‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 7 sur 93 · V LEUR POINT DE DÉPART · texte numérisé non relu

V LEUR POINT DE DÉPART

ont fait (le \raies images, et qui, passant de la pensée au stvle, ont, par une glorieuse métamorphose, transformé le profond philosophe en grand écrivain.

§ II. Idées-sensations.

Nous venons de voir dans un premier degré de révivification les idées devenues des images rester complètement intérieures , soumises ou contrôle de la conscience qui ne les prend que pour ce qu’elles sont. Dans les divers états que nous allons successivement étudier, cette transformation de la pensée va revêtir un caractère extraordinaire, faire un pas au-delà duquel il n’y en a plus à faire. L’image va se porter au dehors, s'objectiver , devenir une sensation que le moi , dans le plus grand nombre des cas, attribuera à l’action du monde extérieur (i). Cette substitution de la sensation à l'idée constitue dans une première phase les rêves du sommeil et du somiiiiin bulisme.

(1) " Il an ive quelquefois, dit Malebranchc , dans les personnes qui ont les csprils animaux foil agités par des jeûnes, par des vrilles, par quelque- lièvre chaude ou par quelque passion violente, que ces esprits remuent les libres intérieures du cerveau avec amant de force que les objels extérieurs; de sorte que ces personnes sentent ce qu'ils ne devraient qu’imaginer, et croient voir devant leurs peux des objets qui ne sont que dans leur imagination. C.ela montre bien qu’à l’égard de ce

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Noire vie se divise en deux paris inégales qui , au premier aspect surtout , offrent entre elles de bien grandes différences. La plus longue constitue l’état de veille , la plus courte l’état de sommeil.

Dans la veille, nos sensations ont pour condition essentielle l’action des choses extérieures , et ellesmêmes y sont l’occasion du plus grand nombre de

qui se passe dans le corps , les sens et l’imagination ne diffèrent que du plus et du moins , ainsi que je viens de l’avancer.» ( Recherche de la vérité , in-/t°, 1712 , t. I , pag. 81.)

Je n’ai pu résister au plaisir de citer cette belle formule des mauvais tours de l’imagination , écrite il y a près de deux siècles par un homme qui avait plus d’une raison de s’y '•onnaître, et qui a le premier, je crois, infligé à cette faculté le nomd e folle du logis, dont elle estsi parfaitement digne, line faut pas trop s’arrêter à l’explication que donne Malebranche du fait qu’il caractérise avec une concision si exacte. Cette explication ne lui appartient pas ; elle appartient a son temps, et prouve au moins que la physiologie ne lui en était pas in connue. Malebranche, en elfet, comme les plus grands hommes , comme les plus grands philosophes du xvnc siècle, comme Descartes son maître, avait beaucoup étudié l’homme, l’homme tout entier, ce dont se dispensent un peu trop peutêtre les philosophesde nos jours. L’auteur de la Recherche de la vérité a dit des choses très fondées et très judicieuses sur les rapports du cerveau et des sens avec les actes de l’esprit. Mais des ouvrages de son époque celui où l’on trouve sur ce sujet la science la plus étonnante et la mieux appliquée, c’est l’immortel traité de Bossuet . De la connaissance de Dieu et de soi- me me.

RÊVES 1)1! SUAI .ME 11.. f\C)

nos idées. Colles— ri, nettes, déterminées, dociles aux lois de leur association naturelle, nous donnent la conscience claire d’un moi qui les crée et les subit tout ensemble, le sentiment d’une volonté à laquelle elles restent soumises , tout eu la provoquant souvent. Des déterminations de ce moi volontaire résultent les diverses sortes de mouvements, nécessaires d'une part à l’expression de la pensée par la parole, d’autre part à tous les actes de la vie de relation. Les mouvements dans l’état de veille peuvent offrir des intermittences au moins apparentes; mais les sensations et les idées n’en offrent pas. Dans l’état de veille l’on sent ou l’on pense toujours, peu ou beaucoup, bien ou mal. C’est là, à proprement parler, ce qui le constitue.

