‹ L'analyse psycho-sensorielle et ses applications a l'education integrale. --Chapitre 78 sur 83 · Nous dirons désormais P au lieu de Q · texte numérisé non relu

Nous dirons désormais P au lieu de Q

naire, mais l'esthétique naît, en corrélation peut-être avec l'apparition de J et Sy au second.

Les garçons dominent encore pour VK; pour T aussi, dont le renforcement est à noter chez eux. En revanche, les fillettes gagnent en A. Elles gagnent aussi en P où elles arrivent à égalité, comme dans le dernier cycle. Ce progrès féminin de la septième année, est caractéristique.

Ces précisions nouvelles confirment nos conclusions précédentes tout en les complétant. C'est bien année par année, qu'il convient d'étudier l'écolier par l'analyse psycho-sensorielle. Encore l'étude annuelle, répétons-le, car c'est très important, devrait reposer sur plusieurs tests successifs. Si nos occupations professionnelles, déjà très lourdes, nous en avaient laissé le loisir, nous aurions volontiers agi de la sorte.

3° Huit ans

Le progrès visuel continue, mais se ralentit. Celui de K s'accentue. A cette synergie, toujours dominante, du premier cycle, A puis T viennent s'ajouter en valeur beaucoup moindre. Dans le deuxième cycle, le gain s'accuse pour Sy plus que pour M. et P. Il peut correspondre au progrès en C du troisième, lyrisme et symbolisme étant étroitement liés dans la littérature, si l'on prend ces mots dans leur juste acception.

Les garçons encore supérieurs en V, mais dans une moindre proportion, cèdent aux fillettes pour A et K. Le facteur synergique VK semble égal pour tous. L'égalité se constate aussi pour O, G et T. Dans le deuxième cycle, le gain féminin est marqué pour M et pour Sy. Quant au troisième, il accuse encore une supériorité des filles qui progressent pour Es et pour C.

4° Neuf ans

L'activité visuelle s'intensifie, principalement pour les gar çons. Le progrès sensoriel reste encore limitié surtout à VK, bien que A se perfectionne sensiblement. Au deuxième cycle, le progrès de P devient frappant. Pour les raisons analytiques fournies antérieurement, il pourrait être la conséquence logi-

que du renforcement symbolique de l'année précédente. Le troisième cycle révèle deux gains de ioo % : en Es comme en C. Les proportions, en pareille matière, importent autant que les chiffres, sinon plus.

La comparaison des sexes montre la supériorité masculine pour VA, dont le renversement de valeur, à ce point de vue, est curieux; K, où la même constatation s'impose; P, qui pourrait être un produit ayant VAK pour facteurs; par contre, les filles marquent un progrès en O, et dominent sur ce point, comme pour Es.

Nous compléterions donc volontiers notre formule précédente d'âge et pour 7 à 9 ans, sans la modifier, car elle est exacte encore si nous la jugeons maintenant incomplète. Ajoutons l'indication de la genèse du troisième cycle que nous expliquions d'ailleurs ci-dessus et cette formule devient :

V K D A o g . . . + s j q . . . + es c.

Encore une fois, nous croyons trop au devenir pour donner quoi que ce soit de définitif. Il convient ici de chercher, contrôler, corriger et compléter inlassablement.

5° Dix ans

Le perfectionnement de VK continue, mais chez les filles exclusivement. Elles gagnent beaucoup, alors que les garçons perdent notablement. Le progrès psychogénique n'est point une droite continue, mais comme la résultante d'une courbe sinueuse d'anticlinaux et de synclinaux qui monterait peu à peu, sans être absolument régulière. Ceci ne rappelle-t-il pas l'allure de toutes les courbes de croissance somatique? A, O, G et T sont stationnaires, en moyenne; mais les filles marquent cependant un gain pour l'audition qui, de nouveau, les place en tête.

Four le deuxième cycle, on remarque une amélioration générale quant à M, J, As et Sy surtout; les filles gagnant pour la première modalité, les garçons pour la seconde. Notons aussi qu'elles doublent leurs camarades pour l'imagination représentative, tout en étant inférieures pour l'autre. Cette dif-

férence, au point de vue sexuel, coïncide presque exactement avec celle du symbolisme. N'est-ce qu'une coïncidence? Simple coïncidence aussi la supériorité féminine en V, K, M, P el Ir? Que de problèmes délicats, mais passionnants, nous posons ainsi pour demain.

Enfin, pour le dernier cycle, le progrès semble très faible, sinon nul parfois. Un fléchissement masculin en C contraste avec un progrès féminin sur ce point. Cet accroissement de la cénesthésie féminine n'est probablement pas sans influence sur ce que nous venons de constater.

