Six paires de pattes-mâchoires
' / Cephalo-thoraciques . ' ■ , , , ,
1 1 c- ■ 7 il /i.'i're de mandibules.
l I bix paires de mem- \ , ^ . , . , •
1 f 7 ,«■■ •' \i paire de mâchoires.
; hres dillerencies en i , ' . , ,,
\ \ ( i paires de pattes.
I ( Présents en nombre élevé et variable.
\ Abdominaux • Présents en nombre constant (6 paires).
I Atrophiés.
Dans ce tableau, qui résume les principales dispositions de la forme extérieure des Acères, en les liant les unes aux autres, l'état propre aux Pycnogonides n'est pas compris. Ces êtres, tout en étant vraiment des Acères, possèdent une structure telle, qu'il est difficile de décider s'ils sont inférieurs aux Trilobites,ou s'ils se rapprochent des Acariens. En rv^vanche, les trois autres classes du sous-embranchement, à savoir les Trilobites, les Mérostomatés, et les Arachnides, se succèdent en une série continue, homogène, aux transitions ménagées.
Série particulière des Trilobites. — Les Trilobites sont remarquables à deux égards : par le grand nombre des anneaux de leur corps, comme par celui de leurs appendices, relativement aux autres classes des Acères; et par la diversité de ce chiffre, variable dans leur série entière. Une troisième particularité, d'importance secondaire bien qu'elle leur donne une allure caractéristique, leur vient de leur forme, et leur a valu leur nom : leur face dorsale est creusée de deux sillons longitudinaux et parallèles, qui la découpent en trois lobes juxtaposés. Certains de ces animaux étaient capables de s'enrouler sur eux-mêmes, à la façon des Isopodes terrestres, ou de plusieurs Myriapodes, grâce à la mobilité des segments de leur abdomenles uns sur les autres (fig. 795 à 803, p. 1028, 10-29).
Le corps est divisé en deux régions principales : un céphalo-thorax antérieur, et un abdomen postérieur; le second, dans la plupart des cas, possède des dimensions en longueur supérieures de beaucoup à celles du premier. — La face ventrale du céi)halo-thorax, plane, porte en son milieu une épaisse saillie, Vhypostome, sans doule placée en avant de la bouche, et comparable à une lèvre supérieure, ou labre, dont elle devrait porter
le nom. La face dorsale est plus complexe; les deux sillons longitudinaux la partagent en trois lobes, en une zone médiane qu'encadrent deux zones latérales: la première est dite la glabelle, les deux autres portent le nom déjoues. Chez quelques genres, celles-ci allongent leurs bords postérieurs en deux aiguillons, les pointes glénales, situées de part et d'autre de la région antérieure de l'abdomen. Une ligne de suture scinde chaque joue en deux portions: l'une, la joue fixe, antérieure et interne; l'autre, \a joue mobile, postérieure et externe. Les deux yeux de ces animaux étaient placés sur les deux joues, non loin de la glabelle, et sur le trajet de cette ligne de suture. Les bords du céphalo-thorax n'étaient point minces, ni tranchants ; ils consistaient en un épais bourrelet marginal, dont la face ventrale est dite la doublure, et la face dorsale le limbe ; celle-ci s'étend en arrière et en dedans pour constituer un autre bourrelet transversal et postérieur, Vanneau occipital, qui délimite la région céphalo-thoracique d'avec l'abdomen. — Celui-ci, contrairement à la zone précédente, est nettement divisé en anneaux ; la quantité de ces derniers varie d'un type à l'autre, dans l'ordre entier. Sa face ventrale, plane, porte les paires d'appendices ; sa face dorsale, où les limites des segments dessinent de profondes échancrures transversales, est partagée en trois lobes par les deux sillons longitudinaux. Le lobe médian, qui correspond à la glabelle du céphalo-thorax et se trouve placé en arrière d'elle, est Vaxe; les deux lobes latéraux, qui, de leur côté, équivalent aux joues, sont dits les plèvres. L'abdomen est scindé en deux portions, ditférentes l'une de l'autre par leur position, et par la direction de leurs échancrures inter-segmentaires ; l'une est antérieure, l'autre postérieure. La première, nommée \e pré-abdomen, ou Vabdomen véritable, vient immédiatement en arrière du céphalo-thorax; ses échancrures sont franchement transversales, et perpendiculaires à l'axe longitudinal du corps; suivant les genres, le nombre de ses anneaux oscille entre deux et une trentaine, mais ces pièces sont toujours distinctes entre elles. La seconde, le post-abdomen, ou le pygidium, compose l'extrémité postérieure du corps ; ses échancrures, dans les plèvres, et parfois dans l'axe, sont obliques, et tournées en arrière; son bord s'épaissit en un bourrelet, la doublure caudale, surtout prononcée dans son bout postérieur. Suivant les genres, le chiffre de ces anneaux varie également entre deux et une trentaine, mais une donnée nouvelle s'établit à leur égard ; au lieu d'être toujours séparés, ils se soudent les uns aux autres, chez plusieurs genres, par un effet de l'impulsion de coalescence, et s'unissent en une région compacte; certaines familles, les Asaphidés par exemple, montrent toutes les transitions entre les deux extrêmes.
La diversité du nombre des anneaux s'étend forcément à celui des appendices. Mais cette qualité est la seule variable ; les membres ont une forme et une distribution constantes, autant qu'il est permis d'en juger d'après les recherches récentes, dont les premières sont dues à Walcotl. — Les appendices du céphalo-thorax paraissent être au nombre de si.y paires.
Fig. C8i à 685. — Organisation cijm;rale des Copépodes {aspects extérieurs en silhouettes).
Parmi elles, les dernières ressemblent à celles de Tabdomen, et sont de vraies pattes, mais non les quatre antérieures. Les pièces de celles-ci répondent à des pattes-mâchoires, qui encadraient la bouche, et dont les bases, comparables à leurs similaires des Mérostomatés, se conformaient en vue de la mastication; les postérieures d'entre elles, soit celles de la quatrième paire, étaient plus fortes, plus longues et plus larges, que les autres. — Les appendices de l'abdomen sont identiques ; ils se bornent à
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Fig. 686. — Organisation générale des Copépodes {coupe transversale du corps d'une femelle de Lernœascus, semblable à celle de la figure 683 (p. 890); r«xpression lacune désigne les cavités de l'appareil irrigateur. — D'après les recherches faites par Claus. — Se reporter aux figures 671-685 des planches précédentes (p. 872, 878, 879, 883, 890), et aux figures 687-690 de la planche suivante (p. 895).
diminuer de taille avec régularité, en allant vers l'arrière de cette région, les terminaux étant les plus petits. Ils possédaient la même structure que les membres typiques des Crustacés; chacun d'eux se compose d'un protopodite basilaire, muni d'un épipodite latéral, et terminé par deux branches, un endopodite et un exopodite. Le protopodite est court et large ; l'endopodite, divisé en cinq articles, constitue la pièce principale du membre, la plus volumineuse, celle qui devait appuyer sur le sol pour servir à la locomotion; l'exopodite, de moitié plus restreint, comprend seuk nent
Fig. 681 à 685. — Organisation générale des Copépodes {aspects extérieurs en silhouettes). — Ces figures s'appliquent à des Copépodes parasites. — En 681, un Lernxascus mâle ; les appendices supérieurs sont des antennes, les quatre autres représentent les pattes thoraciques des deux premières paires ; l'espace, compris entre les antennes et ces derniers, équivaut à la tète; les trois anneaux qui suivent ceux munis de pattes appartiennent encore au thorax; les derniers, situés dans le bas du dessin, constituent l'abdomen. — En CS2, une jeune femelle du môme genre. — En 683, une femelle plus âgée ; son abdomen se compose seulement du petit lobe étroit qui termine la partie inférieure. — En 684, u'i Philicthijs mâle, vu par sa face ventrale. — En 685, une femelle du même genre, aux anneaux confondus, et munis d'expansions latérales. — D'après les recherches faites par Claus. — Se reporter aux figures 671-680 des planches précédentes (p. 872, 873, 879, 883), et aux figures 686-690 des planches suivantes (p. 891, 89.-J).
trois articles; enfin, l'épipodite, inséré sur la face externe du prolopodite, se dispose en une pièce allongée et bifide, dont les deux rameaux se replient sur eux-mêmes en spirale, et dont il est difficile de s'imaginer l'emploi, bien que les présomptions et l'analogie soient en faveur d'une fonction respiratoire.
Série particulière des Mérosto.matés. — La classe des Mérostomatés tire ses qualités principales de son caractère transitionnel ; elle effectue un passage des Trilobites aux Arachnides, des Acères aquatiques aux Acérés terrestres. Les modifications portent sur les deux régions du corps, sur le céphalothorax comme sur l'abdomen, mais elles sont plus grandes au sujet du second que du premier ; elles touchent à ces zones elles-mêmes, et à leurs appendices. Les représentants de la classe se distribuent, à cet égard, en trois groupes : les Hémiaspides, les Euryptérides, et les Limulides; ceux des deux premières sections sont tous fossiles ; ceux de la troisième se maintiennent encore dans la nature actuelle, où ils se bornent au seul genre Limulus (fig. 804 à 810, p. 1033, 1037, 1040).
