DEUXIÈME DISTRACTION
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vi - DEUXIEME ENQUETE SUR LA DISTRACTION
Un simple coup d'ceil sur ce tableau montre le profit que cette nouvelle enquête tirait de la précédente. Ce n'est pas un recommencement toujours fastidieux, mais une vérification et un perfectionnement sérieux, sous un aspect assez nouveau. Au lieu de poser dix questions, forcément vagues et incomplètes, nous faisions une large part à la description physiologique du sujet. La première moitié du tableau était réservée à cela. Tous les détails dont les observations antérieures avaient révélé l'importance, y sont indiqués ou prévus.
Le sexe, l'âge, le tempérament, l'aptitude au jeu; la taille et le poids avec la capacité respiratoire et la force musculaire; l'hérédité, aussi complète que possible; la vision et l'audition mesurées comme nous l'avions montré, à Luchon, deux ans auparavant; enfin la description des tares organiques et des insuffisances fonctionnelles relatives à la digestion, à la circulation, à la respiration, au système nerveux, étaient encore complétés par le rappel éventuel de toutes les maladies passées.
Pour que la nouvelle enquête gagnât surtout en profondeur, on demandait à chaque maître ou maîtresse de s'en tenir à l'observation persévérante d'un seul élève et de choisir le distrait-type de chaque classe. Afin d'assurer notre base d'investigation, nous demandions encore, non pas un exemple, mais bien quatre de distractions pour le même sujet. Le temps indispensable à cela était ménagé, car le tableau, distribué au début de l'année 192^, ne devait être retourné que quatre mois après. En outre, nous tâchions d'obtenir la collaboration directe et
effective des médecins en laissant une case à leur disposition et en invitant les instituteurs à les consulter de notre part. Malheureusement ces cases restèrent vides presque partout.
Néanmoins, le résultat fut satisfaisant : 118 notices furent retournées en temps utile. Le graphique n° 8 indique un premier pourcentage des distractions par âge et par sexe dans deux enquêtes successives.
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La proportion des distraits est, dans l'ensemble, pour les cas signalés, sensiblement plus élevée chez les garçons que chez les filles. La différence sexuelle, presque constante à tous les âges, est minimum de 5 à 7 ans pour atteindre son maximum de 9 à 11 ans, à la période pubertaire déjà remarquée. L'allure générale des courbes, dont le parallélisme est frappant, atteint également son optimum à la même époque. Ce nouveau recoupement est de valeur. Il complète et vérifie nos précédentes
remarques sur la psychogénie de l'attention et la crise de déficience pubertaire.
Revenons maintenant au principal but poursuivi dans cette deuxième enquête : aux contingences physiologiques de la distraction et, par conséquent de l'attention. A cet égard, le* notices groupent ainsi les sujets observés :
Bonne santé 12 distraits.
Troubles du système nerveux 43
Lymphatisme 29 —
Végétations adénoïdes 12 — -
Troubles gastriques ou intestinaux 7 —
— circulatoires 6
Affections pulmonaires 1 —
Totai 110 distraits.
Huit notices, faute de précisions suffisantes, avaient dû être annulées. L'une d'elles fut reconnue truquée dans la suite. C'est la seule tromperie dont nous ayons eu à souffrir et elle fut vite découverte par M. François Sarrieu.
Ces chiffres, on en conviendra sans doute, confirment, d'une manière frappante, notre constatation fondamentale de l'an dernier :
La distraction habituelle révèle presque toujours une altération accidentelle ou chronique de la santé.
Les o/ioe environ des distractions peuvent, en effet, être attribuées, cette fois, à un état morbide plus ou moins accusé. Et cette constatation est d'autant plus importante qu'il s'agit aujourd'hui de distractions contrôlées et coutumières (deuxième partie du tableau), non de défaillances peut-être exceptionelles de l'attention.
Des conséquences pédagogiques et pédologiques pourraient facilement se tirer de ces faits patents; mais ce n'est pas l'objet de la présente étude. Les éducateurs avisés sauront les voir eux-mêmes.
Considérons à présent les distractions des enfants bien portants. Celles-ci sont presque toutes du type « actif »; donc utilisables par les pédagogues habiles. Elles sont, en somme,
un mauvais aiguillage de l'activité intellectuelle, une défaillance de l'inhibition qui détermine l'orientation psychique quand elle n'est pas conditionnée par celle-ci. Il existe, en effet, croyons-nous, entre elles, un interaction réciproque.
Tâchons de scruter plus avant les causes ou contingences physiologiques chez les distraits chroniques, donc malades. L'examen attentif des catégories distinguées ci-dessus, fournit des indications utiles sur les rapports de l'état physique et de l'état mental. On a reconnu notamment que les distractions d'un même groupe avaient souvent des caractères communs. La volonté, par exemple, fait généralement défaut aux adénoïdiens; l'irrégularité de l'effort se constate chez la plupart des nerveux et l'affaiblissement rapide paraît propre aux lymphatiques. Tout cela tend, comme le propose fort bien M. François Sarrieu, à établir qu'un état physiologique déterminé provoque des réactions mentales constantes. Nous dirions, nous, en d'autres termes, que le comportement de l'individu résulte des composantes physiologiques de chacun autant que des milieux ambiants.