Mais la remarque capitale, pour cette année, réside dans le fléchissement de P chez les filles, si sérieux qu'il ramène la courbe générale au-dessous de la précédente sur ce point. Rappelons la déficience féminine à 9 ans, pour V, A et K, dont P est formé probablement. Ainsi, chaque année résulte de la précédente : telle une moisson qui vient d'une semence et sert de semence à son tour.

6° Onze ans

La supériorité des filles est à peu près générale dans le premier cycle qui révèle un progrès réel sur l'année précédente pour tous les écoliers. C'est donc une année importante pour la scolarité. Autrefois, les meilleurs élèves de nos écoles primaires pouvaient subir l'examen du certificat d'études alors; et leurs études s'en trouvaient accélérées. On a eu peut-être tort de renoncer à cela. Nous le verrons mieux encore tout à l'heure. Le deuxième cycle est marqué par un progrès très important de P, surtout chez les filles qui compensent le recul précédent. L'imagination représentative gagne 100 % dans les deux sexes, avec maintien de la supériorité féminine. Cette supériorité, nous la voyons encore dans le dernier cycle, en C, comme en Vo qui en procède.

Si nous avons pu dire précédemment que la période prépubertaire est marquée par un rapprochement curieux, en gros, des courbes de chaque sexe, il faut ajouter maintenant que, à 1 1 ans, les filles sont sensiblement plus avancées que les garçons au point de vue de l'évolution psychogénique.

7° Douze ans

Ici, le rapprochement dont nous venons de parler se retrouve. Sauf pour 0 et G, dont l'importance quantitative reste médiocre, les moyennes sont voisines dans les deux sexes, et le premier cycle. La progression lente, mais régulière de T est digne de remarque. Il en est de même, dans le cycle suivant, pour M. et P. L'association conceptuelle (ou des idées, pour employer l'expression courante) a progressé bien régulièrement aussi, surtout depuis deux ans. En revanche, par un phénomène mystérieux de régression momentanée qui ne doit plus nous surprendre s'il nous intrigue toujours, les deux modalités d'imagination ne gagnent que chez les garçons; les filles perdent du terrain à cet égard, comme dans le dernier cycle, pour C et Vo. La crise pubertaire commence. Elle semble plus hâtive pour elles que pour les garçons.

Voilà qui les conditionne fâcheusement pour subir des examens à 12 ans. Ceci confirme et renforce ce que nous disions tout à l'heure, à propos de l'âge du certificat d'études primaires.

La formule psycho-sensorielle de la douzième année, que nous avons établie antérieurement, doit-elle être conservée ou modifiée?

Nous sommes d'avis de compléter la première partie par l'indication de toutes ses modalités, puisqu'elles se révèlent toutes dans une proportion variable, quantitativement très différente, mais qualitativement égale peut-être. En d'autres termes, eu égard à l'importance psychique spéciale de chacune, la moyenne de 0 ou de A peut se comparer à celle de V ou de K.

Nous modifierons également la formule du deuxième cycle. En somme, ce sont P et M qui se révèlent principalement. Ici encore, toutes les modalités sont écloses et agissent. La conscience psychologique est née de leur synergie complète, principalement de l'activité associative (As) dont la progression est éloquente, et qui fonctionne en liaison étroite avec la mémoire évocative et consciente (M).

En revanche, le troisième cycle, celui de la conscience totale ou morale, reste presque lacunaire en sentimentalité comme en volonté. Nous marquerons donc, chez lui, la cénesthésie qui joue un rôle dans toute conscience et qui pointait dès la septième année, ce qui confirme par ailleurs nos hypothèses sur la genèse du moi. Nous noterons enfin cette aube du sens esthétique qui fait entrevoir celle de la conscience complète.

Voici cette nouvelle formule :

V A O G T K -f M P j as ir sy + es c.

laquelle suppose toujours, pour les raisons déjà données, l'existence indispensable de l'attention évoluée, polyvalente; à la fois organique, sensorielle et conceptuelle; devenue consciente et volontaire par la synergie cénesthésique; donc globale et scolaire; non plus subconsciente, ludique et fugace.

LA CRISE PUBERTAIRE

Pour notre race et dans nos climats, la crise pubertaire correspond à la période de n à i3 ans, donc aux cours moyen et supérieur de nos écoles.

PARTICULARITÉS SEXUELLES

Après un temps d'éclipsé temporaire par l'audition, la prédominance sensorielle redevient visuelle chez les garçons. Leur cénesthésie se renforce et s'affine, bien qu'elle reste inférieure à celle des filles, en général. Elle évolue, par contre, vers l'affectivité qui est une modalité cénesthésique supérieure, devenue telle sous la double influence du sexe et du milieu social. La volonté commence de se manifester. Ceci confirme la théo-

rie de Binet sur son conditionnement émotif. Elle est, en quelque sorte, un réflexe évolué, perfectionné, transmué même, par l'auto suggestion, comme nous l'avons indiqué, grâce à une activité synergique complexe dont C et J avec K seraient les principaux éléments.

