‹ L'anarchie grammaticale et littéraire [microforme]Chapitre 2 sur 3 · OST LIT · texte numérisé non relu

OST LIT

HET Le Logne sable shaer

el U CONINEN

maire? Nous avons énuméré plus haut les autorités régulatrices, qui avaient présidé à la formation et à la conservation de la lan. gue française : sont-elles encore debout chez nous ?

L'usage demeure la loi suprême du langage : toutes les écoles ne rencontrent et s'unissent sur ce terrain, Mais l'usage en littérature est comme la coutume en droit civil : il est soumis à un certain nombre de conditions pour être légitime ; il n’est pas légitime quand il est dépravé. Quand les écrivains, surtout les journalistes, ont la bride sur le cou, ils créent un mot chaque matin ; et avec la puissance de vulgarisation dont ils disposent, ils établissent vite l'usage d’un bout à l’autre du pays ; un mot, si bôte et si baroque soit-il, est répété à l’envi par les mille voix de la multi. tude. Est-ce là l’usage, norme du langage ? C'est une victoire du suffrage universel, égaré par les écrivains, comme les démagogucs l'égarent en politique. Ici encore son verdict est-il souverain ? Dans ce cas, il faut trembler pour l'avenir de la littérature française, comme pour la patrie avec le suffrage universcl.

Le droit des grands écrivains d’enrichir la langue n’est plus qu’un souvenir ; ?89 a aboli tous les privilèges ; il semble qu’il n’a pas épargné celui des écrivains, qui reposait pourtant sur des services, et sur la supériorité du génie, octroyée par la nature et non pas par une constitution votée par un parlement, Mais quand sur toute la ligne on prétend étr, , crivain, comme on veut être député, sénateur et ministre, chacun s’adjuge le droit de faire la langue à sa façon ; les plus humbles ne sont pas les derniers à dédaigner la hiérarchie dans la république des Lettres.

Les salons de l’ancien régime n’ont guère survécu à la monarchie, qui tenait la société À un certain niveau de correction et d'élégance. Pendant la première moitié du XIX* siècle, les saions de Madame de Staël, de Madame Récamier, de Madame Swetchine étaient des cénacles où les maîtres se rencontraient, et prolongeaient les traditions du bon goût. Aujourd’hui il y a encore des salons, mais des salons mondaine, où l’on s'amuse, où on lit les romans de Zola et les journaux boulevardiers: milieux frivoles, même quand ils sont élégants, et dont les jugements ne

trices, a lan.

les ae rature ertain itime listes, Avec issent » et ai nultire du )gucs rain ?

fran-

plus qu'il r des re et uand être re la ers À

)nar- )n et ions wetprocore n lit

fri-

S ne

font pas loi. Les politiciens triomphants se sont groupés autour de quelques fées démocratiques, peut-être pour singer des mœurs qu'ils ont calomniées, en se dressant sur les talons rouges, cousus la veille à leurs bottes éculées, Là on conspire contre l'Eglise et contre la société ; on ne s'occupe guère de grammaire, que plus d’un blesse dans des discours retentissants.

Sous une démocratie la cour est remplacée par le gouvernement. Dans un pays centralisé comme la France, le gouvernement se mêle de tout : la grammaire ne pouvait pas échapper À sa jur:dution. Le ministre de l’Instruction publique, grand-maître de l’Université, dresse les Programmes scolaires, avec la faculté de les modifier chaque vingt-quatre heures ; il confère les grades, dont il détermine la valeur, Dans les derniers temps il a rendu des décrets sur l'orthographe sans encourir le ridicule, tant nous sommes façonnés à la servitude. Par cet essai d'orthographe d'Etat, a-t-on voulu favoriser l'anarchie, en rendant facultatif ce qui avait auparavant sa règle fixe? Si on n'ya pas visé, on y a réussi tout de même, sans parler ici des effets sociaux qu’on a obtenus par le changement de quelques consonnes, celui par exemple d’aplanir l'accès des fonctions publiques aux non-valeurs, cette vermine qui ronge les entrailles de la nation et en accélère la décadence, 11 est digne de remarque que le ministre de l’Instruction publique ne parle pas dn néologisme : est-ce par respect pour l'opinion qui lui semble très favorable, va l’accueil enthousiaste qu’elle lui fait ? Qu’arriverait-il si aux examens du baccarauléat un candidat émaillait de néologismes sa version ou son discours français ? qui résoudrait la question ? sur quels principes s’appuierait-on pour l’admettre ou pour le refuser ?

