‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 90 sur 93 · CROYANCE DE PASCAL AUX MIRACLES · texte numérisé non relu

CROYANCE DE PASCAL AUX MIRACLES

Pascal ne douta pas un instant du miracle opéré sur sa nièce. Page 199.

Voici en deux mots ce que c’était que ce miracle.

Une des nièces de Pascal , celle dont le nom est si souvent cité dans ce livre, était alors pensionnaire à Port-Royal. Elle était atteinte d’une fistule lacrymale avec carie du petit os dont le canal conduit les larmes de l’angle de la paupière dans l’intérieur du nez. Cette maladie, pour laquelle les chirurgiens avaient jugé l’usage du l'eu nécessaire, guérit presque subitement à la suite de l’application , sur l’œil de la petite Marguerite Périer, d’un fragment d’épine de la couronne de J.-C. , gardé comme une précieuse relique par les religieuses de Port-Royal. Ce miracle, qui fut le premier des nombreux miracles dits delà sainte Epine , lut attesté par une commission mipartie d’ecclésiastiques et de médecins, et instituée

CKOÏANCE 1)E PASCAL

à cct effet par l’archevêque de Paris. Port-Royal entra dans de saints transports de joie, et Jacqueline Pascal , retrouvant son ancienne verve, consacra la miraculeuse guérison de sa nièce par une pièce de vers, dont voici un fragment.

Au milieu de l’Auvergne, une enfant de sept ans,

Soit pour son péché propre ou ceux de ses parents,

Ou pour une autre lin, sans qu’ils fussent coupables,

Par l’ordre de Celui qui fait vivre et mourir.

Fut surprise d'un mal si pénible à souffrir,

Qu’elle eût touché le cœur des plus impitoyables.

L’œil de cette petite en imminent danger,

Jetant incessamment une liqueur impure,

Obligeait ses parents à ne rien négliger Pour arrêter le cours de cette pourriture.

Paris, où tous les arts sc savent signaler,

Les voit venir chez elle ou plutôt y voler,

Pour trouver un remède à ce mal <;ui s'obstine.

Mais n’étant pas un mal facile à secourir,

L’avis des médecins est qu’il ne peut guérir Sans appliquer le feu jusque dans sa racine.

Je renvoie, pour le reste de ce naïf petit poème «‘I pour tous les détails du miracle qui en fait le sujet , au mémoire du Recueil d’Utrecht (t . Je me

(1) Recueil d'Ulreeht, pag. ‘281 à oO/i. Voir aussi Lettres, opusc. et Méin. de madame Périer, de Jacqueline , etc., publiés par VL Faugère, pag. ljb et suiv., pag. Ü7G-CSÔ.

AUX 1MIRACLKS. o/|Q

bornerai à citer d<? cette partie du Mémoire le paragraphe suivant.

'( M. Pasclial lut longtemps dans l’admiration à l’occasion de ce miracle; et il a\ail une raison d’en être encore plus touché que les autres. Car il paraissait que Dieu l’avait accordé non seulement aux prières et aux besoins de Port-Roval , mais encore à sa foi. Quelques jours d vaut il eut un entretien avec un homme qui n’avait point do religion, et qui concluait de ce qui se p ssait dans l'Eglise qu’il n\ avait point de Providence. «Car, disait-il, il est » évident qu’il n’v a rien de plus injuste que de per- » sécuter comme hérétiques des personnes qui don- » tent d’un fait non révélé et indifférent à la Reli- » gion, tel qu’est celui de Jansénius. Comment donc,

» ajoutait-il , si Dieu se mêle de nos affaires , si la » Religion est son œuvre par excellence, si l’Eglise » est le royaume de la vérité , comment peut-il ar- » river que les seuls théologiens qui défendent toute » vérité soient opprimés , excommuniés , et sans » ressource soit du coté des hommes, soit du côté » de Dieu qui garde un profond silence ? » A ce discours du libertin, M. Pasclial répondit sans hésiter, qu’?7 croyait les miracles nécessaires , et qu’il ne doutait point que Dieu n'en fit incessamment \ i . »

(1) Hemcil d’I'lrechl , pa^. lioa.

35o CROYANCE 1)E PASCAL Al'X MIRACLES.

Rapprochez de cette réponse les Pensées de Pascal sur les miracles , quelque magnifique que puisse en être l’expression; mais rapprochez-en surtout sa vision et son amulette, et dites si tout cela ne se tenait pas d’une connexion intime et nécessaire.

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