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ORGANISATION GÉNÉRALE ET FORME EXTÉRIEURE DU CORPS

1. Généralités. — Tous les Sarcodaires se ressemblent par la petitesse de leur taille; le fait se conçoit, puisque leur organisme entier ne se compose que d'une cellule. La plupart d'entre eux sont invisibles à l'œil nu, surtout en ce qui concerne les Flagellaires ; par contre, plusieurs des Pseudopodaires, appartenant aux diverses classes du groupe, atteignent, dans leurs dimensions, quelques millimètres, ou même davantage. Ce gigantisme relatif est le résultat d'habitude, soit d'une vie parasitaire, soit d'un état colonial ; dans le premier cas, l'individu dépasse, comme cela se produit chez beaucoup d'animaux soumis à la même adaptation, les proportions normales de ses correspondants non parasites; dans le second, l'être est un assemblage de plusieurs zooïdes, et l'excès de sa taille dérive de cette disposition particulière.

Malgré cette similitude générale, tenant à Texiguïté et à la simplicité de leur organisme, les formes des Sarcodaires sont très variées. Cette diversité tient à quatre causes principales: à la nature des appendices; à l'état simple ou à la disposition coloniale de l'économie; à la présence ou à l'absence d'un appareil de soutien, et, dans le premier cas, à sa constitution propre; enfin au mode de vie, suivant que l'individu est fixé, ou bien se déplace librement. Ces causes sont susceptibles de se combiner, et de mélanger leurs résultats ; les différentes formes découlent de leur superposition variable.

1° Les appendices des Sarcodaires appartiennent à deux types: ou bien ils sont des expansions, développées de préférence d'après une seule direction ; ou bien ils sont étendus suivant deux axes. — Ceux-ci offrent l'aspect de minces lamelles membraneuses, insérées sur le corps par une base longue et étroite, et faisant décrire à leur bord libre une série d'ondulations; ils ressemblent à des lames flexibles, plantées verticalement, par une de leurs tranches, sur l'individu, et mobiles autour de cette étroite

Ictosarifue

Fig. 2, 3 et 4- — Structure générale des Sarcodaibes (silhouelles). — En 2, un Pseudopodaire avec ses diverses parties. — En 3, un Flagellaire réduit à ses contours, sa structure étant, dans ses traits essentiels, semlîlaljle à celle du précédent. — En 4, le même Flagellaire, qui est une Euglena, venant de se reproduire par la fissiparité. — La figure 2 exprime, sous sa forme la plus simple, la structure d'ensemble de tous les Protozoaires, aussi bien des Sarcodaires que des Ciliaires.

8 PROTOZOAIRES S.VRCODAIRES.

ré"-ion de fixation. On les nomme, à cause de celte disposition, des membranes ondulantes, ou des membranelles. Ils sont assez rares, et ne se trouvent que chez un petit nombre de Nudoflagellés; leur présence n'empêche point celle des autres appendices locomoteurs. — Ces derniers sont surtout développés en longueur, et s'attachent à l'économie par une base restreinte, circulaire; suivant la constance ou la variabilité de leurs contours, on les désigne par les termes de fouets ou de pseudopodes.

Les fouets existent chez les seuls Flagellaires. D'habitude, ils sont minces, et terminés en pointe ; parfois, chez les Noctiluqiies notamment, ils sont plus gros, et munis d'une extrémité libre arrondie; le nom de tentacules sert alors à les indiquer. — De tous les annexes locomoteurs, les pseudopodes, caractéristiques des Pseudopodaires, sont les plus variés ; il est, parmi eux, trois structures principales, réparties de manières diverses suivant les groupes. Ces dispositions ne sont pas séparées d'une façon tranchée ;^ elles se relient les unes aux autres par des transitions nombreuses, qu'un môme appendice est capable d'otïrir, à cause de sa plasticité. La première est celle des Myxopodes, encore dits Lobopodes ; ceux-ci sont relativement larges, parfois simples, plus souvent munis de branches en petite quantité, également courtes et élargies. La seconde est le propre des Bhizopodes; ces derniers, plus étroits que les précédents, portent un chiffre souvent considérable de branches longues et minces, ramifiées, à leur tour, un certain nombre de fois. Enfin, les Axopodes, particuliers à la classe des Vésiculaires, correspondent à des pseudopodes simples, peu ou point ramifiés, allongés et étroits, soutenus par une baguette résistante, qui les parcourt suivant leur axe : d'où leur nom. Ces organes se meuvent au moyen d'une série d'ondulations, et ils effectuent un passage des vrais pseudopodes aux fouets, dont ils ne diffèrent que par la possession de leur bâtonnet axial (fig. 1, 2-4, p. 3, 7).

