SCENE II RADBOD, immobile, LA SORCIÈRE, NOR
NOR, agrippant Vépaule de la sorcière et la secouant violemment Arrête, vieille I
LA SORCIÈRE
Aïe! aïe!
NOR
Oui, stryge, hurle et grince!
Tu vas mourir, si tu ne m'expliques...
LA SORCIÈRE
Ta pince Est rude! Lâche-moi d'abord.
NOR, la lâchant.
Tu m'as trompé !
« Crains le sang! crains le sang! » Ah! quen'ai-je écharpé Ta viande spongieuse et ta sèche carcasse. Lorsque tu me sifflas ton oracle à la face !
LA SORCIÈRE Tu n'auras pas compris l'oracle.
L'AN MILLE l85
NOR, violent.
Il était faux !
Je n'ai pas répandu le sang. Pourtant, — il faut Que j'en convienne, hélas ! — en dépit de ma force, Le serpent né du sang se cramponne à mon torse.
LA SORCIÈRE, d'une voix basse, traînante et sifflante.
Il eût fallu glacer le sang, sans qu'un poignard S'en rougît. L'homme fort substitue avec art Au coutelas tranchant et à la dague aiguë La jusquiame glauque et la blême ciguë.
{Elle lui glisse un flacon dans les mains,)
NOR, ému.
Que me donnes-tu là?
LA SORCIÈRE Le salut.
NOR, contemplant lajîolc, remplie d'une liqueur noirâtre.
Du poison !
LA SORCIÈRE, martelant froidement les syllabes.
Sois un homme. Va jusqu'au bout de ta raison.
{Nor, rêveur, ne détache pas ses regards de la fiole. La sorcière tourne lentement autour de lui et sort^ à droite.)
LA VOIX DE LA SORCIERE, s'éloignant.
Les démons sifflent dans les bois,
Hei hopsa !
Gronde la foudre à grand fracas, Les morts ne ressuscitent pas,
Hei hopsa !