Si, « pour les nerveux », nous nous sommes heurtés parfois à des faits divergents ou presque contradictoires, c'est parce que cette catégorie est trop vague et mal définie. Demandons à la science médicale de déterminer beaucoup plus exactement ce qu'est un nerveux. Il y en a de positifs et de négatifs tout au moins; mais ceci n'est pas de notre compétence. Voici donc une raison de plus réclamer encore l'organisation d'une collaboration médico-pédagogique indispensable au progrès de la psychologie et de la pédologie.
Parmi ces distraits nerveux, nous avions compté 35 actifs et 8 passifs seulement. Les 35 actifs se subdivisent ainsi : 16 instables, li émotifs, 2 impatients, 7 indisciplinés, 3 impulsifs et 3 positifs. Les passifs sont tous des déprimés dont l'effort intellectuel est sujet à des affaiblissements subits dont la cause réelle nous échappe.
A ce point, de vue, l'hérédité paraît jouer un grand rôle : dans 28 cas, en effet, une filiation fâcheuse a été signalée parmi les ascendants des sujets : alcoolisme, tuberculose, troubles mentaux, consanguinité des parents ou des grands-parents. Les nerveux sont la catégorie la plus nombreuse et la
plus mystérieuse des distraits. Or un nerveux est, en somme, un déséquilibré à différents degrés. L'attention, à la lumière de ces nouveaux faits, apparaît de plus en plus comme conditionnée essentiellement par un état d'équilibre physiologique normal permettant l'effort psychique maximum. Cet état d'équilibre suppose nécessairement un dynamisme constant, inconscient et organique, d'actions et réactions biochimiques qui intéressent probablement le système neuro-glandulaire.
La catégorie des lymphatiques a fourni un contingent appréciable de recrues aux distraits-types (un peu plus du quart).
La forme « passive » domine dans presque tous ces derniers cas. Cependant l'insouciance complète ne se manifeste que chez trois sujets. Un petit garçon de 6 ans, chétif et sujet à des syncopes spasmodiques; une jeune fille de i5 ans, fatiguée par des troubles pubertaires; un garçon de i4 ans, mal développé physiquement (37 kg) et inintelligent. Or, la plupart des distractions de ce groupe se produisent par affaissement, avant la fin des leçons, même chez les enfants, assez nombreux dans cette catégorie, qui s'intéressent au travail scolaire et font preuve de bonne volonté. Ces distraits sont des déficients.
On sait que l'effort intellectuel est particulièrement pénible et qu'il exige une dépense considérable d'énergie vitale. Le dynamisme ou potentiel de base, inconscient et organique, qui manque dans cette catégorie de sujets (par lymphatisme, asthénie nerveuse ou toute autre cause physiologique) paraît donc indispensable. L'examen approfondi de cette catégorie de notices montre clairement, en effet, que la pauvreté sanguine et l'insuffisance fonctionnelle ont une répercussion très marquée sur le travail cérébral et en particulier sur la capacité d'attention. Pour nous borner à un exemple, citons le cas d'un garçon du C. E. (10 ans, 1 m. 20, 23 kilos). De l'avis du médecininspecteur, il est atteint de « lymphatisme et ganglions cervicaux », à l'exclusion de toute autre affection organique. Ses quatre distractions, portant sur quatre ordres d'enseignement (calcul, histoire, sciences, orthographe), sont d'allure identique. Au début des leçons, le sujet est vivement intéressé et son attitude est correcte. Mais après 20, 25 ou 3o minutes, une agitation se produit. L'enfant remue, crayonne, déplace des objets. Sa tenue devient nonchalante et la distraction se mani-
feste. Ni les rappels à l'ordre, ni l'insistance du maître ne parviennent à réagir. Il semble donc que l'on se trouve ici en présence d'un défaut de potentiel neuro-glandulaire de base tout autant que d'une impossibilité d'effort volontaire pour soutenir l'attention. Celle-ci semble encore étroitement conditionnée par une certaine énergie physio-psychique dès sa naissance et pendant toute sa durée. La déficience caractéristique des lymphatiques est très intéressante à étudier de près à ce point de vue.
Le nombre relativement élevé d' adénoïdiens parmi nos distraits chroniques mérite aussi considération. Comme les lymphatiques, ces derniers se caractérisent par un fléchissement marqué de l'attention volontaire. Intéressés au début, ils ne peuvent soutenir longtemps l'effort intellectuel dans la même voie. Leurs distractions sont du type « actif »; mais ce sont des instables-types qui restent à la merci des moindres circonstances. Ils pèchent surtout par insuffisance d'inhibition consciente.
