ET
toutes les littératures ! Y at-il un seul poème qui n’en contienne pas plusieurs ? C’est le livre de Dieu, c’est le livre de l’homme, c’est celui de l’esthète, On reproche à certaine école, avec juste raison, de trop détailler la nature. Ce romancier met une femme en scène : 11 décrit sa tête, son front, ses arcades sourcilières, la couleur de ses cheveux, la richesse de ses tresses, ses yeux, sa bouche, ses épaules, sa taille et tout le reste de sa stature, sans oublier sa toilette minutieusement analysée, en langage technique, à faire croire qu’il a pris des leçons chez la tailleuse en vue du Boulevard. Tout y passe, y compris ce que la modestie veut qu’on laisse sous le voile, et qu’on ne saurait mettre à nu sañe profancr la sainteté de la personne humaine. Tel poète, qui n’est pas naturaliste, comme Lucrèce, ni libertin comme Horace ou Anacréon, est réaliste à force de détails. S'il rencontre une fleur, il en décrit la forme, la corolle, en comptant les pétales, le pisti] et les étamines : il me dit sa couleur, son parfum, si elle est droite ou inclinée, et les degrés de l'angle qu’elle détermine avec la ligne d’horizon, un peu plus il nous apprendrait ses propriétés chimiques et médicinales. Une goutte d’eau est un océan sur lequel il promène sa nacelle, sans en découvrir le fond ou les rivages. Que dit-il de l'aurore? Homère lui donnait des doigts de rose, et il parlait d’autre chose. Lui prend note de ses rayons ; il en saisit les nuances à l’aide du prisme; il compte les gouttes de rosée qui y sont suspendues. Le soleil couchant ne lui inspire pas moins de vers ou de pages de prose. Vous saurez quels reflets lancent les nuages, rouges, bleus, orange, jaunes, verts, tandis qu’ils reçoivent les derniers baisers de l’astre-roi. Ceux qui sont familiarisés avec la littérature contemporaine, depuis soixante ans, peuvent contrôler la justesse de c:s observations. L’exagération de la description ne va pas sans celle de la couleur ; car décrire ce n’est pas faire une énumération sèche des chuses ; c’est les peindre. La couleur est un des moyeus les plus puissants dont l'écrivain dispose pour produire un effet ; elle n’agit directement que sur la rétine; mais elle arrive à l’âme qu’elle fait treseaillir. Le génie est dans la pensée, qui représente
ienne mme, juste mme es, la X, Sa sans techa vue veut sans n’est e ou leur, pistil roite ec la iétés \ sur u les igts DNS ; ittes pire juels erts, qui ante
cou:
des | les elle îme ente
le dessin ou la ligne dans les arts plastiques. Pour n'être que sou vêtement, la couleur en décuple la puissance. Elle est une des qualités de l’école néo-classigie. Nous avons dit déjà ce qu’elle ajouta à la littérature du XVII: siècle, appauvrie À force d’être léchée, et qui n’avait conservé qu’une correction sans vie. Pour être juste envers notre temps, reconnaissons que ies coloristes ne nous manqu nt pas. Ici il faut citer tous les grands écrivains, depuis Chateaubriand jusqu’à Michelet, Cousin, Tuine, etc., pour les prosateurs, et tous nos poètes en différents degrés : ne leur disputons pas cette supériorité. La couleur est un rayon du ciel, qui tombe sur le génie et le fait resplendir, comme la lumière du matin, qui frappe les montagnes, et les change en foyers. Chateaubriand garda la mesure dans l'emploi des richesses de sa palette. Avec Les orientules Victor Hugo devint le grand coloriste de son époque; il ouvrit la voie à tous les teinturiers de l'avenir. On sait à quels excès Michelet s’abandonna. Taine positiviste, l’homme des faits et des chiffres, est À la fois un observateur de la nature, comme psychologue et comme poète ; il animalise la matière pour lui donner plus de vie, et il l’interprète daus sa prose avec une rare vigueur de pinceau ; peintre d'histoire aussi dans des pages qui sont des fresques, où se détachent des figures plutôt sculptées que peintes, tant les lignes sont creusées, tant les reliefs sont accusés. Ici encore il y a abus. Entre ces deux hommes c’est Cousin, coloriste chand et délicat avec la mesure que demande le bon goût : ancien et moderne dans sa manière, il a mis sa prose au point.
