CHAPITRE VI EMBRANCHEMENT DES SCYPHOZOAIRES
I. Généralités. — Les Scyphozoaires sont des Cœlentérés, dont la paroi du corps entoure une cavité gastrique complexe, c est-à-dire munie d'un tube œsophagien, et de cloisons délimitant des loges ou des canaux. Les feuillets embryonnaires primordiaux sont produits par une gastrulation, et non par une cytulation.
Discussion' des caractères. — La nature de la cavité gastrique constitue toute la particularité de ces animaux. — Cette cavité, dans les développements normaux, et nullement altérés par la présence d'un abondant vitellus nutritif, s'établit suivant le procédé gastrulaire. Le blastoderme du jeune embryon se dispose en une blastule, qui se convertit en gastrule d'après le mode normal. La cavité de l'invagination devient l'entéron de la larve, et, plus tard, la chambre gastrique de l'adulte; l'orifice même de l'invagination demeure en qualité de bouche larvaire, soit directement, soit après une occlusion temporaire. — Au lieu de rester simple, comme sa correspondante des Hydrozoaires, la cavité gastrique des Scyphozoaires subit des modifications, destinées, au moyen du plissement régulier de ses parois, à augmenter la surface de ces dernières sans accroître trop le volume total. Les bords de la bouche s'infléchissent en dedans, et constituent un tulje, suspendu dans la cavité gastrique, nommé le tube œsophagien, ou plus simplement l'œsophage. Les assises internes de la paroi du corps, qui entourent immédiatement et limitent l'espace gastrique, se soulèvent en minces saillies, orientées parallèlement à l'axe longitudinal de l'individu. Ces proéminences, semblables à des crêtes qui s'avancent dans l'intérieur de la cavité gastrique, ont pour effet de diviser la périphérie de celle-ci en iogres juxtaposées ; ellesmêmes composent autant de cloisons, qui séparent ces loges les unes des autres. La chambre gasti:ique est ainsi partagée en deux zones : l'une
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cenlrale, entière, où les cloisons ne parviennent pas, et laissée indivise de ce fait; l'autre périphérique, découpée par les cloisons en loges mutuellement isolées, mais contiguës, et qui communiquent avec la zone centrale pour ne former du tout qu'un seul système.
A cause de sa possession d'un œsophage et de cloisons, la jeune larve des Scyphozoaires est bien différente de celle des Hydrozoaires. Cette dernière est une Hydrule, dont la cavité gastrique demeure entière. Celle des premiers eslnne Scyphule, dont la cavité gastrique, munie d'un œsophage, porte des cloisons et des loges sur sa périphérie. Le nombre le plus petit de ces dernières, qu'il est permis de considérer comme fondamental, car on le retrouve chez tous les représentants de l'embranchement, au début de leur évolution eml)ryonnaire, est dr quatre. Les quatre cloisons, situées d'habitude à égale distance les unes des autres, découpent, et séparent c[ualre loges. Des changements se manifestent plus tard, suivant les types; la quantité des cloisons augmente, ou demeure stationnaire ; parfois même, les cloisons engendrées s'atrophient et disparaissent. Ces variations sont secondaires; le chiffre esssntiel, égal à quatre, caractérise la Scyphule, c'est-à-dire la larve typi([ue des Scyphozoaires. — Parfois, le système gastrique de certains Scyphozoaires en vient à ressembler à celui de plusieurs Hydrozoaires; le fait s'établit chez les méduses des deux groupes. Les uns et les autres présentent, etïectivement, des individus médusaires, du même aspect général, dont la partie épaisse, l'ombrelle, est parcourue par des canaux tubuleux, dérivés de la cavité gastrique. La concordance est superficielle. Ces conduits, les canaux gastro-vasculaires, constituent, chez les méduses des Hydrozoaires, un élément nouveau pour l'organisme; ils manquent aux larves, et prennent entièrement naissance aux dépens de l'estomac. Par contre, ceux des méduses des Scyphozoaires répondent à des appareils préexistants, et modifiés suivant une certaine direction ; ils ne sont autres que des loges, ou des parties de loges, qui, au lieu de conserver leur forme première, se rétrécissent d'un côté en s'allongeant d'un autre, et se changent par là en conduits tubuleux.
