‹ L'an mille; drame en cinq actes, en versChapitre 17 sur 58 · BRANT, NOR · texte numérisé non relu

BRANT, NOR

(No?" s'avance lentement. Bruant, encore ahuri du brusque départ de Hilda, se dispose à ramasser les bijoux, quand, tout à coup, il se retourne au bruit des pas et se trouve face à face avec le comte. Celui-ci le regarde fixement, immobile, les bras croisés, terrible. Brant pâlit, se sentant perdu.)

NOR

Fort bien, seigneur du guet. Tu guettes à merveille! Thanesheim peut dormir tranquille, quand tu veilles. Homme lige féal, tu gardes bien la foi Jurée!

{Brant baisse la tête.)

Il fallait donc te commettre au beffroi, Inféoder en ta faveur ce noble office, T'en concéder la charge avec le bénéfice Et te donner l'investiture par le cor, Afin d'être trahi pour un bracelet d'or!

{D'un coup de pied, il balaie les bijoux, qui tombent

dans le préau.) Rends l'insigne, félon !

{Brant détache le cor de sa ceinture et le donne à

Nor. Celui-ci le jette par-dessus le parapet du

rempart.)

BRANT, confus.

Monseigneur, si les charmes D'une femme fatale ont un instant...

NOR

Tes armes !

{Brant lui tend Varc et le carquois.)

{Examinant Vayx.)

Que vaut cet arc?

BRANT

La corde est en tortis de crin.

Le ressort briserait un bouclier d'airain.

NOR

Tu sais tirer ?

BRANT

Il n'est mulot ni musaraigne Que le trait, envolé de mon beffroi, n'atteigne.

NOR

N'as-tu pas quelque flèche ardente et sans merci. Tuant comme l'éclair ?

BRANT, fouillant dans son carquois et en retirant une flèche. Monseigneur, celle-ci I

Dès que ronfle à mon poing la corde au bond rapide, Ce dard à pennes d'aigle avidement trépide Au cœur de la victime, et sa pointe de fer Distille dans la plaie une bave d'enfer.

NOR

Bien, il suffit. Retourne à ton poste. Demeure L'arme au bras, sans bouger. Si tu vois, tout à l'heure,

(Montrant la poterne.)

Disparaître par là l'enfant aux blonds cheveux, — Ecoute, sur ta tête, et fais ce que je veux ! — Ajuste à l'arc bandé la flèche vipérine. Vise bien! et l'envoie...

BRANT Où donc?

NOR

Dans ma poitrine !

(Brant, stupéfait et tremblant, regagne son poste sous le geste impéjHeux du comte. Celui-ci va se placer près de la porte du grand donjon et s'y dissimule. Le soleil s'est couché. Tandis qu'une dernière bande de rougeur traîne au-dessus des sapins, l'étoile du soir apparaît dans l'azur nacré du crépuscule. Entrent, à droite, par l'escalier du préau, Hilda, Hedmge et Odile.)

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