‹ L'analyse psycho-sensorielle et ses applications a l'education integrale. --Chapitre 58 sur 83 · JJ · texte numérisé non relu

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l'orientation physio-psvchologique de leurs enfants et en tenir compte pour contrôler les progrès scolaires de ceux-ci comme dans le choix — trop souvent hasardeux — d'une profession ou d'une carrière. Enfin, les écoliers eux-mêmes peuvent trouver une source d'émulation dans la comparaison et la superposition de ces diagrammes.

Après un exposé de la méthode Lasoursky, dan* une de nos réunions mensuelles du Cercle de Luchon, et un travail d'adaptation préalable (car la terminologie du psychologue russe manque de précision et ne ressemble pas du tout à la nôtre), M. François Sarrieu se mit de nouveau à l'œuvre. D'après les formules psycho-sensorielles de dix garçons et de dix filles de chaque cours, tirés au sort, parmi les moyens, il dressa d'abord Je tableau précédent (n° 22) :

Nous avions décidé de partager les cadrans de Lasoursky en trois secteurs, chacun de ceux-ci correspondant à l'un de nos trois cycles : r° sensoriel et perceptif; 20 conceptuel; 3° émotif-volitif ou moral. Les trois secteurs sont divisés par des rayons correspondant aux principales catégories d'activité physio-psychologique scolaire. La mensuration est exactement figurée par les cercles concentriques qui sont au nombre de 10 et correspondent ainsi à notre notation numérique de o à 10, comme on sait. Les lignes continues appartiennent aux garçons; les points séparés, aux filles.

Examinons les résultats obtenus au premier cour* (7 à y ans) à l'aide du graphique 11. Les deux sens majeurs apparaissent vite et sont communs aux deux sexes : vision et kinesthésie. Une déficience féminine très légère (2 dixièmes pour la vision et un dixième et demi pour l'autre sens) est à signaler simplement. Un sinus caractéristique de la courbe révèle la déficience de l'odorat et du goût, ce qui confirme nos remarques antérieures. Bref, on peut répéter que le premier âge scolaire est spécifiquement sensoriel-perceptif et ajouter maintenant qu'il n'est point omnisensoriel, mais surtout conditionné par la synergie qui paraît primordiale : VK.

A. cet âge, le cycle conceptuel n'existe pour ainsi dire pas et se réduit à une sorte de bourgeon qui marque cependant l'éveil du sens quantitatif (Q ou P). Celui-ci se révèle comme

un palier d'accès du premier au deuxième cycle; ceci encore est une vérification de nos hypothèses précédentes.

Le tîTÛsième cycle ne se décèle également que par un bourgeon qui dévoile la naissance du sens esthétique. Celui-ci paraît donc jouer aussi un rôle important d<* transition. Voici • jiK1 nos modestes observations scolaires fournissent un recoupement inattendu à la célèbre formide uY Victor Cousin : le beau, préparé par le vrai ou exact, fait éclore, à ->on tour, la notion du bien. Ceci est d'autanl plus vraisemblable q\ie le groupement <ies deux sexes l'accuse encore mieux.

Pour l'âge suivant (9 à 1 1 ans), il faut voir le graphique [2. On est alors surpris de constater une sorte de régression dans le premier cycle alors que l'on s'attendait à un épanouisse-

ment logique a priori. Vision et kinesthésie restent toujours prédominantes; mais la première baisse légèrement d'un dixième et demi riiez les garçons, tandis qu'elle bénéficie d'un gain équivalent chez les filles. Les deux sexes perdent en kinesthésie (un dixième, les garçons; un dixième et demi les filles). L'audition reste stationnaire. L'olfaction marque un léger progrès. Pas de changement notable pour le reste.

