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CHAPITRE XXXVII

Salle du Trône .

Je ne quittai ces riches galeries qu’avec le plus vif regret : mais clans mon insatiable curiosité , jaloux de tout voir, je rentrai dans le centre de la ville. Je vis une multitude de personnes de tout sexe et de tout âge, qui se portoient avec précipitation vers7 un portique majestueusement décoré. J’entendois de côté et d’autre : hâtons nos pas ! notre bon roi est peut être déjà monté sur son trône ; nous ne le verrions pas d’aujourd’hui? Je suivis la foule : mais ce qui m’étonnoit fort, c’est que des gardes farouches n’opposoient aucune barrière aux empressemens du peuple. J’arrivai dans une salle immense, soutenue par plusieurs colonnes. J’avançai, et je parvins à voir le trône du monarque (a). Non : il est impos-

( a ) Par tout tous voyez ,des souverains , parce que les hommes se sont toujours choisi un maître pour se délivrer d’en avoir plusieurs.

Chez les peuples belliqueux , le premier roi a été

sible de concevoir une idée plus belle , plus noble, plus auguste, plus consolante de la

un soldat et le chef des combattans. Il a été juge chez un peuple cultivateur, et le juge de leurs différends. Ils ont voulu interrompre l’égalité , mais pour la retrouver entre eux 5 c’étoit le seul moyen pour en imposer à tout ambitieux et réprimer tout projet extravagant ou téméraire.

Plusieurs rois répugnoient à cause de l’anarchie i plusieurs rois cependant étoient nécessaires 5 car comment un seul ho.^me peut-il conduire les armées , juger dans les tribunaux, et diriger les finances? mais aussi qu’est-ce qu’une puissance divisée où chaque opération dépendroit d’une volonté différente ?

Il falloit donc une unité de pouvoir ; mais cette unité, si elle n’a point de contre-poids , deviendra nécessairement absolue Or , les hommes ont-ils consenti à une privation indéfinie de leur liberté? non, sur aucun point de la terre.

La meilleure forme de gouvernement est celle d’une monarchie libre , dans laquelle un seul souverain réunit dant sa seule personne le pouvoir législatif et exécutif, pourvu qu’il ne puisse changer les lois fondamentales , et que des corps intermédiaires concourent a l’administration.

Les représentai des villes, ayant la faculté de s’assembler en certains temps , de délibérer sur la situation et sur les besoins de l’Etat, d’en faire des rapports

quatre cent quarante. 95 majesté royale. Je fus attendri jusqu’aux larmes. Je ne vis ni Jupiter tonnant , ni

et des représentations au souverain , bien loin de gêner son autorité , l’affermiront au lieu de la détruire.

Le monarque ne peut pas se permettre les violences que la république admet : il seroit aujourd’hui impossible à un roi d’Europe de se montrer féroce et dur : il faut qu’il soit clément, pour peu qu’il connoisse ses véritables intérêts.

Depuis qu’on donne aux princes une éducation excellente , et qu’ils ont vu qu’un règne monarchique , fort , bon et sage , étoit récompensé par la gloire la plus générale et la mieux méritée , il n’est point de prince qui ne cherche à jouir de cette belle renommée , le seul bien qui leur reste à conquérir et sans lequel les autres ne sont rien.

Eh quoi de plus grand ! que de pouvoir marquer chaque année par des faits et des événemens glorieux , utiles à l’humanité , de répandre la félicité sur une vaste portion de terrain , de donner à l’administration particulière un cours heureux.

Il faut qu’un gouvernement quelconque , dans toute opération majeure , se rapproche du monarchique : car celui-ci a une vitesse merveilleuse qui le rend admirable dans les importantes occasions.

On est convenu que la république, dans une guerre, devoit remettre ses forces entre les mains d’un seul; ne pourroit-on pas statuer que lorsque la guerre ne

appareil terrible , ni instrument de ven~ geance. Quatre figures de marbre blanc,

menace plus les provinces d’un Etat, la monarchie doit avoir quelque chose du gouvernement populaire ?

Le point principal à trouver dans une monarchie , seroit que le chef ne pût jamais tourner contre ses sujets l’épée menaçante faite pour intimider l’ennemi.

Mais de même que toute force exerce nécessairement jusqu’à ce qu’elle trouve un obstacle , de même la puissance des rois monte jusqu’à ce qu’on l’arrête. L’ambition du coeur humain , ordinairement aveugle , n’a point de bornes : elle s’accroît encore lorsqu’elle semble reposer ; le joug s’appesantit insensiblement lorsque le coupable qui le supporte , ne cherche pas lui- même à le rendre plus léger.

