CHAPITRE XL
j Des Femmes .
L’homme affable et complaisant qui daignoit m’instruire , continua sur le même ton de franchise. — Vous saurez que les femmes n’ont d’autre dot que leurs vertus et leurs charmes. Elles ont donc été intéressées à perfectionner les qualités morales. Ainsi par ce trait de législation nous avons abattu l’hydre de la coquetterie , si féconde en travers , en vices et en ridicules. — Quoi, point de dot ! Les femmes n’ont rien en propre, et qui peut les épouser? — Les femmes n’ont point de dot , parce qu’elles sont par nature dépendantes du sexe qui fait leur force et leur gloire , et que rien ne doit les soustraire à cet empire légitime , qui est toujours moins terrible que le joug qu’elles se donnent à elles-mêmes dans leur funeste liberté. D’ailleurs cela revient au même : un homme qui épouse une femme , ne recevant rien d’elle, trouve à pourvoir ses filles sans bourse délier. On ne voit
l54 l’an deux mille point une fille orgueilleuse de sa dot sembler accorder une grâce à l’époux qu’celle accepte (a). Tout homme nourrit la femme qu’il fécondé , et celle-ci tenant tout de la main de son mari est plus disposée à la fidélité et à l’obéissance : la loi étant universelle , aucune n’en sent le poids. Les femmes n’ont d’autre distinction que celle que leur époux fait rejaillir sur elles. Toutes soumisses aux devoirs que leur sexe leur impose , leur honneur est de suivre ses lois austères , mais qui seules assurent leur bonheur.
Tout citoyen qui n’est pas diffamé , fût* il dans le dernier emploi , peut prétendre à la fille du plus haut rang , pourvu que le consentement de celle qu’il recherche y réponde , et qu’il n’y ait point séduction ou disproportion d’âge. Tous les citoyens, sans marcher sur la même ligne, reprennent l’égalité primitive de la nature , lorsqu’il s’agit de signer un contrat aussi pur,
( a ) Une femme d’Athènes demandent à une Lacédémonienne , ce qu’elle avoit apporté en dot à son mari ? — La chasteté , répondit elle»
quatre cent quarante. i 55 aussi libre , aussi nécessaire au bonheur, que celui de l’hymen. Là finit la borne du pouvoir paternel (Æ), et celle de l’autorité civile. Nos mariages sont fortunés., parce que l’intérêt qui corrompt tout, ne souille point leurs nœuds aimables. Vous ne saujiez croire combien une loi si simple a banni de vices et de frivolités, tels que la médisance , la jalousie , l’oisiveté , l’orgueil de l’emporter sur une rivale , les petitesses, les misères de toute espèce (u). Les fem-
( b ) Quelle indécence ! quelle monstruosité que de voir un père fatiguer vingt tribunaux , animé par l’orgueil barbare de ne point céder sa fille à un homme , parce qu’il la destinoit secrètement à un autre ; oser alors citer des ordonnances civiles , tandis qu’il oublie les lois les plus sacrées de la nature , qui lui défendent d’accabler une fille infortunée sur laquelle il n’a d’autre autorité légitime , qiie celle de l’accabler de bienfaits ! Une chose tristement remarquable dans ce malheureux siècle , c’est que les mauvais pères ont surpassé le nombre des enfans dénaturés. Où est la force du mai? Hélas , dans nos lois !
(c) La nature a destiné les femmes aux fonctions intérieures de la maison , et à des soins par-tout d’une même espèce. Elle a semé beaucoup moins de variétés dans leur caractère que dans celui des hommes. Pres^,
mes , au lieu de perfectionner leur vanité, ont cultivé leur esprit ; et au défaut de richesses , elles ont fait provision de douceur , de modestie et de patience. La musique et la danse ne forment plus leur mérite principal : elles ont daigné apprendre l’économie , l’art de plaire à leurs maris , et d’élever leurs enfans. L’extrême inégalité des rangs et des fortunes ( le vice îe plus destructeur de toutes les sociétés politiques ) disparoît ici. Le dernier citoyen n’a pointa rougir devant la patrie ; il s’allie au premier qui 11’en conçoit point de honte. La loi a uni les hommes autant qu’elle a pu; au lieu de créer ces distinctions injurieuses qui n’ont jamais enfanté que l’orgueil d’un côté et la haine de l’autre , elle a mieux aimé rompre tout ce qui pouvoit diviser J es en fans d’une même mère.
