‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 62 sur 93 · LES AMIS MONDAINS DE PASCAL · texte numérisé non relu

LES AMIS MONDAINS DE PASCAL

Ces folies du monde auxquelles se livrait Pascal , ces horribles attaches qu’au dire de sa sœur Jacqueline lui reprochait sa conscience, furent peut-être le résultat de ses liaisons avec ces célèbres libertins qu’il fréquenta pendant trois ou quatre ans, et dont les noms vinrent plus d’une fois depuis se présenter, comme en expiation, sous sa plume. Page 150.

Je demande la permission de rappeler dans cette note que Pascal , cet homme que Bajle appelle avec raison un des plus sublimes esprits du monde, et un paradoxe de notre espèce, était pourtant bien de notre espèce, et qu’à une certaine époque de sa vie, il put, comme les plus humbles du troupeau , suivre ht route , hélas ! bien battue, qui conduit aux divertissements du monde. Le moment était favorable. Jamais rien de plus majestueusement dissolu que cette société du xvne siècle, où la lîarctte et la Couronne donnaient à l’cnvi l’exemple des plaisirs les moins retenus. Pour approcher de ces grands modèles, Pascal n’aurait eu que peu de peine à prendre. Il avait de brillants amis fort engagés dans

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ces voies glissantes , cl qui, s'il se lût laissé faire , étaient sens à I ' mener loin.

l u il o res amis mondains de Pascal est le che- \alierde INléré , grand joueur, grand libertin, belespril , ayant quelque teinture des sciences, et se figurant vôtre fort versé. Il y a dans sa correspondance une lettre de lui à Pascal où il se permet de donner au jeune et déjà illustre géomètre les conseils mathématiques les plus ridiculement suffisants 1 . Si l’on voulait, au sujet de l’auteur des Provinciales , ne pas tout— à-fait repousser un témoignage émané de la rancunière compagnie qu’il a si rudement traitée, Méré n’aurait pas borné là ses a\is. D’après ce que raconte le P. Daniel dans ses Entretiens de Cléandre et d'Eudoxc (s>.) , il aurait conseillé à Pascal d’abandonner, à partir de la quatrième Provinciale, et malgré l'immense succès de celte lettre , les matières de la grâce, pour s’ouvrir une plus (fraude carrière , c’est-à-dire pour se lancer dans les attaques contre les casuistes. C’est la peut-être une calomnie dérobé longue. Mais elle

(1) Lettres dit chevalier de Méré, 2 vol. in-12, Paris, 1(>82, lellrc 10, pag. 110 du t. 1.

(2) Réponse aux Lettres Provinciales de L. de Munlalle , ou Entretiens de Cléandre et d'Eudoxc , in-1 2 , Cologne . 1 69Z| , pag. J 8.

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n'aurait, pas été jm)ssiI)I«* si , à l'époque où un des héros de l’ordre essayait ainsi d’en venger les blessures , il n’eàt été hors de doute que Pascal , dans sa jeunesse , avait eu des relations assez étroites avec le chevalier de Méré. Or, ses relations avec un homme de et' caractère en indiquent d’autres de même nature , auxquelles peut-être elles le conduisirent.

Méré était fort lié avec un certain Miton , le même probablement dont Segrais disait que , quoique d’une naissance médiocre, il n’avait pas laissé, comme Gourville et \oiture, de mériter l’estime et l’amitié des princes et des grands (i . Dans la correspondance de Méré il y a huit lettres de celuici à Miton , trois de ce dernier à Méré. Dans toutes il est abondamment question de plaisirs fort peu séraphiques. Miton , du reste, comme son ami, avait de grandes prétentions au savoir scientifique et plus encore à l’art d’écrire. Il reçoit sans trop sourciller les compliments que lui fait Méré sur son talent épislolaire , et d’après ce qu’on lit dans une de ses lettres , un des volumes de Saint-Evremond contiendrait quelque chose de lui (2).

Dans les Mémoires manuscrits de Marguerite Périer, je trouve, page 383, une lettre de M . M don

(1) Menugiana , lx vol., 1725, vol. 1, pag. î 80.

(2) Lettres du chcealicv de Mcrc, vol. il , pag. GO/i.

I I S AMIS MONDAINS DK PASOAI . ‘i'.y'j

à M. Pascal, du 27 décembre 1 G5ü , el <|iii, je crois, n’a pas etc publiée. Au-dessus du nom de Milan on a écrit en surcharge Mi ton. Celte lettre, tpii est courte, est d'un homme qui s’occupait de mathématiques. Pascal a est traité avec beaucoup de respect , et elle lui est adressée à l’occasion des problèmes de la Houlette et du concours auquel ils avaient donné lieu.

Le signataire de cette lettre, est-ce Milon ou Miton! Si c’est Miton , est-ce leMiton, ami du chevalier de Aléré, et qui fut un peu celui de Pascal ? Dans ce cas, les politesses de sa lettre auraient été en pure perte. Elles n’empêchèrent point l’auteur des Pensées d’enclaver durement son nom dans une ou deux de leurs ébauches, en l’appelant un homme lia'issabte, qui aimait beaucoup trop son moi (1).

Il v a une autre célébrité libertine du grand siècle que Pascal a aussi traitée fort mal , probable-

1) Le moi est haïssable. Vous, Miton, le couvrez ; vous ne i'ùtcz pas pour cela : vous êtes donc toujours haïssable. ■( Pensées, etc., de niaise Pascal, édit, de M. Faugère, t. I, pag. 107.)

Il est encore une lois question de Miton ou Liai ton dans une Pensée que donnent M. Cousin, pag. 91 de son Rapport sur les Pensées de Pascal , et M. Faugère , pag. J 95 du t. I de ‘ï’ouvrage ci-dessus cité.

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