CHAPITRE PREMIER EMBRANCHEMENT DES PROTOZOAIRES SARCODAIRES
s^ 1" CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
I. Généralités. — Les Sarcodaires sont des animaux unicellulaires ; leurs appendices locomoteurs consistent en pseudopodes, ou en fouets, et non en cils vibratiles.
Discussion des caractères. — L'organisme de ces êtres, étant donnée sa nature unicellulaire, se réduit à une masse de protoplasme, souvent pourvue d'un ou de plusieurs noyaux. Le corps, de petite taille, et invisible à l'œil nu pour le plus grand nombre d'entre eux, se déplace, à l'aide de ses appendices, dans les milieux qui l'entourent; ces appareils locomoteurs sont des expansions du protoplasme qui compose l'économie, et se trouvent, en conséquence, constitués à leur tour, du moins en majeure partie, par de la substance protoplasmique (fig. 1, p. 3).
La forme de l'animal est très diverse, suivant les nombreuses espèces comprises dans l'embranchement ; elle est capable de changer parfois au cours de l'existence, et à des intervalles fort rapprochés : chez ceux des Sarcodaires qui possèdent des pseudopodes, et sont privés d'une carapace. Dans l'ensemble, c'est-à-dire en considérant le groupe entier, elle va de la sphère au cône, ou au cylindre, en passant par tous les intermédiaires.
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^ PROTOZOAIRES SARCODAIRES.
Une telle simplicité de structure n'empêche pas, cependant, la présence d'une certaine quantité de différenciations, destinées à faciliter les manifestations vitales. La possession constante d'appendices locomoteurs, chargés de déplacer l'être dans ce qui l'environne, est un premier exemple de ces dispositions, et le plus répandu. Plusieurs autres de ces particularités sont d'une répartition plus restreinte : telle est l'existence d'un appareil de soutien, représenté par une carapace entourant le corps, ou par des bâtonnets rassemblés en un feutrage, et souvent minéralisé ; dans ce dernier cas, la matière minérale est, tantôt du calcaire, tantôt de la silice. Tel est encore l'établissement, chez plusieurs de ces animaux, d'un trajet digestif, constitué par une dépression superficielle, souvent nommée la bouche, qui conduit les aliments à une région interne, toujours la même, dont le protoplasme est doué sans doute de propriétés assimilatrices. Les cavités remplies de liquide, dont le corps est parfois creusé, se rapportent également à cette série ; ces espaces, dits vacuoles ou vésicules, sont capables de disparaître, en rejetant au dehors leur contenu, probablement chargé de principes dissous. — Malgré la structure élémentaire de l'économie des Sarcodaires, qui correspond à une cellule, plusieurs des régions de cet unique élément se disposent en rapport avec les nécessités vitales, et forment des sortes d'ébauches organiques, chargées d'assurer les fonctions peu complexes de ces animaux. Ces organes correspondent à des portions d'une même cellule, et non à des cellules entières, groupées en tissus au préalable ; la cellule du Sarcodaire, et ce fait s'étend aux Protozoaires du second embranchement, porte côte à côte un certain nombre de dispositions, que les animaux pluricellulaires présentent isolément d'habitude, chacune des cellules de leur économie étant conformée en entier de la même manière et pour le même but. La notion d'organes s'applique aux Protozoaires comme aux Métazoaires, si l'on considère la fonction seule, le rôle que ces parties de l'être doivent remplir ; mais elle n'a plus la même acception si l'on envisage la nature des appareils, car les premiers de ces êtres ne possèdent à cet effet que des portions d'une seule cellule, tandis que les seconds sont pourvus de groupes de cellules amassées, et disposées en vue d'un même résultat.