Mais depuis ce temps, l’emploi de la couleur en littérature a été porté aux dernières exagérutions. Romantiques et parnassiens ont été dépassés de dix longueurs par des progressistes, qui ne peignent pas avec un pinceau, mais qui erèvent des vessies de céruse, de bleu de prus-e ou de vermillon sur des tableaux chargés d’empâtements et de croûtes. Jamais le substantif, nerveux, précis, qui frappe quand il est bien placé, et donne tant de fermeté au style, ne va sans son épithète, choisie parmi les plus abracadabrantes : il y a toujours mariage, Ces coloristes nouveau
modèle représentent en littérature l’école impressionniste en peinture, qui se distingue par ses tons crus, heurtés, criards, et ses personnages bleue, verts, jaunes, qui attirent l'œil et blessont le goût. Parmi eux il y # des hommes de talent qui n'avaient pas besoin de ces expédients pour arriver à la renommée; et d’autres, qui pour percer l'ombre épaisse dont ils étaient enveloppés, n'avaient que l’extravagance et le ridicule, Cette distinetion était nécessaire pour que notre critique ne se changeñt j:as en outrage envers les valeurs de notre littérature contemporaine. Parmi les coloristes à outrance, qui ne sont pas de vulgaires barbouïilleurs, on peut citer en exemple Pierre Loti, à qui l’Académie française a ouvert ses portes, et dont on connaît les pages composées d’atomes luisants. Chacun nomme Hu ysmans, aujourd’hui très à la mode, moitié mondain, moitié moine, aux confins du cloître et du boulevard, qui saluait Zola comme son maître, À qui on ne conteste pas la richesse de son coloris, en regrettant l'abus qu’il en fait, Voici un fragment tiré de la vie de Sainte
L, diwine où l'on verra à la fois l'excès de la descri tion et du ? P coloris :
L'hiver même, lorsque le firmament lourd de neige descendait jusqu'au faite des toits et qu’un jour d'eau trouble brouillait les contours des bâtisses et des routes, il lui était jusqu'alors resté cette gaieté intime des choses, si particulière en Hollande, dans les intérieurs des plus pauvres gens ; elle avait eu, pour se délasser, dans ses moments d'accalmie, le côté plaisant de la grande cheminée devenue vivante avec le froid et si éveillée et si réjouie avec sa crémaillère aux dents de ‘quelle toujours oscille, dans une spirale de fumée bleue, la marmite qui chante. Et c'était sur la plaque du fond, iapissée de suie, le pétillement des étincelles, les soupirs des sarments, la blanche envolée des peluches, tandis que sous la hotte en saillie dans la chambre, près des tisons écroulés sur les carreaux de l’âtre, les hauts landiers de fer tenaient, au bout de leur tige, sur leur tête arrondie en forme de corbeille, les plats mis au chaud ; et des zigz1gs de feu sortaient des cendres, accrochaient des paillettes au cuivre des coquemars, tiquetaient de points d'or la panse des chaudrons, éclairaient d’une brusque lumière les ustensiles pendus au mur: les cuillers, les longues fourchettes à deux dents pour piquer la viande dans les pots, les poëles et les écumoirs, les lèchefrites, les grils et les râpes,
tous les instruments qui figurent dans les plus humbles cuisines de cette époque.
> en 8, et sont ient 5; et nveincpas ine.
rires \caiges purfins e, à ant inte
du
faite des icueu, nde > sa mée de 1VOprès fer les ent nse au ide es, tte
Autre passage :
Et les anges entrèrent Ils flambaient, revêtus de draperies de flammes bordées d'orfroi en ignition, et les bluettes de fabuleuses gemmes couraient sur le feu mouvant des robes ; et, soudain, tous s'inclinèrent ; la Vierge s'avançait, accompagnée d'une suite magnifique de saints, auréolés de nimbes d'or en fusion, enveloppés d'étoffes fluides de neige et de pourpre. Marie, habillée très simplement de flummes blanches, portait dans les tresses incandescente: de ses cheveux des pierreries, dont les braises, inconnues aux joyaux de la terre, brûlaient en d'éblouissantes lueurs. Toute autre que Lydvine n'eût pu en tolérer le dévorant éclat. Et la Vierge souriait, tandis que l'Enfant Jésus arrivait à son tour et s'asseyait sur le bord du lit et parlait tendrement à Lydwine,
Connaît-on beaucoup de pages aussi pieusement littéraires que ce morceau et n’est-ce pas une évocation réellement spiritualisante ?