Nos femmes sont ce qu’elles étoient chez les anciens Gaulois , des objets aimables et vrais , que nous respectons , que nous con-
que toutes les femmes se ressemblent : elles n’ont qu’un but, et il se manifeste dans tous les pays par des effets semblables.
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suîtons dans toutes nos affaires. Elles n’affèctent point ce misérable jargon du belesprit ( d) , si fort en vogue parmi vous. Elles ne se mêlent point d’assigner le rang aux differens génies. Elles se contentent d’avoir du bon sens , qualité bien préférable à ces éclairs artificiels, frivoles amuse* mens de l’oisiveté. L’amour, ce principe fécond des plus rares vertus , préside et veille aux intérêts de la patrie. Plus on goûte de bonheur dans son sein , plus elle devient chère. Jugez de notre attachement pour elle. Les femmes y ont sans doute gagné. Au lieu de ces vains et fastidieux plaisirs qu’elies poursuivoient par vanité, elles ont toute notre tendresse , elles jouis-
( d ) Une femme est bien mal-habile de vouloir montrer de l’esprit à tout propos. Elle devroit , au Contraire , mettre tout son art à le cacher. En effet, que cherchons-nous , nous autres hommes? de l’innocence , de l’ingénuité , une ame neuve , simple , franche , une intéressante timidftïj. Une femme qui fait briller son savoir, semble donc vous dire: «Messieurs , attachez-vous à moi $ j’ai de l’esprit ; je serai plus perfide , plus fausse , plus artificieuse qu’un® autre. »
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sent de notre estime , elles goûtent une félicité plus solide et plus pure dans la possession de nos cœurs que dans ces voluptés passagères , dont la triste poursuite les fatiguoit. Chargées du soin de conduire les premières années de nos enfans , ils n’ont plus d'autres précepteurs qu’elles j parce que plus vigilantes , plus instruites qu’elles ne l’étoient dans votre siècle , elles connoissent mieux le plaisir délicieux d’être mères dans toute l’étendue du terme.
Mais , m’écriai-je , malgré toute la perfection dont vous êtes remplis , l’homme est toujours homme ; il a ses foiblesses , ses fantaisies, ses dégoûts. Si le flambeau de la discorde prenoit la place du flambeau de l’hymen, comment faites- vous alors ? Le divorce est -il permis (e)? — Sans doute ,
( e ) Nicolas I s’érigeant en réformateur des lois divines , naturelles et civiles, abrogea le divorce dans le neuvième siècle. Il étoit en vogue chtz tous les peuples de la terre, ajÿorisé parmi les Juifs et les Chrétiens. Quel est le sort du genre humain ! Un seul homme lui ravit une liberté précieuse , d’un lien civil fait une chaîne indissoluble et sacrée, fomente à jamais les discordes domestiques. Plusieurs siècles donnent
lorsqu’il est fondé sur des raisons légitimes ; par exemple , lorscpie les deux conjoints le sollicitent à-la-fois, l’incompatibilité d’humeurs suffit pour rompre ces nœuds. On ne se marie que pour être heureux : c’est un contrat dont la paix et les soins mutuels
à cette loi inepte et bizarre une sanction inviolable 5 et les guerres intestines qui troublent l’intérieur des maisons et la dépopulation des Etats , sont les fruits du caprice d’un pontife. Il est évident que le divorce étant permis , les mariages seroient plus heureux. On redouteroit moins de contracter un lien qui ne nous enchaîneroit point au malheur. La femme seroit plus attentive , plus soumise. Le lien n’étant durable que par la volonté des conjoints , auroit un tissu plus fort. D’ailleurs , la population étant fort au-dessous de son véritable terme , c’est à l’indissolubilité du mariage qu’on doit attribuer la cause secrète qui mine sourdement les monarchies catholiques. Si elles tolèrent encore quelque temps , et le célibat qui domine parmi nous (fruit de la plus triste administration), et le célibat ecclésiastique qui semble de droit divin , elles n’auront plus que des troupes énervées à opposer aux armées nombreuses , saines et robustes des peuples chez lesquels le divorce est permis. Moins il y aura de célibataires , plus les mariages seront chastes, heureux et féconds. La diminution de l’espèce humaine conduit nécessairement un empire à sa ruine totale.
