CENTRE D'INTERET ET PREAVIS
Depuis plusieurs années, les inspectrices générales des écoles maternelles françaises ont fait adopter une méthode qui réussit fort bien avec les tout petits. Tous les exercices du jour, de la semaine ou du mois se groupent autour d'une idée centrale ordinairement liée à la saison ou bien au milieu scolaire et familial. Par exemple, tout ce que l'on dit, observe, dessine et chante, en octobre, a trait à l'automne, à ses fruits, à toutes les occupations ménagères et scolaires qui sont propres à cette période de l'année. Le bambin suit ainsi le cycle harmonieux des jours et vit en contact étroit avec la nature qui, milieu cosmique et physique, le conditionne étroitement. Tous ces titres généraux : le printemps, les vendanges, le pain, l'éclairage, etc., plus ou moins riches et convenant à des périodes diverses, mais d'un caractère pédagogique semblable, se nomment : centres d'intérêt. L'expression est des plus justes. Son origine est nord-américaine.
Au cours de l'année 191 9 et de nos réunions mensuelles, une institutrice d'école maternelle de Luchon avait été amenée à nous parler de cela et des résultats bien meilleurs qu'elle obtenait ainsi. Elle avait eu l'initiative de compléter l'emploi du centre d'intérêt par l'avertissement donné la veille au soir, à la sortie, de ce qui serait fait le lendemain. Et, chaque fois, affirmait-elle, ses petits élèves étaient plus attentifs après une telle précaution.
Cette préparation à l'attention scolaire par des moyens indirects et espacés dans le temps, nous parut digne de recherches.
Tout le processus subconscient de l'attention semblait reparaître ici, d'une manière assez curieuse et dans sa genèse même. Le rôle exact de l'aperception herbartiennc, dont la pédagogie anglo-saxonne use et peut-être abuse, pouvait également apparaître. Enfin, l'analyse du « complexus » de Ribot s'esquisserait aussi en même temps peut-être, espérions-nous. Afin de documenter, comme toujours, les collaborateurs, au seuil de ces observations très délicates, on distingua d'abord, dans une réunion préparatoire, le centre d'intérêt, déjà défini, de l'avertissement de la veille. Celui-ci fut nommé préavis.
Le préavis, plus immédiat et précis, joue Je rôle d'une sorte de « garde à vous » intellectuel. Il pique la curiosité enfantine. Il fait désirer l'exercice du lendemain. Bref, son caractère essentiel nous paraît essentiellement affectif, cénesthésique, propre à éA^eiller l'attention spontanée par un intérêt réel, dont l'objet s'accuse, tout proche.
On voit vite que le centre d'intérêt agit différemment. C'est le procédé associationnistc, bien conforme à ses origines anglo-saxonnes, qui constitue sa valeur. Celle-ci est d'ailleurs considérable au point de vue éducatif. L'enfant apprend à classer ses premiers percepts d'après leur origine naturelle. Son comportement se règle sur les variations de la nature ellemême, et celle-ci non seulement ordonne par ses rythmes et ses analogies, mais vivifie de son ambiance tout ce qu'apprend le bambin. J.-J. Rousseau ne pourrait qu'approuver; et ce n'est pas la première fois que nous le voyons mieux compris, et surtout exploité, développé, actualisé, à l'étranger que chez nous. D'autre part, le centre d'intérêt, tout comme le préavis, facilite singulièrement l'adaptation physio-psychique qu'est l'attention, par la délimitation préalable du champ d'observation et d'activité. Ces deux procédés créent une inhibition extérieure qui aide l'enfant et le prépare peu à peu à inhiber à son tour. Faire observer, percevoir, nommer, c'est aussi de l'adaptation sensorielle, organique, synergique; acte concentré, parce que délimité, permettant à l'intelligence de donner toute sa mesure, parce qu'elle est dirigée nettement vers son but. Attention et inhibition nous paraissaient déjà comme l'avers et le revers du même phénomène physio-psychique.
Le rôle de chacune de ces deux influences, selon l'âge et le
aexe des enfants, devint donc l'objet des nouvelles recherches pendant Tannée scolaire 1 920-1 921.
Voici les quatre premiers tests choisis :
1. Lecture morale sous forme de récit, de manière à présenter le même texte aux différents cours, sans préavis ni centre d'intérêt.
2. Lecture analogue, sans préavis, mais avec centre d'intérêt.
3. Lecture analogue, avec préavis, sans emploi du centre d'intérêt.
\. Lecture analogue, avec préavis et centre d'intérêt combinés.
Il s'agissait de faire un exercice écrit d'application après chaque lecture, exercice naturellement adapté à chaque âge. Gomme d'habitude, toutes précautions furent prises pour obtenir le maximum d'uniformité dans les classes correspondantes de garçons et de filles pour ces épreuves. Le tableau 5 indique les résultats obtenus pour les quatre épreuves. Ils sont faciles à comparer.