On pourrait croire au premier abord que dans le i. sommeil il n’en est point ainsi , et je ne sais plus dai'ifirs^uls ’î,! quel philosophe a prétendu, sans qu’on ait trop """"ul' pensé à le contredire , «que sommeiller c’est apprendre à mourir, llsemble, en effet, que rien ne soit plus concevable qu’un sommeil, qui sans doute ne serait point une mort, puisque le réveil devrait le suivre et que les fondions silencieuses de la vie végétative s’y feraient encore , mais où néanmoins tout ce qu’il \ a en nous de sensibilité et d’intelligence

RÊVES DU SOMMEIL

serait momentanément aboli. 11 semble qu’on se soit souvent éveillé de quelqu’un de ces sommeils profonds ou était éteinte toute vie de l’âme, ou qu’on en ait observé de tels sur d’autres. Mais, pour peu qu’on y réfléchisse , on sera bientôt convaincu qu’une semblable suspension des actes de l’esprit est absolument impossible par le fait seul de leur dépendance des actes de la matière. Qui dit matière dit activité, mouvement nécessaire et sans relâche. C’est là une vérité aussi ancienne que la philosophie, et qui a pour répondant Leibnitz (1), aussi bien qu’Epieure. S’il en est ainsi de la matière qu’on a quelquefois appelée inerte, que sera-ce de celle qui , dans le plus élevé des êtres de la création , constitue l’organe régulateur de son économie tout entière? Or, du continuel mouvement de cet organe dépend non seulement la vie , mais encore, mais surtout, le sentiment, la pensée. On voit donc qu’on peut arriver , par une voie tout opposée à celle qu’avait prise Descartes, à reconnaîlre avec lui qu’il n’y a pas de repos absolu pour l’esprit.

Veut-on tenir le raisonnement plus voisin de l’observation , serrer de plus près les faits de l’é-

(1) Nouveaux essais sur l'entendement humain , avantpropos , pag. 197 de l'édition citée.

RÊ VICS 01 SOMME II..

conomie vivante? cette vérité deviendra plus manifeste encore. En mécanique , je \eux dire dans celle qui est l'ouvrage de l'homme, la recherche du mouvement perpétuel est une chimère; mais en mécanique animale ce mouvement est tout trouvé. Envisagée dans ses rouages, la vie n’est pas autre chose que cela. Non seulement l’ensemble des organes ne se repose jamais , mais aucun organe ne se repose complètement. Un pende ralentissement, voilà tout ce qu’il est possible d’observer dans l’ensemble et dans les détails des fonctions plus particulièrement \itales, ralentissement d’autant moindre qu’on y pénètre à une plus grande profondeur. Et ce travail continuel des organes a lieu la nuit comme le jour, dans le sommeil comme dans l’état de veille. Souvent même dans le sommeil leurs actes les plus intimes et les plus nécessaires, offrent, au lieu de ralentissement, un surcroît d’activité.

Or, ce sont précisément ces actes vitaux que d’étroits rapports de solidarité unissent aux manifestations les plus élémentaires de la sensibilité, grossiers mais premiers matériaux de la pensée. Uc sont ces actes intimes «les organes de la vie végétative, ou des foyers nerveux qui les tiennent sous leur dépendance, qui donnent lieu au sentiment général de l’existence, et plus particulièrement à ces sensations

HÉVES 1)1 SOMMF.II

confuses, à ces émotions indistinctes , relatives, soit aux principaux instincts de la vie alimentaire, soit à des affections déjà un peuplus relevées et un peu plus intellectuelles. Les résultats psychologiques auxquels ils concourent dans l’état de veille, ils y concourent de toute nécessité dans le sommeil. Les sensations élémentaires dont ils sont le point de départ y déterminent inévitablement les sentiments , les idées qu’associent à ces sensations les lois de l’organisation ou les habitudes de la vie. C’est à ces sentiments, à ces idées , c’est aux déterminations sans doute très faibles qui en résultent qu’il faut attribuer les mouvements qui ont toujours lieu dans le sommeil. Le dormeur le plus immobile ne garde pourtant jamais ni la même position générale, ni les mêmes attitudes particulières, et dans les mouvements qu’il exécute on peut quelquefois saisir l’indice de sensations au moins internes, en général désagréables , que ces mouvements ont pour but de faire cesser.