L'un néglige son travail pour suivre la leçon faite au C. M. voisin et dans la même salle d'école rurale; un autre admire un rayon de soleil qu'il trouve « très joli »; un troisième observe des mouvements de mouches ou d'oiseaux; d'autres encore pensent aux joies ou aux peines qu'ils vont éprouver (cas d'émotivité); d'autres enfin examinent ou évoquent les gravures, les fleurs ou les objets qui les ont intéressés. En somme, chacun « divague » selon sa dominante sensorielle ou son orientation psychique, encore une fois, par défaut d'inhibition.
Ajoutons que, d'après plusieurs enquêteurs, les troubles de la mémoire s'observent fréquemment chez ces adénoïdiens. Ce point particulier, un peu en dehors de notre étude actuelle, mériterait peut-être un examen spécial dans l'avenir.
Les distraits atteints de troubles digestifs, circulatoires ou pulmonaires, sont proportionnellement peu nombreux. Mais dans les cas signalés, les distractions suivent curieusement le rythme des malaises éprouvés. Il est difficile cependant d'en tirer encore une indication psychologique quelconque.
Selon l'expression heureuse de M. François Sarrieu, ces distraits sont excusables physiologiquement et curables par des
•oins médicaux appropriés. Nous sommes donc obligés de les abandonner, au moins momentanément, au médecin. Celui-ci, à notre avis, devrait s'occuper surtout et d'abord de l'examen endocrinien et neurologique de tous ces déficients.
Sans données médicales précises, les observations psychologiques ne sauraient jamais être interprétées comme il convient. Réciproquement, sans renseignements précis sur l'hérédité, le tempérament, les réflexes habituels, les attitudes coutumières, pas de diagnostic certain des maladies de l'enfance et pas de traitement rationnel. Des efforts bien coordonnés, au contraire, produiraient, comme l'a clairement montré le docteur Molinéry, dans sa conférence de Luchon. de très heureux effets au double point de vue de la santé de nos écoliers et de leur développement intellectuel. Pour cela, chaque enfant devrait avoir, à l'école, une sorte d'état signalétique fait d'observations fréquentes, tant au sujet de la vie organique qu'à celui des attitudes mentales. Cette dernière préoccupation, aussi importante que la première, manque totalement dans le livret scolaire qu'impose délibérément le syndicat des médecins de France. Ce double tableau, que nous demandons, scrupuleusement établi, donnerait une suite de croquis physiopsychiques de l'enfant à ses différents âges. Il montrerait l'étroite corrélation du progrès intellectuel et du développement physiologique intégral. Il est enfin indispensable à l'orientation professionnelle sérieuse.
Tel fut le résumé des conclusions de notre deuxième enquête sur la distraction chez les écoliers.
vu. - TROISIEME ENQUETE SUR LA DISTRACTION
(Année scolaire 1924-1925)
Nos collaborateurs furent priés de continuer l'étude des distraits en profitant des directions qui leur avaient été données au cours des conférences pédagogiques d'automne 192 A. Cent cinq notices nouvelles furent reçues et étudiées comme les précédentes. Elles confirmèrent les résultats des deux autres enquêtes. Les distraits chroniques observés furent encore des déficients physiologiques dans la proportion de 85 %. Les « bien portants » étaient en légère augmentation : 1/7 au lieu de 1/10. De nouveau, nous constations que ces derniers manifestaient toujours des distractions « actives » caractérisées par une surabondance d'énergie intellectuelle qui les faisait aller de l'avant, franchir les limites de l'exercice et tendre toujours, fait digne de remarque, à « des fins logiques et constructives » (François Sarrieu). Ce « logisme » subconscient de base a été remarqué par nous, dans d'autres observations (Enquête sur le rêve). Il est très important.
Examinons de nouveau, comme précédemment, les différents types. Les nerveux sont encore au premier rang des distraits déficients (28 sujets sur 90). Les distractions de ce groupe sont encore de différents ordres, de caractère nettement individuel et nécessitent une thérapeutique spéciale à chaque individu.
Les distractions des lymphatiques (22 sujets) sont plus homogènes. Presque toutes sont passives et se traduisent encore par l'affaissement plus ou moins rapide au cours des leçons. L'at-
titude mentale se révèle donc, de nouveau, en rapport étroit avec Tétât physiologique dont elle est une résultante. Les adénoïdiens sont encore assez nombreux (12) et confirment, d'une manière frappante, nos remarques antérieures. Ce sont tous, en effet, de vrais instables, incapables de s'astreindre à une discipline intellectuelle; par suite, ils font preuve d'une carence complète de la volonté. Un fait nouveau apparaît pour corroborer ceci : ces distraits sont très suggestibles; leur esprit semble flotter, en quelque sorte, au gré des impressions immédiates. Les troubles profonds de la mémoire (que nous avions déjà indiqués dans cette catégorie) sont signalés de nouveau. Il conviendrait donc de rechercher, dans les laboratoires, si l'oxygénation et l'épuration du sang ne sont pas facteurs de la cérébration.
Les autres affections mentionnées ne se prêtent pas à une interprétation d'ensemble.
Pour la classification des distraits, par âge et par sexe, le graphique comparatif n° 9 montre dans quelle mesure les
ce.