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doivent être le but. Nous ne sommes pas assez insensés pour retenir de force deux cœurs qui s’éloignent, et pour renouveler le supplice du cruel Mézence , qui attachoit un corps vivant sur un cadavre. Le divorce est le seul remède convenable , parce qu’il rend du moins à la société deux hommes perdus l’un pour l’autre. Mais le croiriezvous ? plus la facilité est grande, plus on tremble d’en profiter, parce qu’il y a une espèce de déshonneur à ne pouvoir supporter ensemble les misères d’une vie passagère.
Nos femmes , vertueuses par principes , se complaisent dans les plaisirs domestiques y ils sont toujours rians lorsque le devoir se confond avec le sentiment, rien n’est difficile alors, et tout prend une empreinte touchante.
— Oh! que je suis désespéré d’être si vieux, m’écriai -je! j’épouserois tout-àl’heure une de ces femmes aimables. Les mœurs des nôtres étoient si hautaines , si altières ! Elles étoient, pour la plupart , si fausses , si mal élevées, que se marier passoit pour une insigne folie. La coquetterie
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terie et le goût immodéré des plaisirs , avec tine profonde indifférence pour tout ce qui n’étoit pas elles-mêmes , voilà ce qui composoit le caractère de nos femmes. Elles jouoient la sensibilité; elles n’étoient guère humaines qu’envers leurs amans. Tout autre goût que celui de la volupté étoit près* que étranger à leur ame. Je ne parle point ici de la pudeur ; elle étoit un ridicule* Aussi tout homme sage , ayant à choisir de deux maux , préféroit le célibat comme le moindre. La difficulté d’élever des enfans étoit encore une raison non moins forte ; on évitoit de donner des enfans à un Etat qui devoit les accabler de rigueurs. Ainsi l’éléphant généreux, une fois captif, se dompte lui-même, refuse de se livrer au plus doux instinct , afin de ne point rendre esclave sa postérité. Leurs maris eux-mêmes veilloient dans leurs transports à écarter un enfant de leur maison , comme on cherche à éloigner de chez soi un être vorace. L’homme fuyoit l’homme , parce que leur union ne pouvoit que redoubler leur misère ! 13e pauvres filles , fixées au sol où elles naissoient, languissoient connue Tome IL L
ces fleurs qui , brûlées du soleil , pâlissent et tombent sur leurs tiges Le pins grand nombre traînoit jusqu’au tombeau le des’r d’être mariées : l’ennui et le chagrin filoient tous les instans de leur vie ; elles ne se dédommageoient de cette privation que par le risque de leur honneur et la perte de leur santé. Enfin le nombre des célibataires étoit monté à un point effrayant , et pour comble de malheurs , la raison sembloit justifier cet attentat contre l’humanité (y*). Achevez du moins , pour me consoler, de me présenter le tableau atten-
(f) Le goût du célibat commence à régner lorsque le gouvernement devient aussi mauvais qu’il est possible qu’il le soit. Le citoyen bientôt détaché du lien le plus doux , se détache insensiblement de l’amour «le la vie. Le suicide devient fréquent L’art de vivre e t un art si pénible , que l’existence devient un fardeau. Ou au roi t supporté tous les fléaux physiques rassemblés ; mais les maux politiques so"t cent Lis plus affreux , parce que rien ne Les nécessite,. L*li mime maudit la société q i de voit al‘égjr ses peines , et brise ses fei s. On compte à Pans, en l’an 1769, c« nfc quarante-sept personnes qui se sont donné volontairement la mort.
Qt7 A TR B CENT QUARANTE. l63 drissant cle vos mœurs. Comment avez vous pu effacer des fléaux qui paroissoient de* voir engloutir l’espèce humaine ?
Mon guide prit un ton de voix plus élevé , et s’animant avec noblesse et dignité , dit en levant les yeux vers le ciel: « O Dieu ! si l’homme est malheureux , c’est par sa faute, c’est qu’il s’isole, c’est qu’il se concentre en lui - même. Notre activité se consume sur des objets futiles, et néglige ceux qui pourroieut nous enrichir. En destinant l’homme à la société, la providence a mis à côté de nos maux les secours destinés à 1rs soulager. Quelle plus étroite obligation que celle de nous secourir mutuellement! N’est-ce pas là le vœu général du genre humain? Pourquoi fut il si fréquemment trompé !