Le céphalo-thorax, par son allure générale, rappelle celui des Trilobites; mais il s'en distingue par la minime profondeur, et même par l'effacement à peu près complet, des deux sillons longitudinaux. Cette diminution commence à s'effectuer chez les Hémiaspides^ pour arriver presque à son achèvement dans les deux autres familles ; en ce qui concerne ces dernières, et à en juger d'après les Limulus actuels, les sillons se creusent chez les embryons, pour se combler peu à peu en approchant de l'état adulte. La face ventrale, plane ou concave, porte en son milieu la bouche, précédée par un labre, et encadrée par six paires de pattes-mâchoires; la face dorsale, convexe, recouverte par un épais dépôt chilineux, dit le bouclier céphalothoracique, munie d'yeux, prolonge parfois ses bords en aiguillons homologues des pointes glénales des Trilobites. — L'abdomen varie dans sa taille; grand et allongé chez les Euryptéindes, son volume égale en moyenne celui du céphalo-thorax chez les Hémiaspides, pour devenir plus petit que lui au sujet des Limulides. Une diversité analogue se manifeste au sujet de sa forme. Comme celui des Trilobites, il est divisé en un pré-abdomen et un post-abdomen; le premier possède des appendices, etle second en est toujours dépourvu. Le pré-abdomen des Hémiaspides rappelle celui des Trilobites; sa face dorsale est, de même, partagée, par deux sillons longitudinaux, en un axe médian et deux plèvres latérales; l'une de ses particularités lui vient de la variabilité du nombre de ses anneaux, qui oscille entre six et neuf; pourtant, le chiffre six est le plus répandu. Ce dernier devient constant chez les Eurijptérides et les Limulides, dont le pré-abdomen se compose toujours de six segments. — Des variations plus grandes encore atteignent le post-abdomen. A l'égard des Euryptérides, cette région terminale du corps, encore volumineuse quoique plus petite que la précédente, comprend six anneaux, dont le dernier s'étale en une palette
élargie, ou s'étend en un aiguillon allongé. Ce changement se retrouve dans les deux autres groupes, mais avec une accentuation plus complète. Au sujet des Hémiaspides, il atteint les trois derniers segments, ou môme, suivant les genres, le post-abdomen tout entier; les zones mises en cause soudent leurs anneaux entre eux, et se transforment en une pointe conicjue, qui termine le corps en arrière. Enfin, chez les Limulkles, tout le postabdomen est converti en une tige cylindri([ue, plus longue, à elle seule, que le reste de l'individu. Cette tige est Ihomologue strict du pygidium des Trilobites; et les Trilobites aux segments post-abdominaux unis entre eux, les Euryptérides, avec les Hémiaspides, constituetit, dans leur ensemble, une succession ménagée de formes qui, par divers côtés, aboutit à la disposition si remarquable des Limulides.
Les appendices du céphalo-thorax sont au nombre de six paires ; ils se distinguent de leurs correspondants des Trilobites en ce que tous, au lieu des quatre seules paires antérieures, sont établis en pattes-mâchoires, dont les bases, voisines de la bouche, possèdent des pièces destinées à la mastication, et dont les autres parties servent à la locomotion ou à la préhension des aliments. Souvent, les membres de la première paire se différencient des autres par leur taille plus grande ou plus petite, par leur position au niveau du bord antérieur de la bouche, par leur privation de pièce masticatrice, et par la pince qui les termine; le nom inexact (\ antennes leur est alors donné, à cause de ces particularités. Les autres, égaux entre eux et peu dissemblables chez les Limulides, comme sans doute chez les Hémiaspides, ont une allure distincte en ce qui concerne les Euryptérides: ceux des quatre paires consécutives à la précédente (deuxième à cinquième paire de la série totale), sont relativement petits; ceux de la paire postérieure, c'est-à-dire de la sixième, grands et forts, comparables sous ce rapport à leurs similaires de la quatrième paire des Trilobites, se terminent par un article élargi en palette. — Le post-abdomen étant privé d'appendices, le pré-abdomen est seul à en avoir. Ces membres abdominaux diffèrent de leurs correspondants des Trilobites en ce qu'ils sont aplatis en rames lamelleuses, se recouvraHt les unes les autres, destinées en même temps à la natation et à la respiration. Les appendices de la première paire, insérés sur la face ventrale du premier anneau abdominal, immédiatement en arrière du céphalo-thorax, plus amples et plus épais que les autres, s'appliquent sur eux à la façon d'un opercule : d'où leur nom. Ces faits ont été constatés chez les Limulides et les Euryptérides; tout porte à penser qu'il en était de même pour les Hémiaspides .
Série particulière des Arachnides. — Les Arachnides, considérés dans leur moyenne, abstraction faite des Linguatulides, dont les affinités naturelles ne sont pas encore élucidées d'une manière complète, se caractérisent, et se séparent des autres Acères, parle nombre et la disposition de leurs appendices. Ceux-ci composent six paires, «[ui appartiennent toutes Roule. — Anatomie. II. •>'
au céphalo-thorax; parmi elles, les deux premières s'établissent en pièces masticatrices, et les quatre autres en pattes exclusivement destinées à la locomotion. Les membres masticateurs encadrent la bouche et comprennent : une paire de mandibules, encore dites des chélicères, et une paire de mâchoires. Les pattes, grandes et fortes, servent à l'individu pour marcher sur le sol, ou pour se cramponner à un support. — Cette structure se rattache directement à celle des IMérostomatés, qui possèdent également six paires d'appendices céphalo-thoraciques, conformés en pattes-mâchoires d'usage mixte; en différenciant ces dernières par une application de la loi relative à la division du travail physiologique, en façonnant avec elles deux paires de strictes pièces bucales et quatre paires de pattes, l'organisme des Arachnides se dégage de celui des précédents. Tout véritable membre abdominal fait défaut (Voy. p. 900).
Les plus proches des IMérostomatés, parmi les Arachnides, sont les Scorpionides; ceux-ci ressemblent de près aux Euryleptidcs. Des Scorpionides se détachent deux séries secondaires, dont l'une conduit aux Aranéides en passant par les Pëdipalpes, les Pseiido-Scorpionides , et les Solpiigides, et dont l'autre mène aux Acariens par l'intermédiaire des Phalangides. Tous ces êtres sont terrestres, et libres, sauf les Acariens. Ces derniers s'établissent comme parasites sur des végétaux ou des animaux, et subissent, en conséquence, les modifications connexes à leur mode de vie; leur corps devient coalescent, leurs pattes diminuent en dimensions, leurs pièces masticatrices se transforment en aiguillons; en somme, leur économie présente des phénomènes, d'une dégradation portant sur les appareils de relation, comparables à ceux qui sont montrés par les Crustacés adaptés à des conditions similaires d'existence. Cette dégénérescence prend une plus grande importance à mesure que le parasitisme joue un rôle plus complet dans la manière d'être de l'animal; et, par là, les Acariens conduisent aux Lingaalulides. Les Tardigrades se raccordent également aux Acariens, dont ils constituent un groupe secondaire, remarquable par la petite taille et par la simplicité de l'organisme (fîg. 812 à 841, p. 1046, 1047, 1051, 1057, 1061, 1064, 1065, 1069).
Le corps des Scorpionides rappelle, dans son allure générale, celui des Mérostomatés rangés dans l'ordre des Euryleptides; il se divise, de même, en un petit céphalo-thorax, et u-n volumineux abdomen. Celui-ci se diffé-
Fig. 687 à 690. — Organisation générale des Copépodes. — Ces figures s'appliquent à des Argiihis, du sous-ordre des Brancliiures ; elles expriment, sous une forme quelque peu diagrammalique, le contour de l'animal et les dispositions des organes internes. — En 687, contour extérieur «a Irait, appendices en clair, tube digestif en noir. — En 688, pièces buccales du côté gauche, grossies; en haut et au milieu se trouve la trompe, renfermant les stylets, donnés par les mandibules et les premières mâchoires, munie d'une glande venimeuse désignée parle mol glande, et portant un petit ocelle; sur le côté est placée la mâchoire de la seconde paire, dont la rame supérieure possède une ventouse, et l'inférieure un fort piquant. — En C89, contour extérieur de la femelle au Irait, et organes sexuels femelles en noir. — En C90, contour extérieur du mâle au trait, centres nerveux en pointillé, et organes sexuels mâles en noir. — D'après les recherches faites parClaus. — Se reporter aux figures 671-686 des planches précédentes (p. S72, 878, 879, 883. 890. 891).
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'^ Aûdomen - Fig. 687 à G90. — Organisation générale des Copépodes.
rende, à son tour, en deux réi:>ions, presque d'égale longueur, mais de dianiè- Ires dilTérenls : un pré-abdomen, plus large, composé de six anneaux; un post-abdomen, plusétroil, également formé de si;!: segments, dontle postérieur porte un appareil venimeux, muni d'un aiguillon terminal. L'annulation abdominale est des mieux marquées ; les segments sont mobiles les uns sur les autres, et surtout ceux du post-abdomen, souvent nommé la queue de ces animaux. Les dispositions, propres aux deux séries des autres Arachnides, se déduisent de celle-ci par une application commune de l'impulsion de coalescence, par un raccourcissement de l'abdomen, accompagné de la soudure intime des anneaux en un seul corps compact; mais cette cause constante aboutit à deux résultats quelque peu dissemblables.
Dans la première de ces séries, les Pédipalpes forment un groupe de passage. Leur pré-abdomen et leur post-abdomen, tout en conservant leur annulation, sont moins dissemblables entre eux que leurs correspondants des Scorpionides, présentent la même largeur, et s'unissent en une région entière. Le nombre des segments diminue d'une façon relative, mais avec des degrés. Chez les Thelyphone, l'abdomen comprend douze anneaux, comme celui des Scorpions; et le dernier de ces éléments, situé dans l'extrémité postérieure de l'économie, subit une modification semblable à celle qui est montrée par les Mérostomatés dans leur série, car il se convertit en une longue et mince tige, divisée en nombreux articles, qui constitue une sorte de queue. Cet annexe disparaît en ce qui concerne les Pédipalpes du genre Phryne, dont le chiiTre des segments abdominaux tombe à onze; l'abdomen devient ovalaire, et de taille relativement restreinte, puisque son volume égale en moyenne celui du céphalo-thorax, ou le dépasse de peu. — Cette dernière structure se conserve chez les Pseiulo-Scùrpionides et les Solpiigides; l'abdomen de ces animaux, dont les dimensions par rapport au céphalo-thorax sont moindres que celles des Scorpionides, possède la forme d'un ovale au grand axe dirigé dans le sens longitudinal, et dont la division en segments est encore évidente ; le chitïre de ces anneaux est de onze pour les premiers de ces êtres, de dix pour les seconds. — Enfin, l'abdomen des Aranéides ne diflere de celui des Solpugides que par sa coalescence plus prononcée ; ovalaire ou globuleux, toute trace d'annulation lui fait défaut, du moins à l'état adulte. Parmi les représentants de cette série, les Aranéides sont les seuls dont le développement soit connu, et leurs embryons possèdent un abdomen scindé en dix ou douze anneaux, chiffre qui rappelle de près celui des Scorpionides adultes et des Euryleptides; les segments se soudent entre eux par la suite, mais la concordance des phases de l'embryogénie avec les états successifs des formes analomiques, en allant du simple au complexe et du variable au constant, n'en est pas moins frappante [Embryologie comparée, p. 507; page suivante, 900).
