SCÈNE IL
(On voit d'abord sortir les enfants gui sont entrés les derniers; puis les étudiants ou apprentis; ensuite les jeunes sens à marier des deux sexes. Suivent les mariés depuis cinq ans; après eux viennent les hommes et les femmes, dont la tourbe est terminée par la magistrature. La vieillesse, où sont les généraux, tes nonagénaires et les centenaires ferment la marche.)
LE CENT. Il faut que le choix soit fait avant que le monarque arrive. On va commencer: que le Corifée BibL rom. 9. 3
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apporte les registres, et qu'on voie quel est celui qui a fait l'action jugée la plus belle ... On nommera, ensuite, ceux qui en ont approché davantage!
LE (X)R. (ouvrant les registres). Ordonnez, seigneur, et je vais lire.
LE CENT. Vieillards, hommes, femmes, enfants! vous allez connaître, aujourd'hui, ceux qui, parmi vous, et dans la jeunesse à marier, ont fait les plus belles actions . . . C'est moi, vieillard, hors de la carrière où l'on y prétend, qui vais les exposer, et décider quels seront les prix. C'est la prérogative de votre plus ancien, donnée par la loi, afin que la faveur ne milite pour personne. Qu'attendrait de vous un centenaire? Ni l'amitié: tous mes amis sont disparus; ni la nature: je n'ai plus que des arrière-petits-enfants; ni l'intérêt: je n'ai besoin de rien; ni la gloire: je suis au faîte des honneurs par mon âge; ne peuvent rien sur moi . . . (au Corifée) Lisez; car je ne lis plus.
LE COR. Les vieillards sont au-dessus de tout éloge: Gloire soit aux vieillards!
Dignes de nos égards, La vertu les couronne.
Et leur élève un trône Au-dessus des hasards I
CHŒUR GÉNÉRAL
Gloire soit aux vieillards! etc.
LE COR. Parmi les hommes, Uvidor, père de la jeune Désirée et de plusieurs autres enfants, a gagné deux provinces d'Allemagne à la constitution.
DEUX VIEILLARDS (en lunettes, nasillant un peu, regardant sur le registre, et levant la main). C'est la vérité.
LE COR. Ombreval, natif de Normandie, marchand et marin, a peuplé deux îles australes des gens inutiles et sans possession qui surchargeaient la France.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité.
LE CXDR. Ornevilie, autrefois noble, natif de Bretagne, a policé deux grandes provinces d'Afrique, en les éclairant, et leur ôtant les superstitions.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité.
LE CX)R. Scribain, natif d'Alsace, descendant d'un juge d'autrefois, a rétabli la concorde et l'amitié entre les habitants de la Champagne et de la Lorraine.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité.
LE COR. Plumard, de la province de Franche-Comté, descendant d'avocat, au temps où il y en avait, a mis d'accord, par son éloquence persuasive, les grandes villes du royaume, sur leurs prérogatives: elles y ont toutes généreusement renoncé; elles ne reconnaissent pour mère que la métropole, et pour père que le monarque qui réside à Paris.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité.
LE COR. Pergamen, de la province du Dauphiné, descendant d'un notaire, au temps où il y en avait, a déterminé 90 familles nobles, que la morgue retenait encore à part, à se déclarer roturières, et à brûler de vains titres qu'on leur avait laissés.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité.
LE COR. Dossier, de la province du Maine, descendant d'un procureur, aux temps malheureux où il y en avait, a rétabli la paix et l'amitié entre tous les membres d'une nombreuse famille qui ne s'était pas encore mise en commun.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité.
LE COR. Finassier, de la province de Gascogne, descendant d'un huissier, au temps où il y en avait, a effacé la tache de son origine, en sauvant des flots un citoyen tombé dans la Garonne.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité.
LE COR. CoUatin, de la province de Poitou, descendant d'un greffier, au temps où il y avait des greffiers, a trouvé des faussetés palpables dans presque tous les anciens diplômes de donation aux monastères, et dans
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les titres de certaines familles, en quoi il a été vivement seconde par Leduc, de la province de Provence, descendant d'un ancien duc et pair, au temps où il y en avait.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité.
LE COR. Les hommes, de toutes les provinces, ont fait une foule d'autres belles actions, qui seront célébrées dans chaque ville ou bourg, à leur anniversaire.