Je vous le répète , nos femmes sont épouses et mères , et de ces deux vertus dérivent toutes les autres. Nos femmes se déshonorèroient, si elles se barbouilloient le visage de ronge , si elles prenoient du tabac, si elles bnvoient des liqueurs, si elles veilloient, si elles avaient <n bouche des chansons licencieuses, si elles hasar-
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dolent la moindre familiarité avec les hommes. Elles ont des armes plus sûres : la douceur , la modestie , les grâces simples , et cette décence noble qui est leur partage et leur véritable gloire (g)- Elles allaitent leurs enfans, sans croire faire un grand effort ; et comme ce n’est point une grimace , leur lait est abondant et pur. On fortifie de bonne heure le corps de l’enfant : on lui enseigne à nager , à soulever des fardeaux , à lancer au loin avec justesse. L’éducation physique nous paroît importante. Nous formons son tempérament avant de rien graver dans sa tête : elle ne doit pas être celle d’un perroquet * mais celle d’un hoipme (A),
( g ) Tant que les femmes domineront en France» y donneront le ton, jugeront du mérite et du génie des hommes, les Français n’auront ni cette fermeté d’ame , ni cette sage économie , ni cette gravité 7 ni ce mâle caractère qui doivent convenir à des hommes libres.
( h ) L’art de faire entrer des idées dans la tête d’autrui , de les assimiler à sa portée , de les diriger pour elle , est un art bien plus rare qu’on né pense. On n’est sot que parce qu’on a des idée*
çüatre cent quarante.4 i 65 La mère saisit l’aurore de ses jeunes pensées } et dès que ses organes peuvent obéir
fausses. La sottise n’exclut pas le nombre des idées 5 mais mal liées , elles nuisent au lieu de se servir. Il n’y a tant d’hommes inconséquens , que parce qu’il y a une foule de sots maîtres.
Puisque nous sommes sur cet objet , nous n’oublierons point ce temps de l’enfance que nous avons passé j nous jeterons la vue sur ces premières années de la vie humaine , ordinairement tourmentée par des barbes , et nous croirons servir l’humanité en prenant cette occasion de recommander aux maîtres plus de douceur , et aux parens une vigilance plus grande sur la manière dont on traite leurs enfans , s’ils ne veulent pas transformer des créatures innocentes en esprits aigres et lâches ; car le sentiment de l’injustice est ce qui rend l’homme dur et méchant.
On maltraite les enfans, et c’est véritablement un crime. Outre la brutalité de frapper des êtres foibles , il faut apprendre aux maîtres d’écoles , que la férule est une punition dangereuse , qui cause des débilités et des tremblemens de mains , qui attaque la poitrine. Les soufflets font contracter un vice de prononciation qui dure quelquefois toute la vie. Ils font tomber les enfans en apoplexie , en phrénésie. Les tiremens des oreilles réitérés les rendent sourds, ou leur causent un bourdonnement perpétuel. Enfin, la coutume de donner le fouet , usitée dans tous
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à sa volonté., elle réfléchit de quelle manière elle doit former son ame à la vertu.
les col éges , outre que cet usage attaque la pudeur et la bienséance, a un inconvé oient que les instituteurs ne connoi sent peut-être pas; mais c’est ici qu’ils doivent consulter les physiciens: ils attesteront d’une commune voix , que ce châtiment est trts-pro: re à développer dans les organes une disposition dangereuse pour les mœurs, et que c’est les façonner au libertinage , que dVxercer sur les jeunes gtn. celte flagellation honteuse , qui devrait être proscrite ; car ce n’est qu’avec indignation , qu’on la voit régner dans le sanctuaire des sciences.
Ii est vrai qu’il est plus facie et plus prompt, pour tant de grossiers éducateurs , de frapper un enfant , que de le prendre par le point d'honneur dont il est susceptible, même à cet âge, ou de lui parler raison; mais !a gloire de les élever par ce dernier moyen est bien plus grande.
