‹ L'analyse psycho-sensorielle et ses applications a l'education integrale. --Chapitre 11 sur 83 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Les interrogations, soigneusement préparées d'avance et en commun par les directrices des deux écoles maternelles (Mm9 Crouste, à celle du Centre; et Mme Larrieu, à celle de Bareugnas) se succédaient : toutes les trois minutes pour les leçons de choses ou observation complète d'objets, et toutes les cinq minutes pour Jes récits sans images, les jeux tranquilles et les jeux violents. N'exagérons pas d'ailleurs le sens de ces derniers mots.

Le meilleur démarrage est donné par les jeux tranquilles. C'est tout à fait naturel, car ces jeux représentent l'activité spontanée du tout petit. Quand on a lu Claparède ainsi que Maria Montessori, on voit encore mieux, dans ce fait, la source même de l'attention spontanée de Ribot et de cette affectivité primitive que Rignano postule après Pillsbury. La doctoresse italienne a eu le grand- mérite de découvrir le principe même de la psychogénie de l'attention quand elle a prouvé que le meilleur moyen de rendre le bébé attentif, c'était de le laisser tant qu'il le veut — ou le peut — au jeu qu'il a librement choisi. Ainsi a été heureusement indiqué, sinon mis au point, le principe fécond — mais dangereux chez des personnes iuexpertes — do l'éducation naturelle et par la liberté de 1 Vnfant.

La meilleure constante d'attention nous est fournie par le récit sans image. Conter plaît à l'enfant de tout âge, même à ceux qui le restent un peu toujours. C'est la seule forme d'activité qui soutient l'attention des petits pendant vingt minutes. C'est celle aussi qui donne le meilleur total, nettement supérieur à tout autre, el double de celui de la leçon de choses, tant préconisée cependant pour les jeunes élèves. Cela n'indiquerait-il pas, si nous le rapprochons des enquêtes précédentes, que la porceptivité visuelle serait plus fatigante que l'auditive, chez le tout petit, du moins?

L'épuisement rapide de l'attention par les jeux violents reste à considérer. 11 indique déjà l'importance du substrat physiologique qui n'avait pas échappé à Ribot, pas plus qu'à Head, et que Binet a recherché vainement dans les premiers travaux de son Laboratoire. Mais ceci est un problème i\ solution physiologique.

Cinquième enquête.

CLASSES ÉLÉMENTAIRES (lÇ)20)

La cinquième enquête reprit les classes élémentaires afin de vérifier, par recoupement et répétition, selon notre habitude prudente, les résultats de la seconde et de la troisième qui n'étaient pas assez précis. Deux leçons de difficulté moyenne (grammaire et sciences) furent faites aux garçons et aux filles, de nouveau.

La capacité d'attention semble encore aussi bonne chez les jeunes élèves du CE. que chez leurs aînés, mais jusqu'à la vingtième minute seulement. Ensuite, l'avantage des jeunes gens (au G.C. notamment) se manifeste. Le pourcentage de comparaison nous donne :

Après 10 minutes. } ^ ,^

Après 25 minutes, > p p

La capacité temporelle d'attention peut donc s'accroître du «impie au double avec l'âge : de 8 à i4 ans. La supériorité féminine se retrouve dans le travail conceptuel que nécessite la leçon de grammaire. Mais après les vingt-cinq premières minutes, les garçons reprennent l'avantage et, ajoute M. Sarrieu dans son commentaire, leur effort est plus soutenu dans les dernières interrogations. Le potentiel physiologique, dont nous parlions tout à l'heure, est donc plus limité, plus vite épuisé chez les filles, à égalité d'âge.

Cette étude du comportement suivant le sexe, imposée par les variations des expériences liminaires, s'enrichit alors d'une nouvelle constatation. Le cours supérieur des filles (i3 à i5 ans) accusa un fléchissement très marqué, sans équivalent chez les garçons du même âge. D'accord avec le docteur J. Huguet, qui

CARÇONS

FILLES

assistait alors assidûment à nos séances, nous avons attribué ce fait, souvent constaté depuis, aux conditions physiologiques spéciales de la puberté, très délicate et déprimante chez la jeune fille.

Le graphique 2 montre bien, en effet, chez les garçons, une constante assez satisfaisante; alors que, chez les filles, le fléchissement est bien marqué dans les deux épreuves et atteint jusqu'à 5o %.

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Sixième enquête.

Ces premiers résultats obtenus, on rechercha si l'attention ne serait pas, en partie du moins, une « attitude » physiopsychologique dans le sens que Marbe et Binet attachent à ce terme. La sixième enquête eut pour but l'étude de l'influence que la station debout peut avoir sur la capacité d'attention. Celle-ci, en effet, se manifeste élémentairement, primitivement par un équilibre ou tonus musculaire qui, d'après des travaux récents, pourrait être lié aux modifications de l'oreille

moyenne. Deux leçons d'histoire furent faites, dans ce but, aux différents cours de garçons et de filles. Pendant la première, les élèves étaient assis; pendant la seconde, ils étaient debout. Le lableau 4 indique les moyennes pour cent :

temps Assis Debout Assises Debout

GARÇONS FILT.ES

Après o minutes

11 fait ressortir nettement la supériorité de la station assise. Mais nous n'acceptons ce premier résultat, comme toujours, que sous la réserve stricte de vérifications ultérieures. Des observations quotidiennes, dans des centaines de classes de tout degré, rurales ou urbaines, ont permis de constater très souvent que la station assise prolongée amène une certaine somnolence qui favorise la distraction. Binet a prouvé qu'elle gênait la circulation dans les membres inférieurs et ralentissait la croissance. Une sage alternance des deux stations paraît conditionner favorablement le processus attentionnel.

