‹ L'analyse psycho-sensorielle et ses applications a l'education integrale. --Chapitre 33 sur 83 · Etat physiologique de l'élève; <). Hérédité · texte numérisé non relu

Etat physiologique de l'élève; <). Hérédité

10. Avis du maître el causes présumées de la distraction constatée.

Malgré la simplicité des demandes, les premières réponses ne furent pas assez nombreuses. Un certain nombre de notices retournées des écoles rurales renfermaient des descriptions vagues ou des sortes de dissertations qu'on ne pouvait utiliser. Sept des premières notices seulement, en dehors des écoles de Luchon et des environs immédiats, bien entendu, furent vraiment utiles. Ceci fut donc également, par ricochet, une expérience collective sur les maîtres eux-mêmes, d'attention et d'adaptation à la fois1. Un nouvel appel plus pressant fut adressé à tous les maîtres de la circonscription. Beaucoup craignaient surtout de se tromper. On reçut bientôt trente notices. M. François Sarrieu les étudiait après qu'elles étaient vues par moi. Quelques signes marginaux me permettaient d'attirer l'attention du secrétaire du Cercle sur les points ou recoupements essentiels, tout en lui laissant une complète indépendance. C'est ainsi que nous collaborions utilement et sans nous influencer, au préalable, l'un l'autre. Voie» les résultats essentiels de ce premier dépouillement :

i° Les distractions actives sont beaucoup plus fréquentes que les passives. A ce sujet, il convient de mettre en garde les

1. Une expérience déjà longue nous permet d'affirmer que la distraction est assez répandue chez les instituteurs et surtout parmi les institutrices. Ceci devrait préoccuper les directeurs d'Ecole normale.

maîtres contre l'erreur, assez répandue, de nommer une distraction « passive » parce que le sujet affecte une attitude corporelle nonchalante. M. François Sarrieu écrivait justement, dans son rapport : « L'expérience et l'introspection nous ont appris que la méditation et la réflexion les plus fécondes se présentent souvent sous l'aspect d'insouciantes rêveries. Et. dans beaucoup de cas, n'est-ce pas précisément quand notre esprit est particulièrement absorbé par de vives préoccupations, que toute activité physique cesse et que nous éprouvons le besoin de fermer les yeux?... îl est donc indispensable, pour caractériser exactement une distraction, d'en déterminer avec précision l'origine et le processus, tant par des interrogations appropriées qu'à l'aide d'observations rigoureusement enchaînées. Les mêmes précautions s'imposent, du reste, pour découvrir, dans les cas de distractions actives, la nature et la puissance des influences qui ont désaxé l'attention à leur profit. »

Ceci ressemble bien à la dernière et meilleure méthode de Binet quand, pour l'interprétation de l'expérience ou de l'observation, il recommandait l'emploi concomitant de l'introspection et de l'externospection.

Au point de vue de la genèse de chaque sorte de distraction, la forme active semble plus tardive et plus évoluée. Nous avons cependant l'exemple curieux d'un élève, de 7 ans, de classe enfantine (Estadcns) qui cessa d'écouter la maîtresse pour revenir à un dessin au tableau, qui venait d'être expliqué, et en suivre les contours avec son index. Ceci nous parut alors montrer la prédominance, à cet âge, du réflexe kinesthésique1, particulièrement cultivé dans nos écoles maternelles et enfantines par la lecture-écriture, le déchiquetage, la manipulation des lettres ou chiffres en relief, etc., afin de provoquer la mémorisation kinesthésique1 subconsciente. Une première orientation psychique en résulte fatalement chez les débutants surtout.

Pour tes plus âgés, la nature de la leçon ne joue qu'un rôle très faible. Dans deux cas seulement, l'élève n'écoutait plus,

1. Nous préciserions davantage aujourd'hui en le nommant : dactylésique.

parce que la leçon ne correspondait pas à ses goûts (calcul par exemple). La fatigue intellectuelle ne saurait être invoquée puisque toutes les distractions observées s'étaient produites pendant les quinze premières minutes de la leçon, souvent même immédiatement après la rentrée d'une récréation. Par conséquent ces observations, d'un caractère tout nouveau cependant, venaient corroborer nos remarques antérieures sur les difficultés de la « mise en train » de l'attention. Cherchons les causes de ce fait.

La température, tout d'abord, exerce une influence réelle. Dans plusieurs réponses, on signale le froid comme cause de distraction, par engourdissement physiologique. M. Mengarduque, chargé du cours supérieur de l'école publique de Luchon, afin' de vérifier cela, voulut bien organiser une deuxième enquête dans sa classe composée d'élèves de 12 à l^ ans. Tandis que l'indice moyen d'attention n'était que de 38 % lorsque la salle était à la température 5° centigrades, cet indice s'élevait à 54 % pour une température de 120. La différence était donc de 16 %. Ce n'est donc pas seulement par souci d'hygiène corporelle ou de confort qu'il convient de chauffer convenablement les classes. On sait la très grande importance que les physiologisles attachent actuellement aux variations de température pour les métabolismes organiques; nous enregistrions une conséquence analogue. Le milieu physique et cosmique joue un rôle primordial.

L'état physiologique des élèves observés fut ainsi l'objet constant de nos préoccupations. Les questions 8 et 9 du tableau-enquête appelaient l 'attention des maîtresses et des maîtres sur ce point important. A Saint-Bertrand, Aspet, Sodé, Lège, Barbazan, Salies-du-Saîat, Estadens, on signalait des états morbides plus ou moins accentués. Gela nous poussait à compléter notre analyse.

D'abord l'hérédité entrait en ligne de compte : les deux tiers environ des distraits observés (distraits chroniques, en général et choisis pour cela même) avaient des ascendants plus ou moins tarés. A la campagne, où l'on se connaît bien et depuis plusieurs générations, ces renseignements furent faciles à obtenir discrètement par les instituteurs. C'est ainsi que nous avons

pu mener à bonne fin un travail que plusieurs médecins lurent et approuvèrent.

Après avoir souligné la grande diversité des causes de distractions, M. François Sarrieu concluait provisoirement ainsi : « Nous avons reconnu que les deux formes de la distraction (active et passive ) sont loin d'être homogènes, et de caractériser des types assez bien définis... Des subdivisions s'imposent pour chacune de ces catégories. C'est seulement par la continuation de l'observation individuelle que nous pourrons parvenir à découvrir et à combattre les causes réelles qui, pour chaque sujet, déterminent habituellement les distractions. »

Et voici que, sans bien connaître Pillsbury, notre secrétaire pensait comme lui :

« Nos remarques nous permettent de postuler que ces causet peuvent être de deux sortes : subjectives et objectives. Les premières sont, si l'on peut dire, en puissance dans l'individu, d'une manière plus ou moins permanente. Les autres, toujour* accidentelles, naissent du milieu ou des circonstances. Il semble que, pour devenir déterminantes de la distraction, elles doivent agir simultanément et conjuguer en quelque sorte leurs efforts. »

Notre second appel portait des fruits nombreux bien qu'un peu tardifs. Nous nous trouvions alors en possession de 200 notices, c'est-à-dire d'une, en moyenne, par classe. Presque tout nos instituteurs devenaient donc, de leur plein gré, nos collaborateurs psychologiques, au début de 1923.

Le dépouillement de ces nouvelles notices se fit avec le même soin, la même méthode de collaboration que nous avons indiqués déjà. Les conclusions furent les suivantes :

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