2° La plupart des Sarcodaires sont des animaux simples ; mais il est, parmi les représentants de cet embranchement, des organismes coloniaux. Les Foraminifères polythalames, les Vésiculaires polycyttariens, et divers Flagellaires appartenant aux classes des Nudo-flagellés, ou des Choanoflagellés, sont surtout remarquables à cet égard. Chacun de ces êtres est, dans la réalité, une réunion d'individus, confondus par une région plus ou moins ample de leur corps ; il répond, en conséquence, à cause de la nature unicellulaire de ses composants, à un corps constitué par l'association de plusieurs cellules. Parfois, et les Foraminifères offrent d'excellents exemples de ce fait, cette association est régulière ;les zooïdes étant soudés les uns aux autres par leur économie entière, l'ensemble de la colonie se présente comme un individu simple, malgré sa structure complexe. Ailleurs, notamment chez les Flagellaires, les zooïdes ne s'attachent entre eux que par une région restreinte ; ils sont distincts par la majeure part de leur organisme, et l'état colonial de leur groupement se manifeste avec la

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plus grande nellelé. Ces deux cas sont les extrêmes des modes de cette disposition; ils se relient par des intermédiaires nombreux, que présentent les Flagellaires (fig. 9, 16, 36, p. 24, 31, 51).

Les Sarcodaires coloniaux sont fort différents, en tant que forme générale, de ceux dont le corps est simple. Dans le cas de colonies aux zooïdes distincts, ces derniers, semblables à leurs correspondants isolés, se distinguent d'eux par leur possession d'une zone d'attache. Dans celui de colonies aux zooïdes fusionnés, les individus sont assemblés en une masse compacte, à l'aspect régulier et précis d'habitude, constant pour chaque espèce du groupe, et se comportant en tout comme un être simple ; cet amas est seulement de plus grandes dimensions, à cause de sa nature, que l'organisme des représentants normaux de la même classe.

Les colonies des Sarcodaires sont produites de deux manières : par reproduction incomplète, ou par agrégation. — Dans le premier procédé, la genèse des descendants s'effectue par fissiparité, et de telle façon que ces derniers ne se séparent point entièrement l'un de l'autre. La division s'arrête avant de s'achever, et les individus engendrés demeurent accolés par une région de leur corps. Le même phénomène continuant à s'efTectuer pour les autres êtres auxquels ils donnent naissance, cela pendant une série de plusieurs générations, tous les organismes se trouvent attachés les uns aux autres, et composent une colonie. — Il n'en est pas ainsi dans le mode par agrégation, propre à certains Flagellaires : les zooïdes de la colonie commencent par être distincts, et séparés, puis ils se rassemblent, et se groupent en un ensemble de forme souvent précise. D'habitude, ces zooïdes proviennent d'un même générateur, qui subit une fissiparité complète; ses descendants s'isolent mutuellement, puis se joignent à nouveau, pour donner la colonie définitive. Le début de ce procédé existe chez divers ]\udo-flagellés,les Cercomonaspar exemple ; ces animaux sont libres, mais ils s'attachent souvent, en grand nombre, à des corps étrangers, et se juxtaposent avec régularité, de manière à recouvrir exactement une surface, d'étendue variable suivant leur quantité, de leur soutien. Cet accotement est, ici, temporaire; il suffit de le concevoir comme s'effectuant d'emblée, sans aucune nécessité de support, et comme permanent, pour obtenir les colonies par agrégation. Ces dernières se trouvent chez plusieurs Choano-flagellés, tels que les Protospongia et les Phalansteriiim. Elles atteignent leur comble, autant sous le rapport du nombre des zooïdes que sous celui de leur régularité d'aspect, chez des êtres alliés de près aux Nudo-flagellés, et placés d'ordinaire parmi les Algues : les Volvocinées.

3° Tous les Sarcodaires ne sont point des animaux mous, c'est-à-dire dont le corps est privé d'appareil de soutien ; un grand nombre d'entre eux possèdent des annexes résistants, destinés à maintenir l'organisme, et à l'empêcher de s'affaisser. D'habitude, ces appendices sont minéralisés, et encroûtés, soit de silice, soit de calcaire; la répartition de ces deux éléments