Dans la deuxième des séries secondaires qui se dégagent des Scor- ])ionides, les Phalamjides rappellent les précédents Solpugides et Pédi-
palpes par leur abdomen ovalaire, où la division en segments se laisse encore reconnaître. Seulement, la coalescence est encore plus grande, car le nombre de ces éléments est de huit en moyenne ; de plus, chez certaines de leurs familles, les premiers anneaux abdominaux, en quantité variable suivant les types, se soudent entre eux pour s'unir ensuite au céphalothorax. Toute trace de ditïérenciation de l'économie en deux régions principales commence ainsi à disparaître. — Ce phénomène atteint alors son comble en ce qui concerne les Acariens; l'abdomen de ces animaux, privé de toute trace d'annulation, se joint intimement au céphalo-thorax, de sorte que le corps se trouve entier, et non subdivisé. Cette qualité coexiste avec une petite taille; sans doute, ces phénomènes découlent, par un rapport de cause àeiîet, de l'existence parasitaire de ces êtres. La plupart des Acariens sont des ectoparasites; certains, cependant, otTrent un début d'endoparasilisme, car ils s'établissent dans la peau de leurs hôtes, ou dans ses dépendances. En ce cas, la zone du corps, placée en arrière de celle où s'insèrent les appendices, homologue par suite de l'abdomen des autres Arachnides, s'allonge, prend un aspect vermiforme, et subit une sorte de métamérisation superficielle, qui la morcelle en une grande quantité de petits anneaux placés à la file. Cette segmentation ne correspond pas à celle des autres représentants de la classe, car elle est moins profonde, et se localise aux seules assises tégumentaires. — En accentuant encore ce fait, touchant à une élongation et à une annulation secondaires, et l'étendant au corps entier, au lieu de le laisser circonscrit à l'abdomen, on obtient la disposition des Linguatiilides\ l'organisme de ces êtres, cylindrique, à peu près privé d'appendices, rappelle presque celui des Vers inférieurs. — Les Tav- (ligrades se rapprochent des Acariens endoparasites, car leur économie est également allongée; mais, plus petite encore, elle n'est point scindée en anneaux, et se borne presque à la zone céphalo-thoracique, car la région munie des appendices compose, à elle seule, l'individu presque entier. Le début d'une telle prédominance, prise par la zone pourvue des membres, se manifeste encore chez la plupart des Acariens. -
Les dispositions, affectées parles appendices des Arachnides, s'établissent en séries qui concordent avec celles des formes du corps. La qualité constante, en cela, tient au nombre et à la ditïérenciation de ces membres; ils dépendent du céphalo-thorax seul, et se groupent en six paires, une de mandibules ou de chélicères, une de mâchoires, et quatre de pattes locomotrices. — Les mandibules des Scorpionides^ courtes et fortes, se terminent par des pinces. Les mâchoires sont tout aussi grosses que les précédentes, et de beaucoup plus longues; leur article basilaire s'élargit pour concourir à la mastication; leur sommet s'étend en une pince puissante, ([ue l'individu porte en avant de lui, pour saisir sa proie. Les pattes se ressemblent par leur taille comme par leur forme; elles se subdivisent en tronçons mobiles les uns svu' les autres : une hanche basilaire, une cuisse à
deux articles successifs, une jambe, et un tarse scindé en trois petits articles.
Dans la première dos séries secondaires, les mandibules des Pseiido- Sco/yj/o/izV/es et des So//H/^K/es rappellent celles des précédents en ce qu'elles ont l'aspect de courtes pinces puissantes, mais non celles des Pédipalpes et des Aranëides. L'allure de pince disparaît, dans ces deux derniers ordres, et les mandibules se changent en forts crochets, dont la large base contient, chez les Aranéides, une glande venimeuse, déversant son produit par le sommet du crochet; ces premières pièces buccales servent aux Scorpionides, aux Pseudo-Scorpionides, et aux Solpugides, pour saisir directement les proies, et les maintenir, alors qu'elles les tuent en les blessant, et les immobilisant par leur venin, en ce qui concerne les Aranéides. — De leur côté, les mâchoires des Pédipalpes et des Pseudo-Scorpionides ressemblent à celles des Scorpions parleur grande taille et par leur possession d'une pince terminale, mais il n'en est plus ainsi pour celles des Solpugides et des Aranéides] leurs dimensions relatives diminuent, et une plus complète division du travail s'exerce sur elles; leur base se convertit en une stricte pièce masticatrice, presque indépendante du restant de l'appendice, qui devient un paipe allongé et privé de pince terminale. — Quant aux pattes, elles ne diffèrent point, dans leur ensemble, de celles des Scorpions, et se prêtent seulement à des variations de forme, d'importance très restreinte.
En ce qui touche à la deuxième série secondaire des Arachnides, les mandibules des Phalangides, établies en courtes pinces, tiennent de celles des Scorpionides, et leurs mâchoires de celles des Aranéides. Par là, s'établit une transition vers les types les plus volumineux des Acariens, dont les deux paires de membres buccaux sont presque identiques à celles des Aranéides, les mandibules étant, de même, muniesde glandes venimeuses. Chez les Acariens de taille plus petite, qui ne mordent pas, comme les précédents, pour l)oire le sang de leurs hôtes, mais se bornent à piquer, les mandibules diminuent en dimensions, perdent leur allure de crochets, et se changent en aiguillons solides; de leur côté, les mâchoires se soudent entre elles, et s'unissent au pourtour de l'orifice buccal, pour donner une sorte détrompe, le rostre, dans la cavité de laquelle jouent les mandibules. Cette disposition se maintient chez les Tardigrades^ avec cette atténuation supplémentaire que les aiguillons mandibulaires demeurent souvent seuls, les mâchoires faisant défaut. Enfin, la réduction atteint son comble au sujet des Lingualulides, dont tous les appendices se bornent à deux paires de courts et petits crochets, situés non loin de la bouche. — Les quatre paires de pattes des Phalangides ne s'éloignent pas, par leur structure, de leurs correspondantes des Scorpionides et des Aranéides; elles sont remarquables, seulement, par leur extrême variabilité de dimensions, car, suivant les types, elles se trouvent tantôt très longues, et tantôt très courtes. Cette dernière forme conduit à celle des Acariens, dont les appendices locomoteurs sont réduits, relativement à ceux des autres Arachnides; cette diminution
se conçoit, d'après le parasitisme de ces êtres, car les pattes servent plutôt à lindividu pour se cramponner que pour marcher. En outre, la région munie de ces membres, qui correspond ainsi au céphalo-thorax, prend, sous le rapport des dimensions en volume, une prédominance toujours plus marquée; puis, dans le but, sans doute, de faciliter la fonction, les pattes des deux paires antérieures se tournent en avant, et celles des deux paires postérieures se dirigent en arrière. Par ces deux moyens, les appendices locomoteurs paraissent répartis dans le corps avec une plus grande égalité, contrairement aux Arachnides libres, où ils sont concentrés vers l'extrémité antérieure de l'individu. Les pattes des Acariens de grande taille, à peu près lisses, ne s'écartent pas trop, au sujet de leur structure, de leurs similaires des Scorpions et des Araignées; celles des petits Acariens, encore plus courtes, se hérissent de longs poils, tantôt pointus, tantôt terminés par des boutons nommés improprement des ventouses, dispositions diverses qui ont pour objet de faciliter la fixation du parasite. — Ces qualités variables des Acariens mènent vers la structure des Tardigrades, dont les membres, conservés dans leur chiffre de quatre paires, consistent en petits mamelons au sommet hérissé de crochets, parmi lesquels les deux de la dernière paire occupent presque l'extrémité postérieure du corps.
' 1 paire de man- ) — En pinces courtes.
i dihules ou ché-> — En crochets venimeux.
\ licères ) — En aiguillons.
12 paires de mem-} j,,^ membres mixtes à
bres buccaux.. I fortes et grandes pin-
I ./Tous présents,) . (l pa/re de ma-) e^ membres différents | au nombre de , choircs 1 ^j^^ ^^ ^^^^^ pj^^^ ,^^as.
u < z i ^ Paires i f ticatrice et un palpe.
Cou' f — Unies en un rostre.
el fr 5 j 1 V — Grandes et ambulatoires
^ S / W paires de pattes < — Courtes et hérissées de
a H ( poils.
■g Atrophiés, et réduits à 2 paires de crochets chez les Linr/uatulides.
La principale caractéristique des Arachnides leur est donnée par leur possession exclusive de six paires d'appendices céphalo-thoraciques; com parés à leurs correspondants les plus proches, aux Mérostomatés, ces animaux manquent des membres abdominaux. Cette absence n'est pourtant pas complète; car ces derniers s'ébauchent dans l'organisme embryonnaire, et leur apparition permet ainsi de compléter la série, comme de préciser les affinités naturelles ; seulement, au lieu de se développer en pièces lamelleuses et branchiales à la façon de leurs homologues de la classe voisine, ils subissent une autre évolution. — Les Scorpionides montrent en cela des particularités essentielles, comme leur situation zoologi([ue permettait de le pressentir. Le pré-abdomen de leurs embryons se (Hviseen six anneaux .
et produit, sur sa face ventrale, six paires d'appendices, une par anneau ; la concordance avec les Limulides est complète sous ce rapport. Ces membres ne disparaissent point, et persistent dans Féconomie de l'adulte, mais avec des dispositions dissemblables. Ceux de la première paire se convertissent en petites plaques lamelleuses, destinées à recouvrir les orifices extérieurs des glandes sexuelles ; ils équivalent à l'opercule des Limules, mais de dimensions plus restreintes de beaucoup, et spécialisé en un opercule génital. Ceux de la seconde paire s'allongent, et parviennent à une grande taille; au lieu d'acquérir l'aspect de membres foliacés et. unis, ils •s'aplatissent, se frangent sur un de leurs bords, se munissent de nombreuses terminaisons nerveuses, et chacun d'eux se change en un organe de sensibilité tactile, \o peigne, constitué, comme son nom l'indique, par une tige sur laquelle s'insèrent de nombreuses dents perpendiculaires; les deux peignes, chez l'adulte, s'insèrent, sur la face ventrale du corps, vers le bord postérieur de l'opercule génital, situé lui-même entre les bases des- deux pattes céphalo-thoraciques postérieures. Quant aux membres des quatre dernières paires abdominales, ils changent d'allure, comparés à ceux des Limulides, mais non de fonctions, car ils servent également à la respiration. Ils s'ébauchent, au cours du développement embryonnaire, sous la forme de petits mamelons dressés en saillie; puis, au lieu de continuer à croître dans leur direction première, ils se dépriment, reviennent sur euxmêmes, s'enfoncent dans le corps, et se convertissent en poches profondes ouvertes au dehors; ainsi disposés, ils constituent les appareils respiratoires, les poumons des Scorpionides. Par rapport à leurs homologues des Limules, leur rôle n'a pas varié; seulement, ils ne s'étalent pas en lames amples et minces, capables d'être utilisées dans une respiration aquatique, ils s'établissent en poches ouvertes à l'extérieur, et se prêtent à une respiration aérienne; sans doute, de telles dissemblances dans la structure découlent des différences dans les conditions de milieu, et dans le mode d'emploi. — L'anneau pourvu de la dernière paire des poumons termine le pré-abdomen; il s'allonge plus que les autres, subit une scission secondaire qui le partage, d'une manière superficielle, en deux portions considérées à tort comme des segments véritables, et s'articule avec le premier anneau du post-abdomen.