LE CENT. Je proclame héros, les citoyens qu'on vient de nommer . . . Corifée, passez à la classe des nouveaux mariés.
LE COR. Tous sont égaux en mérite. Tous ont observé les lois. Tous ont respecté la pudeur de leurs épouses, même en les rendant mères.
LE CENT. Us vont monter avec gloire au rang des hommes, et ceux-ci à la maturité; cette dernière, à la vieillesse; ainsi les années sont aujourd'hui, comme du temps des patriarches, une précieuse récompense de la vertu! . . .
LES DEUX VIEILLARDS. Corifée, proclamez les jeunes gens à marier.
LE COR. Traits de courage et d'humanité, qu'a faits la jeunesse, glorieuse espérance de la nation . . . Unitanviile. de Paris, descendant d'une ancienne famille souveraine, a sauvé la vie à sept cents soldats de la milice bourgeoise, enfermés par des étrangers, qui les allaient massacrer. Seul, il est parvenu à faire tant de bruit et de ravage, en roulant des pierres, dans les Pyrénées, que les étrangers ont pensé que c'était un puissant secours. Ils sont venus pour lui faire face. Mais ne trouvant personne, ils se sont avancés, tandis qu'Unitanville, descendu parmi nos gens, a su les encourager à tomber sur la garde laissée autour d'eux.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité. .LE COR. Le même a sauvé la vie à cent hommes condamnés aux carrières, en portant, au péril de ses jours, à l'ouverture, une solive, qui l'a empêchée de se refermer.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité.
LE COR. Le même a porté pendant deux lieues un de nos vieillards, qui s'était imprudemment trop écarté dans les champs.
UN DES VIEILLARDS. C'est la vérité; car c'était moi-même; je lui dois la vie.
LE COR. Le même a sauvé l'honneur d'une jeune femme, attaquée par des étrangers, qu'il a terrassés, à l'aide du jeune Hardion, et que tous deux ont conduits ici.
LES DEUX VIEILLARDS. Il a fait tout cela
Béni soit-ill
LE COR. Hardion, de Sens, issu d'une autre maison soiiveraine. a pénétré chez la nation voisine, a découvert ses desseins hostiles, et nous a mis à portée de les prévenir, sans répandre de sang.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité.
LE COR. Le jeune Amiral, de Languedoc, descendant d'un marin fameux, a sauvé, par son courage et son sangfroid, deux équipages de navires naufragés.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité.
LE COR. Le jeune Desilots, de Bretagne, issu d'un ancien vice-amiral, élève pour le pilotage, sur un navire de l'Ile Bulam, a seul contenu l'équipage révolté qui voulait enlever des femmes et des filles sur la côtf de Provence, ainsi que des ouvriers et ouvrières, pour :iller s'établir dans une île charmante, nouvellement découverte, où cet équipage se proposait d'aller vivre sans lois, en piratant; il a exposé sa vie, en résistmit avec un admirable courage à la troupe insensée, qu'il a ramenée à la raison.
LES DEUX VIEILLARDS. Le trait est exact.
LE COR. Le jeune Terreville, de Norman lie, issu de cultivateurs, est sauté le premier à terre, en Afrique, lorsqu'on a pris Alger; et par son courage, il a donné un exemple, qui a été suivi de toute la flotte.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité.
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LE COR. Le jeune Delamarre, de Dijon, qui avait appris la langue barbaresque, a persuadé aux Algériens, aux Tunisiens et aux Marocains d'adopter notre constitution; en quoi il a été secondé par Unitanville et par Hardion, susnommés.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité.
LE COR. Bondésir, de Roussillon, a fait abolir l'esclavage, dans toute l'Afrique, par la douceur et la persuasion.
LES DEUX VIEILLARDS. C'est la vérité.
LE COR. Telles sont les actions d'un ordre majeur, faites durant le présent lustre, et qui seules sont récitées la première journée de la fête des mariages, jour uniquement consacré aux héros . . .
LE CENT. Unitanville, Hardion, Amiral, Desilots, Terreville, Delamarre et Bondésir sont les sept héros de la jeunesse. Ils auront aujourd'hui l'honneur du choix, honneur si grand qu'il élève ceux qui le reçoivent au-dessus de tous les autres citoyens, leurs égaux en âge.
LE COR. Les sept héros sont Français.
LE CENT. Faites avancer les jeunes filles. Les femmes vertueuses seront couronnées demain.