Autrefois les grammairiens et les lexicographes jouissaient dans l’école d’une grande autorité. Maintenant les grammaires succèdent aux grammaires, les dictionnaires aux dictionnaires : qui faut-il croire? Entre gens du métier il y eut toujours d’ardentes controverses ; les difficultés du langnge les rendaient à peu près inévitables, Cependant ils Gtaient d'accord sur certains points, par exemple sur l'autorité de l’usage, et contre le néolo-

ver: en gee mn ts n cmrequne

M UE cn NO UNIES Mails

gisme. Cet accord règne-t-il aujourd’hui ? Convoquez un congrès de grammairiens, puisque les congrès sont À la mode ; dès que le bureau sera formé, mettez sur le tapis la question du néologisme, et vous verrez se dessiner deux camps irréductibles, les conservateurs et les progressistes. Très probablement la majorité votera la liberté en matière grammaticale, comme on vote ailleurs la liberté de la presse, le libre échange, et la liberté d’association pour tout le monde, excepté pour les moines. Le néologisme prend sa source dans le libéralisme. Qui l’arrêtera ? Reste l’Académie. Elle siège toujours sous la con pole du palais Mazarin ; elle conserve religieusement ses traditions : elle x ses séances périodiques et ses grands jours de fête très recherchés du public lettré. Elle se recrute parmi les notabilités intellectuelles, qui ont fait leurs preuves, et conquis leur fauteuil assez luborieusement. LA comme partout il y a des brigues et des coteries :lans les élections, et on laisse quelquefois à 1- norte de tants : ce sont là misères humaines, r leures époques de l’histoire. Ce qui es.

les infiltrations modernistes, qui ont ser, des divisions manifestées avec élégance et dans un style impeccable, mais réelles. En bien cherchant on y trouverait une droite et une gauche avec des centres. Ce n’est pas l’avarchie, mais un libéralisme qui laisse passer bien des idées fausses ou risquées en religion, en morale, en politiqu de grammaire et d’esthétique.

L'Académie fut jusqu’à présent un véritable Aréopage : son dictionnaire dirimait toutes les controverses ; un mot qu’elle condamnaïit était À l’Index sans rémission. A l’heure qu’il est elle travaille à son dictionnaire, sans empressement parce qu’elle est immortelle. Consacrera-t-elle les néologismes qui sont en circulation dans le monde des Lettres, comme récemment elle a canonisé le chic ? si elle les condamne tiendra-t-on compte de ses arrêts ? Pour la réforme de l'orthographe elle fit des réserves qui furent prises en considération : obtiendra-t-elle le même succès auprès de la Bohème littéraire ? on peut craindre que les fabri.

s mérites éclaicontrent aux meiltre nouveau ce sont

6 parmi les Quarante

e, et par contre-coup en matière

ngrès que le isme,

>nserotera urs la ation risme

alais a ses és du elles, rieu- ‘dans éclaneilsont ante pecroite s un s en ière

son "elle | est elle cirle a ses qui Cès ri-

cants de néologismes ne méprisent les remontrances de la vieille institution et n’aillent leur train comme la veille. Cependant il serait si facile À l’Académie de mettre des sanctions À ses arrêts : il lui suffirait de ne pas ouvrir ses rangs aux novateurs, et de ne PAS COUrF ur :es œuvres qu’on lui présente quand elles prêchent trop aud iciesement corire les règles. Malheureusement il reste aux déc: ierts le marc! des livres, les réclames des éditeurs, les compères in ; :nrrolisme, le goût dépravé du public, et l’esprit d’anarchie qui souffle dans notre société. Dans ces conditions le succès est assuré à tous les excentriques, jaloux de faire un peu de bruit.

La grammaire est l’art de parler et d'écrire correctement. La correction s’entend ici de l’observation des règles du langage pour les mots et l'accord des mots ou la syntaxe. Ja grammaire est la base de la littérature à laquelle elle fournit la matière première : ce n’est pas encore la littérature ; une autre science se superpose À elle et la couronne : c’est l'esthétique ou la science du beau. La grammaire est une science exacte comme les mathématiques, et n’admet pas le plus et le moins, sauf un petit nombre de cas où la règle cesse d’être rigide pour devenir facultative. L’esthétique est une science, mais d’un ordre particulier, subtile, délicate, nuaucée, dont les règles ne se saisissent aisément ; la faculté qui s perçoit s'appelle le goût. Ecartons ici sans discussion comme une erreur l’axiome ainsi formulé : Des goûts et des couleurs on ne dispute pas ; c’est la négation des lois de l'esthétique ; ces lois existent.

Apaès avoir constaté l’anarchie qui règne en matière grammaticale, il fallait s'attendre à voir le même esprit pénétrer dans l'esthétique : une chose mène à l'autre. Les romantiques outranciers n’ont pas distingué entre ces deux éléments de la littérature : et dans les théories que nous avons signalées, ils les enveloppent dans le même mépris.

