‹ L'an mille; drame en cinq actes, en versChapitre 23 sur 58 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

NOR, seul,

(Sortant comme d'un rêve,)

Fille d'Hedwige!... O piège du destin!... Fille d'Hedwige et de Lupus !... J'aime la fille Du vieux spectre enchaîné qui rampe en ma bastille!,

{Ironique.) Courage, paladin! Allons, qu'hésites-tu?

C'est ici le moment de montrer ta vertu ! Agis comme il convient pour honorer ta Dame, Répare de ton mieux la félonie infâme, Dépouille-toi d'un fief que tu tiens du péché, Brise les fers hideux que le crime a forgés. Rends le père qui saigne à la fille qui pleure. Et te fais accrocher au gibet tout à l'heure!...

{Violent.) Non, non ! quelle que soit la force du devoir. Il ne peut obliger, quand il est aussi noir. Je te hais, ô Puissance aux entrailles de louve, Qui me prends mon trésor à l'heure où je le trouve!., Peut-être à ton appel j'eusse pu quelque jour Sacrifier mon sang, mais non pas mon amour.

{Frénétique.) Je veux aimer! Je veux aimer!...

{Découragé.)

Non! c'est un songe!.

Qu'est-ce qu'aimer, sinon se donner sans mensonge ? Et se peut-il qu'on berce en un cœur criminel Un amour qui s'obstine à regarder le ciel?

(Après quelques moments de méditation profonde.) Décide-toi, martyr d'une flamme sublime ! Renonce à ton amour ou confesse ton crime, Et choisis pour bourreau le silence ou l'aveu.

(D'une voix de tonnerre.) Rage et damnation ! . . .

(Traversant toute la scène à reculons, les yeux fixés sur la comète.)

Oh!... le glaive de Dieu!...

RIDEAU

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