J’ai toujours fait la guerre aux collèges. Je les regarie comme l’écueil de la raison. C’est du même œil que les voit tout philosophe qui a médité sur cet important objet. La forme , la longueur et le choix des études , la nullité ou la paresse des professeurs et régens , le pédantisme et le ridicule de leurs leçons , tout, quand nous entrons dans un collège, ofire involontairement à notre imagination la figure d’un siècle barbare qui viendront à nous ayec sa robe noire
quatre cent quarante. 167 Comme elle doit tourner son caractère sensible en humanité, son orgueil en grandeur d’ame, sa curiosité en connoissance de vérités sublimes, elle songe aux fables touchantes dont elle doit se servir, non pour voiler la vérité, mais pour la rendre plus aimable, afin que son éclat éblouissant ne
et faisant orgueilleusement para le de ses vieux Lunbeaux. Il faut que la tête d’un jeune homme coit bien forte, pour sortir saine et sauve de ce tas d’absurdités dont on l’enivre. Voilà cependant les lieux où la jeunesse consume ses plus belles années , pour ne rien apprendre de vraiment utile; où l’on tourmente l’aimable enf ince ; où l’on rend l’homme craintif et méchant , en l’accoutumant à l’esclavage ; où les châtimens honteux qu’on emploie font nécessairement détester les arts à un jeune homme qui a line étincelle de génie ou quelque élévation dans l’ame ; où L’on appelle science , une teinture superficielle de grec et de latin , mal enseignés par des hommes, qui , p ur l’ordinaire, ne savent pas leur langue maternelle , et livrés dans leurs documens à une routine misérab’e et puérile. Les abus nombreux qui résultent de cette biziTeet folle éducation , ont excité de justes plaintes , mais ils subsistent encore ; et taudis que le siècle est tout brillant de lumières , les préjugé» les plus gothiques se réfugient dans ces chaires , où le boa sens eit outragé régulièrement deux fois par jour.
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blesse point la foiblesse de son ame encore inexpérimentée. Elle veille sur tous les gestes , comme sur tous les mots qu’on prononce en sa présence , afin qu’aucun d’eux ne puisse faire une triste impression sur son cœur. C’est ainsi qu’elle le préserve du souffle du vice , qui ternit si précipitamment la fleur de l’innocence.
L’éducation diffère parmi nous, suivant l’emploi que l’enfant doit occuper un jour dans la société; car, quoique nous soyons délivrés du joug des pédans , il seroit ridicule de lui faire apprendre ce qu’il doit oublier dans la suite. Chaque art a sa profondeur , et pour y exceller , il faut s’y adonner tout entier. L’esprit de l’homme, malgré tous les secours récemment découverts et les prodiges à part, ne peut embrasser qu’un objet. C’est assez qu’il s’y attache fortement , sans lui prescrire des incursions qui ne peuvent que le détourner. Ce n’étoit qu’un ridicule dans votre siècle , de vouloir être universel ; c’est parmi nous nue folie ( i ).
( i) Nous avons tous une sphère à parcourir granda
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Dans un âge plus avancé , lorsque son cœur sentira les rapports qui l’unissent
ou petite , et dans cette sphère il n’y a personne qui ne puisse prétendre à faire quelque chose d’utile ; il n’y a pas jusqu’à un pauvre qui ne puisse être utile à un autre pauvre.
Mais pour être véritablement utile aux autres , il faut savoir mieux que les autres ce qu’on fait. Il est presqu’assuré qu’on excellera dans un genre lorsqu’on s’en occupera uniquement 5 voyez les hommes qui se sont distingués dans les arts : ils ne se sont mêlés que d’un seul. L’art voisin leur étoit étranger. Corneille inhabile à la déclamation, ne savoit pas lire ses tragédies 5 Voltaire avoit une oreille sourde à la musique , et son oeil n’a jamais su juger un tableau. Nos grands écrivains, tels que Molière , Lafontaine , Bossuet , pèchent incessamment contre les règles de la grammaire.
La subdivision des métiers a donc été fondée originairement sur cette idée appuyée de l’expérience , que pour bien faire une chose , il falloit n’en faire qu’une ;
Que l’univers seroit bien ordonné, si personne n’y jouoit que le rôle qui lui est propre ; si ce monde-ci est un véritable théâtre , que chaque acteur se mode-» lant sur ceux de la comédie , ne présente que des personnages pour lesquels ils sont faits.
Tout n’çst-ii pas confondu , lorsqu’on voit les hora-
aux antres hommes , alors , au lieu de ces futiles connoissances qu’on entassoit sans choix dans la tête d'un jeune homme.
mes sortir de leur Sjhère. Dans cette foule de pers nuages q i demandent des places , y en a-t il un seul qui dise positivement , je ne suis propre qu’à cette chose , je ne sais f lire que cela ? non : l’homme de guerre voudroit conduire les finances , les financiers comptent avoir des idées politiques , parce qu’il font imprimer celles qu’ils achètent; le 1nagistr.1t veut se mêler de législation , et 11e comprend pas la distante qui sépare le juge et le lé$.i latvur ; le pi ëte écrit sur l’éduc. tion , l’académicien sur l’éloquence, 3e ve s ficaienrsur la poésie , l’orateur de la chaire se croit 1110 ahste, elle prélat pense devenir philosophe.
