SCENE VII
WINFRID, SWENO, BRANT, FREGUS, hommes d'armes; HEDWIGE, ODILE, jeune filles ; NOR, LE SIRE DE DIEKIRCH, LE SIRE DE RE- MIGH, LE SIRE DE BIEDBOURG, LE SIRE DE GREVENMACHEREN, vassaux de Nor, trompettes; FULGENCE, BERTULPHE, moines.
{Le cortège d* Odile et celui de Nor entrent simultanément, le premier à gauche, le second à droite. Odile, qui porte le voile nuptial, est accompagnée de sa mère et précédée d'un groupe de petites filles et de jeunes filles vêtues de blanc. Le cortège de Nor comprend six trompettes, un groupe de vassaux et un groupe d'hommes d'armes. — Les deux cortèges s'arrêtent, Jace au porche. H edwige s'avance jusqu'au pied des marches, pour bénir les fiancés.)
HEDWIGE
O ma fille, voici votre seigneur et maître ! Une mère a le droit de bénir comme un prêtre. Que le Très- Haut, par qui vous allez être unis, Vous bénisse en ce jour comme je vous bénis!
{Elle les bénit. — Orgues. La porte de bronze s'ouvre. On voit la salle d'honneur du burg,
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transformée en chapelle. Décoration somptueuse. Au fond, V autel resplendissant de lumières et enveloppé de nuages d'encens. Bertulphe, couvert des ornements sacerdotaux, et précédé du cortège des moines portant des cierges allumés, s'avance à la rencontre des fiancés et s'arrête sur le seuil.)
BERTULPHE
Celui dont les desseins confondent la sagesse Aime à tirer parti de l'humaine tendresse, Et c'est lui qui guida d'un geste paternel Isaac à Rebecca et Jacob à Rachel.
Que ceux-là sont heureux à qui le Maître assigne De cultiver à deux un lopin de sa vigne ! Ils œuvrent, sans souci de la longueur du jour, Ayant pour s'égayer une chanson d'amour. Et, si la douce nuit leur offre une relâche. Aussitôt que l'aurore a ramené la tâche, Ils y courent joyeux et sans s'apercevoir S'ils cèdent à leur cœur ou bien à leur devoir. Réjouissez-vous donc, vous que le ciel convie, A ce destin si doux et si digne d'envie ; Que ce jour à jamais efface d'autres jours Dont l'erreur et le mal ont traversé le cours ; Et sans songer encore aux tristesses passées, Tout entiers à l'espoir qui charme vos pensées Et dont le ciel enfin va couronner le vœu. Soyez les bienvenus dans la maison de Dieu.
{Mouvement général, Nor seul hésite. Tout à coup il s'arrête.)
NOR
Non pas! Restons ici.
BERTULPHE, étonné.
Pourquoi, seigneur?
NOR
Qu'importe I
BERTULPHE
Mais...
NOR, montrant le porche.
Je n'ai pas le droit de franchir cette porte. Oserais-je jamais pénétrer dans ce lieu, Après avoir tiré le glaive contre Dieu ?
BERTULPHE
O mon fils, la bonté du Seigneur est sans borne I Le repentir doit être humble, mais non pas morne.
NOR, violent.
C'est trop dissimuler ! Je m'arrête à ce seuil, Non par humilité, moine, mais par orgueil I
ODILE Oh!...
{Elle s'appuie en sanglotant sur Vépaule de sa mère.)
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NOR, troublé.
J'avais oublié... Grâce!... Sèche tes larmes ! Mais l'amour à lui seul manque-t-il donc de charmes?... Certes, ce sont des mots étranges que je dis. Mais quand on s'aime, est-il un autre paradis? Et qu'est-ce que l'attrait de l'homme pour la femme. S'il faut qu'un Etranger acquiesce à leur flamme?...
HEDWIGE, sévère.
Comte, souvenez-vous du serment!
NOR, baissant la tête.
Il est vrai.
{A Hedjpige.)
Oui, j'aime votre fille et je l'épouserai.
Mais pas... là! fl
(// montre la salle d'honneur où V autel resplendit.)
Pourquoi pas ?
On est trop près de. . . l'autre.
BERTULPHE Il est partout, mon fils.
NOR, dans une explosion de violence.
Assez de patenôtres !
Qu'on ferme cette porte!
ODILE, s'affaissant sur V épaule de sa mère.
Oh !... le bonheur est mort!...
{Les gardes ferment la porte de bron!(e, tandis que
Bertulphe et les moines rentrent précipitamment
dans la salle d'honneur. Consternation générale.
Hedwige soutient Odile, étouffée de sanglots.)
NOR, à Odile.
Ne pleure pas. Je veux par un suprême effort Conjurer le destin !
{A toute rassemblée.)
Peut-être dans une heure Reviendrons-nous ici. Maintenant...
(// Jait le geste de congédier. Tous sortent ^ les vassaux et les hommes d'armes à droite, les jeunes filles à gauche.)
[Arrêtant Winfrid.)
Toi, demeure.
{Arrêtant Hedwige.) Restez, madame.
{A Odile.)
Va, tu m'es chère!... Au revoir.
{Elle sort en pleurant.)