Sans doute il est des états de sommeil , et ce sont de beaucoup les plus nombreux , qui ne laissent après eux aucune trace des sensations et des idées même les plus incohérentes. Mais on ne saurait conclure de là que ces sensations et ces idées n’y aient pas eu lieu. Il y a une foule de rêves dont la ma-

lU'VKS l»l SOMMIUL.

nifostation a etc indubilablemcnt constatée , et dont il ne reste absolument rien dans l’esprit qui les a éprouvés. C’est là en particulier un des caractères des rêves du somnambulisme. De même dans le délire ardent, résultat direct île certaines affections du cerveau, ou effet sympathique d’une maladie aigue d’un autre organe, dans certains cas même de folie violente, le malade, après sa guérison ou après la cessation de l’accès , ne garde la plupart du temps aucun souvenir de ce qu’il a senti et pensé pendant toute la durée du désordre. Enfin , pour s’en tenir même à l’état de veille et de raison le plus complet, nous ne nous rappelons pas du jour au lendemain, et quelquefois du matin au soir, la centième, la millième partie de toutes les innombrables impressions que nous avons subies, de toutes les innombrables idées que nous avons eues, de toutes ces petites perceptions dont parle Leibnitz , et qui ont, suivant sa remarque, une si grande influence sur la nature de nos goûts et le caractère de nos déterminations ( 1 ).

Dans ces diverses manières d’être il semble «pie la mémoire des impressions, des idées, soit en raison inverse de la part que prend l’organisation à la ma-

(1) Nouveaux essais sur l’entendement humain , avantpropos, pag. 197, 198, 199, etc., de l’édition citée.

RÊVES OU SOMMEIL

nifestation des unes et des autres. Plus cette part est considérable et 'pour ainsi dire absorbante , comme par exemple dans le sommeil , plus elle est considérable et \iolente, comme dans les maladies cérébrales caractérisées par les plus liants degrés du délire, plus elle est considérable et automatique, comme dans beaucoup d’actes sensitifs et intellectuels que l’habitude a presque soustraits au contrôle de la conscience , plus aussi la mémoire de ces impressions et de ces idées est fugitive, infidèle, nulle.

En somme donc l’on doit admettre que dans le sommeil le plus profond et en apparence le plus insensible, il n’y a pas plus suspension complète de l’exercice des facultés de l’âme et même de la volonté, qu’il n’y existe une semblable suspension des fonctions du corps. On doit reconnaître , en d’autres termes, avec Descaries, avec Leibnitz (1), avec les hommes qui ont le plus creusé ce sujet (2) , qu’il

(1) Nouveaux essais sur l’entendement humain, liv. II, ciiap. I, pag. 223 , 224 , 226; iiv. III , cliap. X, pag. 332; édition citée.

(2) Formey, Essai sur les songes , dans les Mémoires de l’Académie de Berlin , 1746. — Article Songe, de l’ancienne Encyclopédie, I. XV, 1765, pag. 354 et suiv. — Cabanis, Bapports du physique et du moral ; 10e mémoire ; Du sommeil en particulier, Paris, 1844, pag. 563. — Joullroy , Mélanges philosophiques, 1833, Du sommeil, pag. 318 et suiv.

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n’y a pas de sommeil sans rêves, quelque légers, quelque agréables, quelque peu fatigants qu’on veuille les faire dans l’intérêt du repos de l’esprit. C’est là une conclusion qui importe à l’objet de cette première partie de mon travail. On doit déjà le pressentir ; mais on b; verra mieux encore lorsque j’aurai montré en quoi consistent surtout ces fantastiques états de la pensée.