Il y a dts hommes qui sont quelque f is to ch s de leur inutilité , qui en gémissent , et qui se reprochentl’oisiveté dans laquelle ils vivent: il est dans le monde une place pour eux, mais ils eirent , faute d’avoir su la trouver.
Que de talens ensevelis, que d’arts abandonnés, faute aux hommes d’avoir su distinguer de bonne heure leur véritable destination.
Qu’il seroit important que de bons ob ervaîeurs s’appliquassent de bonne hcure à discerner le don particulier que tel homme a reçu de la nature; ce seroit une étude toute nouvelle , et personne , que je sache , ne s’y est encore appliqué ; tandis que nos la-
quatre cent quarante. 171 la mère , avec cette éloquence douce et naturelle qui appartient aux femmes , lui apprendra ce que c’est que mœurs , décence , vertu. E:le attendra le moment où la nature , parée de tout son éclat , parle au cœur le plus insensible ; et lorsque le souffle libéral du printemps aura rendu leurs ornernens aux vallons , aux forêts, aux campagnes: « Mon fils, dirat-elle en le pressant sur le sein maternel ( k ) , vois ces vertes prairies , ces arbres couronnés de superbes feuillages; il n’y a pas long - temps qu’ils éloient comme morts , que dépouillés de leur brillante chevelure, ils etoient pétrifiés du froid qui resserroit les entrailles de la terre : mais il est un Etre bon , qui est notre père commun, il n’abandonne point
pidaires et nos brocanteurs savent au premier coupd’œil , juger un diamant , et prononcer entre un original et une copie.
( k ) Cebé nous représente l’imposture comme assise à la porte qui conduit à la vie, et faisant boire à tous ceux qui s’y présentent la coupe de IVrreur. Cette coupe , c’est la superstition. Heureux qui n’a fait que goûter , et qui a jeté le vase !
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ses enfans , il demeure dans les cieux , et de- là il jette un regard paternel sur toutes ses créatures. A l’instant qu’il sourit , le soleil darde ses flammes , les arbres fleurissent, la terre se couronne de présens ( /),
( /) La superstition habite toujours chez les peuples pauvres et malheureux , qui souffrent de la faim , du froid , ou des exactions tyranniques des traitans.
La crainte , la passion la plus dominante sur la sensibilité de l’homme , lui fait imaginer de prétendus remèdes à des maux dont il s’effraie encore plus de loin que de près.
Il sent profondément le mal physique 5 trop foible pour le braver , il tâche de l’éloigner. De-là ces terreurs , filles de la crainte et de l’espérance.
Heureuses les nations qui jouissent des biens de la terrej ayant une certaine abondance, elles ne connoissent pas ces chimères de l’imagination qui montrent dans tout leur jour la foiblesse de l’esprit humain. Vous les verrez avoir recours à l’industrie pour s’approprier les richesses qui les environnent.
Ainsi tout est lié. Le moral dépend du physique. Un pays soumis au despotisme fait germer, pour ainsi dire, de honteuses erreurs. Un pays fertile et peuplé donne à l’ame une certaine audace qui lui fait contempler la nature sous ses faces brillantes. Ainsi la dignité de l’homme émane de la serpe qui taille la vigne , de la bêche qui remue lg, ferre , du soc de la charrue qu’une
quatre cent quarante. 173
l’herbe naît pour la nourriture des bestiaux dont nous buvons le lait. Et pourquoi aimons - nous tant le Seigneur , ô mon cher enfant ! Ecoute , c’est qu’il est puissant et bon. Tout ce que tu vois est l’œuvre de ses mains , et tu ne vois rien encore au prix de ce qui t’est caché. L’éternité, pour laquelle ton a me immortelle a été créée , sera pour toi une chaîne infinie de surprise et de joie. Ses bienfaits et sa grandeur n’ont point de bornes. Il nous chérit, parce qu’il est notre père. De jour en jour il nous fera plus de bien , si nous sommes vertueux, c’est-à-dire , si nous suivons ses lois. Eh ! mon fils , comment pourrionsnous nous défendre de l’adorer et de le bénir » ? A ces mots, la mère et l’enfant
main libre promène , et les forces de l’esprit sont visiblement combinées avec celles du corps.
