‹ L'analyse psycho-sensorielle et ses applications a l'education integrale. --Chapitre 46 sur 83 · CHEZ LES JEUNES ENFANTS · texte numérisé non relu

CHEZ LES JEUNES ENFANTS

Dans La pédagogie expérimentale au jardin d'enfants, M. Tobie Jonkheere, professeur à l'Université et directeur de l'Ecole normale de Bruxelles, a bien voulu signaler les premières recherches poursuivies dans les écoles maternelles de Luchon sur l'attention chez les tout petits. Cet encouragement, qui remonte à plusieurs années, nous fut précieux. Les résultats obtenus depuis, bien que nous ne les jugions pas encore assez complets, dépassent singulièrement, pour la quantité comme pour la qualité, les vagues prémices dont le réputé pédologue belge a fait état, sans nous consulter directement d'ailleurs. Son chapitre sur l'attention des bébés reste, par cela même, le moins documenté de l'ouvrage. Il se réduit à bien peu de chose comme faits d'expérimentation vraiment scientifiques et acquis. Nous sommes obligés de faire ces réserves pour qu'on ne nous juge pas uniquement d'après cela à l'étranger. Si l'étude de l'attention d'adultes est déjà délicate, parfois décevante, comme Binet en a fait plusieurs fois l'expérience personnelle, combien est-il plus difficile encore d'analyser cette aube confuse de l'attention chez les tout petits. Il faut l'étudier cependant.

Seules, les femmes méritantes qui se sont consacrées aux bébés, peuvent les comprendre et les étudier comme il convient. L'exemple de Maria Montessorri doit être cité une fois de plus. C'est elle qui a ouvert la voie. Les institutrices des écoles maternelles de Luchon, Mme Coret en particulier, ont

suivi nos directions avec une persévérance que l'on va pouvoir mieu£ juger maintenant.

Une première démonstration publique, en conférence pédagogique intercantonale, et au Casino de Luchon, en 1922, Savait pas complètement réussi (on l'a vu déjà) faute de préparation suffisante et aussi de milieu convenable. Un premier but était atteint cependant : nous voulions, ce jour-là, montrer publiquement la nécessité comme la possibilité de scruter les diverses modalités sensorielles de l'acte d'attention chez les tout petits. Or, la plupart des institutrices et instituteurs de la région exercent seuls, dans une école rurale à classe unique. Ils ont donc de très jeunes élèves de cinq ans, réglementairement, parfois même au-dessous de cet âge pour rendre service aux familles. Qu'en faire? Les réunir illogiquement au C.P. ou les laisser inactifs avec de perpétuels : Sois sage? Non : il faut chercher une solution pédagogique rationnelle par la psychogénie.

Mme Coret se promit bien de réussir à réaliser ce que je demandais. Elle persévéra pendant quatre années. Enfin, après avoir obtenu, en 1926, des résultats de valeur sur la capacité d'attention chez les bébés, elle présenta au Cercle, en février 1927, un premier essai de discrimination des phases élémentaires de l'attention visuelle chez les tout petits élèves.

Aidée de son adjointe, Mme Jean Sarrieu, elle observa dix garçons et autant de fillettes âgés de k à 6 ans. Il ne fut pas possible d'examiner sérieusement, à ce point de vue, les bébés de moins de 3 ans et 9 mois. Ce fait confirme la remarque faite déjà au sujet du petit Marc; 4 ans paraît, jusqu'à preuve contraire, une « frontière » psychogénique importante et l'aube de l'attention scolaire. Les cas exceptionnels peuvent être nombreux, et nous en connaissons, mais ils confirment le fait.

On a examiné ces vingt enfants d'après six modalités différentes et progressives de perception.

Le premier test portait sur la perception des différences de couleurs. Il est admis communément, dans les milieux pédagogiques qui s'occupent des tout petits, que cette différence est la première perçue. Nous n'acceptons rien sans le vérifier. Le matériel se composait de cinq carrés en carton colorié :

un vert, un rouge, un jaune, un orange, un noir. Chaque enfant fut appelé, seul, dans une salle. On lui fit observer, sans qu'il les touche, les cartons placés dans un ordre quelconque. Cette libre observation ne fut limitée que par la première distraction que le regard du bébé révélait à l'œil exercé âes maîtresses. Elle dura ordinairement quelques secondes. La durée exacte, dont l'importance est négligeable actuellement «era notée plus tard.

Deuxième phase : L'enfant était placé devant un groupe plus nombreux de cartons aux couleurs plus variées. Il devait retrouver les cinq premiers observés.

Notation : Chaque perception exacte donnait 1 point; chaque erreur enlevait i point.

Quand on fait les moyennes des notes, par âge, des premiers résultats, on obtient :

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