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est assez exclusive, en ce sens que le premier d'entre eux prédomine chez les représentants d'une classe déterminée, celle des Vésiculaires, et les seconds chez ceux d'un autre groupe, les Foraminifères. Une telle distribution, qui dénote de grandes différences dans les manifestations vitales — puisque, de ces êtres, les uns retiennent surtout la silice, et les autres le calcaire, parmi les matières dissoutes dans les milieux environnants — n'est point spéciale aux Protozoaires ; les Spongiaires la présentent également. En tout cas, l'élément minéral est un appoint, destiné à renforcer l'appareil de soutien ; il encroûte la substance fondamentale de ce dernier, et ne la constitue pas à lui seul, bien qu'il soit souvent prépondérant quant à la masse. Cette substance est de nature chitineuse, et certains Sarcodaires la présentent à l'état pur, sans aucun supplément inorganique, pour en former leur squelette. Elle est un produit dexsudation du protoplasme; dans le cas d'encroûtement, la silice, ou le calcaire, se précipitent en elle au fur et à mesure de sa formation (fîg. 10-13, 17-21, p. 25, 34-43).

Considéré dans le temps, l'appareil de soutien est permanent, ou temporaire. Il est permanent, lorsqu'il se façonne dès la jeunesse de l'individu, pour grandir avec ce dernier, et demeurer. Il est temporaire, par contre, lorsque sa durée est inférieure à celle de l'être qui l'engendre. Le phénomène ainsi visé est celui de l'enkystement : soit à la suite de circonstances défavorables des milieux extérieurs, soit dans le but d'une reproduction, l'animal, d'abord nu, s'entoure d'une membrane qu'il exsude, et dépose à sa surface. Cette enveloppe disparaît, par rupture d'ordinaire, lorsque les conditions de milieu redeviennent aptes à la vie, ou lorsque les phases de la reproduction sont terminées. Elle est donc temporaire, car elle n'existe pas d'une façon constante.

Considéré dans l'espace, l'appareil de soutien se présente suivant deux modes. Ou bien, et c'est là le cas le plus fréquent, il consiste en une coque, en une carapace, placée autour de l'individu ; ou bien il est constitué par un feutrage de bâtonnets, de spicules, situés dans l'organisme lui-même, et plongés dans sa masse. Chacun de ces deux types squelettiques comporte d'abondantes variétés d'aspect. Tantôt la carapace est compacte, et tantôt elle se trouve percée d'orifices, de quantité et de répartition diverses suivant les groupes ; souvent, elle est de forme régulière, et se laisse ramener à plusieurs des solides fondamentaux, d'où une nouvelle source de variabilité. Il en est de même pour les spicules; ceux-ci diffèrent, suivant les genres et les espèces, sous le double rapport du nombre et du mode de groupement; leur feutrage affecte, d'ordinaire, une disposition géométrique, soumise à des lois précises ; de la combinaison de ces qualités découle un chiffre considérable de structures distinctes, toutes déterminées, et réglées par l'appareil de soutien. Les choses atteignent leur comble lorsque l'individu porte à la fois des spicules et une carapace, comme il en est pour la majorité des Radiolaires ; la complexité et la di^ersité sont alors poussées à l'extrême.

4" La plupart des Sarcodaires sont des animaux libres, capables de se déplacer, à l'aide de leurs appendices locomoteurs, dans les milieux qui les entourent. Certains sont cependant immobiles, ou peu mobiles, et cet état entraîne, comme conséquence, une certaine constance dans la forme extérieure. Parmi ces derniers, les uns sont parasites, et les autres se fixent à des corps étrangers, tout en n'étant point adaptés au parasitisme. — Ceux-ci possèdent, dans la règle, un pédoncule d'attache, plus ou moins long, qui les accole à leur support. Leur corps, étant donnée cette annexe, est conique, ou cylindro-conique; sans être complètement fixe, il ne peut se mouvoir qu'en oscillant autour de sa région d'adhérence. — Les parasites sont plongés dans les tissus de leurs hôtes ; ils sont capables de s'y déplacer, mais avec lenteur, et d'une manière temporaire, à l'aide de pseudopodes appartenant au type des myxopodes. La majeure part de leur existence se passe à l'état d'immobilité, qui intervient au moment oi^i ils ont trouvé un endroit favorable, riche en matériaux nutritifs. Leur forme diffère quelque peu d'après le degré de pression exercée sur eux par les éléments qui les entourent ; elle varie suivant les groupes, et d'après les modalités de cette dernière circonstance, depuis la sphère à l'ovale et jusqu'au cylindre (fig. 22-27, 35, p. 47, 51).

5" En somme, les particularités principales, qui donnent aux Sarcodaires leur diversité d'aspect, dépendent, outre la taille et la forme générale, et indépendamment de la structure interne, de quatre causes : la disposition des appendices, la nature de l'organisme, les qualités de l'appareil de soutien, et le mode de vie.

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