Les représentants, ainsi modifiés, des membres abdominaux, vont, dans la série des Arachnides, en diminuant leur nombre; ils finissent par disparaître, sans laisser deux aucun vestige chez l'adulte. Les Pseudo-Scorpionides posaèdenl des rudiments d'opercule génital et dépeigne, beaucoup
FiK- 691 à G93. — Organisation générale des Leptostracés. — En 691, une Nebalia mâle. — En 69:!, une Nebalia lemellc. — En 09:!, une patte llioracique des mêmes, montrant sa l'orme lameileusc. — Dans les deux Iii,Mires («ji et G92, les parties recouvertes par la carapace, transparente, sont en clair, et les autres en noir. La comparaison mutuelle de la femelle et du mule précise les divers détails du dimorphisme sexuel. — Se reporter aux figures 767-770 de la page 999-
Œil compost
Fig. 691 à 693. — OacAMSATioN générale des Leptostracés.
moins développés que leurs homologues des Scorpions. Les Pédij)alj)es, elles A ?r[ né id es, aoni munis de poumons, mais en plus, petite ([uanlilé que les Scorpionides, car le nombre de ces organes varie entre une paire et deux paires. Partout ailleurs, en lanl (juappareil respiratoire, les poumons se trouvent remplacés par des trachées, dont les connexions ne sont pas encore précisées d'une façon complète.
En somme, les appendices abdominaux ne font point réellement défaut aux Arachnides; mais il n'olTrent pas l'aspect de membres véritables, normaux, et se dilférencient en vue de fonctions spéciales, ou de fonctions accomplies d'une manière particulière. Ils existent, avec leur nombre habituel des Limulides et des Euryleptides, chez les Scorpionides, qui marquent ainsi le terme de transition; ils se retrouvent encore, mais en quantité moindre, chez les Pseudo-Scorpionides, les Pédipalpes, et les Aranéides; ils font défaut, d'une façon détînitive et complète, dans tous les autres groupes, à l'état adulte, bien que leurs ébauches se façonnent parfois au cours du développement embryonnaire.
Série particulière des Pycnogonides. — Ces animaux, encore nommés des Pantopodes, ont une organisation constante chez tous; les diflerences entre eux tiennent seulement à des particularités secondaires, louchant la forme de l'individu, ou celle de ses parties, ou les dimensions des appendices. — Leur corps est divisé en deux régions principales : une petite tête antérieure, et un tronc. La tète se prolonge en avant par une trompe souvent volumineuse, parfois dite le rostre, constituée par l'union, suivanlleur longueur, de trois pièces, l'une impaire et dorsale, les deux autres ventrales. Le tronc, qui compose de beaucoup la majeure portion de l'économie, se divise en cinq anneaux \)i\v le moyen de quatre sillons transverses; les quatre premiers de ces segments jjorlent des appendices, au nombre moyen d'une paire pour chacun d'eux; le cinquième, privé de membres et plus petit que les autres, ressemble à un tubercule postérieur et terminal. A cause de cette dissemblance, celui-ci est considéré parfois comme un abdomen rudimentaire, et la totalité des quatre autres comme un thorax.
La quantité des appendices est de sept paires, dont les deux premières appartiennent à la tête, et les cinq dernières au tronc. Les deux paires des membres céphalujues encadrent la base de la trompe, et se distribuent en une paire de mandibules, et une paire de mâchoires. En général, les mandibules ont deux ou trois articles, le terminal étant conformé en pince; cependant, elles sont réduites et privées de pinces chez les Ammothéides, et manquent à d'autres genres, les Phoxichiliis et les Pi/cnogoniim, par exemple. Les mâchoires ressemblent à des palpes allongés, scindés en plusieurs articles; elles présentent la même diversité de dimensions que les mandibules, tantôt bien développées, tantôt réduites ou absentes. Les cincj paires des autres membres appartiennent aux quatre premiers anneaux du tronc, l'antérieur de ceux-ci i)orlant les deux antérieures de celles-là.
La première paire de ces appendices s'insère sur la face ventrale du premier anneau du tronc; petites d'habitude, atrophiées parfois et notamment chez les femelles, ces pièces servent aux mâles pour porter les œufs qu'ils fécondent, et méritent leurs noms de pattes ovifères. Les appendices des quatre autres paires s'attachent aux côtés des quatre anneaux antérieurs du tronc ; de dimensions variables suivant les types, mais toujours grands, démesurés dans certains cas, ils sont divisés en huit articles, servent de pattes ambulatoires, et se font remarquer par la présence, dans leur intérieur, des glandes génitales et de diverticules émis par le tube digestif. De cette disposition vient, du reste, l'expression de Pantopodes accordée souvent à la classe entière ; le terme de Pycnogonides est tiré de celui de l'un des genres, le Pi/cnogomim (fig. 790 à 794, p. 1022, 1023).
/■ Têle, munie d'un rostre.
Corps 1 ' — Quatre anneaux antérieurs
divisé en i \ et volumineux, munis
V 1 ronc , ,, ,. '
i a appendices.
Pycnogouicles . / - ^""^'^ tubercule terminal.
' Appendices de ( — 1 paire de mandibules. Appendices i la tête ( — 1 paire de mâchoires.
au nombre total de jendices'du \ ~ ^ ^'*"'® ^^ ^^'"'"'^'^ ovifères.
7 paires. f , "• <> — 4 paires de pattes ambul a
tronc ', . ^
\ [ toires.
Dans leur développement embryonnaire, les Pycnogonides passent par une phase larvaire, dite de Proionijmphon, où ils possèdent trois paires d'appendices, comme \e Naaplius des Crustacés. Ces membres primordiaux donnent les mandibules, les mâchoires, et les pattes ovifères. Puis, les quatre autres paires prennent naissance en arrière des précédentes, et la structure se trouve au complet, sans olTrir, contrairement à certains des Arachnides, aucun phénomène de genèse de pattes supplémentaires et destinées à disparaître. Cette particularité classe les Pycnogonides parmi les moins élevés de tous les Arthropodes, à cause du nombre infime des appendices ; elle les met, sous ce rapport, à côté des Crustacés les plus simples, des Ostracodes et des Cladocères. — Pourtant, le fait que les membres des deux premières paires sont conformés, non point en antennes, mais en pièces buccales, les éloigne des Crustacés pour les rapprocher des Acères, établis comme eux à cet égard. Il est, cependant, une différence importante entre les Pycnogonides et les Acères des trois autres classes; les mandibules de ces derniers sont innervées par la zone antérieure de la moelle ventrale, et celles des premiers le sont par le cerveau. Cette nouvelle donnée procure aux Pycnogonides une autonomie incontestable, et les rapproche même des Dicères, dont les appendices delà première paire sont également innervés par le cerveau : seulement, ces membres des Dicères se disposent en antennes sensitives, et leurs similaires des Pycnogonides en mandibules préhensiles et masticatrices. — Toutes ces particularités rendent (liflicile la recherche des affinités naturelles. En tenant compte de
toutes, et les évaluant autant qu'il est permis de le faire d'après notre connaissance, les Pycnogonides se présentent comme des Arthropodes à la structure fort simple, aux membres antérieurs d'usage mixte, semblables par là aux Crustacés les moins élevés, et tenant le milieu entre les Acères et les Dicères. 11 est impossible d'aller plus loin, ni de préciser davantage; les intervalles entre les Entomostracés inférieurs et les autres Crustacés sont comblés par des types nombreux, qui permettent de reconstituer et de concevoir la succession des formes; il n'en est plus ainsi au sujet des Pycnogonides, séparés des Acères et des Dicères les moins complexes, des Trilobiles et des Myriapodes, par un vide que rien ne remplit.
III. Série g-éiiérale des Dicères [Myriapodes et Insectes). — Considérations GÉNÉRALES. — La qualité essentielle des Dicères, commune à tous, est leur possession d'une paire d'antennes : contrairement aux Acères, qui n'en ont pas, et aux Tétracères, qui en portent deux paires. Ces appendices, de formes et de dimensions variables suivant les groupes secondaires, s'insèrent sur l'extrémité antérieure et supérieure de la tète, et, de là, s'étendent en avant; comme leurs similaires des Crustacés, ils sont chargés, dans la plupart des cas, d'assurer à l'individu un certain nombre de sensations, notamment celles du tact et de l'olfaction.
Les considérations, auxquelles conduit lélude de la structure propre aux Acères, découlent également de celle des Dicères. Les antennes de ces derniers correspondent aux membres de la première paire, de la plus antérieure qu'il y ait sur le corps; elles équivalent, par suite, eu égard à leur sérialion et à leur numéro d'ordre, aux antennes de la paire initiale des Crustacés, et aux appendices de la première paire des Acères, c'est-à-dire aux mandibules des Arachnides, ou aux premières pattes céphalo-thoraciques des Trilobites et des IMérostomatés. Mais cette homologie est primitive et hâtive, car elle se manifeste dès les phases primordiales de l'apparition de ces organes; elle est masquée, ensuite, par les modifications en sens divers que ces derniers subissent, suivant qu'ils s'insèrent sur le sommet de la tète pour devenir des antennes, ou qu'ils demeurent sur la face ventrale de cette région pour se changer en pièces buccales ; elle ne peut plus être retrouvée à l'état adulte, sauf par la position sur le corps, car les principales qualités, de structure, d'innervation, et d'emploi, difterent entièrement. — Tel n'est pas l'avis, cependant, de plusieurs naturalistes, et notamment de Viallanes. D'après cet auteur, l'homologie entre les antennes des Dicères et les mandibules des Acères persiste, avec ses données principales, dans l'économie achevée de ces derniers animaux, surtout en ce qui concerne l'innervation. Suivant lui, et les Mérostomatés de l'ordre des Limiilides sont pris pour exemple, le début du collier œsophagien est l'homologue strict du cerveau moyen des Dicères ; cette zone initiale fournit, chez les uns, les nerfs des appendices masticateurs de la première paire, tout comme cette partie du cerveau émet les nerfs des antennes des
autres; la concordance sérail donc complète. Il est difficile d'accepter une opinion semblable, quelle que soit son exactitude quant au fond ; le collier nerveux des Limulides paraît constituer, malgré les faits invoqués par Viallanes, un système complet, dont aucune pièce ne correspond spécialement à une part du cerveau des autres Arthropodes ; la preuve de Thomologie, ainsi cherchée dans le mode d'innervation, n'est pas concluante.