Les formes des Scyphozoaires sont très variées. Elles se ramènentpourtant à deux types principaux : celui des individus libres, et celui des individus fixés. Ceux-ci sont de vrais poiypes, attachés à des supports, comparables à ceux des Hydrozoaires, sauf les caractères qui leur sont propres; leur corps, à peu près cylindrique, adhère par l'une de ses bases, et porte, sur l'autre, la bouche entourée par des tentacules disposés en couronnes. Les individus libres présentent deux aspects : les uns sont des méduses, cestà-dire des organismes dont la majeure partie du corps s'étale en un dôme surbaissé, semblable à une ombrelle ; les autres n'atïectent aucune disposition médusaire, offrent toutes sortes de formes, depuis la sphère jusqu'à une lame, mais possèdent cette particularité commune d'avoir à leur surface des rangées de petites palettes vibrantes, servant d'appendices locomoteurs. — Ces trois séries sont réparties de manières .diverses, suivant les trois
classes de rembraiichement: les Scyphomédiises, les Clénophores^ et les Anlhozoaives. Malgré leurs dissemblances, toutes se raccordent également à la Scyphule, dont elles sont des dérivés.
Les Scyphoméduses possèdent, à la fois, des individus libres et des individus fixés. Leur état le plus simple est celui Ae Scyphistome, ou encore de Scyphopolype, qui existe seulement comme forme jeune de plusieurs d'entre eux. Le Scyphistome est un polype, attaché à un support, muni de (juatre cloisons gastriques, et d'un grand nombre de tentacules péribuccaux. Les représentants de Tordre des Aiiloscyphaires se trouvent à peine plus complexes que lui, et portent de même quatre cloisons; les uns, comme les Lucernaires, vivent fixés; les autres, tels que les Tesseridés, sont libres. — Dans le second ordre de la classe, celui desAcalèphes^ tous les individus se déplacent en liberté à l'état adulte; seuls, les jeunes de certains, alors qu'ils en sont à la phase de Scyphopolype, adhèrent à des corps étrangers. L'organisme est une méduse; plusieurs, dont l'ombrelle est assez mince, gardent encore leurs quatre cloisons primitives; les autres, à l'ombrelle épaisse, convertissent, par laccroissement et la soudure de leurs cloisons, leurs loges en un réseau de canaux gastro-vasculaires.
Les Cténophores sont tous libres; mais aucun d'eux n'atïecte l'aspect médusaire. Leur larve est une Cténule, sorte de Scyphule libre, pourvue d'un tube œsophagien et de quatre cloisons, dont la surface du corps se garnit de huit rangées de petites palettes rigides, vibrantes, qui déterminent par leurs mouvements la locomotion de l'individu. A mesure que la Cténule se convertit en adulte, la paroi de son corps et les cloisons gastriques s'épaississent à la fois ; les loges se restreignent en conséquence, et se changent en un réseau de canaux gastro-vasculaires, dont les mieux développés se placent exactement au-dessous des huit bandes de palettes. Ces modifications s'accomplissent de même, quelle que soit la forme de réconomie ; et cette forme varie, suivant les familles, depuis la sphère ou l'ovale réguliers jusqu'à la lame aplatie. — Cette absence totale de disposition médusaire, et la possession de palettes mobiles, crée une très nette différence d'aspect extérieur entre les Cténophores et les méduses de la classe précédente. Pourtant, une certaine analogie existe entre eux, amenée par l'épaisseur de la paroi du corps, et par sa grande transparence ; ces particularités communes résultent, selon toutes probabilités, d'une adaptation semblable à la vie pélagique.
Sauf quelques rares exceptions, les Anthozoaires sont tous fixés. Leur forme est, par suite, celle d'un polype, au corps cylindrique, garni de tentacules sur son sommet. Leur caractère essentiel vient du grand nombre de leurs cloisons. Au lieu de se borner à en avoir quatre, comme les représentants des deux classes précédentes, ils augmentent ce chiffre par la production de nouveaux appareils de même nature, intercalés aux précédents, et engendrés suivant des lois régulières. La périphérie de leur cavité gastrique est ainsi découpée en une quantité considérable de loges
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par un nombre rj^al de cloisons, chose que les Cténophores el les Scyphoméduses no nionli-ent jamais. Ces éléments surajoutés ne sont pas en chiiVre indéterminé, mais précis au contraire, et variable suivant les groupes, qu'il sert à caractériser. — Les Anthozoaires débutent, dans leur développement, par une phase de Scyphule fixée, munie de quatre cloisons. Ils conservent leur adhérence à un support, et consacrent tous les eflbrts de leur évolution à accroître le nombre de leurs cloisons et de leurs loges, avec celui de leurs tentacules péribuccaux. Tandis que le Scyphopolype ne dépasse pas l'état de Scyphule sous le rapport de la quantité des cloisons, VAnthopolype, c'est-à-dire la forme typique des Anthozoaires, augmente les siennes à cet égard, jusqu'à une certaine limite, ditïérente suivant les ordres et les familles, qu'il ne dépasse pas ; en cela consiste la caractéristique de la classe entière.