Les rêves, malgré une incohérence qui est quelquefois portée si loin , offrent de tous points les mêmes éléments intellectuels que l’état de veille. Comme dans ce dernier état, rien n’v est complètement passif ou actif ; seulement tout y est plus faible en même temps qu’infiniment plus machinal. Il y existe d’abord des passions, des sentiments, des idées, qui , dans bien des cas, sont évidemment la suite ou la reproduction des passions, des sentiments, des idées , dont était occupé l’esprit peu d’heures avant l’invasion du sommeil. Si les idées s’y succèdent, s’y heurtent la plupart du temps d’une façon bizarre, contradictoire, impossible, insensée , souvent aussi elles s’y dégagent si nettement, s’\ enchaînent avec tant de logique, y donnant lieu quelquefois même par leurs combinaisons à des pensées nouvelles et vraies, qu’au moment du réveil le songe a peine à être distingué de la

ItÊVES l>L SOMMEIL.

réalité qui a précédé et de celle qui \a suivre.

Dire qu’il y a dans le rêve, comme dans l’état de veille, des passions , des sentiments, des idées, qui sont nécessairement les mêmes dans l’une de ces deux phases de notre vie spirituelle que dans l’autre, c’est dire qu’il y a dans le rêve un moi , et que ce moi est le même que celui de l’état dé veille. C’est, en effet, le même moi qui se souvient au réveil des diverses particularités du rêve, les compare aux événements de l’état de veille et les en distingue. C’est lui qui, dans certains cas même, conçoit quelque doute, en rêvant, que ce qu’il éprouve ou crée n’est qu’un rêve (i), qui désire la fin de cet état, fait effort pour la provoquer, quand les scènes dans lesquelles

(1) Voici, sur ce point de l'iiistoire des rêves, un fait que j’emprunte à Gassendi et que je traduis de son Synlagma :

>> 11 m’était mort de la peste, dit cet excellent philosophe, un bon ami, Louis Charambon , juge criminel au présidial de Digne. Une nuit , dans mon sommeil, il me semble le voir, lui tendre les bras , en lui disant : « Salut ! toi qui reviens du séjour des morts. » Puis , tout-à-coup je m’arrête , faisant dans mon songe les réflexions suivantes : « Mais on ne revient pas ainsi de l'autre monde ! Je rêve sans nul doute. — Mais si je rêve, où suis-je? — Non pas à Paris, puisque je suis venu à Digne. Je suis donc à Digne, dans ma maison , dans ma chambre à coucher, dans mon lit. » Et comme je me cherchais dans ce lit, je ne sais quel bruit m’éveilla. » [Syut. phil., Part. II, liv. VIII.)

HÊVES DI SOMMEIL.

il est acteur ou témoin sont d’une nature douloureuse ou menaçante, et voit son reste de volonté déterminer leur cessation. Aussi doit-on s’étonner de toute la peine que s’est donnée Maine de Biran (i) pour ouvrir entre l’état de rêve et l’état de veille un hiatus qui livrerait passage à la doctrine même qu’il combattait, pour distinguer, en un mot, du moi de la raison et de la veille un moi de l’imagination et du rêve, un moi des nerfs, delà matière, dont l’admission ne laisserait guère de place à l’autre. N’y a-t-il pas, comme je viens de le dire, une foule de lèves qui ont eu lieu certainement, bien que le souvenir en soit nul, et pour lesquels on n’admettra pas deux moi, tandis qu’on n’en admettrait qu’un pour ceux dont on conserve la mémoire? N’existe-t-il pas plusieurs formes aiguës du délire des affections cérébrales où le malade après sa guérison ne se rappelle absolument rien

(L) Nouvelles considérations sur le sommeil, les songes et le somnambulisme , dans le t. Il des Œuvres philosophiques de Maine de Biran , publiées par V. Cousin , Paris, 1841.

Maine de Biran a du reste essayé de faire prévaloir cette doctrine dans tous ses ouvrages, et par exemple dans scs Nouvelles considérations sur les rapports du physique cl du moral de l'homme.

