‹ L'anarchie littéraireChapitre 1 sur 40 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

avoir devine'?- On no peut être sévère à un auteur qu'on a compris, et l'indulgence qu'on lui témoigne est uûe forme du contentement de soi-même.

Cette disposition sympathique n'est pas mauvaise. Pour être un homme do bonne volonté, le critique n'en sera pas moins clairvoyant. Dans un livre, il y a nécessairement quelque chose à louer, des qualités que le public n'apercevra pas, que l'auteur quelquefois ignore. Laisser un peu dans l'ombre ses défauts que le premier lecteur venu découvrira de lui-même, pour s'attacher à révéler ses qualités précieuses et moins apparentes, et définir l'homme par ce qu'il y a de meilleur dans son œuvre, c'est là une critique délicate, élégante, plus originale que l'éreintement, et qui n'est pas sans utilité ni sans justesse.

Mais ce n'est pas toute la critique : elle a un second mouvement. Au bout do quelques années de ce travail bibliographique morcelé auquel nous condamne le journal ou la revue, le moment vient où l'on se pose quelques questions inquiétantes : Quelle est l'orientation de la littérature actuelle ? Comment la caractériser ? Est-elle en progrès ou en décadence? Quelle est son influence dans les autres littératures, son action civilisatrice dans le monde, etc. ? Alors, on est bien obligé de froncer le sourcil, en reconnaissant que,

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