Relations des ScvpnozoAmES avec les embrancih^me.xts voisins. — Les rapports les plus directs des Scyphozoaires sont avec les Hydrozoaires. Gomme eux, ils possèdent une cavité digestive, dont les Mésozoaires se trouvent privés. Gomme eux encore, et contrairement aux Spongiaires, ils ne s'incurvent pas sur eux-mêmes pour se convertir en vésicules, et leur paroi du corps ne se creuse point d'un lacis de canaux destinés à permettre la libre circulation de l'eau extérieure. — L'organisme des uns et des autres se ramène à un sac, à une paroi du corps privée de cœlome, et entourant la cavité gastri([ue. Seulement cette dernière est simple chez les Hydrozoaires, alors que celle des Scyphozoaires devient complexe à la suite du plissement, en cloisons longitudinales, de ses assises limitantes.
Gependant certains Scyphozoaires, appartenant à la classe des Scyphoméduses, paraissent se rapprocher extrêmement des Hydrozoaires, et plus que des autres classes de leur embranchement, des (Uénophores comme des Anthozoaires. Les raisons de cette ressemblance portent sur la présence, dans les deux cas, des deux sortes d'individus : les polypes et les méduses. — Ges relations sont telles que la plupart des auteurs classent ainsi les Cœlentérés pourvus d'une cavité digestive, les Mésozoaires étant mis à part : la section entière comprend, d'après eux, deux embranchements, les Spongiaires et les Cnidaives. Les premiers se caractérisent par leur lacis de canaux ouverts au dehors, et par la minime différenciation histologique de leurs assises épilhéliales. Les Oiidaires, par contre, sont privés d'un tel réseau, et possèdent des épithéliums hautement différenciés, contenant, entre autres éléments, des cellules à cnidocils. Ges derniers renferment trois séries principales, répondant, chacune pour leur pari, aux Cténophores, aux Anthozoaires, et à l'association des Hydrozoaires avec les Scyphoméduses.
Depuis plusieurs années déjà, Gôtte a signalé les concordances remarquables, établies entre les états embryonnaires des Scyphoméduses et ceux des Anthozoaires; ressemblances connexes à des dilférences profondes, manifestées entre ces mêmes états et leurs correspondants des Hydro-
zoaires. Les récentes éludes embryologiques ont démontré la réalité de ces relations, et permettent de les étendre aux Cténophores. Ces trois types d'animaux, Scyphoméduses, Cténophores et Anthozoaires, présentent vraiment des homologies indiscutables révélées par leur développement; ils composent un tout homogène, un embranchement naturel, opposable à celui des Hydrozoaires. Cet embranchement est caractérisé par le développement gastrulaire de son entéron, et par la structure cloisonnée de cet enteron devenu la cavité gastricfue de l'adulte.
Pourtant, cela n'empôche pas que les Scyphoméduses rappellent les Hydrozoaires par leurdouljle nature de polype et de méduse. Mais, à l'étude comparative des séries du simple au complexe, ces relations paraissent répondre à une analogie par convergence, et non à une homologie. — La larve des Hydrozoaires, dans le cas des Hydroméduses, qui ofï'rent les deux sortes d'individus, est une Hydrule, produite par cytulalion; l'Hydrule se fixe, et se convertit en un Hydropolype, privé de cloisons et de tube œsophagien; cet Hydropolype bourgeonne, et fournit une colonie; enfin, plusieurs des zooïdes de cette dernière se convertissent en méduses. Par contre, la larve des Scyphoméduses est une Scyphule, engendrée par gastrulation ; elle se fixe et se change en un Scyphopolype, pourvu de cloisons et d'un tube œsophagien; le Scyphopolype bourgeonne, et donne une colonie aux zooïdes semblables, nullement polymorphes, qui tous, à un moment donné, se fissiparisent ; leurs segments deviennent des méduses. — L'extérieur des phénomènes concorde seul dans les deux cas ; les individus se ressemblent par leur aspect général, et se succèdent dans le même ordre; mais ils ne concordent point par leur structure. Les polypes des uns et ceux des autres sont différents comme origine, et comme disposition organique; il en est de même pour les méduses, et le tableau précédemment indiqué au sujet des Hydrozoaires (page 163irend comptede leurs dissemblances. De toutes les Hydroméduses, les Ciinina se rapprocheraient le plus des Scyphoméduses, puisque tous leurs polypes deviennent des méduses ; cependant, les caractères distinctifs, tenant à l'origine des feuillets embryonnaires et à la nature de la cavité gastrique, n'en gardent pas moins leur valeur entière.