Le seul recours, en cette circonstance, est le déveloi)pement embryonnaire, en ramenant ses diverses phases aux phénomènes les plus normaux, et considérant la sériation régulière des appendices depuis l'extrémité antérieure jusqu'au bout postérieur de l'économie; les membres, dont les paires ont le même numéro d'ordre, s'équivalent avec précision, et sont homologues; partant, ceux delà première paire, antennes des Dicères et mandibules des Acères, concordent entre eux, et se trouvent homologues à leur tour. Ces organes subissent ensuite des évolutions dissemblables, et modifient extrêmement leurs relations premières, mais leur homologie primordiale n'en est pas moins indiscutable. Les Acères connus, depuis les Trilobites, et les Dicères, depuis les Myriapodes, les plus simples d'entre eux, ont un organisme adulte trop compliqué et trop bien établi dans leur structure première, pour y trouver avec netteté, par les seules ressources de l'anatomie comparée, les vestiges de l'homologie initiale ; l'embryologie doit apporter son concours. Cependant, peut-être les Pycnogonides composent-ils un groupe de transition, sous ce rapport, entre les deux sous-embranchements, car leurs membres de la première paire sont établis en pièces buccales comme leurs similaires des Acères, et sont innervés par le cerveau comme les antennes des Dicères; la simplicité de leur organisation autorise à prendre cette opinion pour voisine de la vérité.
Série totale
lies appendices,
clans leni-
onlic 'h position.
2e PAIRE.
3e , PAIRE.
Ge
•-t les suivantes lorsqu'il en existe.
Acères
Mandibules
ou
Palles-mâelioires.
Mâchoires ou
Paltes-milchoires.
Paltts-mjchoires
ou
Pattes.
Palles-mâclioires
ou
Pâlies
Pâlies -mâclioires
ou
Pattes.
Paltes-mâchoires
ou
Pattes.
Dic'ves
Antennes.
Mandibules.
Mûclioires.
Mâchoires.
Palles-Diachoires
ou
Pattes.
Pattes.
Tétracéres
Antennes
de la
première paire.
Antennes
de la
seconde paire.
Mandiliules.
Mâchoires
ou
Pattes-machoires.
Mâchoires
ou
Pattes-mâchoires.
Paltes-mlrho res
ou
Les Dicères sont représentés par deux classes : celle des Myriapodes, et celle des Insectes. — Les premiers sont les moins élevés ; cependant leur structure, déjà très complexe et bien accentuée dans la disposition propre à tout le sous-embranchement, ménage entre eux et les plus simples des
Acères, abstraction faite du passage elïectué par les Pycnogonides, des ditïérences assez grandes. Pourtant, comme chez les Acères, les deux impulsions, démultiplication et de coalescence, se taisant sentir, la seconde prédomine et l'emporte sur la première. Les Myriapodes se caractérisent par le grand nombre de leurs anneaux, et par la variabilité de ce nombre ; la multiplication joue donc, chez eux, un rôle évident ; mais la coalescence intervient aussi, car ces animaux possèdent une tète spécialisée, distincte du reste du corps, presque aussi compliquée que celle des Insectes, pourvue dantennes et d'appendices buccaux franchement établis dans leur rôle, sans aucun usage mixte ; l'impulsion de multiplication se retrouve seulement dans la quantité considérable et variable des anneaux, et dans le fait que tous, ou peu s'en faut, sont munis d'appendices bien développés. La coalescence est plus importante chez les Insectes ; ces êtres portent une tète comparable à celle des Myriapodes, et, en surplus, le restant de leur corps se divise nettement en deux régions, dont l'une conserve avec constance le même nombre d'anneaux, et dont l'autre est souvent privée de membres. La concordance avec les Acères se trouve donc parfaite ; l'opposition entre les Myriapodes et les Insectes est du même ordre que celle des Trilobites, ou des Mérostomatés, avec les Arachnides.
En ce qui concerne sa forme, le corps des Myriapodes se différencie en deux régions : la téfeet le tronc. La première, petite par rapport à l'autre, occupe l'extrémité antérieure de l'économie; elle est munie des antennes, et des pièces buccales ; sa nature essentielle ne varie point dans toute l'étendue de la classe. La seconde est complètement scindée en anneaux égaux ou peu inégaux, séparés les uns des autres par de profondes échancrures transversales, et munis d'appendices pour la plupart; le nombre de ces segments est soumis à une extrême diversité, suivant les types, car il va entre dix et plus d'une centaine. — Les faits changent au sujet des Insectes. Le corps de ces êtres comporte trois zones : la tête, le thorax, et V abdomen ; l'ensemble de ces deux dernières équivaut au tronc des précédents. La tète ressemble à celle des Myriapodes; le thorax comprend, avec constance, trois anneaux, dont chacun est pourvu d'une paire de pattes ; l'abdomen, souvent privé d'appendices, est partagé en segments, dont les sillons intermédiaires, à cause de la cohérence générale, sont peu profonds, et dont la quantité, dans la moyenne, se restreint entre sept et onze (fig. 850 et 851, p. 1091).
Comparés aux Myriapodes, les Insectes se caractérisent par une coalescence plus grande. Les effets de cette impulsion se font sentir de plusieurs manières : par la différenciation du tronc en un thorax et un abdomen; par la constance complète du chitïre des anneaux thoraciques, comme par l'enserrement de celui des segments abdominaux dans des limites peu éloignées l'une de l'autre ; enfin, par l'absence fréquente des membres de l'abdomen. Ces dissemblances s'atténuent pourtant, en considérant la totalité des données fournies par l'anatomie comparée et par l'embryologie.
11 est (.les Myriapodes, placés dans l'ordre des Paiiropodes, dont le nombre des anneaux du tronc diffère peu de celui des segments thoraciques des Insectes, augmentés des segments abdominaux; il en est d'autres, les C/î/Zo^/if/Z/îes, dont les trois anneaux antérieurs du tronc se distinguent des autres, et composent une sorte de thorax, comparable à celui des Insectes. Des transitions analogues sont offertes par ces derniers ; certains Insectes inférieurs possèdent des appendices sur leur abdomen ; les larves de beaucoupd'Insectes supérieurs sont également munies de pattes abdominales, qui s'atrophient et disparaissent lors de leur dernière métamorphose, au moment où elles se convertissent en adultes. Ces liaisons font disparaître l'opposition ménagée entre les deux classes, et les unissent avec continuité. En somme, les Insectes se rapportent aux Myriapodes, comme les Arachnides aux Trilobites, et les Malacostracés aux Entomostracés, par une application plus accentuée de l'impulsion de coalescence; et, de même, la nature, soit dans certains organismes adultes, soit dans les phases du développement embryonnaire, rend accessibles à nos sens, en maintenant les passages, les moyens employés par ce mouvement évolutif pour accomplir ses effets.
L'opposition d'ensemble, établie entre les deux classes des Dicères au sujet de la forme de leur corps, se retrouve dans la disposition des appendices : les Myriapodes ont de ces organes sur leur économie entière, tandis que les Insectes les localisent dans leur région antérieure. En cela, les différences portent sur les anneaux postérieurs, munis de membres chez les Myriapodes, et privés de ces annexes chez la plupart des Insectes, dont ils composent l'abdomen ; dans les deux cas, la tête, et les segments qui la suivent, sont, à peu de chose près, conformés de même (fig. 853 à 858, p. 1099).
Les appendices céphaliqiies, dans la moyenne, sont au nombre de quatre paires : une d'antennes, et trois de pièces buccales. Celles-ci comprennent à leur tour une paire de mandibules et deux paires de mâchoires. Les antennes sont à la fois dorsales et antérieures ; le cerveau les innerve directement. Les pièces buccales sont ventrales, disposées autour de la bouche, qu'elles encadrent, et innervées par les centres sousœsophagiens. Souvent, les deux mâchoires postérieures s'unissent entre elles, sur la ligne médiane et en arrière de la bouche, pour constituer un bourrelet impair, nommé la lèvre inférieure ; par symétrie, un second bourrelet impair, dit le labre ou la lèvre supérieure, se place en avant de l'ouverture buccale, et contribue à la limiter. Ces ressemblances de disposition porte beaucoup d'auteurs à considérer le labre comme ayant une valeur égale à celle de la lèvre inférieure, et comme provenant de la soudure de deux appendices ; les phases de son développement, durant lesquelles il se présente constamment à la manière d'un mamelon simple et médian, et situé en dedans de la série des membres véritables, empêchent d'accepter cette opinion. Du reste, des épaississements similaires, encore nommés des
labres, existent chez beaucoup de Crustacés et chez quelques Arachnides; pour eux, comme pour les présents, la nature, d'après le développement embryonnaire, est la même. — Les pièces buccales, ainsi que l'exige leur rôle, sont courtes et épaisses, moins longues que les autres appendices ; les mâchoires sont souvent plus minces que les mandibules.
Les membres du corps, autres (jue ceux de la tête, se trouvent, en général, quelles que soient leurs variations de forme et de dimensions, disposés pour la marche; en conséquence, ils se diA'isent en articles, mobiles les uns sur les autres, et rappelant beaucoup, à cet égard, leurs correspondants des Arachnides. Chacun comprend trois parties principales : la cuisse, la jambe, et le pied ou tarse. La cuisse et la jambe sont longues d'habitude, et chacune consiste en un seul article : la première, presque horizontale dans la station normale de l'individu, s'attache à l'économie par l'entremise de deux articles, dont lun, celui qui établit l'insertion même, est volumineux et porte le nom de hanche ; la seconde, presque verticale, est placée entre la cuisse et le pied. Ce dernier repose directement sur le sol, et forme avec lui un angle aigu, de manière à se rapprocher de l'horizontale; il se compose de quatre, ou de cinq, petits articles placés à la file, dont l'un est souvent moindre que ses voisins. Par ces divers moyens, les trois portions principales du membre locomoteur sont ployées les unes sur les autres, de façon à permettre la marche, tout en ménageant, grâce à un brusque effort d'extension, les dispositions nécessaires pour faciliter le saut.
