‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 91 sur 93 · HALLUCINATIONS UES GUANOS ESPRITS · texte numérisé non relu

HALLUCINATIONS UES GUANOS ESPRITS

Niais Pascal avait fini par puiser bien davantage ce ton si absolu d’autorité dans sa foi à la religion et ;'i la grâce , celte foi qui était devenue son génie, et dans les circonstances étranges où son organisation exceptionnelle et fatiguée avait abusé son esprit sur la réalité d’une communication divine. Page 201).

.Il* donnerai pour terminaison à ces noies, et pour corollaire à l’ensemble de ce travail , un opuscule imprimé il \ a huit ans i , et où se trouvent développées d’un point de vue plus général les idées plus particulièrement exprimées à lit (in de la première partie du présent ouvrage.

Après les considérations <jue renferme ce fragment , après le> preuves de fait et de droit contenues dans le livre <jue j’ai publié sur le Démon de Socrate et dans celui <pi'on vient d ■ lire sur V Amulette de Pascal , je ne vois pas, je l’avoue, ce qui pourrait manquer à la démonstration du fait fécond

(1) Dans la Gazette médicale de Paris, numéro du 15 septembre IS.'W.

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<|ue j’ai voulu mettre en lumière, à savoir, l’existence d’un état intellectuel essentiellement constitué par de fausses sensations, et jusqu’à un certain point compatible avec l’exercice de la raison la plus entière , quelquefois même la plus puissante.

" SUR f\ DES POINTS DE VUE DE DA PSYCHOLOGIE DE L’HISTOIRE.

« 11 esi une espèce d’histoire, la plus intime dans ses sources, la plus élevée dans ses résultats, qui, loin de se borner à rassembler les faits de la vie des peuples et à les enchaîner dans leurs rapports extérieurs , recherche dans les profondeurs de l’âme leurs plus secrètes origines. Elle y saisit à leur naissance, et dès les temps les plus reculés , les instincts et la raison de l'homme; elle en suit le développement à travers le émirs des nations et le mélange des races qui les constituent 5 elle en signale enfin les variations, les écarts, les folies, comme elle a fait ressortir leur marche fatale vers une intelligence plus claire de l’ordre des choses et une observation plusrigoureuse de ses lois.

» Si dans l’accomplissement de celte tâche la Psychologie de V h istoire porte naturellement ses regards sur les masses, en interroge les mouvements, cherche à en pénétrer la pensée, elle ne doit pas

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mu* inomilie attention à l’élude des hommes supéi leurs qui les dominent et les conduisent.

» Indépendamment des laits psychologiques généraux et communs à chaque période historique , à chaque grande phase du progrès des races et des nations , il x a , en effet , pour chacune de ces périodes des hommes, en plus ou moins grand nombre, (lui en sont comme V expression vivante, et qui rellètent, en l’exagérant sans doute, mais aussi en la rendant plus sensible , l’idée de l’époque à laquelle ils appartiennent. La psychologie de ces hommes éminents , lorsque les matériaux nécessaires pour la tracer n'auront pas été détruits par le temps, donnera souvent, à (‘lie seule, le secret des pensées de leur siècle, comme à son tour elle pourra être éclairée et complétée par ces dernières. EL il importe de le remarquer ici, I inlluence de ces hauts personnages sur les hommes parmi lesquels ils ont vécu, n’a pu être ou plutôt se montrer aussi grande qu’elle nous apparaît, que parce qu’ils représentaient parfaitement la raison et surtout les passions de leur époque, j ajouterai que parce qu'ils en partageaient les erreurs, l’enthousiasme et même le délire. La fourberie politique et religieuse à la lois, dont on a accusé souvent tel ou tel grand acteur des anciens temps, est, à mon avis, une de> erreurs les plus

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grossières qui se soient commises dans l'appréciation des faits et des hommes historiques . On a ainsi mal à propos importé l’esprit politique ou philosophique moderne dans des événements ou dans des intelligences où il fait le plus évident contre-sens.

«Laissant de côté les temps sauvages avec lesquels l’histoire proprement dite n’a presque rien à démêler, mais où la philosophie trouverait tout analysés les rudiments de l’intelligence humaine, on peut arriver tout d’abord aux siècles HÉuoïyuES, à ces siècles d’ignorance absolue et de naïve crovance, où l’imagination encore toute puissante, et \ierge comme la nature de ce temps-là, peuplait le monde d’agents invisibles, et comme l’a dit Barthélemy, confondant le mouvement avec la vie, et la vie avec le sentiment, faisait de la foudre Jupiter , du feu Vesta, du soleil Apollon, et préparait ainsi aux âges futurs les terreurs de la superstition et les hallucinations de l’ignorance et du fanatisme.