En somme, les Hydrozoaire set les Scyphoméduses ne s'accordent que par l'aspect extérieur, et par le mode de succession de leurs individus, dans certains cas; ils diffèrent par toutes leurs autres qualités d'embryologie et d'anatomie. Il est donc nécessaire de les séparer, et, faisant des premiers un embranchement particulier, de classer les secondes, suivant leurs vraies homologies démontrées par les phases du développement, à côté des Cténophores et des Anthozoaires. Ces trois classes d'êtres ont des débuts identiques, et commencent invariablement par s'ébaucher sous l'état de Scyphule.
H. Répartition des Seyphozoaires dans la nature. — Tous les Scyphozoaires sont aquatiques, et vivent dans la mer, sauf quelques rares
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exceptions. (ÀMiainos Scyphoméduses sont, en effet, capables de s'adapter à des eaux saïunàlres, et d'habiter des estuaires, voire même de remonter l'embouchure des fleuves ; telle est, notamment, laCrainhessa Tagi, du sousordre des Cuboraéduses, qui se trouve à l'embouchure du Tage. Les Scyphozoaires sont répandus dans toutes les parties de la mer ; les Cténophores et la plupart des Scyphoméduses vivent à la surface, en animaux pélagiques-; les Anthozoaires, fixés, se distribuentà tous les niveaux, depuis les zones superficielles et littorales jusqu'aux plus grandes profondeurs.
Les Cténophores et les Scyphoméduses, privés d'appareils de soutien, n'ont laissé aucun vestige fossile, saufquelques rares empreintes. Par opposition, la plupart des Anthozoaires, munis d'un polypier calcaire, ont des représentants dans la série géologique, depuis les terrains les plus anciens.
L Org-anîsatîon embryonnaire. — La larve typique des Scyphozoaires est la Scyphule ; dans les développements normaux, elle dérive d'une gastpule. Cette dernière, produite par invagination, possède une paroi du corps et une cavité centrale. Celle-ci est l'entéron ; elle communique avec le dehors par son enléropore. La paroi se compose des deux feuillets embryonnaires primordiaux, le protectoderme en dehors, le protendoderme en dedans ; étroitement accolés l'un à l'autre, ils ne laissent entre eux aucun interstice (fig. 101 à 167, p. 226).
Sauf quelques modifications secondaires, tenant, dans certains cas, à l'occlusion temporaire de l'entéropore, la gastrule se convertit en Scyphule par la genèse d'un tube œsophagien et de quatre cloisons. Le tube prend naissance au moyen du renversement sur eux-mêmes des bords de l'entéropore ; ceux-ci s'infléchissent en dedans, et s'avancent dans la cavité entérique, en formant un canal, servant à cette dernière de vestibule d'entrée. Cet appareil possède ainsi deux orifices, l'un extérieur, l'autre interne ; ce dernier n'est autre que l'entéropore, reporté plus profondément à la suite du mouvement de l'ensemble ; le premier est un élément nouveau, car il a pris naissance par le fait même de cette invagination. A cause de cette origine, le tube œsophagien possède une structure semblable à celle du reste du corps, et sa paroi se compose de deux assises épithéliales, le protectoderme et le protendoderme ; mais, par l'effet du reploiement, celui-ci se trouve placé en dehors, et celui-là en dedans, de manière à limiter immédiatement la cavité du canal. — Le protendoderme seul donne naissance aux quatre cloisons. Ce feuillet, qui entoure l'entéron, se soulève en quatre zones, parallèles à l'axe longitudinal du corps, et se plisse sur lui-même, de manière à produire quatre crêtes saillantes, qui s'avancent dans la chambre
entériquc. Toutes ne se façonnent pas en même temps; elles apparaissent deux par deux, par paires. Deux se montrent d'abord, du moins dans la majorité des types ; placées presque à égale distance l'une de l'autre, d'habitude, le plan passant par elles divise le corps en deux parties, et lui donne une symétrie bilatérale. Puis, les deux autres s'établissent entre les précédentes. Ces quatre cloisons existent chez les embryons de tous les Scyphozoaires, au début de leur développement ; elles sont les cloisons primaires, qui ne manquent jamais ; l'expression de protoseptes leur est donc méritée, afin de les désigner par un terme spécial, empêchant de les confondre avec leurs similaires, engendrées plus tard, lorsqu'il en existe.
