d) Pensées, etc., de Biaise Pascal, publiés par M. Faugère, t. I, pag. 386.
i i s miiu.cixs ni: cascai . ‘>.33
médecin. Menjot était huguenot , et Pascal , il est permis de le croire, ne lui aurait pas plus confié son corps que son âme. Les médecins de ce glorieux malade lurent peut-être quelques uns des médecins alors solitaires à Porl-Boxal , IM Al . Moreau, llainon, Deschamps-Deslandes ; ou bien ceux qui attestèrent en commun la réalité du miracle de la sainte Epine , parmi lesquels se trouvaient Dalencé, chirurgien de la petite Margot Périer, et les deux fils du gazetier Pienaudol. il y a encore un docteur qui put axoir à s’occuper de la santé de Pascal, c’est \ allant, le médecin de madame de Sablé , qui était fort lié avec la famille Périer et lui donna souvent 1rs conseils de son art. Ses manuscrits, déposés, comme je l’ai dit, à la Bibliothèque roxale, contiennent beaucoup de b tires et d’autres pièces qui témoignent de cette liaison.
Je ne pousserai pas plus loin ces conjectures, auxquelles je ne me suis laissé aller qu'incidennnent . Je regrette toutefois que les recherches qui m’y ont conduit ne m’aient pas mis à même de faire connaître quel membre de la faculté put inspirer la relation faite par madame Périer de la dernière maladie de Pascal, quelle main mit en éxidenee les altérations trouvées sur sa dépouille mortelle.