L'auteur D’en route, de La Cathédrale, de De tout, etc., est là avec ses qualités et ses détauts. Ses défauts n’ont pas peu contribué à -a vogue, non seulement auprès des femmes et des jeunes gens, vite épris de nouveauté et de faux éclat ; ils ont trouvé des panégyristes dans des revues sérieuses, et dans les instituts où l'on se pique de savoir écrire : tant le mauvais goût règne dans les foules auxquelles on s'adresse, car désormais on n’écrit pas pour les cénacles, mais pour le grand publie, je veux dire le plus nombreux, toujours gobeur, moyennant un peu de musique. Cela fait l'affaire des éditeurs, marchands de papier, amis des forts tirages, et peut-être que les auteurs ont cette faiblesse : soit dit sans manquer de respect aux maîtres. Cependant il ÿ a encore des juges à Berlin qui ne cèdent pas aux engouements d’un jour, et n’obéiesent pas à la vile multitude, Je relève dans un jouraal cette critique d’un publiviste autorisé sur l’œuvre de Huysmans :
Et son style! absolument brouillé avec le classique : Huysmans étoufte au r'ilieu de nos règles de syntaxe: aussi il rompt les lisières, il s'échappe, les cheveux au vent il vague et divague au grand air. Avec les mots de nos grands dictionnaires, il crie misère, il veut un vocable riche, opulent : alors il crée des mots et encore des mots, c’est très juste,
Que prouve ce goût désordonné de la description et de la couleur? Chez les écrivains une infériorité intellectuelle, car il est plus facile de décrire ce qu’on voit que de formuler ce qu’on pense—si on pense--, et une certaine avidité de succès immédiat et viager, qui les pousse À donner au public ce qu’il aime, sans l'élever en le moralisant, En littérature, comme dans l’art, nous assisons au développement du «ensuulisme, ce flot limoneux qui monte toujours, qui souille les mœurs, et envahit l'ordre intellectuel. Voilà pourquoi nos contemporains, à de rares excep'ions, sont incapables de spéculation, si ce n’est duns les coulisses de la bourse, Un livre de haut vol leur tombe des mains ; ils succombent sous le poids d’une idée pure. Un éditeur disait un jour à un écrivain : « Monsieur, ne pourriez-vous pas supprimer la partie métaphysique de votre ouvrage? L’écoulement en serait plus assuré.» C’était lui demander de séparer les os des nerfs, des muscles et de la peau de son corps. On sait la guerre que «la science » a déclarée à la scholastique, lisez la métaphysique, que les apologistes défendent comme ils défendent la foi, et qui les oblige à rédiger des articles intitulés: La métaphysique vit-elle encore ? Voilà pourquoi on court après les satisfactions que procurent les yeux, les oreilles, l'imagination, ce qui est déjà une décadence ; sans parler des sensations d'ordre inférieur qu’on éprouve devant les tableaux réalistes, mis à la portée de toutes les bourses : ceci s’appelle la dépravation.
Un dernier signe de l’anarchie littéraire À notre époque 8e tire du défaut de clarté dans les œuvres, principalement en poésie. On ne voit pas d'abord, cemment ici l'effet se rattache À la cause : un peu de réflexion le découvre vite. Quand la raison, qui dans l'esthétique dirige l'imagination et le sentiment, n’exerce pas sa maîtrise, ces facultés capricieuces s’échappent dans le vague indéfini ; elles s’y déploient à l'aise parce qu'aucune barrière ne les contient, et produisent des œuvres touffues, mais sans lignes arrêtées. La rêverie est devenue une maladie ; les âmes blessées, désemparées s’y plongent avec délices, et voguent au gré des vents sur une mer qui n’est pas sûre. La rêverie offre des dan-
coul est ju’on Sdiat sans nous : qui llecons, le la *omur à artic plus des « la que i les -elle proune l’on utes
tire sie.
gers pour la vertu qu’elle expose, pour le caractère qu’elle énerve, et pour la langue qu’elle yâte.