Les embryogénies normales sont les plus rares, chez les Scyphozaires ; d'ordinaire, l'évolution est altérée par la présence d'un abondant vilellus nutritif. La gaslrulation fait alors défaut, et se trouve remplacée par la planulation. Le jeune embryon est une planule composée de deux feuillets : le protectoderme extérieur, disposé à la manière d'une assise épithéliale superficielle, et le protendoderme interne, composé d'un amas compact de cellules. Une cavité se creuse au sein de ce dernier, et grandit sans cesse, en s'entourant des éléments protendodermiques, qu'elle range sur une seule couche, placée en dedans de celle du protectoderme; cet espace est l'entéron. Par l'effet de sa venue, la planule est convertie en une vésicule. Une dépression, dirigée de dehors en dedans, se manifeste alors sur l'un des pôles de l'embryon, et, prenant un aspect tubuleux, s'avance dans l'entéron ; bientôt, le fond de cet appareil nouveau se perce d'un orifice, et s'ouvre ainsi dans la cavité entérique ; il sert de vestibule à cette dernière, et lui permet de communiquer avec le dehors. Ce tube est l'œsophage ; il ne provient pas, contrairement aux développements normaux, d'un infléchissement des bords de l'entéropore, car ce dernier fait défaut ; il se taçonne sur place, à la manière d'un diverticule, qui finit par se transformer en un tube ouvert aux deux bouts. Les quatre cloisons prennent ensuite naissance, d'après le môme procédé que pour les embryogénies non altérées.
Le résultat est identique dans les deux cas. Quelle que soit la série des phases de révolution embryonnaire, quelles que soient les modifications amenées parla présence dans l'œuf de matériaux nutritifs, le jeune embryon des Scyphozoaires en arrive à devenir une Scyphule, c'est-à-dire un embryon privé de toute ébauche de cœlome, borné à son entéron et à sa paroi du corps, et possédant un tube œsophagien avec quatre cloisons entériques. Le prosome larvaire est alors achevé, et va se convertir en métasome, en organisme définitif.
IL Org-anîsation définitive. — A l'égard du façonnement de leur économie, en partant de la Scyphule primordiale, les Scyphozoaires présentent des qualités communes, et d'autres propres à chacune des trois classes de l'embranchement. Les premières tiennent à l'évolution générale des feuillets et des organes déjà établis ; les secondes à la manière suivant laquelle cette
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évolution est conduite pour arriver au but final (fig. 1(34 à 167, p. '226). Tous les Scyphozoaires se ressemblent au sujet de la disposition de leur paroi du corps; celle-ci demeure compacte, ne se creuse d'aucun espace cœlomique, et se borne à entourer l'entéron, en s'épaississant et se plissant avec régularité pour modifier d'une manière connexe la cavité de ce dernier. La paroi, chez la Scyphule, comprend deux assises épithéliales, qui répondent aux deux feuillets primordiaux : le protectoderme et le protendoderme. Celui-ci demeure simple, et persiste en qualité d endoderme définitif; il entoure l'entéron, où parviennent les aliments pour être rendus assimilables, et modifie ses cellules en conséquence. Le protectoderme subit une évolution plus complexe ; toujours séparé de l'endoderme par une basale limitante fort nette, il augmente le nombre de ses éléments, et produit en surcroît, avec une abondance variable suivant les groupes, de la substance fondamentale, qu'il exsude en dedans de lui, tout contre l'endoderme. Il se divise en deux couches par ces changements : l'une superficielle, l'autre profonde. La première limite la surface de l'animal; elle consiste en une assise épithéliale continue, dont les cellules sont difierenciées en des sens divers ; elle répond à la persistance directe de la majeure part du protectoderme, et constitue Y ectoderme définitif. La seconde est le mésoderme, ou la mésoglée de plusieurs auteurs ; intercalée à l'ectoderme et à l'endoderme, elle comprend une substance fondamentale, dans laquelle se trouvent des éléments figurés, ayant môme origine que ceux de l'ectoderme, puisque tous deux découlent du protectoderme. Ce dernier feuillet primordial, par sa prolifération donnant lieu à plusieurs assises de cellules., et par son exsudation profonde de substance fondamentale, s'est ainsi partagé en deux feuillets définitifs : un ectoderme et un mésoderme. — L'entéron, en persistant, devient la cavité gastrique de l'organisme définitif ; il grandit avec le corps, et se modifie suivant les épaississements et les plissements subis par la paroi endodermique qui le limite. Le tube œsophagien demeure tel quel, avec ses deux orifices: l'interne, qui n'est autre que l'entéropore, ou la première bouche de l'individu ; l'externe, qui est une seconde bouche. Sa paroi se transforme de la même manière que celle du reste du corps; son endoderme est extérieur, et limite la part de cavité gastrique où l'œsophage se trouve suspendu ; son ectoderme, accompagné d'un mésoderme sous-jacent, tapisse le conduit lui-même. — Une dernière modification, commune à tous les Scyphozoaires, s'établit au sujet des organes sexuels. Ces derniers paraissent provenir du mésoderme, du moins dans la plupart des cas, et se placent contre l'endoderme ; cette situation s'impose, car il leur est plus aisé de puiser ainsi tous les éléments nutritifs qui leur sont nécessaires. Parvenus à maturité, ils soulèvent l'endoderme à leur niveau, et font saillie dans la cavité gastrique, ou dans ses dépendances. Privés de tout canal excréteur, la couche endodermique se rompt, et leur permet d'arriver dans les espaces du système digestif, d'où ils sont expulsés au dehors.
