‹ L'amulette de Pascal pour servir à l'histoire des hallucinationsChapitre 92 sur 93 · I-.Wt. — Mine, i il). V II. Ciip, ftfi · texte numérisé non relu

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et s accroît. La force |jcrsomielle et brutale est neutralisée par les moyens qu'offrent à la défense les découvertes de l’art. Les besoins , les appétits perdent peu à peu de leur empire. Les principes, ou plutôt les sentiments de bienveillance et de droiture, entrent en lutte avec les sentiments égoïstes ou malveillants. L'homme réfléchit, raisonne sur ce qui l’entoure et sur lui-mèinc. Mais sa raison n’est pas encore assez puissante, et sa connaissance du monde extérieur assez étendue, pour qu’une appréciation exacte des causes naturelles lui permette de se soustraire aux terreurs de la superstition , aux exagérations de l’enthousiasme, aux hallucinations de la folie, en un mot à toutes les conséquences extrêmes de l’action du sentiment religieux, surexcité et trompé par une imagination toute puissante.

» Malgré des connaissances assez étendues en géométrie, transmises aux Ages suivants par Pythagore , Platon , Luclide, Archimède, et appliquées à certaines parties des arts, à la mécanique, à l’architecture; malgré les travaux sur la science de l’homme moral et intellectuel dus à Socrate, Platon, Vrislotê, Épicure , Zénon et à une foule d’autres philosophes, la science physique proprement dite n’existait pas jusqu'à des temps peu éloignés de nous, et la science psychologique, dont nul

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regard n’avait encore sondé les profondeurs anormales , était aussi fort imparfaite. 1 /homme n’avait presque aucune idée des forces qui animent et bouleversent la nature, non plus que du bouleversement qu’opère si souvent en lui-même le pouvoir désordonné de l'imagination. Il résultait de celle double ignorance , d’une part , le sentiment erroné de causalité surnaturelle qui avait peuplé de Dieux la terre, le ciel et les eaux, d’autre part , la persuasion que des sensations morbides , des visions, des hallucinations , en un mot , étaient des sensations réelles dues à l’action matérielle de ces puissances célestes sur les sens - et, si la première de ces erreurs a disparu a la chute du polvthéisme , la seconde, fortifiée, au contraire, par les croyances chrétiennes, a persisté jusqu’à nos jours. Jusqu’à la naissance de la vraie pbvsique, et par conséquent fort tard encore dans les temps historiques, l’homme , ne connaissant pas les limites respectives de sa puissance propre et de celle du monde qui l’environnait, s’exagérait l’une et l’autre, et pour conjurer des influences dont il avait peur, ou en provoquer qui lui vinssent en aide , n’avant pas encore de science évidente, il s’adonnait avec passion à l’étude des sciences occultes, aux calculs de l’astrologie judiciaire, aux pratiques de la cabale, aux évocations

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delà magie, naturelle ou surnaturelle, blanche ou noire, théurgique ou goëtique; sciences occultes, qu’on le remarque bien, auxquelles se sont livrés avec une égale ardeur les docteurs chrétiens les plus recommandables, comme les philosophes païens les plus célèbres , de saints papes , aussi bien que les athées et les panthéistes qu’ils faisaient brûler. La liste des grands hommes accusés de magie est d’une longueur effrayante, et je ne sais rien de plus incontestable que la vérité de cette accusation. Mais le fait sur lequel elle porte, qu il fût absurde ou coupable , signilie tout simplement que tous ces grands personnages, artistes, savants, philosophes, politiques, prêtres, papes même, étaient de leur temps, qu’ils en partageaient, en les exagérant, les croyances et les erreurs.

» La philosophie moderne a cru faire preuve de sagacité et de hardiesse en établissant que tous, ou presque tous ces hommes célèbres ne croyaient point a l’art qu’iis pratiquaient, ni à l’assistance des puissances surnaturelles qu ils invoquaient, dans un but >oit religieux, soit politique. Mais déjà saint Augustin ii , et avant lui les philosophes de l’ancienne Home, avait fait le même reproche ou adressé le même éloge à Hermès -Trismégisle, à Zamolxis, à (1) De rieilrile I)ci, iil>. Il,c.ip. !(>.

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Chamndas , à Minus, à Lvrurguc, a \uma , à IV thagore, et de quelque part <|inv vienne le reproche ou l’éloge, à mon avis il n’esl pas fondé. Sans doute il a pu se faire, et cela a eu lieu quelquefois, que parmi les anciens philosophes, politiques ou législateurs, qui se livraient à des pratiques superstitieuses, ou qui disaient recevoir leurs doctrines ou leurs lois de la Divinité elle-même, il a pu se faire, dis-je, que parmi eux se soient trouvés des fourbes, bien supérieurs à leur siècle, et qui nient cru nécessaire de donner dans le ciel une base aux doctrines ou aux institutions qu’ils entreprenaient d établir sur la lene. Mais tel n’a pas été le cas le plus général. Chez la plupart de ces hommes, au contraire, le sentiment religieux et politique était porté au plus haut degré, il \ prenait le caractère de l’enthousiasme et bientôt celui d’hallucinations externes. C’est là , je ne le mets pas en doute , ce qui a eu lieu chez Pvthagore, Mahomet, Jeanne-d’Arc, Luther, Loyola et chez une foule d’autres personnages plus ou moins importants, dont la pensée s’est exaltée et hallucinée lorsque des circonstances politiques et religieuses, ardentes, hallucinaient l'esprit des nations ou des époques dont ils sont les représentants i .

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)> A mesure qu’on approche des temps modernes , de ceux surtout où nous vivons, à mesure qu’on s’éloigne de la sorcellerie grecque et romaine et de la démonologie platonicienne, chrétienne et du moyen-àge, on voit les expressions enthousiastes et hallucinées de la psychologie des peuples perdre peu à peu de leur caractère grand , immense , national, tout à la fois politique et religieux, pour prendre les étroites proportions d hallucinations particulières et sans importance sociale : hallucinations imaginatives, poétiques, comme dans le Tasse; hallucinations plus intellectuelles, et quelquefois scientifiques , comme dans Paracelse , \ anhelmont ,

Jiarloeus , Swammerdam. Tous ces enthousiastes,

ces hallucinés occupent une place de plus en plus

séparée dans une société qu’ils ont cessé de représenter. On les désigne bien encore sous leur ancien nom de mystiques, de théosophes; mais le monde ne les suit plus. Il les regarde avec étonnement; il les plaint; et, dans son sein, les hommes instruits savent comment appeler les inspirations de Swedenborg, les terreurs de Pascal, la défiance de Mousseau. Comme la société moderne est essentiellement calme, réfléchie, éclairée, ou qu’elle tend à

sonnages, sous le titre de Vies (1rs hall urinés célèbres, constituerait un livre intéressant et mile.

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Ii‘ devenir; comme chez elle, les sens, l'instinct, I imagination , doivent céder, et cèdent peu à peu la place à l’entendement et à la raison , les représentants de cette société ne sauraient plus être des personnages ardents, mystiques et hallucinés, mais bien des hommes Froids, rétléchis, savants. Ils devront être surtout des hommes chez lesquels la réflexion et la science ne lassent que servir d’auxiliaires aux éternels principes de la morale, au sentiment composé de la justice et de la bienveillance générale, qui est la plus haute expression du perfectionnement de l’espèce humaine , comme la somme la plus grande et la plus également répartie de bienêtre sera son résultat. »

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