En revanche, des modifications intéressantes s'esquissent déjà dans le deuxième cycle. Le sens quantitatif s'est exactement maintenu des deux côtés. La naissance de l'imagination créatrice est marquée pour les garçons, tandis que les fillettes gagnent pour l'imagination représentative et l'association d'idées. Ces caractéristiques précisent encore, à peu de chose près, les résultats connus de nos autres tests.

Le troisième cycle du même âge scolaire confirme le point initial esthétique pour tous. Il indique une double supériorité féminine : en cénesthésie comme en esthétique. Nous n'en sommes pas surpris.

En somme, cet âge reste encore essentieliemeni perceptif

sous le signe VK qui se complète, peu à peu, par des éléments encore mineurs des deux autres cycles.

Le graphique i3 révèle, dans la période suivante (n à i3 ans), des modifications plus importantes. La vision reprend sa valeur de naguère chez les garçons. Les filles, au contraire, marquent une régression d'un dixième sur ce point. La supériorité sensorielle masculine s'affirme d'une manière à peu près générale, même pour l'audition et l'olfaction dont l'éveil s'était manifesté d'abord dans l'autre sexe. Nous voyons, encore une fois, l'évolution perceptive masculine plus lente, mais plus sûre et mieux équilibrée, somme toute.

Au point de vue conceptuel, le bourgeon quantitatif est devenu une pointe bien marquée d'orientation psychique générale. La mémorisation et le jugement l'étayent également d'un appui logique et curieux. Le groupement des deux sexes est assez caractéristique à cet égard. Un nouveau bourgeon s'accuse pour l'association d'idées, avec équivalence pour l'imagination représentative chez les filles. Bref, dans ce cycle, le gain nous paraît suffisant pour légitimer une limite d'âge psychologique et pédagogique, une frontière selon Binet. En effet, la formule d'âge, pour les deux premiers cycles, est devenue : VioK + mQj. Les synergies perceptives deviennent quadruples et la synergie conceptuelle, triple.

Au contraire, le secteur moral ne présente pas de changement notable à cet âge, sauf un accroissement général, mais de peu d'amplitude, pour la cénesthésie dont la valeur, à la fois individuelle et synergique, se manifeste curieusement au moment de la puberté. Sa puissance redoutable alors et parfois désordonnée, ne paraît pouvoir être équilibrée, régularisée, que grâce au dynamisme surtout logique du deuxième cycle, dont l'influence agit, sans doute, avec et par le sens esthétique déjà remarqué.

Examinons enfin le quatrième cadran (graphique i4) qui représente les gains et pertes après cette période pubertaire sur l'importance de laquelle nous nous sommes si souvent arrêtés. On ne remarque pas de changement d'orientation extraordinaire dans le premier cycle. L'activité sensorielle redevient ce qu'elle était pour la kinesthésie. Celle-ci maintenant reste spécifiquement féminine et d'une manière assez marquée (4 dixièmes). Nos jeunes filles ne rivalisent-elles pas, depuis

longtemps, avec nos jeunes gens pour certains sports, surtout le gracieux tennis, à cet âge? Ne parlons pas de la danse où elles excellent trop et qui représente à nos yeux une synergie ACK des plus curieuses peut-être à étudier ultérieurement. Supérieures aussi pour l'odorat, elles restent déficientes, cependant vis-à-vis de l'autre sexe, pour la sensibilité tactile et îe goût. Ceci peut surprendre; nous enregistrons simplement, à titre provisoire, comme pour toute première remarque.

Dans le deuxième cycle, le progrès du sens quantitatif continue (et devient singulièrement remarquable chez les filles qui atteignent presque l'optimum). Légèrement supérieures

pour le jugement, elles restent en arrière pour le reste du secteur conceptuel. En moyenne, celui-ci accuse donc plutôt encore une supériorité masculine globale. Et, dans l'ensemble, le progrès général sur l'âge précédent n'est pas aussi considérable pour les garçons que pour les filles dont la courbe coiffe nettement l'étoile masculine, surtout en VK pour le premier cycle et P ou Q pour le second.