» Cette imagination créatrice, vivifiante et divinisante, est, en effet, ce qui constitue la plus haute et la plus réelle expression de la psychologie générale des siècles héroïques, comme de celle de leurs représentants, je veux dire de leurs intelligences culminantes et conductrices. Sans doute, parmi ces sommités ou ces expressions , il s’en trouve d’ani-

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males, telles que le brigand Eacus, le niveleur Proc liste , le gros mangeur Milon ; il s’\ trouve des expressions guerrières, telles <|u' Ychille, A ja \ , Diomède; des expressions intelligentes, fines et astucieuses, comme Llxsse; des expressions poétiques ou musicales, Orphée, liions. Musée, Homère luimême; des expressions savantes, les deux (ils d’Eseulape, Macaon et Podalvre; mais il s’v trouve surtout des expressions religieuses, enthousiastes, des prêtres, des sacrificateurs , des dexins, des hommes de Dieu, Amphiaraiis, Calchas , qu’on rencontre toujours au premier rang dans toutes les affaires guerrières de ces époques, c’est-à-dire dans leurs affaires publiques les plus importantes.

» Il x a quelques distinctions à établir parmi ces expressions du sentiment religieux ou de causalité surnaturelle dans les siècles héroïques, et même, comme nous ne tarderons pas à le voir, dans les siècles historiques. Ou bien, et cela a pu avoir lieu dans un grand nombre de cas, ces expressions, prêtres, dexins, oneïroscopes , axaient foi dans la puissance de leurs cérémonies et de leurs sacrifices, dans leur pouvoir de divination , sans poin tant si' sentir précisément inspirées, et c'étaient là des engrossions religieuses, calmes et rnisomuibles ; ou bien, telles que ics pythies, les silo lies, elles pou-

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vaient entier, par le l’ait de leur nature maladive, ou de la stimulation de vapeurs ou de boissons excitantes, dans un état d’inspiration générale, sans détermination précise vers aucune des surfaces sensitives, et c’étaient là des expressions au moins enthousiastes ; ou bien enfin, res expressions religieuses étaient réellement, comme Socrate, en proie à des hallucinations des sens, de ceux surtout de la vue et de l'ouïe, qui les persuadaient de l'influence immédiate de la divinité; et c’étaient là les plus hautes expressions du sentiment religieux dans des siècles où il n était pas encore possible d’établir une distinction exacte entre la raison et la folie.

» Il v a eu certainement dans les siècles héroïques soit de la Grèce, soit des autres peuples, comme dans les siècles prophétiques des Hébreux, dont les récits portent le nom de \ ieux-Testament, il v a eu, dis-je, beaucoup de ces expressions hallucinées. Mais l’histoire, qui n’était pas encore née, n'a pu nous en transmettre les biographies particulières, et la fable ainsi que la tradition ne font que nous les signaler en masse, sous les noms de Devins, l’yt lions , Pvthies, IMhonisses , Sibviles. Les générations contemporaines, et même les générations pendant longtemps subséquentes , étaient si éloignées de voir, dansées expressions religieuses, des mal-

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heureux atteints |juur la plupart de folie sensoriale, <| u’el les ne remaniaient meme pas comme des maniaques furieux , Orcste, \thamas, Alcméon, et que, dans leurs croyances superstitieuses, elles ne voyaient en eux que des coupables tourmentés par les Euménides; erreur que pendant longtemps encore a partagée la philosophie antique, d’accord, en cela, avec la religion.

» Lorsqu’on arrive aux temps historiques ou dans le passage progressi! dos temps héroïques a ces derniers, les documents nécessaires pour apprécier avec vérité la psychologie des époques et celle des hommes éminents qui les représentent, naissent, se multiplient et acquièrent un certain degré de précision. L histoire s’écrit presque en même temps qu’elle se lait. L écriture, apportée aux hommes sauvages par les hommes héroïques et presque déjà historiques, tels que Cadmus (1), l’écriture se perfectionne en s’enrichissant de nouvelles lettres, en même temps que le langage acquiert plus de variété et se ploie à de nouvelles articulations. lia prédominance graduelle de la raison sur l'instinct, qui avait marqué la lin des temps sauvages et la naissance des temps civilisés, se continue

f l) Hérodote , lil>. V, § L V III. Hiodore de Sicile, lib. lit.

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