Qui trouvera cet accord heureux entre la puissance et la liberté ? la puissance nécessaire pour imprimer aux lois une majesté permanente , la liberté nécessaire pour que la nation existe avec dignité et splendeur.

Comment un homme foible par lui -même commande-t-il à des hommes forts? comment ceux-ci consentent-ils à être soumis, et comment celui-là se rassure-t-il sur une force qui n’a que l’opinion pour base? quel lien établit cette constante subordination? problème qui ne peut se résoudre et qui paroit la chose du monde la plus inconcevable à l’homme qui sait y réfléchir : qui ne s’en étonne pas , n’est pas fait pour y penser.

représentant

quatre CE K T quarante.

représentant la force , la tempérance , la justice et la clémence, portoient ün simple fauteuil d’ivoire blanc, élevé seulement pour faciliter la portée de la voix. Ce siégé étoit couronné d’un dais suspendu par une main dont le bras sembloit sortir de la voûte. A chaque côté du trône étoient deux tablettes , sur l’une desquelles étoient gravées les lois de l’Etat et les bornes du pou* voir royal , et sur l’autre , les devoirs des rois et ceux des sujets. En face étoit une femme qui allaitoit un enfant, emblème fidèle de la royauté. La première marche, qui servoit de degré pour monter au trône, étoit en forme de tombe. Dessus étoit écrit en gros caractère: l’Eternité. C’étoit sous cette première marche que reposoit le corps embaumé du monarque prédécesseur, en attendant que son fils vînt le déplacer. C’est de là qu’il crioit à ses héritiers qu’ils étoient tous mortels , que le songe de la royauté étoit prêt à finir , qu’ils resteroient alors seuls avec leur renommée ! Ce lieu vaste étoit déjà rempli de monde , lorsque je vis paroître le monarque revêtu d’un manteau bleu qui Tome //. G

flottoit avec grâce. Son front étoît ceint d’une branche d’olivier ; c’étoit son diadème : il ne rnarchoit jamais en public sans ce respectable ornement qui en imposoit aux autres et à lui-même. Il se fit des acclamations lorsqu’il monta sur son trône. Il ne paroissoit pas indifférent à ces cris de joie. Mais à peine fut-il assis qu’un silence respectueux s’étendit sur cette nombreuse assemblée. Je prêtai une oreille attentive. Ses ministres lui lurent à haute voix tout ce qui s’étoit passé de remarquable depuis la dernière séance. Si la vérité eût été déguisée , le peuple étoit là pour confondre le calomniateur. On n’oublioit point ses demandes. On rendoit compte de l’exécution des ordres ci - devant donnés , et cette lecture étoit toujours terminée par le prix journalier des vivres et des denrées. Le monarque écoutoit , et d’un signe de tête approuvoit ou remettoit les choses à un plus ample examen. Mais si du fond de la salle il s’élevoit une voix plaignante et condamnant quelques articles , fût - ce un homme de la dernière classe, on le faisoit avancer dans un petit cercle pratiqué

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au pied du trône. Là', il expliquent ses idées ( b) , et s’il se trouvent avoir raison , alors il étoit écouté , applaudi, remercié ; le souverain lui jotoit un regard favorable : si , au contraire , il ne disoit rien que d’absurde , ou grossièrement fondé sur un intérêt particulier, alors on le chassoit avec ignominie , et les huées des assistans l’accornpagnoient jusqu’à la porte. Chacun pouvoit se présenter sans autre crainte que celle d’attirer la dérision publique , si ses vues étoient fausses ou bornées.

Deux grands officiers de la couronne accompagnoient le monarque dans toutes les cérémonies publiques , et inarehoient

( b ) Un des plus grands malheurs qui soit en France , c’est que toute la police et l’administration des affaires sont entre les mains des magistrats , ou des gens revêtus d’une charge et d’un titre j sans qu’on daigne jamais consulter ( du moins de la part du public ) les personnes privées en qui la science v et la sagesse se trouvent souvent dans un degré éminent. Le meilleur citoyen , le plus éclairé , ne peut développer ses talens utiles ou la grandeur de son ame ; s’il ne porte la robe d’un homme en charge , il doit immoler ses bous desseins , être témoin des plus grands abus , et se taire.

