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barbare , fondée sur l’ignorance des véritables lois ou sur le mépris des hommes les plus pauvres et les plus utiles. Il étoit des lois abominables et cruelles , qui supposoient les hommes médians : mais nous sommes très-disposés à croire qu’ils ne le sont devenus que depuis l'institution de ces mêmes lois. Le despotisme a fatigué le cœur humain , et en l’irritant l’a desséché et corrompu.
Notre roi a tout le pouvoir et l’autorité nécessaires pour faire le bien , et les bras liés pour faire le mal. On lui expose la nation sous un jour toujours favorable : on présente sa valeur , sa fidélité envers le prince son horreur pour tout joug étranger.
Il est des censeurs qui ont droit de chasser d’auprès du prince tous ceux qui incli-
milieu , faute d’avoir étudié les faits antécédens , a donné dans des erreurs graves 5 sans doute des vérités se sont mêlées à ces fautes ; elle a démontré l’erreur de quelques grands politiques qui préféroient les manufactures à l’agriculture. Les torts qu’elle a eus proviennent de l’entêtement y les enthousiastes de cette secte ont tout gâté.
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neroient à l’irréligion , au libertinage , au mensonge , à l’art plus funeste de couvrir la vertu de ridicule (5). On ne çonnoît plus aussi parmi nous cette classe d’hommes , qui , sous le titre de noblesse ( qui , pour comble de ridicule , étoit vénale ) accouroit ramper autour du trône , ne vouloit suivre que le métier des armes ou celui de courtisan , vivoit dans l'oisiveté, rassasioit son orgueil de vieux parchemins , et présentoit le déplorable spectacle d’une vanité égale à sa misère. Vos grenadiers versoient leur sang avec autant d’intrépidité que le plus noble d’entre eux , et ne le mettoient pas à si haut prix. D’ailleurs , une telle dénomination dans notre république auroit offensé les autres ordres de l’Etat. Les citoyens sont égaux : la seule distinction est celle que mettent naturellement entre les hommes la vertu , le génie et le travail ( t).
(s) Je suis fort porté à croire que les souverains sont presque toujours les plus honnêtes gens de leur cour. Narcisse avait l’ame encore plus noire que celle de Néron.
(t) Pourquoi les Français ne pourroient-ils pas
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Malgré tant de remparts , de barrières , de précautions, afin que le monarque n’oublie poifit , en cas de calamités publiques , ce qufil doit aux pauvres , il observe chaque année un jeûne solemnel , qui dure trois jours. Pendant ce temps notre roi souffre la faim, endure la soif, est couché sur un grabat: et ce jeûne terrible et salutaire lui imprime dans le cœur une commisération
adopter un jour quelques formes républicaines? Qui estce qui ignore en ce royaume les prééminences de la noblesse fondées sur l’institution même , confirmées par l’usage de plusieurs siècles ? Dès que sous le règne de Jean , le tiers-état eut sorti de son avilissement , il prit séance aux assemblées de la nation , et cette noblesse fière et barbare le vit, sans se soulever, associé aux ordres du royaume , quoique les temps fussent encore tout remplis des préjugés de la police des fiefs et de la profession des armes. L’honneur français , principe toujours agissant , supérieur aux plus sages institutions , pourra donc devenir un jour l’ame d’une république, sur- tout lorsque le goût de la philosophie, la connoissance des lois politiques , l’expérience de tant de maux auront détruit cette légè eté, cette indiscrétion , qui dénaturent ces brillantes qualités qui feroient des Français le premier peuple de l’univers , s’il savoit mesurer, mûrir et soutenir ses projets.
QUATRE CENT QUARANTE. l33 plus tendre envers les nécessiteux. Notre souverain n'a pas besoin , il est vrai, d’être averti par cette sensation physique ; mais c’est une loi de l’Etat, une loi sacrée , jusqu’ici suivie et respectée. A l’exemple du monarque, tout ministre, tout homme qui touche aux rênes du gouvernement, se fait un devoir de sentir par lui -même ce que c’est que le besoin et la douleur qui en résulte; il en est plus disposé dans la suite à soulager ceux qui se trouveroient soumis à l’impérieuse et dure loi de l’extrême nécessité (//).
( u ) En face de la cabane d’un philosophe , se trouvoit une haute et riche montagne favorisée des plus doux regards du soleil. EJ. I e étoit couverte de beaux pâturages , d’épis dorés , de cèdres et de plantes aromatiques. Les oiseaux les plus agréables à la vue , les plus délicieux au goût , en bandes pressées , fendoient l’air de leurs ailes , et le remplissoient de leurs ramages harmonieux. Les daims , les chevreuils bondissans peuploient les bois. Quelques lacs nourrissoient dans leurs eaux argentées la truite , le merlan et le brochet. Trois cents familles répandues sur le dos de cette montagne la partageoient , et y vivoient heureuses dans la paix , dans l’abondance , au sein des vertus qu’elles enfantent $ elles bénissoient le ciel au
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— Mais, lui dis-je , de tels changemens ont dû être longs, pénibles, difficultueux. Que d’efforts il vous a fallu faire ! Le sage, souriant avec douceur, répondit : le bien n’est pas plus difficile que le mal. Les
lever et au coucher du soleil. Mais voici que l’indolent, le voluptueux, le dissipateur Osman monta sur le trône, et ces trois cents familles furent bientôt ruinées , chassées , errantes et vagabondes. La belle montagne passa toute entière entre les mains de son visir , noble brigand , qui fit servir les dépouilles des malheureux à traiter magnifiquement ses chiens , ses concubines et ses flatteurs. Un jour Osman s’égara à la chasse ; il fit rencontre d’un philosophe dont la cabane écartée avoit échappé au torrent qui avoit tout englouti. Le philosophe le reconnut , sans que le monarque s’en doutât. Le philosophe fit noblement son devoir. On parla du temps présent. « Hélas ! dit le sage vieillard , on connoissoit encore la gaieté , il y a dix ans ; mais aujourd’hui les plus grands besoins exténuent le pauvre , attriste son ame, et l’extrême misère qu’il combat chaque jour avec courage le mène lentement au tombeau. Tout souffre. . . Le monarque reprit : « dites-moi je vous prie, qu’est-ce que misère? » Le philosophe soupira , se tut et le remit dans le chemin de son palais.
quatre cent quarante. i35 passions humaines sont de terribles obstacles mais dès que les esprits sont éclairés sur leurs véritables intérêts , ils deviennent justes et droits. Il me semble qu’un seul homme pourroit gouverner le monde , si les coeurs étoient disposés à la tolérance et à l’équité. Malgré l’inconséquence ordinaire aux gens de votre siècle , on avoit Su prévoir que la raison feroit un jour de grands progrès ; les effets en sont devenus sensibles , et les principes heureux d’un sage gouvernement ont été le premier fruit de la réforme.
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