‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 79 sur 93 · I.A VISION. Ô.Sc · texte numérisé non relu

I.A VISION. Ô.Sc

miné, conjointement avec scs amis, les deux écrits trouvés sur son frère, fut d'avis, ainsi qu’eux, qu’ils constituaient « une espèce de mémorial qu’il gardait très soigneusement, pour conserver le souvenir d'une chose qu'il voulait toujours avoir présente à ses i/eu.r et à son esprit. » Cette chose , une lettre adressée à madame Périer par M. de Brienne, en date du 7 septembre 1668, va nous apprendre ce que c’était. « O11 m’a dit , ce sont les termes de cette lettre, que vous saviez des histoires admirables de sonnes, de sorciers, sortilèges , apparitions , etc. J’en fais un petit recueil, et je voudrais que vous pussiez voir ce que j’ai déjà écrit. Je ne mets rien dans mon livre que de très exact et de très M ai, et de plus circonstancié que je puis. Si vous pouvez m’envover quelque chose de ce genre , ou si vous en apprenez de personnes très sûres , je vous supplie de me faire cette grâce. Toutes ces choses, lorsqu’elles sont véritables, sont de grandes preuves de la religion.

« Faites-moi, à propos de cela, faire une copie du billet qu’on trouva sur M. Pascal, dont AJ. de Roanne/, m’a parlé, figuré comme il est, feu, /lamine, jour de Saint Clirgsogone. Je serais bien aise de l’avoir 1 ) . »

(1) Mémoires (le Marqaerite Périer , première partie ,

LA VISION

— l’aDRK DK UUIKNNE.

Il est clair, d'après ce fragment de lettre, que les visions, les apparitions, lorsqu’elles sont véritables, étaient pour M. de Brienne , comme pour madame Périer, comme pour Pascal, comme pour la socitété d’alors, de grandes preuves de la vérité de la religion. Ce qui suit de là et ce qui ne me paraît pas moins clair, c’est que la demande que M. de Brienne lait, à propos de cela, à madame Périer, d’une copie du billet trouvé sur son frère montre que, pour l’un comme pour l’autre, cet écrit se rapportait à une vision. Ils n’avaient pas besoin de s’en expliquer davantage (1).

Puisque j’ai cité M. de Brienne et par conséquent invoqué son autorité, je demande, avant d’aller plus loin, la permission de dire quelques mots de ce personnage, des vicissitudes de sa vie, de la nature de son esprit . Ce ne sera pas un hors-d’œuvre

pag. 79. — M. Faugère a imprimé celte lettre d'après le n* recueil MS. du P. Guerrier. (Pensées, fragments et lettres de Plaise Pascal, etc. . t. I. pag. 392-399.)

(1) Je possède plusieurs pièces écrites dans des conditions d esprit analogues à celles où se tn avait Pascal quand il traça 1 amulette , et qui par leur teneur et leur disposition offrent quelque rapport avec elle. Je n’ai pas cru convenable de publier ici aucune de ces pièces; mais je rappellerai qu’il y a dix ans j’en ai signalé l’existence pag. 317 et 318 de mon ouvrage sur le Démon de Socrate.

LA VISION. - L ABBÉ DE BltlEXXK. 2C)l

dans une note «j ni roule sur un fait de trouble de l’imagination.

Henri-Louis île Loménie , comte de Brienne, appartenait par sa famille, qui n’avait de Brienne que le nom , aux rangs inférieurs de l 'aristocratie de naissance du grand siècle. Après avoir fait partie des enfants d'honneur du jeune roi Louis \1Y , il obtint , très jeune lui-même , à îG ans, la survivance de la charge de secrétaire d’état pour les affaires étrangères, que remplissait alors son père. Il en exerça les fonctions à l àge de 23 ans, après s’y être préparé par des voyages où ii montra au moins beaucoup d’activité d’esprit. Au bout de deux ou trois années, en proie, dit-il dans ses Mémoires, au chagrin de la j erte de sa femme, mais en réalité par des motifs beaucoup moins louables, il se démit de sa charge, quitta la cour pour se faire chartreux , et finit par se retirer dans la maison de l’Oratoire de Paris. Il y mena d’abord une vie assez édifiante, qu’il tempéra par la culture des lettres et par des productions poétiques d’un goût toujours fort singulier. Il reçut la tonsure à Angers, et bientôt après le sous-diaconat. A peine avait-il publié un recueil de Poésies chrétiennes ( i , qu’il fut pris

(1) Recueil de poésie* chrétiennes el ' diverses , par M. de La Fontaine. 3 vol. in-1'2. Paris. 1G82. Il y a dans ce recueil.

LARBl’î DK BRIENNE.

■2Q9. LA VISION. -

d’idées qui ne Pétaient guère, fut à peu près chassé de l’Oratoire, passa en Allemagne, y lit quelques tours qui touchaient de près à l’escroquerie, et, à dater de celle époque, sa vie ne fut qu’une longue suite d’extravagances et dérèglements. L’histoire, au dire de Lancelot , en serait un vrai roman (1), mais un roman dont plusieurs scènes eussent pu conduire le héros au Châtelet.

La famille de AL de Brienne, désespérée de sa conduite, cherchait tous les moyens d’interrompre le cours de ses voyages et de le faire enfermer. Aussi n’eut-elle rien de plus pressé, quand il fut de retour à Paris, que de le faire conduire à l’abbaye de Saint-Germain des Prés. Il fut de là exilé à Saint- Benoît sur Loire, puis renfermé à Saint-Lazare, où il demeura plus de quinze ans. Enfui ou l’autorisa à se retirer à l’abbaye de Château-Landon , où il mourut au bout de huit années. Saint-Lazare, où il fut retenu si longtemps, était à la fois à cette époque le quartier-général de la congrégation des missions,

publié en réalité par Brienne, quelques pièces qui sont de lui. La Fontaine ne lit que la dédicace au prince de Conti.

(1) Lettre de Lancelot à M. Pèrier, pag. 238 des Mémoires de Marguerite Pèrier. — C’est la lettre dont j’ai cité plus haut un fragment , celui où se trouve rapportée l’aventure diabolique arrivée dans une église de Riom.

Page 1