Les appendices locomoteurs ne sont pas les seuls qui existent. La plupart des Insectes possèdent, en surcroît, des ailes, des organes destinés à soulever l'individu dans l'air et à l'y maintenir. Ces annexes supplémentaires ne font point partie de la série normale des membres, et ne sont pas de leur ordre ; ils répondent à des replis tégumentaires, étalés en lames fort minces, et symétri(iues par rapport au plan médian de l'économie, comme l'exigent les conditions mécani({ues de leur fonctionnement. Ils sont dorsaux et non ventraux; ils ne se divisent point en articles successifs ; enfin, ils s'insèrent exclusivement sur le thorax, la tête et l'abdomen en étant toujours privés. Les ailes font défaut aux Myriapodes, ainsi qu'aux Insectes inférieurs; en revanche, et sauf les cas d'adaptations spéciales, ceux du parasitisme par exemple, elles ne manquent jamais aux Insectes supérieurs.
1 1 paire d'antennes.
" paire de mandibu paires de niâchoires'(lèvre infVrieure).
Ari'E>nic.KS pes Dicères, l ^PPenlices du Ironc, . ^y^^^^ç^ locomotrices, d'habitude di-
j qu il soit entier, ou > ,. , . . , . ,
Appendices de la tête. < 1 paire de mandibules.
f 2 iiairc
qu il soit entier, ou > . , . . , . ,
^ . , , ., . , visées en cuisse, ïambe, pied,
scinde en thorax et i ... '' '
, , r — Ailes,
abdomen '
Fig. Gy/l el Oyô. — Ougamsation olnékai.!-: dls Amimiipoues. — Ces figures expriment la forme exlcr'uHire de deux Ampliipodes lilircs; la figure G<j^ s'a|)pliiiuo à un Aatonoe, et la figure (igS à une Kroyeria. — D'après les reclierches laites par Délia Valle. — Se reporter aux figures G9C-7(xj de a planche suivante (p. ioo5), parmi lesquelles la figure 698 précise les détails de la structure extérieure.
F'S- C'j/, et 6g5. — Orgamsatiox GÉ.MiR.vLE ues Ampiupodes. Roule. — Anatomie. II. 58
■ Le groupe des Dicères, et surtout la classe des Insectes, est le plus abondant et le plus riche qu'il y ait dans la nature; certains ordres, et notamment celui des Coléoptères, possèdent une quantité d'espèces et de genres, supérieure de beaucoup à celle de leurs similaires des autres animaux. Pourtant, les variations de la structure sont peu importantes, et se rapportent à des différences dans l'aspect, ou dans les dimensions relatives, ou dans les couleurs, du corps et des appendices ; la plus grande uniformité est de règle, au point que l'opposition entre les Insectes des divers ordres se trouve fort atténuée, par rapport à celle qui s'établit entre les groupes de même valeur des autres classes d'Arthropodes. Les dissemblances mutuelles seraient un peu plus prononcées en ce qui concerne les Myriapodes, et cependant elles ne vont pas plus loin que l'allure générale de lindividu, suivant la structure et la répartition des appendices, ou suivant les relations de taille entre les régions de l'économie.
; Parmi les conditions de vie qui agissent le mieux sur l'organisme des Arthropodes pour le modifier, l'adaptation au parasitisme est la principale. Chez les Crustacés, cette manière d'être entraîne des changements considérables, des atrophies complètes d'appendices, un dimorphisme sexuel très accentué, parfois une disparition totale de l'annulation, des appareils de relation, et même du système digestif . Les altérations, pour être plus faibles chez les Arachnides, n'en sont pas moins d'une certaine amplitude ; les Linguatules, les Acariens, en montrent des exemples probants. Il n'en est plus ainsi au sujet des Dicères ; plusieurs Insectes vivent en parasites, soit extérieurs, soit internes, et les modifications subies n'ont jamais l'importance des précédents. Parmi eux, les uns sont des larves, et leur organisation ne s'écarte pas, ou presque pas, de la normale; les autres sont des adultes, et les seules transformations subies tiennent aux appendices ; les pièces buccales se convertissent en piquants, les pattes se réduisent parfois et se changent en crochets, les ailes disparaissent souvent. La minime étendue des variations ainsi amenées tient sans doute à ce fait, que les Insectes adultes et parasites, ou du moins la majorité d'entre eux, ont un parasitisme extérieur et temporaire ; ils se bornent à piquer leurs hôtes pour aspirer les sucs de la blessure, et s'éloignent ensuite, sans se fixer à demeure. Quant aux larves, leur structure encore simple, privée de la plupart des annexes spéciaux à l'adulte, leur permet de s'établir d'emblée comme endoparasites permanents, et de rester ainsi jusqu'à leur dernière métamorphose, sans subir aucune modification particulière. — En tous cas, l'opposition sur ce sujet, entre les Dicères et les autres Arthropodes, tenant au grand nombre des représentants et à la grande uniformité de l'organisation, se trouve des plus remarquables.
Série particulière des Myriapodes. — Les Myriapodes tirent leur caractéristique du chiiîre élevé des anneaux de leur corps, de la variabilité de ce chilTre suivant les types, et de la possession d'appendices par la plupart
de ces éléments de Féconomie, sinon par tous. Ils se présentent, par suite, comme des animaux allongés, dont l'axe longitudinal remporte de beaucoup par les dimensions sur le diamètre transversal, divisés en segments nombreux et tous pourvus de pattes dans la grande majorité des cas; de là vient le terme employé pour désigner la classe entière, car ces membres sont souvent en quantité considérable (fig. 842 à 847, p. 1075 et 1081).
La qualité constante, au sujet de la forme, est que le corps se différencie en une petite tête antérieure, et un tronc; ce dernier est scindé en segments, séparés les uns des autres par de profondes échancrures inter-annulaires. Cette disposition permet aux individus de se ployer sur eux-mêmes ; ceux qui ont un organisme très allongé peuvent décrire des ondulations dans le sens latéral, à la manière des Annélides, dont ils rappellent beaucoup l'allure générale; ceux qui sont ramassés sur eux-mêmes, privés de cette faculté, possèdent souvent, en revanche, le pouvoir de s'enrouler dans le sens vertical, comme le font plusieurs autres Arthropodes actuels, certains Isopodes notamment, et comme le faisaient la plupart des Trilobites. — Dans la règle, les anneaux du tronc sont égaux et semblables entre eux; leurs diamètres transverses sont identiques, de manière à donner au corps entier la même largeur sur toute son étendue; et chacun porte une paire de pattes. Il est pourtant, à cet égard, quelque diversité : parmi les segments, les uns sont parfois plus grands que les autres, suivant l'axe longitudinal de l'économie, et, chez les Symphyles, les petits anneaux se trouvent privés de pattes; alors que la disposition normale est d'avoir une paire d'appendices par segment, les Chilognathes en ont deux paires, sauf en ce qui concerne les trois anneaux antérieurs, immédiatement placés en arrière de la tête. — Les variations principales, au sujet de la forme extérieure, tiennent au nombre des segments du tronc, et aux effets de l'impulsion de coalescence. Le nombre est très différent suivant les types : parmi les Myriapodes, ceux qui en ont le moins sont les Pauropodes, où ce chiffre égale dix; ceux qui en ont le plus sont les Cfiilopodes, où, pour certains genres, il dépasse cent, et cent cinquante. La coalescence est plus accentuée chez les Chilopodes; le premier anneau de leur tronc se soude en partie avec la tête, et modifie ses appendices pour les convertir en pattes-mâchoires ; partout ailleurs, un tel changement n'existe pas, et cet anneau ressemble à ceux qui le suivent.
Les appendices appartiennent à deux types, suivant qu'ils s'insèrent sur la tête ou sur le tronc. — Ceux de la tête, au nombre de quatre paires, comprennent une paire d'antennes, une paire de mandibules, et deux paires de mâchoires; les Chilopodes leur ajoutent, en supplément, une paire de pattes-mâchoires. — Les antennes sont simples et entières, d'habitude ; elles se bornent à différer, suivant les types, de forme et de longueur ; par exception, celles des Paiiropodes portent trois minces fouets, et paraissent ramifiées. — Les mandibules consistent presque toujours en pièces fortes
et résistantes, munies de dents ou de plaques molaires sur leur tranchant tourné vers la bouche, et prolongées du côté opposé en une tige d'insertion ; celles de certains Chilognathes de petite taille, les Polyxénides et les Polyzonides, subissent un début de transformation en vue de la piqûre, et se changent en minces stylets enfoncés dans les parois buccales. — Les mâchoires de la première paire, courtes et tranchantes, consistent, pour chacune d'elles, en une tige d'insertion, surmontée de deux lobes garnis de fines soies sur leur crête voisine de la bouche ; celles de la seconde paire unissent leurs bases sur la ligne médiane, en arrière de l'orifice buccal, pour composer la lèvre inférieure, et s'étalent ensuite par leurs sommets, chacune pour sa part, en un palpe allongé. Les deux paires de mâchoires ne sont bien développées, et distinctes les unes des autres, que chez les Chilopodes ; la seconde paraît manquer partout ailleurs, et, chez les Symphyles, les Chilognathes, la première soude ses deux éléments en une plaque buccale. Les pattes-mâchoires supplémentaires des Chilopodes appartiennent au premier anneau du thorax, soudé en partie avec la tête; grandes et volumineuses, courbées en avant et en dedans, elles dépassent souvent, à cause de leur taille, l'extrémité antérieure de l'individu, et présentent tout l'aspect de pinces solides ; leur base contient une glande venimeuse, dont le produit s'écoule au dehors par leur sommet converti en un aiguillon.
Les appendices du tronc consistent toujours en pattes servant à la locomotion; c'est là leur qualité constante. Ils diffèrent entre eux, suivant les types, au sujet de leur nombre, de leurs dimensions, et de leur répartition. Leur nombre est fonction de celui des anneaux ; de l'un découle l'autre. Leurs dimensions, en longueur, varient dans des proportions assez fortes; mais cette diversité, toute secondaire, ne présente guère d'importance qu'au sujet des diagnoses spécifiques et génériques. — Leur répartition s'établit d'après trois types. Chez les Pauropodes et les Chilopodes, chaque anneau du tronc possède, avec régularité, une paire de pattes. Il n'en est plus ainsi pour les Symphyles, où une telle possession est le propre des grands segments; les petits anneaux sont nus, et dépourvus d'appendices. Enfin, en ce qui concerne les Chilognathes, la distribution des membres du tronc offre une particularité remarquable. Les anneaux, immédiatement consécutifs à la tôle, ne sont munis que d'une paire de pattes pour chacun, suivant la règle habituelle des Arthropodes; le nombre de ces segments oscille entre trois et cinq, mais, le plus fréquent étant de trois, il se manifeste ainsi une concordance importante avec les Insectes, où le chiffre des pièces du thorax est également de trois. Chacun des autres anneaux du tronc, postérieurs aux précédents par suite, porte deux paires de pattes, et il est encore difficile de décider si une telle structure provient d'une bipartition secondaire de chaque élément annulaire, ou si elle dérive de la soudure des segments deux à deux (Voy. p. 1136). Quoi qu'il en soit, l'un des faits intéressants, entraînés par une telle disposition, tient à la
différenciation du tronc en deux régions : un thorax antérieur, comparable à celui des Insectes, et un abdomen postérieur.