L'année 1920 fut ensuite une période d'essais un peu divers et de tâtonnements. Une communication du docteur J. Huguet nous incita à expérimenter l'influence du « point brillant » comme fixateur d'attention. Les conteurs marocains, qui se placent toujours face au soleil, et certains orateurs d'Orient, qui ne parlent que dans des salles obscures, à côté d'une petite lampe, bleue de préférence, nous intriguaient. Deux expériences furent faites et révélèrent l'influence indéniable du « point brillant », mais chez les grands élèves seulement.

Voici d'ailleurs le compte rendu extrait des archives du Cercle, et dû, comme toujours, à M. François Sarrieu.

Septième et huitième enquêtes.

Extrait du compte rendu du secrétaire :

« M. le docteur Iiuguet avait parlé, au cours d'une de ses causeries-conférences, des curieux effets des couleurs et notamment du <( bleu électrique » sur notre vie psychique; d'autre part, M. Bertrand ayant fait, à ce point de vue, une observation personnelle toute récente, on décide de rechercher quelle pourrait être, sur l' attention des enfants, l' influence d'un point brillant à regarder pendant les leçons.

<( Deux enquêtes sont faites dans ce but : la première porte sur deux leçons de géographie de difficulté identique, l'une faite dans les conditions ordinaires, l'autre avec un objet brillant placé au-dessus de la chaire du maître et sur lequel doivent se concentrer les regards des élèves.

« Les résultats de cette première enquête n'ayant pas paru très concluants, par suite, notamment, de la présence du maître dans la direction du point brillant et aussi à cause de la surprise causée aux élèves par le premier essai de ce procédé d'enseignement, une seconde épreuve a été jugée nécessaire.

(( Le maître se place, cette fois, derrière les élèves; il doit développer, d'une manière purement didactique, deux leçons de morale. Dans un but d'uniformité, ces deux leçons seront faites aux mêmes heures de la journée.

« Par surcroît de précautions, et pour éviter les différences d'appréciation, toutes les réponses écrites des élèves ont été annotées par une Commission mixte composée de deux maîtres de chaque école.

« L'examen des résultats, par cours e1 par sexe, donne lieu aux remarques suivantes :

« L'heureuse influence du point brillanl apparaît nettement dans les cours élevés de garçons et de filles.

« Ainsi, on enregistre, à la fin de l'expérience (trentième minute), les proportions suivantes de bonnes réponses :

( sans point brillant 53 %

l Garçons. . ] nr o/

\ * / avec — 74 %

/ ! sans point brillanl 78 %

Filles .... 1 or o/

( sans point brillant 66 %

\ arçons.. | Qvec 89%

/ ( sans point brillant 85 %

Filles .... i an o,

avec — vl) /o

« L'avantage est, comme on voit, très marqué et constant pour la leçon avec point brillant; ajoutons que la première enquête à ce sujet accusait déjà des résultats identiques pour les mêmes cours.

Mais au CM., les chiffres sont plus mêlés et toute conclusion nette est impossible.

« Bien mieux, chez les enfants du CE., l'obligation de regarder le point brillant semble une cause de distraction, car la proportion de bonnes réponses est presque constamment plus élevée dans la leçon ordinaire. »

A ces remarques excellentes de M. F. Sarrieu, on peut en ajouter quelques autres. Le gain dû à l'intervention du point brillant est, au cours complémentaire, et toujours pour cent : de 21 pour les garçons qui passent de 53 à 74, et de 16 seulement pour les filles qui donnent 94 au lieu de 78. La moyenne d'âge accuse donc une augmentation de 18, 5.

Au C.S., les garçons gagnent 23, et les filles 5 seulement, ce qui donne une moyenne générale d<> 1/1, avec affinité masculine très marquée.

Quand on analyse ces résultats curieux par l'analyse psycho-sensorielle, on peut, après avoir constaté que le point brillant a une action d'incontestable synergie visuelle, se demander si la mémorisation scolaire, dans son évolution ontogénique, ne passerait pas ainsi d'une première phase subconsciente à une seconde phase consciente, claire et volontaire, grâce précisément à un conditionnement visuel plus marqué.

Ici encore s'est manifestée sinon la supériorité absolue, du moins la précocité féminine. C'est en démêlant, fibre par fibre,

année par année, le faisceau des sensations, percepts et concepts, que i'on pourra, peut-être, expliquer, un jour, pourquoi.

Bien que modestes, et parfois à résultats inattendus, mais jamais décevants, les recherches du Cercle de psychologie de Luchon, pendant l'année scolaire 1919-1920, donnaient des aperçus psychologiques et des vérifications pédagogiques qui n'étaient pas sans intérêt.

il - RECHERCHES SUR LES FACTEURS AUXILIAIRES DE L'ATTENTION

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