Rev. phil., 1929, p
thésie s'est révélée toujours au déclenchement du processus attentionnel. On nous permettra donc de conclure provisoirement ainsi :
Les phénomènes de mydriase et myosis, pendant le questionnement des enfants, marquent le seuil de l'attention conceptuelle;
S'ils sont accompagnés de larmes, de rougeur, pâleur ou autres caractères émotifs tels que l'accélération notable du pouls, ils décèlent la première période d'adaptation schématique attentionnelle dans laquelle l'activité thalamique précède et déclenche l'intervention du cortex;
S'ils ne sont accompagnés d'aucun symptôme émotif, ils prouvent qu'une deuxième étape psychogénique est franchie : l'intervention corticale ayant lieu dès lors automatiquement et le relais thalamique étant considérablement abrégé sinon supprimé.
Une étude systématique de la naissance, de l'évolution et du rappel de l'image mentale, en fonction de ces hypothèses, dépasserait le cadre de notre travail actuel. Il nous suffira d'indiquer l'importance de la cénesthésie ainsi déterminée physiologiquement, surtout pour l' analyse, encore si superficielle, de l'intensité de l'image.
Sans négliger l'explication de Binet, qui vaut certainement pour les images visuelles élémentaires dont la situation dans le champ rétinien d'abord, dans le champ mental ensuite, détermine probablement le degré d'intensité d'acquisition ou fixation d'abord, de rappel ensuite, une étude approfondie la révèle insuffisante. Il existe des images visuelles faites de fusion automatique d'images primitives dont il est impossible de fixer ainsi la place. Il existe une foule d'autres images diversement sensorielles et qui évoluent progressivement vers les schèmes qui sont encore plus différents et dont l'intensité doit s'expliquer autrement.
Nous croyons que le facteur cénesthésique, surtout sous la modalité de l'intérêt si étroitement liée à l'évolution de l'enfant, peut nous fournir une explication satisfaisante. Tout ce qui, pour des motifs qui nous échappent encore souvent, plaît
à l'enfant, jouit d'un coefficient d'intensité bien connu de tous les bons éducateurs. Il en est de même d'ailleurs — et cela confirme notre point de vue — du déplaisir comme du dégoût. Entre ces extrêmes, l'indifférence coexiste avec un minimum d'intensité.
Si nous voulons analyser cet intérêt, nous constatons bien vite qu'il est souvent conditionné, suggéré par le milieu. La famille incite d'abord l'enfant à préférer tels mets, tel genre de vie, telle façon de parler et même de sentir. Puis c'est le maître, celui que l'on préfère comme celui que l'on déteste qui gravent, à leur tour, les deux modalités réceptives opposées mais complémentaires. Tout ceci ramène, en somme, à l'influence formidable de la suggestibilité sur laquelle nous serons obligés de revenir souvent.
C'est dans cet état d'esprit que commença notre première enquête sur la distraction. Ce que nous venons de dire contribue à expliquer son orientation un peu particulière parfois.
Il convient de rappeler, tout d'abord, le fait initial qui la provoqua.
Pendant une inspection du cours moyen de garçons, à Luchon, j'avais remarqué, non sans surprise, qu'un élève de onze ans m' écoutait fort bien alors qu'il paraissait très occupé à tapoter rythmiquement de son crayon le bord de son pupitre. Fidèle au principe constant d'exploiter tout fait nouveau qui entre dans le cadre de l'expérimentation en cours, je fis observer ce garçon par son maître, et il en fut de même pour quelques autres distraits habituels que l'on découvrit dans les autres classes. On décida de les nommer : « distraits actifs » parce que leur esprit, toujours en éveil, ne cessait parfois de suivre la leçon que pour faire œuvre personnelle. Ce sont, en somme, des émancipés, des autonomes, mais non des paresseux ou des incapables.
Ceux-ci, qui se rattachent au type du paresseux morbide ou pathologique de Binet furent nommés : « distraits passifs ».
Le tableau-questionnaire distribué pour cette première enquête comportait les rubriques suivantes :
i . Caractère du fait observé;
2. Indication de la leçon pendant laquelle l'observation a été faite;
•°>. Durée de cette leçon;
■[. Procédé pédagogique usité à ce moment;