Le vice fondamental de l'esthétique anarchiste consiste dans la rupture d'équilibre des facultés de l’âme humaine, qui s’appellent la raison, l'imagination et le sentiment. La fonction de la raison

RANTEE

me HR Ou ht fete sf

reprenne ta ce dr peettl tue)

consiste À diriger l’imagination et le sentiment, qui sont des facultés aveugles, et dont la puissance, quand elle est sans frein, ne cause que des ravages. La raison préside à leur emploi : elle les lâche à propos : elle les arrête au point pour prévenir leurs excès : ainsi elle réalise l'équilibre, résultante de puissances bien pondérées, qui constitue la force en mécanique, et le beau en esthétique. On voit se dessiner la loi des proportions.

Les proportions sont la condition nécessaire du beau : tous les auteurs qui ont écrit sur l'esthétique, depuis Platon jusqu’à Horace et Boileau, en conviennent ; les œuvres des maîtres, que l’admiration de la postérité a consacrées, en portent le caractère. La longueur, la largeur et la profondeur sont les trois dimensions dont les justes proportions fondues dans l'unité, satisfont à la grande loi esthétique. On peut citer comme modèle l’ordre grec, avec sa buse, sa colonne calculée sur le module de la base, son architrave, sa frise et sa corniche, qui constituent un ensemble barmonieux, Or. peut en dire autant de Apollon du Belvédère, d’un tableau de Raphaël, ou de la basilique de Saint-Pierre, La supériorité des grecs, en littérature comme dans les arts plasti. ques, résida dans l’application de cette loi. Les romains imitèrent les grecs, devenus leurs sujets en restant leurs maîtres ; seulement ils ajoutèrent la masse à leur architecture faite de lignes pures mais assez souvent exiguë par ses dimensions ; ainsi ils créèrent la majesté ; ils avaient inventé le mot, ils réalisèrent la chose. En littérature ils trouvèrent une gloire suflisante À continuer la tradition d’Homère, de Pindare, de Sophocle et d’Euripide. Tout autre fut le géuie des peuples de l'Orient. Les Assyriens et les Egyptiens ne surent qu’entasser des montagnes de pierre, qui formèrent des monuments énormes, écrasants par leurs dimensions, peu séduisante par leur dessins : ils étonnent, ils ne passionnent pas.

C’est la grande loi des proportions que l'esthétique anarchiste a violée, faisant de cette violation un axiome, promulgué à son de trompe, non sans dédain pour la tradition humaine, et appli-

it des frein, : elle leurs s bien esthé-

18 les squ’à , que ctère.

sions à la grec, , son mble dère,

La lastirent eulegnes ï ils rent te À e et Les ;nes par ent,

iste son

pli-

quée à l’épopée, au drame, à l’ode et à tous les genres de la littéralture en vers et en prose.

Une des manifestations de l'esprit anarchiste éclate dans la manie de la description poussée jusqu'aux atomes. La description est dans toutes les littératures ; la poésie peint comme la philosophie pense : c’est sa mission et sa gloire. Les maîtres nous ont laissé des tableaux immortels, qui ont servi quelquefois de thème aux arts plastiques ; tel le Laocoon, œuvre antique d’un auteur inconnu, qui est le décalque en marbre d’un célèbre passage de l’Enéide de Virgile. Mais il faut voir avec quel sens esthétique les belles descriptions sont merées. L'art n’est pas l’imitation grossière de la nature ; il choisit ses éléments, il en prend et il en laisse, en évitant le réalisme et l'idéalisme, pour ne pas traîner ses aîles dans des détails vulgaires, ou se perdre dans les nuages où il s’évanouirait. Entre ces deux frontières nos anarchistes ne sont pas à l’aise ; impatients de la règle, ils la santent à pieds joints pour jouir de la liberté de tout penser et de tout dire, On connaît ces vers de Boileau :

S'il rencontre un palais il m'en décrit la face, Il me promène après de terrasse en terrasse.

Ce mal en littérature, n’est pas précisément nouveau. LaBruyère ‘ nçait de son côté :

Théo, : , sans choix, sans exactitude, d’une plume libre et inégale, tantôt il chargeses descriptions, s'appesantit surles détails : il fait une anatomie ; tantôt il feint, il exagère, il passe le vrai: il en fait le roman.