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à ses côtés. L’un portoit au haut d’une pique une gerbe de bled (<?), et l’autre un cep de vigne : c’étoit afin qu’il n’oubliât jamais que c’étoient là les deux soutiens de l’Etat et du trône. Derrière lui le panetier de la couronne , ayant une corbeille remplie de pains , en donnoit un à chaque indigent qui réclamoit son assistance. Cette corbeille étoit le sûr thermomètre de la misère publique ; et lorsque le panier se trouvoit vide, alors les ministres étoient chassés et punis : mais la corbeille demeuroit pleine et attestoit l’abondance publique.

Cette auguste séance se tenoit une fois par semaine , et duroit trois heures. Je sortis de cette salle , le cœur pénétré , et aussi rempli de respect pour ce roi que pour la Divinité même , l’aimant comme

(c) L’empereur Taisung se promenant en campagne avec le prince son fils , et lui montrant les laboureurs occupés à leur travail : voyez , lui disoitil la peine que ces pauvres gens prennent tout le long de l’année pour nous soutenir ; sans leurs travaux et sans leur sueur } ni vous ni moi f nous n’aurions pas d’empire .

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Je conversai avec plusieurs personnes de tout ce que je venois de voir et d’entendre :

les Camille , les Fabius , les Flaminius, les S'i pions , les IVfëtellus , les Paul-Emile , les Marius , les Pompée ont été , les monarques réels et véritables de Prome. C’est que la capacité personnelle, les vertus et les exploits donneront toujours à un citoven une supériorité réelle sur ses concitoyens.

L’existence des monarchies est beaucoup plus assurée que celle des Etats républicains. Ceux-ci sont trop orageux et ils ne savent presque jamais , réparer les faites qu’ils ont commises. La monarchie est plus propre à attaquer et à se défendre ; et si la partie militaire , c’est-à dire externe, est dans la main du monarque un pouvoir protecteur et conservateur , il peut donner en même temps à l’administration civile une force et une activité qui s’étendent à toutes les parties du gouvernement intérieur.

Qt/un monarque soit éclairé, et qu’il soit conséquemment modéré , quelle facilité n’a-t-il pas à diriger au bien public la justice , la police, les finances , l’agriculture, et le commerce. La tranquillité règne., tandis que la république sera livrée à des crises violentes.

Sans doute le monarque peut abuser de son pouvoir $ jinais c’est alors une monarchie dégénérée 5 cet abus ne subsistera pas long-temps chez;, une nation qui fera cas des lumières utiles. Les lumière^.

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iis étoient surpris de mon étonnement ; toutes ces choses leur sembloient simples et naturelles. « Pourquoi , me dit l’un d'eux , avez- vous la fureur de comparer

voilà ce qui préservera les trônes de l’Europe du despotisme.

Les défauts de la monarchie ne sont pas inhérents à cette forme de gouvernement , la plus heureuse qu’un Etat puisse recevoir. La monarchie tempérée sera toujours le plus sûr gage de la liberté nationale. Rien n’est plus opposé aux monarques de l’Europe que ces despotes de l’Orient et de l’Afrique , qui tiennent leurs sujets dans un esclavage servile et stupide-, et qui ensanglantent le trône sous lequel ils vont être écrasés.

D’ailleurs, quand le peuple sera éclairé , il ne devra pas craindre que les coups du monarque soient violens , quelle que soit sa puissance.

Si l’on examine de près les anciennes formes de gouvernement, on verra que c’etoit une monarchie mêlée de l’aristocratie.

Le trône des Français se trouve aujourd’hui dans un équilibre heureux et qui n’attaque point trop nos libertés. Les états - généraux que nous avons perdus sont remplacés, pour ainsi dire, par cette foule de citoyens qui parlent , qui écrivent et qui * défendent au despotisme d’altérer trop considérablement la constitution libre et ancienne des Français.

ce temps présent à un vieux siècle bizarre^ extravagant , où Ton avoit de fausses idées sur les matières les plus simples, où l’orgueil jouoit la grandeur , où le faste et la représentation étoient tout, et le reste lien, où la vertu enfin n’étoit regardée que comme un fantôme, pur ouvrage de quelques philosophes rêveurs (<?).

( e ) Il faut respecter les préjugés populaires! tel est le langage de ces génies étroits, pusillanimes, pour lesquels il suffit qu’une loi subsiste pour paroître sacrée. L’homrtte vertueux à qui seul il appartient d’aimer et de haïr, connoît-il cette modération criminelle? .Non : il se charge de la vindicte publique 5 ses droits sont fondés sur son génie, et la justice de sa cause sur la reconnoissance de la postérité»

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