La prédominance visuelle féminine reste très accusée depuis la dixième année. La première modalité d'imagination, dite représentative, où la synergie VK joue un rôle capital, reste étroitement liée à ces deux éléments; l'apport dynamique de l'association d'idées qui progresse, va faire éclore l'imagination créatrice avec l'aide du symbolisme. Les filles ne paraissent pas avoir encore dépassé la première étape psychogénique du jugement conceptuel basée sur la catégorisation spatiale, donc sur le jeu (VK) des images visuelles. Cependant l'enquête sur les rêves a permis de voir que la deuxième étape, conditionnée par la synergie auditive, commence alors de se manifester chez elles.

Encore subconsciente, vacillante et capricieuse, pointe leur volonté qui est d'abord la préoccupation des examens basée sur l' amour-propre dont il ne faut point médire. N'est-il pas cénesthésique et moteur à la fois? Ne joue-t-il pas un grand rôle dans la formation de la conscience? Les manifestations cénesthésiques concomitantes prouvent qu'elles restent supérieures à ce point de vue. Elles le sont aussi pour le symbolisme et l'esthétique. Rien de surprenant à cela, car une synergie opto-cénesthésique en est le fondement probable.

En résumé, les garçons deviennent alors plus conceptuels et volitifs, tandis que les filles restent affectives et plutôt artistes. Tenons bien compte de ces indications naturelles, si on les vérifie ailleurs, afin de ne pas aller imprudemment trop loin dans la voie anglo-saxonne de l'éducation unique et asexuelle. C'est peut-être un grand danger qu'il appartient à l'esprit français de conjurer. M. Ch. Blondel écrit justement (Traité de Dumas, II, 535) : « La mode a beau être de ne plus faire de distinction entre les hommes et les femmes, il n'en est pas moins vrai qu'à la puberté, le moi prend un sexe comme le corps. » Cette sexualisation psychique commence même à 5 ans, comme on l'a vu d'après nos tests.

CARACTERES GENERAUX

La courbe féminine de cet âge est plus harmonieuse, plus régulièrement progressive, et le brusque progrès masculin amène un rapprochement. C'est en pleine crise pubertaire que les différences sexuelles s'atténuent. Cette formation intime et profonde, dont les pédagogues et les psychologues ont négligé la très grande importance, en général, jusqu'à présent, fa\orise la distraction dans les deux se\es. Elle nuit au premier schématisme perceptif; mais c'est pour ménager, semble-t-il, l'éclosion définitive du schématisme conceptuel qui suppose nécessairement la réflexion et la méditation.

C'est, en effet, l'époque des rêveries vagues et parfois dangereuses. Il convient alors de ne pas surmener un corps en pleine crise. Nous sommes personnellement reconnaissant encore à nos parents et à notre vieux médecin d'autrefois, de nous avoir imposé alors un an d'interruption dans nos études, interruption qui fut vite rattrapée. Tous les maîtres reconnaissent que les classes peuplées d'adolescents de 12 à i3 ans, sont particulièrement ingrates. Nous nommerions volontiers cette période importante et grave : « d'incubation » Elle correspond au début de la période de pleine action cénesthésique qui conditionne l'éclosion de la conscience totale ou morale. Celle-ci ne saurait exister sans le schématisme conceptuel et l'aptitude à la réflexion, dont nous venons de parler.

Aussi la comparaison des diagrammes II et III montre-t-elle que cette époque est loin d'être négative. C'est parce que des transformations organiques profondes se produisent que des anastomoses et des synergies nouvelles doivent se créer, qu'un affaissement général se constate. Cet affaissement du tonus musculaire se traduit par la régression kinesthésique. Pour toutes les raisons déjà exposées, il doit forcément se répercuter sur l'accommodation tympanique et la puissance synergique de l'audition. On pourrait dire que l'activité cénesthésique accapare la majeure partie du potentiel humain au début de l'adolescence. Toute métamorphose suppose une incubation préalable.

En revanche, le graphique du cycle conceptuel se développe.

Le sens quantitatif a doublé; de même, les jugements logiques ont gagné 100 pour ioo. Dans sa chrysalide, la « psuchè » enfantine acquiert déjà les ailes puissantes du « nous ».

