‹ L'analyse psycho-sensorielle et ses applications a l'education integrale. --Chapitre 79 sur 83 · LA CONSCIENCE MORALE · texte numérisé non relu

LA CONSCIENCE MORALE

Dans l'élal actuel de la documentation philosophique et scientifique, nous croyons pouvoir affirmer que, si la conscience psychologique se manifeste, comme nous l'avons montré, d'abord sous des aspects sporadiques, discontinus, puis de plus en plus proches, et enfin permanents, vers 9 ans, la conscience morale complète ne paraît pas exister avant la crise pubertaire. Ne nous leurrons pas, comme parfois M. Piaget dont nous avons reconnu par ailleurs le mérite, de réponses psittaciques et catéchétiques qui font illusion, ou, par ailleurs, d'actes louables, mais imités et non discutés. La conscience morale est plus qu'une aube; au moins une aurore. Elle exige un savoir et un pouvoir bien formés et équilibrés. Gela demande du temps, exige une longue évolution, même avec les meilleurs éducateurs ou élèves.

En termes plus précis, la conscience morale, telle que nous la concevons en dehors de toute métaphysique, suppose un esprit formé, capable de sentir, d'observer, de percevoir, de juger et de vouloir, tout en ayant l'idée des fins individuelles et sociales, la prévision constante, immédiate, de tous ses actes et de leurs conséquences. Elle exige particulièrement les âynergies supérieures et la catégorisation temporelle puis

qu'elle embrasse constamment à la fois : le passé dans ses normes, le présent dans la réalisation de l'acte, et l'avenir dans les conséquences de celui-ci1.

La période pubertaire marque l'apogée de la formation physiologique du cerveau (Dr Godin), mais non l'optimum somatique, car la croissance osseuse, musculaire, organique ei neuro-cérébrale continue encore bien après le premier stade formel complet du corps humain. Celui-ci devient alors seulement capable de vivre dans sa plénitude individuelle et sociale. L'enfant, spécifiquement égocentrique dans le cycle conceptuel, reste égoïste au point de vue moral. Il vit pour soi. Le fond de son comportement sincère reste son moi, à la fois sujet et objet. Il vit par le jeu, comme Claparède, après Karl Groos et Wundt, l'a montré. Les besoins du jeu lui imposent les premières contraintes sociales. Les contingences scolaires développent ce premier fonds. Ne faisons l'enfant ni meilleur ni pire. N'imaginons pas, comme Rousseau, une métaphysique de l'enfance. La nature veut qu'il s'accroche, pour ainsi dire, à l'existence et gagne âprement son droit à la vie. Sachons-le.

Dès que ses premiers troubles sexuels se manifestent, parfois de bonne heure (et alors plutôt sous l'influence de contingences vicieuses que par hérédité, si nous comprenons bien Freud), un altruisme d'abord instinctif, subconscient, parfois soumis aux fluctuations des caprices de la cénesthésie non encore inhibée, vient modifier ses tendances premières. Cellesci, jusqu'alors limitées à la vie égoïste, végétative, se complètent, évoluent qualitativement. Romain Rolland l'esquisse à gros traits dans son interminable Jean-Christophe, où l'accumulation balzacienne nuit souvent à l'analyse. Le vif besoin d'amitié, de camaraderie, refoule, peu à peu, le « narcissisme » primitif. Tant que la vie sexuelle n'est pas éveillée, ce besoin reste asexuel bien que l'influence de la « libido » exagérations à part, influe vite dans l'autre sens.

Ce changement d'orientation cénesthésique est un fait ca-

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