‹ L'an mille; drame en cinq actes, en versChapitre 35 sur 58 · LE GARDE · texte numérisé non relu

LE GARDE

Arrière !

HILDA, se glissant à moitié dans la salle.

Il t*en cuira !

WINFRID

Tout doux, la belle ! Daigne Le prendre de moins haut à la fin de ton règne ! {On rit.)

IIO L'AN MILLE

HILDA, humble.

Ahl puisque vous riez, ce doit être plaisant. Dites, vous n'allez plus me chasser à présent ? Vous pourrez plaisanter à voire aise... Ah! messires, Vous aurez, je vous jure, un beau sujet de rire. Va, je me tiendrai bien tranquille dans un coin. Mais que j'entre! que j'entre et que je sois témoin !...

BRANT

On connaît ta chanson, sirène. Qu'on me pende Si je l'écoute encor !

FREGUS

Tu rôdais dans la lande, L'autre soir. La sorcière à coup sûr t'a baillé Un doigt de Juif, rôti dans l'enfer et mouillé Du sang d'un jeune bouc égorgé sous la lune...

BRANT

Un bon poignard fait mieux l'affaire de la brune. Gageons qu'elle en cache un.

Je vous jure que non !

BRANT Huml

HILDA

Je n'ai plus que faire en ce triste donjon,

L'AN MILLE m

Et c'est en d'autres lieux que je suis attendue. Mais, avant que la mort obscurcisse ma vue, Je veux revoir, à la lumière de ce jour. Mon Prince, rayonnant de triomphe et d'amour. Afin qu'ayant empli mes yeux de son image. Je l'emporte à jamais au ténébreux rivage.

SWENO Entre nous, c'est péché d'immoler tant d'appas.

FREGUS Il fait froid dans la tombe, ô belle !

SWENO

Et dans mes bras.

Il fait chaud !

BRANT, bas à Sweno, Méfie-toi, frère!... Elle griffe.

HILDA, fébrile.

Place !

UN GARDE Arrière I

WINFRID Finissons.

{Deux gardes s'emparent de Hilda.)

HILDA, se débattant.

Grâce !

VOIX DIVERSES Hou!

BRANT

Qu'on la chasse !

(Les deux gardes emmènent Hilda.)

WINFRID, rêveur.

Tout de même, l'an mille...

FREGUS

Ah oui ! frères, quel temps I

WINFRID On ne voit plus que gens fiévreux et haletants.

SWENO Nor dévot!

WINFRID Marié !

BRANT

En carême!

FREGUS, lentement et appuyant.

Je pense...

WINFRID, répondant à V exclamation de Brant. L'archevêque de Trêve a donné la dispense.

L'AN MILLE Il3

FREGUS, continuant sa phrase.

S'il en faut croire au moins ce qu'annonce le ciel, Qu'il aura quinze jours pour sa lune de miel.

SWENO, riant.

Ha ha!

BRANT, à Fregus.

Tu vois aussi des guivres et des poulpes Dans les nuages?

¥KEG\5S, grave.

Hum!

SWENO, moqueur.

Va donc battre ta coulpe Aux pieds d'un clerc !

BRANT Déjà la terre a reverdi I

FREGUS Nous en reparlerons un certain vendredi.

WINFRID Serais-tu plus grand clerc que le pape de Rome?

FREGUS, mystérieux.

Oh! ce pape hideux, — c'est Gerbert qu'on le nomme, — A vendu son âme à...

WINFRID

C'est un saint!

FREGUS, rectifiant avec horreur.

Un savant !

Étudiant la nue, interrogeant le vent.

Médecin, horloger, astronome, herboriste.

Il a les yeux voilés d'un songe ardent et triste , Et l'on dit que, la nuit, vêtu d'un manteau noir, Il renverse le ciel en d'étranges miroirs.

WINFRID

Mais on attend toujours l'Antéchrist, le céraste De la tribu de Dan ?

FREGUS

Mon Dieu, le monde est vaste.

Et savons-nous ce qui se passe à l'autre bout?

SWENO, ironique.

C'est vrai. Gog et Magog sont peut-être debout.

{Les trompettes sonnent. Les gardes se massent au fond, à gauche et à droite du porche.)

l'an mille ii5

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