Le principal défaut des programmes officiels, c'est leur méconnaissance absolue de la période pubertaire. Habitude absurde : c'est le moment où la plupart des familles songent à mettre leurs enfants pensionnaires. Nulle autre époque ne pourrait être plus mal choisie. L'absence des conseils maternels pour la jeune fille, les camarades vicieux pour le jeune homme, autant de dangers qu'il importe de signaler aux parents, comme aux pouvoirs publics, dans l'intérêt même d'un pays qui s'énerve trop. Pour revenir aux instructions officielles, c'est tout juste si elles conseillent, dans les établissements féminins, la modération des exercices physiques à cette époque et la nécessité d'un matériel convenable pour la toilette. Encore ces prudentes et sages mesures ne remontent-elles pas au delà d'une décade environ...

11 est complètement irrationnel de placer à cet âge des examens (comme ceux des bourses) qui exigent un très gros effort et décident, en un jour plus ou moins propice, d'une carrière, d'une vie. Tout cela devrait être reporté à la treizième année. Ce ne serait pas du temps perdu, au contraire. Depuis que l'examen du certificat d'études primaires a été retardé jusqu'à 12 ans, les résultats immédiats et lointains n'ont été que meilleurs. Il n'y aurait aucun inconvénient à le retarder encore et le rendre moins livresque en même temps. L'accès de l'enseignement secondaire n'en serait pas plus difficile si l'on comprenait mieux ce qu'exige une éducation intégrale et rationnelle, établie d'après l'étude scientifique de l'enfance et non exclusivement selon la tradition évidemment respectable, mais parfois trompeuse. Nous aboutissons ainsi à l'éternelle question des programmes et du surmenage, de la fatigue scolaire.

Alfred Binet, avec ses premiers collaborateurs de V Année psychologique, a prouvé que la fatigue physique, loin d'être toujours une diversion salutaire au travail intellectuel, comme

on le croyait, s'ajoute souvent à la fatigue intellectuelle et en aggrave les effets1.

Or, la fatigue de l'époque pubertaire est organique et coniinue. Pourquoi ne pas en tenir compte? Il conviendrait de supprimer, ou tout au moins d'alléger considérablement le travail scolaire dès le commencement de la crise. Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'importance toute particulière de l'inspection médicale, à cet âge.

A défaut, le maître le moins psychologue est obligé de constater une distraction chronique, très difficile à combattre, qui tient à cette rêverie vague dont M. J. Pavot signale les effets néfastes dans son Education de la volonté. Nous l'avons expliquée déjà par l'accaparement véritable d'énergie que produit alors la prédominance cénesthésique et la mise au point d'un dynamisme comme d'un schématisme nouveaux.

Bref, nous sommes dans une période de déficience physiologique autant qu'intellectuelle, accusée par le fléchissement de toutes les courbes, la disparition ou le ralentissement désespérant de tout progrès sérieux. C'est la période ingrate, bien connue de ceux qui exercent dans les cours supérieurs des écoles primaires. Une discipline trop sévère ne guérirait pas ce mal, au contraire. Jamais l'enfant n'a eu plus besoin d'une ambiance affectueuse. Il ne s'agit point de mauvaise volonté, de paresse délibérée, mais d'impuissance physio-psychologique. Les travaux de Voronoff, qu'il convient de prendre au sérieux en dépit de leur caractère spécial, ceux de son admirateur, le chirurgien Dartigues surtout, prouvent que la formation et l'activité des tissus sexuels exerce une énorme influence sur le tonus général et l'intensité de la vie mentale.

1. (i. Dumas et Piénon (Traité de psych:, I, p. 309) ont constaté, au laboratoire de psychologie de Sainte-Anne, à Paris, que, pour un travail exécuté dans les mêmes conditions, les courbes de fatigue musculaire prises à l'ergographe de Mosso, et les courbes de fatigue de^ l'attention, prises au chronoscope de d'Arsonval, présentent les mêmes ondulations et les mêmes chutes comme si le sujet avait, dans

I ordre physique et dans Tordre mental, la même formule de dépense.

II faut cependant tenir compte de l'observation qualitative de Kraepelin : le travail intellectuel d'une heure augmente le nombre des soulèvements, tandis que la promenade d'une heure diminue le travail. La conclusion, c'est qu'un équilibre, dont les normes restent à fixer, s impose.

Tout ceci résulte aussi des célèbres travaux de Gley sur les hormozones. Ces découvertes ont exercé, sur la physiologie psychologique, une influence qui ne fait que croître. Une étude plus attentive et systématique de la période pubertaire, menée en collaboration étroite entre physiologistes, médecins, éducateurs et psychologues, s'impose à l'attention de ceux qui dirigent l'éducation nationale. Mais il convient d'attendre de» résultats moins discutés en physiologie endocrinienne.

Page 1