Les organes les plus communs chez les Sarcodaires, et qui ne manquent presque jamais, sont les appendices locomoteurs ; cette constance s'explique, car la nécessité du déplacement, pour chercher les conditions les plus favorables à maintenir la vie, est de celles qui s'imposent en premier lieu aux animaux. Ces appareils, tout en appartenant à plusieurs formes, offrent ce caractère commun, d'être des expansions directes du corps, et de se trouver, par suite, constituées comme lui. Ils diffèrent en cela de leurs correspondants des Ciliaires ; ces derniers consistent en bâtonnets rigides, de taille exiguë, composés par une substance que produit le corps, et non par du protoplasma réel. — Les appendices des Sarcodaires sont, dans la moyenne, assez volumineux, surtout quant à leur longueur ; ils appartien-
nent à deux types : les pseudopodes et les fouets. Les pseudopodes sont caractérisés par l'instabilité de leurs contours, comme par leur aspect souvent branchu et ramifié. Ces deux qualités varient, en plus ou en moins, sui-
''seuâopoies
Fig. 1. — Forme générale d'un Protozoaire sarcodaire {.silliouelle), d'après les recherches faites par E. Hœckel sur un Monérien, le Prolomyxa auranliaca.
vant les genres et les espèces, mais ne font jamais défaut : un pseudopode change sans cesse de forme, soit dans toute son étendue, soit seulement vers son extrémité libre, s'étire ou se contracte, émet des expansions qu'il allonge, ou qu'il rétracte jusqu'à les faire disparaître: il est, en un mot,
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essentielloment polymorphe. Les fouets, par contre, ont des contours immuables ; comme leur nom l'indique (souvent le terme latin flagellum est employé, surtout par les auteurs étrangers, au lieu de celui de fouet, ou de son équivalent dans les langues modernes), ils sont allongés, minces, terminés en pointe, et se meuvent en décrivant des ondulations. Dans la règle, la répartition de ces deux sortes d'appareils est exclusive, en ce sens que les Sarcodaires munis de pseudopodes sont privés de fouets, et réciproquement ; cette dissemblance sert de base à la classification de ces êtres, et à leur assemblage en deux sous-embranchements. Les individus pourvus de fouets n'en possèdent, d'habitude, qu'un petit nombre, et souvent même n'en ont qu'un ou deux ; ces appendices diffèrent entre eux sous ce rapport, et sous celui de leur arrangement sur le corps, mais concordent de toutes les autres manières. Il n'en est point de même pour les pseudopodes ; ceux-ci sont plus abondants que les fouets, chez les êtres qui en portent ; ils s'irradient d'ordinaire autour du corps entier, et présentent plusieurs formes, dont certaines sont assez fréquentes et assez constantes pour mériter d'être désignées par des noms spéciaux.
L'organisme des Sarcodaires, étant l'équivalent d'une seule cellule, ne contient, dans la règle, qu'un noyau. Gomme l'ont démontréles recherches récentes, cet élément est surtout chargé de diriger les fonctions vitales, et principalement la nutrition, du corps auquel il appartient : il est le centre trophique de la cellule entière. Assez souvent, divers Sarcodaires possèdent plusieurs noyaux, les autres parties de l'économie n'étant point modifiées, et demeurant semblables à leurs correspondantes des individus mononucléés; il ne semljle point qu'une telle augmentation de nombre enlève à l'être sa valeur unicellulaire. Autant qu'il est permis d'en juger d'après les faits acquis, la présence d'une certaine quantité de noyaux est liée, tantôt aux phases de la reproduction, tantôt à une dégénérescence sénile qui entraîne l'hypertrophie et la fragmentation de l'élémentconsidéré, tantôt à une grande taille de l'individu, qui nécessite, pour permettre les échanges vitaux, la présence de plusieurs parcelles de substance nucléaire.
En somme, le trait saillant de l'organisation des Sarcodaires est leur nature unicellulaire. De même que chez les Ciliaires, constitués comme eux sous ce rapport, une telle structure entraîne d'importantes conséquences. D'abord, la simplicité générale des appareils et des fonctions ; les premiers étant des parties d'une seule et même cellule, et non pas des groupes de cellules entières. Ensuite, l'existence constante d'une reproduction asexuelle ; les ovules et les spermatozoïdes faisant défaut. Enfin, la persistance complète du protoplasme dans la série des générations, tant que se maintiennent des circonstances favorables à la vie ; chaque individu se trouvant intéressé en entier dans les phénomènes de sa reproduction, et ne laissant en dehors d'eux aucune part destinée à se détruire par une mort normale.
