‹ L'an mille; drame en cinq actes, en versChapitre 10 sur 58 · LE SIRE DE GOSSONCOURT · texte numérisé non relu

LE SIRE DE GOSSONCOURT

Et nous n'aspirons plus, ici-bas, qu'au bonheur D'en déposer l'offrande au tombeau du Sauveur.

NOR, avec une emphase grotesque.

Considérant la fin imminente du monde Et que la tour de Nor en esclaves abonde, Allez-vous-en !

(// éclate de rire et congédie du geste les seigneurs,

qui s'empressent d'obéir.) {Appelant,)

Les clercs !

{Fulgence et les autres moines viennent se joindre à Bertulphe.)

D'où venez-vous?

FULGENCE

Du Nord.

NOR Moines?

FULGENCE De saint Benoît et de saint Willibrord.

NOR De l'argent?

FULGENCE

Pas un sol.

Mes pères, il m'importe I

Je sais ce qui convient aux gens de votre sorte ; Lit de pierre, pain dur et le fouet jusqu'au sang. Vous l'aurez !

(Sur un signe du comte, un détachement de ses gens s'empaf^e des moines et s'éloigne avec euXy par le chemin qui mène au château.) {Avec un soupir de soulagement.)

Ah ! voyons les femmes, à présent.

SWENO Nous n'avons déniché que cette tourterelle.

(Il présente Odile, qui est très pâle et comme frappée de stupeur.)

NOR

Qu'on la voie I Apportez du flambeau !

(Un homme d'armes élève une torche au-dessus de la tête d'Odile. A la lueur du flambeau, Nor distingue les traits de la jeune fille ^ qui est toute vêtue de blanc. Il se lève, d'un mouvement brusque.)

Elle est belle !

(Silence prolongé.)

(Essayant d'adoucir sa voix.) Madame, veuillez bien me dire votre nom.

(Odile se tait.)

(Adoucissant encore sa voix.) Voyons, ne craignez rien!...

(Odile ne paraît pas entendre.)

(Suppliant.)

Quoi? pas même le son De votre voix ?

(Silence.)

Peut-on être à ce point cruelle, Quand on est si jolie?...

(Nouveau silence.) (Dans une explosion de colère.)

Ah ! mais vraiment, la belle, Si tu ne parles pas, nous te ferons, crier ! (// lui saisit le bras avec violence.)

HEDWIGE, apparaissant brusquement et se jetant devant le comte.

Arrête ! ou je te plante au visage l'acier De mes ongles !

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