IV. Conclusions
I. Les recherches expérimentales, commencées en 1915, ont permis, tout d'abord, de provoquer le choc toxique par contact du sérum avec une substance non azotée, la pectine.* 2
De cette façon, la théorie de Friedberger sur la nécessité de l'azote dans la production de la toxicité sérique a été reconnue fausse et, en même temps, toule la théorie fermentative.
Cette constatation a été ensuite corroborée par les recherches de Bordet, avec la pararabine et les travaux de Schmidt avec l’amidon, toutes les deux substances étant débarrassées d'azote.
IT. Une série de recherches ultérieures, en 1914, a apporté des faits nouveaux contre la conception fermentative du choc anaphylatoxique, notamment :
1° Le Lemps de contact nécessaire pour faire apparaitre cette toxicité peut être réduit à un slrict minimum, demandé par le mélange et la centrifugalion ;
2° La température à laquelle ce contact a lieu est sans importance et
on peut opérer au voisinage de 0°C; #70 La dialyse n’a qu’une HHAUCR secondaire sur la production de la toxicité sérique.
Toutes ces recherches ont été confirmées par les remarquables (ravaux de Novy et de Kruif, en 1916.
IT. Les observations ultramicroscopiques ont permis de constater que le sérum rendu toxique change sa structure micellaire, les micelles s’agglomèrent par plusieurs el perdent leur mouvement; cette agglomération apparaît uniquement dans les sérums toxiques et ne se produil point lorsqu'on empêche la toxicité de se produire par le jeu des facteurs antifloculants. 11 s'agit là d’un phénomène spécifique.
IV. L'ensemble de ces résultats, constituant une indication formelle en faveur d’une floculation micellaire comme cause des phénomènes
L'ANAPHYLANIE. En
morbides, les recherches entreprises dans ce sens ont, en effet, permis d'aboulir à la suppression du choc anaphylatoxique par le jeu des. forces antifloculantes, soit en diminuant la tension superficielle ou en augmentant la viscosité, avant de mettre le sérum normal en contact avec des substances colloïdales ou des suspensions microbiennes. .
V. En étudiant les propriétés physiques des substances colloïdales, capables de produire la toxicité sérique, on a conslaté que seuls y
figurent les colloïdes à l’état de gel, ayant une structure déterminée +
et une charge éléctronégative bien prononcée.
VI. Tous ces faits constituent une base expérimentale solide en faveur d'une floculation colloïdale in vitro, qui se poursuit in vivo et, par l'obstruction du réseau capillaire, produit l'asphyxie avec son cortège habituel des symptômes et des lésions.
| VII. En examinant les rapports entre le choc anaphylatoxique et l'intoxication par l'injection intraveineuse première des substances différentes, telles que les sérums homologues, hétérologues, les toxines, les venins, les extraits d'organes, la peptone, les colloïdes et l’anaphylaxie, il apparaît clairement que non seulement la symptomatologie el les lésions anatomo-pathologiques sont identiques dans tous ces cas, mais aussi que toutes ces réactions s’accomplissent indépendamment de leur nature chimique, bref, ce sont des réactions colloïdales. C'est pourquoi on propose de les appeler le choc par contact.
VII. Toutefois, si le choc anaphylatoxique, l’anaphylaxie in vitro de Richet et l’intoxication par injection intraveineuse première se produisent immédiatement, les phénomènes anaphylactiques, question des doses mise à part, nécessitent un temps d’incubation plus où moins long. La difficulté d'explication de ce temps d'incubation persiste indifféremment que l’on se place sur le terrain de la théorie physique, chimique ou fermentative. Et quoique l’anaphylaxie et les autres modes d'intoxication offrent des analogies frappantes et leur mécanisme semble être identique, les causes ou les facteurs en jeu sont certainement différents.
IX. C’est pourquoi on peut supposer que les phénomènes anaphylactiques s’accomplissent, non seulement entre. les humeurs de l'organisme vivant, mais entre les cellules. Alors les forces de diffusion et de l’osmose y interviendraient et la lenteur de ces réactions expli-
querait le temps d’incubation, cet apanage de l'anaphylaxie. X. Ainsi tous les phénomènes, nécessitant l'introduction dans l'organisme d’un colloïde étranger, constitueraient le choc par contacl el, suivant la prédominance des forces physiques en jeu et le lieu de leur accomplissement, formeraient trois modes distincts quant à la cause, mais identiques quant à leur mécanisme. Ce mécanisme, loujours Île
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même, réside dans la rupture d'équilibre micellaire, floculation micellaire, embolie et l’asphyxie.
Si les agents producteurs du choc sont des colloïdes à l'état de sol et nécessitent un temps d'incubation, c'est l'aspect du choc anaphylac-
tique qu on pourra appeler le choc cellulaire.
Si les agents sont des colloïdes éléctronégatifs à l'état de gel, le temps d’incubation n’est plus nécessaire, c'est la forme d’ anaphylaxie in vitro qu'on pourra nommer le choc humoro-cellulaire.
Si. finalement, le choc s’est produit par l'introduction dans l'orga-
nisme de n'importe quelle substance colloïdale qui, en raison de la
quantité injectée, rompt l'équilibre micellaire dans le sens d'une flocu: lation ou d'une lyse, c'est le groupe des chocs par injections directes qu'on baptisera le choc humoral.