M. Beau tain et M. Allions ont fait les mêmes imprudents ell'orts pour donner au moi un Sosie.

RÊVES U U' SOMMEIL

des impressions, des sensations, des idées, soit vraies, soit fausses, qu’il a pourtant si manifestement éprouvées? Ici encore admettra-t-on un ou deux moi, suivant que les actes sensitifs ou intellectuels qui ont eu lieu pendant la maladie auront ou n’auront pas laissé de traces?

Indépendamment des passions, des sentiments , des idées, que lui fournit si évidemment l’état de veille, le rêve compte aussi parmi ses éléments des sensations venues des surfaces ou des points de rapports, soit internes, soit externes, .le n’entrerai pas dans le détail des sensations intérieures auxquelles peuvent donner lieu soit ies diverses attitudes prises durant le sommeil , soit cl surtout l'état propre des principaux viscères, l’estomac, le cœur, le poumon. A peine signalerai-je à cet égard un ou deux faits qui ont pu être observés par chacun de nous, et qui mettront sur la voie de faits du même genre. Qui ne sait tout ce que fournissent de matériaux aux rêves érotiques les impressions internes nées des organes reproducteurs? Qui n’a éprouvé par soi-même pour quelle part entrent dans les péripéties de quelques rêves certains besoins bien plus grossiers et bien plus animaux ? Quant aux sens extérieurs, rarement sont-ils tous ou complètement endormis. Il y a, par exemple, des dormeurs qui

RÊVES DI SOMMEIL

répondent d’une manière bien singulièrement précise aux questions qui leur sont adressées, surtout quand elles leur viennent de voix qu’ils connaissent. Aussi, dans combien de circonstances, principalement vers la fin du sommeil , des bruits, des paroles, sans parler de l’action de la lumière , ne se mêlentils pas aux autres conditions de la \ie intellectuelle pour modifier le rêve , ou en faire naître un nouveau? Dans ces cas divers et dans une foule de cas analogues , le moi subit ou emploie ces éléments externes du rèxc, comme il en subit ou emploie les éléments internes, les mêlant les uns aux autres , mais les mêlant avant tout à un ordre de matériaux dont il me reste à parler.

Ce qui constitue plus particulièrement le rêve , ce qui lui donne son caractère le plus essentiel et en apparence le plus extraordinaire, ce sont des sensations fausses relatives aux sens externes, œuvre de l’imagination qui veille, quand l’attention, la réflexion, la conscience , sont à moitié, mais ne sont qu’à moitié endormies. 11 n’est personne qui n’ait étudié ou pu étudier sur soi-même ces fausses sensations du sommeil , et qui ne sache combien quelquefois elles sont vives, nettes, bien ordonnées, et en apparence aussi réelles que les sensations de la veille la plus active.

REVES DU SOMMEIL

Les deux espèces de sensations dont la reproduction spontanée est la plus rare dans les rêves sont celles du goût et de l’odorat; bien qu’il ne manque pas d’exemples de rêves où l’on se soit assis à une talile chargée de mets savoureux, où l’on se soit promené dans des jardins embaumés du parfum des (leurs. Cette rareté des sensations du goût et de I odorat dans les rêves découle de leur nature surtout affective qui s’oppose dans la vie éveillée à leur reproduction surtout volontaire. J’ajoute qu’elle est en rapport avec leur degré d’importance dans celte u’e. Elles ne lui fournissent, en effet, que des éléments intermittents, et leur absence complète ne s’y ferait que très peu sentir. Il y a des hommes de l’intelligence la plus entière et la plus élevée complètement privés dès leur naissance de l’un ou de l’autre de ces moyens de relation avec la nature extérieure , et même de tous les deux à la fois.

Les trois espèces de sensations qui contribuent plus particulièrement à la lucidité fantastique des rêves, comme elles contribuent à la lucidité réelle de l’état de veille, sont donc les sensations du loucher, de l’ouïe et de la vue.

La fausse sensation du toucher entre pour une part considérable dans les scènes imaginaires «les rêves. Elle y prend toutes les formes, s’y repro-

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