SÉRIE PARTICULIÈRE DES Insectes. — Lcs priucipaux caractèrcs des Insectes, qui les distinguent des Myriapodes, touchent à un effet plus accentué de l'impulsion de coalescence. Leur tronc se scinde en deux régions différentes, un thorax et un abdomen, composées d'une quantité d'anneaux à peu près fixes, trois pour le thorax, onze, en somme, pour l'abdomen. La première de ces zones, placée en arrière de la tête, possède une paire de pattes locomotrices sur chacun de ses segments, d'où trois paires de ces appendices dans la totalité ; de là vient le terme à' Hexapodes, souvent employé pour désigner ces animaux. La seconde, à son tour située en arrière du thorax, est privée de pattes, sauf chez quelques représentants inférieurs de la classe, et chez plusieurs larves (fig. 850 à 863, p. 1091, 1099, 1105).
Le corps entier des Insectes est ainsi divisé en trois régions, d'aspect et de situation dissemblables : la tête, le thorax, ei\ abdomen. — La tête, petite et globuleuse, souvent libre, c'est-à-dire distincte du thorax qui la suit, et parfois mobile sur lui, constitue l'extrémité antérieure de l'économie ; elle porte, comme il est de règle, les antennes et les pièces buccales. Le thorax est partagé en trois anneaux successifs, désignés, en allant d'avant en arrière, par les expressions de prothorax, de mésothorax, et de metathorax ; d'habitude, ces trois segments sont d'égale taille, et de conformation similaire. L'abdomen est la zone la plus volumineuse ; large et ovalaire, sa division en anneaux se laisse reconnaître parla persistance des sillons inter-annulaires transverses, moins marqués cependant, et moins profonds d'ordinaire, que ceux du thorax. La quantité de ces segments varie suivant les types, soit à la suite d'atrophies réelles, soit par l'effet de soudures secondaires qui entraînent la disparition des sillons intermédiaires. Le chiffre le plus élevé, montré par la majorité des Insectes inférieurs, et par les embryons des autres, est de dix à onze ; la corrélation avec les Myriapodes de la section des Pauropodes est évidente. Partout ailleurs, le nombre moyen est de sept à dix; en certains cas, relativement rares, il descend à six, et même à cinq.
Les appendices sont de deux sortes. Les uns constituent les membres véritables, homologues de ceux des autres Arthropodes, et façonnés, dans leur sériation, dès les premières phases embryonnaires; les autres répondent à des expansions tégumentaires, étalées en lames dorsales, spéciales aux Insectes, et produites vers la fin des métamorphoses larvaires. Les premiers ne manquent jamais; ils appartiennent à la tête, au thorax, ou à l'abdomen. Les seconds font défaut aux Insectes inférieurs ; ils constituent les ailes, lorsqu'ils existent, et s'insèrent toujours sur le thorax. — Les formes des vrais membres sont sujettes à des variations considérables, suivant les ordres; cette diversité atteint surtout les pièces buccales; elle
est moins prononcée au sujet des pattes Ihoraciques. Les ailes, à leur tour, offrent des dispositions différentes, tenant à leur nombre et à leurs dimensions.
Les appendices de la tête, comme leurs homologues des Myriapodes, sont au nombre de quatre paires : une paire d'antennes, une paire de mandibules, une paire de premières mâchoires, et une paire de secondes mâchoires. La première est antérieure et dorsale ; les trois autres sont ventrales, et, de concert avec le labre, elles entourent et encadrent lorifice buccal. — Les antennes s'insèrent toujours sur le sommet antérieur de la tête ; elles fonctionnent, sauf quelques rares exceptions, en qualité d'organes sensitifs, pourvus de terminaisons nerveuses, tactiles ou olfactives. Leur disposition étant constante pour chaque section déterminée, elle varie en des proportions considérables dans l'étendue de la classe entière ; toutes les combinaisons de forme et de dimensions sont représentées. Au sujet delà forme, tous les passages existent, depuis des appendices cylindriques jusqu'à des antennes élargies à leur base, ou en leur milieu, ou à leur sommet, depuis l'absence presque complète de soies jusqu'à une allure plumeuse, depuis la soudure presque totale des articles jusqu'à une séparation assez grande pour donner un aspect de chapelet, etc. En ce qui regarde les dimensions, toutes les transitions se trouvent également, depuis des antennes fort courtes jusqu'à des antennes très longues. Ces qualités, tenant à la taille et à la structure, se combinent entre elles, de façon à fournir les conformations les plus variées.
De nouvelles variations d'une grande amplitude sont offertes par les pièces buccales ; seulement, si elles valent par l'importance des modifications établies, leur quantité est moindre. Elles s'enserrent dans des limites plus précises, car elles dépendent des diverses manières suivant lesquelles les individus prennent leur nourriture, et ces modes ne sont pas très nombreux ; elles sont en fonction de la préhension des aliments. Sous ce rapport, les Insectes appartiennent à deux types fondamentaux : les broyeurs, et les suceurs. Les premiers mâchent leur proie, et leurs pièces buccales se conforment en conséquence; distinctes les unes des autres, elles se
Fig. 696 à 700. — Organisation générale des Amphipodes. — En 696, dessin diagrammalique, représentant le contour [au trail) d'un Amphipode, le tube digestif en blanc, et les principaux troncs vasculaires en noir et en pointillé. — En 697, une Orcheslia, dont les téguments de la l'ace dorsale sont enlevés, de manière à montrer le tube digestif, avec ses annexes, et les glandes sexuelles. — En C98, dessin diagrammalique, représentant une coupe longitudinale, médiane et verticale, d'un Gammarus. Les membres sont numérotés dans leur série totale, par des chiffres romains; les anneaux le sont par des chiffres arabes, les segments thoraciques allant de 7 à i3 inclus, et les abdominaux de i3 à 19; la tète, composée par l'union de six anneaux et munie de six paires d'appendices, se trouve en avant du premier segment thoracique, désigné par le n° 7. Les lobes enlériques sont représentés en pointillé, contre l'intestin; les flèches indiquent les trajets suivis par l'iiémo-lymphe dans sa circulation. — En G99, pièces buccales, vues de face, la lèvre inférieure, répondant à la paire des maxillipèdcs, étant enlevée; cette figure montre : le labre, la paire de mandibules, et les deux paires des mâchoires. — En 700, contour du corps {en pointillé), et centres nerveux {en noir), d'une Orcheslia. — D'après les recherches faites par Delage et par Délia Vallc. — Se reporter aux figures 69VG95 de la page 909.
Aorte
Pericarite
Abdomen
Intestin
Fig 696 à 700. — Organisation cÉNiiRALE des Ampiiipodes.
bornent à s'insérer autour de la bouche. Les seconds aspirent des sucs, qu'ils puisent sur des animaux ou des A-égétaux; quelques-unes de leurs pièces buccales s'allongent et s'intriquent entre elles, pour constituer une trompe destinée à permettre leur alimentation. — Les changements subis par les appendices buccaux des Insectes suceurs ne sont pas isolés dans l'embranchement des Arthropodes; ils sont identiques à ceux que les mêmes organes subissent, en vue d'un emploi semblable, chez d'autres êtres de la série, par exemple les Gopépodes parasites parmi les Crustacés, ou certains Acariens parmi les Acères; ils n'ont pas une importance plus accentuée. Seulement, leur valeur paraît plus grande, car ils s'apphquent à un chiffre plus considérable de types, et ils offrent de plus nombreuses modalités secondaires. — Les Insectes broyeurs comprennent les Thysanoiires, les Orthoptères, les Névroptères, les Coléoptères, et leurs groupes satelhtes; leur structure, en ce sens, est la plus simple et la plus élémentaire, car elle est la moins modifiée et la plus voisine de la normale ; aussi, les représentants inférieurs delà classe, c'est-à-dire les Orthoptères, la possèdent-ils d'une façon exclusive. Les Insectes suceurs renferment les Lépidoptères, les Hémiptères, et les Diptères. Ils se distribuent, à leur tour, en deux sections : celle des Insectes strictement suceurs, dont la trompe est privée d'aiguillons, qui se bornent aux seuls Lépidoptères ; celle des Insectes piqueurs et suceurs, dont la trompe contient des aiguillons perforants, et qui répondent aux deux autres ordres. Les Hyménoptères, à la fois broyeurs et suceurs, constituent une transition des vrais broyeurs aux suceurs véritables, et ils présentent, en surplus, les ébauches des deux dispositions qui caractérisent, d'une part les Insectes strictement suceurs, de l'autre les Insectes piqueurs et suceurs.