Maïs dans le grand siècle ce défaut était relevé par les critiques ; les œuvres où il se rencontrait étaient rangées parmi les œuvres inférieures. Les grands écrivains surent l’éviter : ainsi ils conquirent la renommée. De nos jours ce défaut est devenu une qualit” -’est lui qui donne la vogue et l'argent à nos anarchistes littéraires. Ils se sont jetés à corps perdu dans la description intern ils posent en psychologues : c’est un titre qu’ils prennent avec complaisance, très convaincus qu’ainei ils se recomman-

De vapnnss Gus ren «2 proue

om arr

A pa

dent à l’attention publique. Quelques romanciers ont exploité ce genre avec talent ; mais n’est pas psychologue qui veut : l’analyse suppose de l'observation, et de l'observation dans l'obscurité, avec un scalpel bien aiguisé pour pénétrer dans les plis et les replis du cœur humain. Da reste la psychologie n’intéresse que les délicats ; encore faut-il beaucoup d’art pour la décrire, car l'anatomie toute sèche ne les intéresserait pas jusqu'au bout. Ta foule ne goûte pas une psychologie savante et tant soit peu subtile ; elle a des sens, et c’est aux sens qu’il faut parler pour lui plaire. C’est Pourquoi les descriptions de psychologies sociales sont généralement plus du goût du public. Elles comprennent des études de mœurs et de caractères ; bien conduites, elles peuvent s'élever très haut ; elles comportent une certaine philosophie: elles deviennent de l'histoire: Tacite a immorta!isé le genre. Ce n’est pas là ce que demand: le gros des lecteurs de nos jours: ce n’est Pas ce qu’on leur sert ordinairement. Les romanciers, grands entrepreneurs de descriptions sociales, émules des dramaturges qui étalent leurs tableaux sur la scène, étudient la société par d’autres côtés, non pas les plus nobles. [ls descendent dans la rue, ils pénètrent dans les échoppes, is dessinent les types dégradés, « les fleurs da mal, » qui poussent sur le fumier des grandes villes ; ils ramassent les ordures des carrefours, les propos des cabarets, les chansons des bastringues ; ils courent dans les cours d’assises où ils recueillent avec soin les laideurs du vice et les horreurs du crime, qu'ils jettent en pâture à la curiosité malsaine de leur public. Un homme a sublimé ce genre abominable avec un cynisme qui défie toute concurrence, Ïl a écrit L'Assommoir, où l’onvrier pourtant bien gâté, est encore calomnié ; Germinal ou les mœurs réalistes des mineurs, ces héros de la houille, si attachants par les services qu’ils renilent et par les périls qu’ils bravent, et qu’il déshonore dans des scènes odieuses ; Nana, cette école de libertinage sans voile ; Pot-bouille, un nom qui repousse tout seul, et dont le Contenu est plus dégoûtant encore : La Terre, où les paysans, chez qui Virgile avait trouvé de la poésie. ne sont guère plus que des brutes À visage d'homme,

ité ce lanaurité, et les e que , Car Ta subir lui iales nent peulo30é le 8 de Les ules ient cen- : les nier les "ent du riGnre [1 a ore ros par euun nt

qui déploient leurs grossièretés invraisemblables, et tout à leur aise exhalent leurs odeurs sonores. On connaît ses autres produits; Za débâcle, un crime contre la patrie vaincue et saignante ; Lourdes, un outrage à la Vierge Immaculée ; Rome, cù le catholicisme n’est pas épargné ; Paris, où le socialisme est célébré. C'est avec des descriptions stercoraires, q'and elles ne sont pas impies ou antisociales et antifrançaises, qu’un écrivain est arrivé à la célébrité et à la fortune. Tandis que je rédige ces lignes, Zola meurt d’une mort mystérieuse, en tout cas affreuse, une nuit, asphyxié par un dégagement d'acide carbonique, au coin de sa cheminée, à côté de son chien que le puison épargne, étendu dans ses déjections, exsangue, la bouche démesurément ouverte. Cette fin ressemble à quelques autres dont l’histoire a gardé le souvenir. La libre-pensée s’est hâtée de recueillir son cadavre, et de lui décerner les houneurs de l’apothéose À travers les rues de Paris, en attendant que le bronze transmette à la postérité les traits ignobles du romancier corrupteur. Quel signe de la décadence morale d’un Pays qui fait un pareil succès à un pareil homme! Le talent que Victor Hugo a déployé danse Motre- Dame de Paris, dans Les misérables et dans d’autres compositions nous empêche de le mettre à côté de Zola. On respecte un grand homme jusqu’au fond de sa chute. Pourtant quelle responsabilité il a assumée devant lu société, devant l'esthétique, et devant Dieu ! Pour établir notre thèse, nous avons cité les coryphées du genre ; autour d’eux évoquez le vw/gqum pecus qui foisonne à tous les degrés du talent et de la célébrité, et qui par l'abus des descriptions ont fait pénétrer la littérature de mauvais aloï dans les couches profondes de la démocratie liseuse.

Mais c’est lu nature, ou le monde extérieur, qui esc l’objet le plus ordinaire, et au bout des plumes médiocres, le plus banal, des descriptions de l’école littéraire dont il est ici question. La nature inspira toujours les poètes, en provoquant leur imar‘natiorf et leur sensibilité : ses beautés toujours anciennes et toujeurs nouvelles, sont de celles qu’un ne se lasse pas de contempler : on aime À la chanter. Que de tableaux ravissante on trouve dans

Page 1