‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 8 sur 93 · RÊVES DU SUMMUM · texte numérisé non relu

RÊVES DU SUMMUM

duit dans tous les détails qu’elle affecte dans les scènes de la vie réelle. On touche, on est touché, on frappe , on est frappé , on marche, on court , on nage, on se précipite, absolument comme on le ferait dans l’état de veille; et il y a dans les rêves telle sensation du tact général, celle par exemple de la forme du cauchemar appelée incube, qui ressemble si horriblement à la réalité, que lorsque sa violence a fait cesser le sommeil on est encore longtemps tenté de croire qu’on ne rêvait pas.

Mais les deux espèces desensations qui prennent la plus grande part, la part la plus essentielle, aux drames fantastiques des rêves, et leur donnent, on peut le dire, la vie, l’espace, la lumière, ce sont celles qui remplissent le même office dans les drames réels de l’état de veille ; ce sont les sensations de l’ouïe et de la vue. Dans les rêves, dans certains rêves au moins, on entend aussi distinctement que dans l’étal de veille les mélodies ies plus suivies, les accords les plus complexes et les plus variés. On y perçoit des paroles auxquelles on répond quelquefois en réalité , mais auxquelles le plus souvent on ne répond que mentalement , en se figurant v avoir répondu à voix haute.

Plus encore que les perceptions de l’ouïe, les perceptions de la vue ont parfois dans les rêves un

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degré de force, de clarté, une harmonie, une suite, qui les assimilent pour le songeur aux plus vives perceptions visuelles de l’état de veille, il en résulte pour lui des scènes d’une lucidité et d’une vraisemblance inouïes , des scènes dont à son réveil il a beaucoup de peine à reconnaître sur-le-champ la fausseté.

Qu’est-ce en définitive que ces scènes imaginaires des rêves, ces fausses sensations du sommeil plus particulièrement relatives aux sens du toucher, de l’ouïe et de la vue? Rien autre chose évidemment que la reproduction des idées de l’état de veille, non plus sous forme d’idées et même d’images, mais, par une métamorphose plus avancée , plus excentrique, plus plastique, sous forme de sensations.

Souvent, le plus souvent peut-être , ces fausses sensations, ouïes idées qu’elles représentent, semblent, indépendamment de l’incohérence de leur association, n’avoir aucun rapport avec les idées, même sensibles , qu’on a eues tout récemment étant éveillé. Elles surviennent alors soit parle fait d’une filiation automatique qui a suivi de nombreux détours et dont elles sont le seul résultat perçu, soit par une sorte d’ébranlement soudain qui les a fait sortir à la fois des profondeurs de l’organisme et des replis les plus secrets de la mémoire. iVen

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est-il pas du reste ainsi dans le cours ordinaire de la vie? N’y sent-on pas de temps à autre, dans le silence de la volonté, s’élever des mêmes abîmes des idées depuis bien longtemps oubliées , et que rien actuellement ne provoque? Toute la différence dans ce cas entre l’état de veille et celui de rêve, c’est que les idées qui dans l’état de veille conservent leur nature d’idées ou d’images , dans le rêve deviennent des sensations en vertu d’un acte de l’imagination plus fort et moins contrôlé par le moi.

Toutefois dans une foule de rêves les fausses sensations ont la relation la plus manifeste avec les pensées actuelles de l’état de veille. Tantôt elles ne sont que la représentation plus ou moins incohérente d’idées qui sont survenues peu de jours avant la nuit du songe, ou celui même qui a précédé. D’autres fois elles traduisent des préoccupations qu’on porte depuis des années avec soi, comme une grande crainte , un grand désir, un grand remords. Dans les deux cas il peut arriver que plusieurs nuits de suite elles reproduisent la même scène. D'observation psychologique offre de nombreux exemples de cette répétition nocturne d’une même transformation des idées , et la poésie en a consacré.

Dans une visite; faite à un grand établissement industriel, un jeune enfant est violemment frappé

RÊVES RI SOMMEIL

de i;idée de l’effroyable mort à laquelle le soumettrait un laminoir dont on l’approche et dont on lui explique l’action. Pendant le reste du jour celle pensée lui demeure présente. La nuit arrive, et à peine est-il endormi que, dans un rêve des plus distincts, lui apparaît l’horrible machine. Il se voit entraîné entre ses cylindres par une force irrésistible , il sent ses pieds s’y engager et s’y écraser, puis le reste de son corps, puis sa tète qui craque et s’aplatit. Il s’é\eille, poussant des cris affreux , baigné de sueur, les yeux hagards, ayant pendant quelques instants peine à croire intact son corps qu’il a senti se briser. Le soir le trouve préoccupé de ces affreuses images , de la crainte que la nuit ne les lui représente en rêve , et cette crainte n’est que trop fondée. Dès les premiers moments du sommeil le même songe recommence, avec les mêmes circonstances , suivi du même réveil et des mêmes terreurs. Pendant trois mois chaque nuit ramena cette scène de douleur et d’effroi. L’esprit du pauvre enfant eut beaucoup à en souffrir , et sa santé finit par en être gravement altérée. Elle ne se rétablit que lorsque les distractions d'un voyage eurent conjuré le retour du rêve.

Thyeste a fait naufrage dans l’iie d’Eubée , où règne son frère Atrée. Il y tremble [tour ses jours

IIÊVES DI SOMNAMBULISME .

et a sans cesse présents à la pensée les projets de vengeance de ce frère à <|iii il a enlevé jadis Ærope sa fiancée. Aussi, chaque nuit 3 en songe, l'ombre d’Ærope lui apparaît , (liste, gémissante. Elle l’entraîne vers son tombeau. Là il trouve l’implacable Atrée , armé d’un poignard ,

Qui semble d’une main lui déchirer le flanc ,

Et de l'autre à longs traits l’abreuver de son sang.

Jusqu’ici le dormeur, le rêveur demeurait couché, c’est-à-dire dans un état de torpeur des mouvements équivalent, pour ses relations avec le monde extérieur, à leur abolition complète. Maintenant la scène va changer, et nous allons assister à un spectacle plus extraordinaire, avoir affaire à un degré supérieur dans l’échelle de la transformation sensorialc des idées. Le dormeur, le rêveur va se lever; il va marcher, se livrer avec une énergie, quelquefois même avec une violence extrême, à l’exercice de tous les mouvements volontaires de l’état de veille. Le rêve, loin d’en être affaibli, n’en sera que plus vif et plus actif, ou plutôt c’est sa viv acité et son activité mêmes qui donneront lieu à ces mouvements, en provoquant les déterminations d’où ils résultent. Tel est, en effet, le caractère des rêves du somnambulisme. En même temps que la

Idées-sensations dans les rêves du

somnambulisme.

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