Une telle série des phases du développement se manifeste chez tous les types de rembranchement. Mais, en surcroît, celte succession d'états subit, suivant les classes, des modifications particulières, dont le résultat est de donner à chacun des trois groupes sa disposition caractéristique.
En ce qui concerne les Scyphoméduses, l'évolution embryonnaire complète n'est g-uère connue que pour plusieurs des représentants les plus élevés de la classe ; mais comme les formes, qu'ils offrent d'une manière temporaire, équivalent exactement, sous tous les rapports, aux dispositions permanentes des êtres plus simples qu'eux, la série entière peut être établie. La Scyphule se convertit en un Scyphopolype, encore nommé Scyphistome. Elle conserve son tube œsophagien, avec ses quatre cloisons, et produit des tentacules péribuccaux, soit isolés, soit rassemblés par groupes. Le mésoderme demeure assez mince chez la plupart des types inférieurs; mais, chez les autres, il s'épaissit pour constituer une vaste ombrelle, et convertit l'individu en une méduse. La cavité gastrique subit des transformations connexes à celles du feuillet moyen ; lorsque ce dernier reste relativement mince, elle-même demeure ample, et conserve ses cloisons; dans le cas oîi le mésoderme devient volumineux, les cloisons se confondent avec le reste de la paroi du corps, et leurs loges intercalaires se changent en canaux gastro-vasculaires. Les Scyphoméduses, après l'état de Scyphule, passent ainsi par une phase de Scyphistome, soit libre, soit fixée. Le Scyphistome se transforme, à son tour, en adulte, tantôt d'une manière directe, tantôt après a voir offert des phénomènes de reproduction asexuelle,gemmipare et fissipare.
Le Scyphistome fait complètement défaut aux Cténophores. Ceux-ci, dès la phase Scyphule, subissent des changements qui ont pour effet de leur donner leur allure spéciale. Aucun tentacule péribuccal n'apparaît. Le mésoderme s'épaissit hâtivement, non seulement dans la paroi du corps elle-même, mais encore dans le tube oesophagien et les quatre cloisons ; tous ces éléments s'unissent entre eux, par le fait de leur amplification, et ils perdent leur autonomie première, en se confondant avec le reste de l'organisme. Les loges diminuent de volume, et se restreignent à des canaux gastro-vasculaires. Enfin, les rangées des palettes vibrantes font leur apparition sur l'ectoderme, au nombre de quatre d'abord, de huit ensuite par la genèse de quatre complémentaires. Ces diverses particularités se manifestent dès le premier façonnement embryonnaire, et ne foulque s'accentuer par la suite. Leur existence donne à la larve de ces animaux, à la Cténule, une allure spéciale, que celle des autres Scyphozoaires ne possède point. Le principal de ces caractères tient à la présence des palettes, vraiment propres aux Cténophores. L'épaississement du mésoderme est de même nature que le phénomène similaire offert par les Scyphoméduses supérieures ; il s'effectue par des moyens identiques, et conduit aux mêmes résultats, autant en ce qui concerne la disposition finale du feuillet moyen, qu'en ce qui regarde les loges converties en canaux gastro-vasculaires ; seulement, ces derniers sont établis d'autre façon.