Le progrès général s'affirme, en revanche, dans le troisième cycle. Le gain cénesthésique se révèle, à première vue surtout, pour les garçons chez qui la crise pubertaire laisse, on le savait déjà, une affectivité vibrante. La supériorité féminine pour la sentimentalité, confirme l'évolution morale dont nous avons déjà esquissé la courbe. Quant au sinus persistant sur le rayon volonté, jusqu'à t5 ans, chez les jeunes gens comme chez les jeunes filles, il ne manque pas d'éloquence pour prévenir les maîtres qu'ils font encore souvent fausse route, dans l'œuvre éducative. Celle-ci reste trop hasardeuse et incomplète encore. Sont-ils vraiment préparés à la vie, ces jeunes gens si déficients au point de vue de la volonté? Nous reprendrons cette importante question, en détail, dans la dernière partie de cet ouvrage, car cette déficience de la volonté, cette carence de l'initiative et de l'effort chez les jeunes gens, surtout dans les races latines et l'après-guerre, a été constatée ailleurs.

La dernière formule scolaire, celle de cet âge, est devenue :

La partie synergique perceptive, renforcée en VK, reste quadruple; la deuxième affirme l'existence, précieuse aux concepts, de la synergie associative sous le signe numérique (Q) prévalent et du jugement qui s'affirme; enfin, une synergie émotive, encore faible, de la cénesthésie et de la sentimentalité, suffit à révéler l'aube morale.

L'évolution psycho-sensorielle, pendant la période scolaire, apparaît, dans sa diversité comme dans toute son ampleur, quand on superpose les quatre diagrammes que l'on vient d'étudier. Comme un protozoaire qui se modifie, comme une astérie qui tend plus ou moins ses branches vers des proies successives, comme une vague nébuleuse qui se transforme en

comète puis en étoile aux branches de plus en plus nombreuses et rayonnantes, un schéma nouveau surgit à nos yeux : celui de l'évolution physio-psychologique de nos écoliers, pendant la seconde enfance et la première adolescence. Sans doute n'est-il pas définitif. Quel tableau des maîtres réputés, n'a nécessité de nombreuses esquisses préparatoires? Existe-t-il une épure sans croquis préalable? C'est par le gribouillage pariétal des anciennes cavernes humaines, par une marche vacillante d'enfant, dans le clair-obscur de la science actuelle, que se grave peu à peu le signe qui nous guide et que, lentement, se fraye la voie nouvelle vers l'avenir.

Note complémentaire. — La thèse soutenue récemment par M)le Véra Kovarsky, devant la Faculté des Lettres de Montpellier, sur La mesure des capacités psychiques des enfants et des adultes normaux et anormaux, développe et applique la méthode de son compatriote russe Rossolimo pour l'établissement des profils psychologiques. Ces profils sont certainement utiles comme recoupement. Nous critiquerons cependant l'imprécision et les barbarismes inutiles de la terminologie qu'ils emploient. Est-il logique, dans le tableau n° 7 par exemple, de placer : en tête, l'attention et, in fine, l'esprit d'observation? Ou encore les éléments du langage entre les figures et les nombres ? Les mêmes défauts de pensée se révèlent chez Rossolimo comme chez Lasoursky : imprécision slave où le subconscient domine trop encore. En revanche, des éclairs précieux chez tous les deux : une intuition sûre du but à atteindre comme résultat pratique et pour l'orientation professionnelle. Nous sommes tout à fait d'accord, à ce point de vue, avec M. Rossolimo quand il écrit : « Il est important d'être renseigné sur 1 état de l'intellect de l'enfant dès la fin de sa première enfance. » On le verra dans nos conclusions ci-après (de 7 à 9 ans). Binet l'avait dit aussi.

Tel quel, le travail de Mile Véra Kovarsky peut et doit être utile. Nous nous faisons un agréable devoir de le signaler à ce titre. (Alcan. éditeur.)

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