Il existoit en France un monstre , nommé la supers tition , qui réunissoit la cruauté et la souplesse , la rage et la force aveugle ; la philosophie a blessé ce monstre 5 il porte la flèche dans ses flancs 5 il pourra tourner quelque temps sur lui même pour arracher le trait dont il est percé : mais ses efforts seront impuissans ; mais il faut qu’il tombe et qu’il satisfasse à l’uni-
vers.
se prosternent, et leurs vœux confondus montent ensemble au trône de PEternel.
C'est ainsi qu’elle Penvironne de l'idée d’un Dieu , qu'elle nourrit son aine du lait de la vérité , et qu’elle se dit : « Je remplirai les desseins du Créateur qui me l'a confié. Je serai sévère contre les passions funestes qui pouri oient nuire à son bonheur. A la tendresse d’une mère j’unirai la vigilance inflexible d’une amie ».
Vous avez vu à quel âge il est initié à la communion des deux infinis. Telle est notre éducation $ elle est toute en sentimens , comme vous le voyez. Nous abhorrons ce bel esprit ricaneur qui é toi t le plus terrible fléau de votre siècle : il desséchoit, il brûloit tout ce qu’il touchait; ses gentillesses étoient les germes de tous les vices. Mais si le ton fiivole est dangereux , qu’est la raison elle-même sans le sentiment ? Un corps décharné , sans coloris , saris grâces , et presque sans vie. Que sont des idées neuves et même profor! des , si ele3 n’ont rien de sensible et de vivant ? Qu’ai » je besoin d’une vérité froide q i me glace? Elle perd sa force et sou pouvoir. C est
quatre cent quarante. 1^5 dans le cœur que la vérité va prendre ses charmes et son tonnerre. Nous chérissons cette éloquence qui abonde en peintures vives et frappantes. C’est elle qui donne à la pensée des ailes de feu. Elle a vu et frappé l’objet; elle s’y attache , parce que le plaisir d’être ému s’est joint à celui d’être éclairé ( m ).
Ainsi notre philosophie n’est point sévère ; et pourquoi le seroit elle? pourquoi
( ni) Nous comptons plus sur les mœurs extérieures, c’est-à-dire sur la coutume , que sur toute autre chose. Voilà pourquoi nous négligeons l’éducation» Les anciens traitoient les choses d’une manière toute sensible , et jetoient sur l’étude des sciences , je ne sais quel agtément dont on a perdu le secret* Le g^nie des modernes pèche toujours par le défaut de sentimens : ils ont desséché , sous la férule du péiantisme, les taîens les plus heureux. E t-ij. au monde une institution plus ridicule que celle de nos collèges , lorsqu’on vient à comparer nos maximes sè hes et mortes avec l’éducation publique que la Gèce donnoit aux jeunes, g ns , ornant la sag sse de tous les nt traits qui charment cet âge tendre? Nos instituteurs ne paraissent que des maîtres farou< hes , et l’on ne s’étonne plus si leurs disciples sont les premiers à les fuir et à les abandonner.
ne pas la couronner de fleurs. Des idées bizarres ou lugubres honoreroient - elles plus la vertu que des idées riantes et salutaires? Nous pensons que le plaisir émané d’une main bienfaisante , n’est pas descendu sur la terre pour qu’on recule à son aspect. Le plaisir n’est point un monstre : le plaisir , comme l’a dit Young , c’est la vertu sous un nom plus gai. Loin de songer à détruire les passions, moteurs invisibles de notre être, nous les regardons comme un don précieux qu’il faut économiser avec soin. Heureuse l’ame qui possède des passions fortes ! elles font sa gloire , sa grandeur et son opulence. Un sage parmi nous cultive son esprit , rejette les préjugés , acquiert les sciences utiles et agréables. Tous les arts qui peuvent étendre son esprit et le rendre plus juste , ont perfectionné son ame : cette tâche finie , il n’écoute plus que la nature soumise aux lois de la raison , et la raison lui prescrit le bonheur (/z).
( n ) Le feu des passions n’est pas la cause de nos désordres : ce coursier fougueux , indompté ,