‹ L'an mille; drame en cinq actes, en versChapitre 50 sur 58 · SCENE II RADBOD, immobile, LA SORCIÈRE, NOR · texte numérisé non relu

SCENE II RADBOD, immobile, LA SORCIÈRE, NOR

NOR, agrippant Vépaule de la sorcière et la secouant violemment Arrête, vieille I

LA SORCIÈRE

Aïe! aïe!

NOR

Oui, stryge, hurle et grince!

Tu vas mourir, si tu ne m'expliques...

LA SORCIÈRE

Ta pince Est rude! Lâche-moi d'abord.

NOR, la lâchant.

Tu m'as trompé !

« Crains le sang! crains le sang! » Ah! quen'ai-je écharpé Ta viande spongieuse et ta sèche carcasse. Lorsque tu me sifflas ton oracle à la face !

LA SORCIÈRE Tu n'auras pas compris l'oracle.

L'AN MILLE l85

NOR, violent.

Il était faux !

Je n'ai pas répandu le sang. Pourtant, — il faut Que j'en convienne, hélas ! — en dépit de ma force, Le serpent né du sang se cramponne à mon torse.

LA SORCIÈRE, d'une voix basse, traînante et sifflante.

Il eût fallu glacer le sang, sans qu'un poignard S'en rougît. L'homme fort substitue avec art Au coutelas tranchant et à la dague aiguë La jusquiame glauque et la blême ciguë.

{Elle lui glisse un flacon dans les mains,)

NOR, ému.

Que me donnes-tu là?

LA SORCIÈRE Le salut.

NOR, contemplant lajîolc, remplie d'une liqueur noirâtre.

Du poison !

LA SORCIÈRE, martelant froidement les syllabes.

Sois un homme. Va jusqu'au bout de ta raison.

{Nor, rêveur, ne détache pas ses regards de la fiole. La sorcière tourne lentement autour de lui et sort^ à droite.)

LA VOIX DE LA SORCIERE, s'éloignant.

Les démons sifflent dans les bois,

Hei hopsa !

Gronde la foudre à grand fracas, Les morts ne ressuscitent pas,

Hei hopsa !

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