Le génie de la langue françrise est fait de clarté, Nous sommes Celtes par nos origines; nous sommes Latins et Francs au moins autant. Le Latin se distingue du Grec par plus de concision et de précision ; la ligne qui forme le pourtour de l’idée est nette. Il fat la langue d'un peuple positif, qui ne se perdit jumais daus les nuages, qui n'eut pas son égal pour le gouvernement et la rédaction des codes de lois ; il savait où il allait ; il savait ce qu'il disait : sa langue a gardé l’empreinte de son génie. Francs, nous sommes sincères ; la langue que nous parlons ne porte pas en vain son nom : la clarté est la forme nécessaire de la sincérité. Les romantiques ont gâté notre littérature en la rendant vaporeuse et incertaine : nos maîtres les plus illustres, en poésie principalement, ne sont pas sans reproche.
I n’y a pas, dans toute la littérature du grand siècle, la moindre trace de cette maladie. Il n’y a pas dans Racine un seul vers dont on ne saisisse le sens saus travail, dans Bossuet une phrase qu'on ne comprenne à la simple lecture ; Pascal lui-même, malgré sa profondeur, burine sa pensée, et laisse rarement place à l'interprétation. Chez les écrivains il y a toujours un sens, même quand par accident il n’est pas clair: pour les romantiques à outrance et leurs succédanés, outre que le sens n’est pas toujours obvie, dans des œuvres d’ailleurs superficielles, on se demande “il ÿ a un sens daus l’amphigouri de leur prose et de leurs vers : les maîtres n’échappent pas à ce défant, malgré le charme dont ils savent l’envelopper. Faut-il voir ici l'influence allemande, et l'obscurité qu’elle a répandue sur notre philosophie s’est-elle communiquée à la littérature? L'homme du Nord est rêveur : le climat, les forêts, le silence des grands espaces vides entretiennent chez lui cette inclination. Nous avons un autre tempérament ; et il faut dire que la rêverie vague et imprécise est une maladie qui a ét£ communiquée à notre race par la rupture de l'équilibre entre nos facultés, qui fait prédominer l'imagination
et le sentiment sur la raison, régulatrice de leurs mouvements, comme nous l'avons observé.
« Tout l'esprit d'un auteur, dit LaBruyère, consiste à hien définir et à bien peindre ; » (et un peu plus loin): « Entre toutes les différentes expressions qui peuvent rendre une seule de nas pensées, il n'y en a qu'une qui soit la bonne; on ne la rencontre Pas toujours en parlant ou en écrivant, Il est vrai néanmoins qu'elle existe, que tout ce qui n'est pus elle est faible, et ne satisfait pas le goût qui veut se faire entendre.
Mais les progressistes en question se gar ent bien de définir avant de peindre : le charme serait rompu. Et comment définir ce que l’on conçoit à peine, la pensée noyée dans le vague où l’on se plaît? Le mot propre est le meilleur ; mais le mot propre est trop précis, il est limitatif de la pensée : voilà pourquoi certaine école l’évite avec soin. Dire tout ce que le monde dit et comme on le dit, c’est chose banale ; il ne vant pas la peine de suivre des voies battues ; ce n’est pas original et l'effet et manqué. Si quelqu’un cherchait À nous mettre en contradiction en nous oppo-ant la critique que nous avons fuite du réalisme, il ne nous embarrasserait pas beaucoup : il suffit de répondre que dans un même siècle des écoles oppostes se rencontrent ; et celle-ci verse dans l’idéulisme tunis que celle-là s’abîme dans le réalisme.
Malgré les signes de décadence que uous avons relevés dans cette étude, la vraie langue française n’a pas péri; elle a de nombreux représertants restés fidèles À son génie, en admettant dans son évolution tout ce qui ne viole pas les règles essentielles du goût ; ainsi ils ont su concilier la tradition avec la marche en avant, qui est lu loi de toute langue vivante. De ce déluge de productions littéraires dont notre époque est inondée, grâce À la fertilité vaniteuse des écrivains et À la puissance de travail des rotatives, on peut sauver des œuvres qui resteront, et qui porteront à la postérité la preuve que le XIX° siècle, qui assista au développement des sciences, fut encore digne en littérature de ceux qui l'avaient précédé. Nec adeo sterile sæculum.
P. Ar,
Prêtre du Sacré-Cœur.
ients,
à bien ssions soit la Il est et ne
éfinir finir 1e où ropre i cerlit et ie de manti en il ne dans Ile-ci sme.
dans 10mlans y du ant, ducilité ves, à la ppequi