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Relations des Sarcodaires avec les embranchements voisins. — Les seules affinités des Sarcodaires sont avec les Ciliaires. Ces rapports tiennent à la nature unicellulaire des animaux mis en cause, et se bornent là. Aucun autre fait ne permet d'établir des relations plus étroites entre ces deux embranchements. On considérait autrefois certains Sarcodaires, munis à la fois de fouets et de cils vibratiles, et nommés pour cela des Cilioflagellés, comme effectuant un passage par leur structure mixte; mais on s'est aperçu, dans ces dernières années, que les cils de ces êtres n'existent point en réalité, et qu'une erreur d'observation donnait seule à admettre leur présence. Depuis, les notions connues portent à séparer complètement l'un de l'autre ces deux groupes des Protozoaires. Les Ciliaires sont dépourvus de pseudopodes et de fouets; leurs appendices locomoteurs sont des cils vibratiles, au moins durant une partie de leur vie ; leur organisme est sensiblement plus différencié, et plus complexe dans son ensemble, que celui des Sarcodaires ; enfin, d'une façon courante, leurs éléments nucléaires sont au nombre de deux, chacun étant chargé de fonctions distinctes. Ces diverses particularités créent entre les deux embranchements des différences fort nettes, que rien n'amoindrit encore dans l'état présent de la science.
II. Répartition des Sarcodaires dans la nature. — Les Sarcodaires vivent toujours dans des milieux contenant une certaine dose d'humidité ; cette condition est indispensable pour permettre les fonctions vitales, chez des êtres aussi simples, au moyen d'échanges diffusifs entre le protoplasme et ce qui l'entoure. Lorsque l'humidité vient à manquer, ou bien l'individu se dessèche et meurt, ou bien, dans certains cas, se façonne une coque protectrice, à l'abri de laquelle il se j)rolège, pendant un certain temps, contre une dessiccation trop prolongée ; la coque a reçu le nom de kyste, et le phénomène de sa formation celui (ïenkystement. Souvent, les Sarcodaires capables de s'enkyster se reproduisent lorsqu'ils sont parvenus à ce dernier état ; sans que les deux phénomènes, l'enkystement et la reproduction, soient forcément solidaires l'un de l'autre. Dans ce cas, si la seconde suit le premier, elle s'effectue, d'habitude, par la sporulation; et les spores, ainsi formées, vivent à l'état latent, en attendant que le retour des circonstances favorables leur permette de se développer en individus complets. L'enkystement apparaît comme le résultat d'une adaptation à des alternatives d'humidité et de sécheresse ; l'être se protège contre cette dernière, et, en outre, engendre des descendants capables de se maintenir jusqu'au moment où le milieu redevient apte à leur évolution.
Étant données ces nécessités vitales, la plupart des Sarcodaires vivent dans l'eau, soit dans la mer, soit dans les eaux douces. Certains sont parasites, soit des végétaux, soit, en majeure part, des animaux; le plus grand nombre de ces derniers appartient à la classe des Sporozoaires. L'organisme de leur hôte leur fournit, outre les matériaux nutritifs, la quantité
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d'humidité indispensable. — Nos connaissances sur la répartition paléontologique de ces êtres sont forcément des plus incomplètes, à cause de la nature de leur corps ; seuls, ceux d'entre eux })Ourvus d'un appareil de soutien minéralisé, c'est-à-dire les Foraminifères et les Radiolaires, ont laissé des vestiges à l'état fossile. Ceux-ci se rencontrent dès les premiers terrains primaires ; ainsi que les présomptions appuyées sur la simplicité de leur structure, les Sarcodaires étant à la base de l'animalité, permettaient de le croire.