Les pièces buccales des Insectes broyeurs, complétées par le labre, sont conformées, dans leur ensemble, comme leurs similaires de la majorité des autres Arthropodes. — Les mandibules, courtes et fortes d'habitude, consistent, pour chacune d'elles, en une seule pièce résistante, munie de dents ou de plaques molaires sur son tranchant intérieur, qui regarde la bouche. — Les mâchoires, celles de la première paire comme celles de la seconde,, sont moins puissantes en ce qui regarde le rôle masticateur, mais plus compliquées; elles ont, à peu de chose près, une même constitution essentielle, et se composent d'une base simple, munie d'un palpe sur sa face externe, terminée, en haut et en dedans, par une pièce masticatrice bilobée ; par suite, leur allure est celle du membre à deux rames, typique chez les Arthropodes, la rame externe répondant au palpe, et la rame interne, devenue terminale, servant à la mastication. — Les deux mâchoires de la première paire sont toujours séparées l'une de l'autre. Leur base, allongée, se compose de deux articles ; le basilaire, nommé souvent la charnière ou cardo, petit, sert à l'insertion du membre entier ; le terminai, dit la tige, de beaucoup plus long, porte les deux branches de l'appendice. Le palpe, désigné par le terme de palpe maxillaire, s'attache
sur la face externe du sommet de la tige ; souvent fort allongé, il se divise, d'ordinaire, en quatre ou cinq articles. La pièce bilobée continue la direction de la tige, et se plante droite sur son sommet ; courte et forte, elle est scindée en deux lobes, dont l'interne, Vintermaxillaire, qui regarde la bouche, sert à la mastication et se conforme en conséquence, et dont l'externe, la galea, plus ou moins développée suivant les types, contribue à prendre et à maintenir les aliments. — Les mâchoires de la seconde paire sont disposées comme les précédentes, et comprennent les mêmes parties ; mais elles se soudent sur la ligne médiane, en arrière de la bouche, pour donner la lèvre inférieure. Les parties unies correspondent aux bases et aux lobes internes des appendices mis en cause ; mais la cohésion n'est pas telle que les articles ne soient entièrement confondus. Ces derniers sont encore distincts, et la pièce résultant de cette coalescence comprend ainsi trois régions : une basilaire, le sub-mentiim , qui équivaut aux deux charnières réunies; une moyenne, le mentum, donnée par les deux tiges; enfin une terminale, \a languette, fournie par les deux lobes internes. Cette unique pièce, médiane et impaire, produite par une telle soudure, porte sur ses côtés extérieurs les palpes et les lobes externes ; les premiers, dits les palpes labiaux, se scindent en trois ou quatre articles ; les seconds, nommés les paraglosses, varient beaucoup dans leur forme ou leurs dimensions, et diminuent assez souvent jusqu'à s'atrophier. L'union des deux mâchoires de la seconde paire n'est pas toujours complète; elle ofTre des degrés, depuis la séparation presque entière jusqu'à la coalescence la plus accusée, et ces passages permettent de concevoir l'exacte valeur appendiculaire de la lèvre inférieure bien spécialisée dans son allure la plus fréquente. Les transitions sont données par les Orthoptères, c'est-à-dire par les moins élevés des Insectes, et l'on suit, dans leur ordre, toutes les phases de la soudure, depuis la cohésion des deux charnières seules, jusqu'à celle des charnières, des tiges, et des lobes internes. Ce dernier état, le plus commun de beaucoup, où la lèvre inférieure acquiert au complet ses caractères propres, se trouve chez les Névroptères et les Coléoptères (fig. 854 à 857, 859, p. 1099, 1105).
Les Hyménoptères pourraient, à juste titre, être désignés par l'expression d'Insectes lécheurs : leurs pièces buccales, surtout celles des Abeilles et des formes voisines, s'allongent pour la plupart, sauf les mandibules, et se changent en lames flexibles, capables de happer les sucs dont ces animaux se nourrissent. Les mandibules, courtes et fortes, ressemblent à leurs similaires des vrais broyeurs. Les mâchoires de la première paire s'étendent en deux lames, longues et étroites, qui font saillie en avant et au-dessous de la bouche; leur deux lobes terminaux se soudent souvent entre eux et se confondent; leurs palpes demeurent petits. Des modifications semblables s'accomplissent au sujet de la lèvre inférieure; la pièce médiane et impaire, résultat de la coalescence déjà décrite au sujet des Coléoptères et des Névroptères, s'étale en une lame étroite, la langue, plus ou moins allongée
suivant les types, encadrée sur ses côtés par les paraglosses et les palpes labiaux, également convertis en styles de dimensions variables. — En somme, les Hyménoptères possèdent une structure mixte ; ils tiennent à la fois des broyeurs et des suceurs, et sont, par complément, capables de lécher. Leurs caractères spéciaux portent sur les mâchoires des deux paires, qui s'allongent, les mandibules demeurant dans leur aspect normal. Par ce moyen, ces animaux établissent un passage des broyeurs véritables vers les Insectes suceurs et les Insectes piqueurs; il suffît de localiser de telles dispositions en l'une des paires de mâchoires, et d'accoler les deux composantes de cette paire, pour obtenir l'organisation des uns, ou celle des autres. Les premiers conservent l'élongation de la première paire des mâchoires, et les seconds gardent celle de la lèvre inférieure. Les pièces buccales, qui, au premier abord, paraissent n'avoir entre elles aucune relation dans la série entière des Insectes, soit par la forme, soit par la fonction, montrent ainsi leur homologie essentielle, et se raccordent mutuellement. C'est à de Savigny qu'appartient le mérite d'avoir découvert de telles connexions, et d'en avoir précisé lui-même toute l'importance; les études ultérieures se sont bornées à confirm-er les siennes, ou à les compléter sur quelques points secondaires (fig. 861, p. 1105).
Les Insectes strictement suceurs, munis d'une trompe, mais privés d'aiguillons destinés à piquer, entrent dans l'ordre des Lépidoptères. Leurs mandibules sont atrophiées. Par contre, leurs deux mâchoires de la première paire s'étendent beaucoup en longueur, s'affrontent l'une l'autre sur la ligne médiane, et s'unissent en un tube flexible, capable de s'enrouler ou de se dérouler, qui est la trompe, au moyen de laquelle ces animaux sucent le nectar des fleurs ; les palpes ne se développent point d'une façon connexe, et diminuent en dimensions, parfois jusqu'à Talrophie complète. Cette structure est de beaucoup la plus commune chez les Lépidoptères ; elle présente quelques exceptions au sujet de plusieurs d'entre eux, de petite taille, appartenant à la famille des Tinéidés; les mâchoires demeurent courtes, ne s'unissent pas, et les palpes conservent une taille normale. — La pièce médiane et les paraglosses de la lèvre inférieure deviennent rudimentaires ; les deux palpes labiaux subsistent seuls, entourent la base de la trompe, et se hérissent souvent de poils nombreux, qui leur donnent un aspect velu (fig. 860, p. 1105).
Les Insectes à la fois piqueurs et suceurs composent les deux ordres des Hémiptères et des Diptères, avec leurs groupes satellites ; leur trompe contient des aiguillons capables de piquer, et de pratiquer une blessure où se déversent des sucs nutritifs; suivant les adaptations, les êtres, qui fournissent ainsi des liquides alimentaires, sont des animaux ou des végétaux. Contrairement aux Lépidoptères, la trompe est donnée par la pièce médiane de la lèvre inférieure, qui s'étale en longueur, et se ploie, suivant son axe longitudinal, en une gouttière plus ou moins fermée; les autres parties de la lèvre inférieure diminuent de taille, et
s'atrophient souvent. Les mandibules et les mâchoires de la première paire sont conservées d'habitude; mais, au lieu de garder leur disposition
Patte
■Tête
Antenne
Patte
Fig. 701 à 704. — Organisation générale des Lémodipodes. — En 701, conloiir [en silhouelle) d'un Cijamus mâle. — En 702, contour {en silhouelle) d'une Caprella femelle, munie de ses lames incubatrices. — En 708, contour (en silhouelle) d'une Caprella mâle. Dans ces deux figures, les appendices postérieurs, opposés à la tète pourvue des antennes, équivalent aux dernières pattes tlioraciques. — En 704, dessin diagrammalique, exprimant le contour d'une Caprella {au Irait), et les principaux troncs vasculaires {en noir et en pointillé). — D'après les recherches faites par Delage et par Mayer.
normale, elles se changent en aiguillons, qui jouent dans la trompe. L'animal pique au moyen de ses mandibules et de ses mâchoires, ainsi converties en stylets perforants; puis il aspire les sucs de la blessure avec
sa lèvre inférieure, transformée en un tube de succion. Parfois, des pièces complémentaires s'ajoutent aux aiguillons, et, ayant le même aspect, se comportent comme eux, surtout au sujet des Diptères. Ces éléments ne sont pas nouveaux ; ils résultent de modifications apportées à la charpente chitineuse qui soutient, chez la plupart des Insectes, la paroi pharyngienne. Deux tigelles de cette dernière, l'une dorsale et l'autre ventrale, la première dite ïépipharynx et la seconde nommée Yhypopharynx, se convertissent également en stylets mobiles, et contribuent au fonctionnement du système. — Plusieurs dispositions spéciales se manifestent à cet égard. Chez les Hémiptères^ la trompe renferme quatre aiguillons, qui équivalent rigoureusement aux deux mandibules et aux deux mâchoires. Il n'en est plus ainsi pour la majorité des Diptères, où l'épipharynx et l'hypopharynx, non seulement prennent place dans le tube aspirateur, à côté des piquants formés par les mandibules et les mâchoires, mais encore remplacent ces derniers lorsqu'ils s'atrophient. Les deux extrêmes, en ce cas, consistent, l'un en la présence àesix pièces perforantes, comprenant les quatre appendices buccaux et les deux annexes pharyngiens, l'autre en la seule existence de deux aiguillons, représentés par les deux tigelles de la charpente pharyngienne ; les Moustiques montrent un exemple du premier, et les Mouches du second ; tous deux se relient, dans l'ordre entier, par des genres pourvus d'une structure intermédiaire (fîg. 862 et 863, p. 1105).
Les appendices thoraciques des Insectes présentent, quant à leurs qualités essentielles tenant au nombre, une remarquable constance : leur chiffre est toujours de trois paires, dont chacune s'attache à l'un des trois anneaux du thorax. Ils ne font presque jamais défaut à l'adulte ; en revanche, ils offrent, suivant les adaptations particulières, toutes les variétés possibles déforme et de dimensions; les différences portent sur la taille totale des membres, ou sur celle de leurs articles, ou sur l'aspect, mais ne touchentpas à la constitution fondamentale de la patte. Pourtant, l'un des Insectes les moins élevés, classé parmi les Thysanoures, le Machilis, montre une structure importante, en ce sens qu'elle se rapproche des dispositions affectées par les Myriapodes de l'ordre des Symphyles : l'article basilaire des appendices thoraciques porte, sur sa face interne, une pièce annexe, un style simple et non scindé en articles. — La présence de cet organe complémentaire autorise à penser que, peut-être, ces membres sont biramés. Une telle nature s'affirme avec netteté au sujet des mâchoires, et son existence, quoique fort atténuée, à l'égard des pattes de plusieurs Dicères inférieurs, porte à admettre qu'elle répond, peut-être, à une règle générale pour les appendices de tous les Arthropodes. Elle demeure entière chez la plupart des Arthropodes aquatiques, disparaît et s'efface, chez la majorité de ceux qui vivent sur terre, à cause des conditions mécaniques de leur mode de locomotion, mais n'en conserve pas moins, dans plusieurs cas, une certaine persistance.
Mandibules courtes et fortes, servant à la préhension.
if Cardo, ou charnière.
Base.
Mâchoires de la l^e paire.
Des insectes broyeurs.
I Branche interne. .
Branche externe. .
Mâchoires de la 2^ paire..
ti
Des insectes
lécheurs a structure