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L'ancien chapitre cathédral du Mans

J'entreprends d'étudier ici l'organisation intérieure, l'administration religieuse et financière, la vie propre, en un mot, d'un des grands corps ecclésiastiques du Maine, l'ancien Chapitre cathédral de Saint-Julien du Mans. Sans doute, des livres excellents, et surtout Vffistoire de lÉglise du Mans de Dom Piolin qui continue dans notre pays les traditions elles travaux des Bénédictins, renferment des détails nombreux et certains sur cette corporation. Néanmoins, on peut dire que, jusqu'à présent, elle n'a été l'objet d'aucun travail spécial.

Et quel sujet, cependant, pouvait être plus digne, à tous égards, des méditations et de la plume des annalistes du Maine? Une durée de plus de dix siècles, c'est-à-dire presque sans rivale dans l'histoire des empires, atteste la vitalité puissante de cette institution. Composé, en général, de membres appartenant aux meilleures et aux plus nobles familles du Maine, le Chapitre de Saint-Julien se montra constamment fidèle aux aspirations nationales, ne pactisa jamais avec l'étranger; et alors que tout semblait désespéré, que l'Anglais assiégeait Le Mans, comblait de faveurs ceux de ses membres qui remplissaient quelques fonctions auprès du roi de Bourges (1). L'orthodoxie et la science n'eurent pas de champion plus dévoué et en firent, au moyen âge, un foyer de lumières et, dans tous les temps, un séminaire d'évêques qui ont laissé dans les principaux diocèses de France et

(i) Archives départmentalesy G.-18.

même d'Angieterre des souvenirs durables de savoir et de vertu. A une époque où 1 ame humaine était violente, la loi cruelle et impitoyable, notre Chapitre, seigneur féodal et haut justicier, donna le plus souvent Texemple de la mansuétude à régard de ses vassaux, des petits et des faibles, intraitable seulement aux puissants et aux forts. Grand propriétaire foncier, la gestion constamment régulière et prudente de ses nombreux domaines, le noble usage qu'il fit de ses richesses, durent avoir dans le pays une influence économique qui ne sera peut-être jamais assez étudiée. 11 peut, en outre, revendiquer la gloire d'avoir conservé, agrandi et embelli son église, considérée à juste titre comme un des monuments de la France.

D'un autre côté, s'il est une véi'ité qui paraisse incontestable, c'est que la transformation graduelle de la société, depuis l'invasion des Barbares jusqu'aux derniers siècles, s'est opérée sous l'action presque exclusive de la Religion et de l'Église. Elles ont ouvert la voie à la civilisation moderne, et, en proclamant sans cesse la fraternité des hommes devant Dieu, elles ont détruit toute servitude et nous ont conduits lentement, mais sûrement, de l'égalité religieuse à l'égalité civile et politique.

Dans l'accomplissement de cette partie temporelle de sa mission, l'Église a rencontré de nombreux obstacles, a dû soutenir des combats presque journaliers, a été assaillie par des tempêtes terribles. On peut dire, à un point de vue purement humain, que pour soutenir ces luttes séculaires, pour sortir victorieuse de tous ces ouragans, il lui fallait une hiérarchie, une organisation et un gouvernement fortement constitués. Clergé séculier, corporations ecclésiastiques, abbayes, couvents, réunis en un seul faisceau, se prêtèrent un mutuel secours contre l'erreur, et peuvent réclamer chacun une part dans l'œuvre commune. Par conséquent, chercher à faire connaître intimement un de ces grands corps ecclésiastiques, dont l'organisation n'était pas, d'ailleurs, spéciale à notre

province, peut avoir pour résultat, sinon pour but, de contribuer, dans une certaine mesure, à déterminer le rôle de l'Église dans la marche et les progrès de la civilisation moderne.

Organisation.

A partir de sa constitution définitive, vers le commencement du XIII* siècle, le Cliapitre de Saint-Julien se trouva composé de neuf dignités, un personnat et quarante-trois prébendes; en tout cinquante-trois titres. Plus lard, dans le XV® siècle, trois offices y furent ajoutés; ce qui porta le nombre des titres à cinquante-six.

Les neuf dignités, c'est-à-dire les neuf bénéticiers possédant à la fois prééminence et juridiction, étaient le doyen, le chantre, le scolastique, le grand archidiacre ou archidiacre du Saosnois, les archidiacres de Sablé, de Ghàteau-du-Loir, de Montfort, de Laval et du Passais.

Le personnat avait droit de préséance dans le chœur et dans toutes les assemblées, mais ne possédait aucune juridiction , ce qui le distinguait de la dignité. Le sous-chantre était le seul personnai du Chapitre.

On appelait office ecclésiastique, un titre qui ne conférait à son possesseur qu'une simple administration sans juridiction et sans prérogatives dans le chœur et dans le Chapitre. Les trois offices étaient la théologale, la pénitencerie et la préceptoriale.

Doyen. — Aussi loin qu'on peut remonter dans l'histoire du Chapitre, on trouve toujours les chanoines en possession d'élire leur chef, le doyen. En 1214, le droit d'élection du Chapitre était incontesté (1), et, plus tard, en 1233, l'évêque

(1) Liv. BL, n° XLI. Nos, ex multorum relatione cognoscentes quod dictum capitulum sui decani habent electioiiem.

du Mans, Geoffroy de Laval, et l'archevêque de Tours refusent d accéder à la prière des chanoines qui leur demandaient de choisir un doyen, et fondent leur refus sur le préudice qu'une élection ainsi faite en dehors des règles ordinaires pourrait causer aux droits du Chapitre (1). Ce mode de nomination avait pour conséquence d'enlever au Saint- Siège son droit de prévention sur la collation du décanat. Aussi, à la mort du doyen François Lepelletier, en 1621, le Chapitre refusa-t-il d'admettre à sa tête un des chanoines qui avait été pourvu de cette dignité en cour de Rome. Il élut Dominique Séguier, sans tenir compte d'aucune opposition; et sa décision fut maintenue après plusieurs procédures.

Après son élection, le nouveau doyen prêtait, devant le Chapitre, serment de faire une perpétuelle et continuelle résidence ; de se faire ordonner prêtre dans l'espace d'un an, à moins d'en être dispensé par le Chapitre; — d'être fidèle à l'Eglise du Mans, soumis et respectueux envers son chapitre, quelque dignité qu'il pût obtenir par la suite; — de ne point révéler les secrets de la compagnie, et d'observer scrupuleusement les statuts et coutumes de ladite église; — enûn, de n'exercer aucune juridiction sur les curés, chapelains, sacristains, fabriciens ni autres sujets du Chapitre. Il faisait ensuite hommage à l'évêque qui lui donnait l'investiture des droits et privilèges attachés à la dignité décanale et, spécialement, à raison du fief de Saint-Gilles-des-Guérets et de la justice temporelle y annexée (2).

Le doyen était, en effet, moyen et bas justicier dans la paroisse de Saint-Gilles-des-Guérets, actuellement réunie au Mans. Son fief y comprenait soixante-quatre maisons, mais ne devait être guère productif, attendu que « toutes les « maisons dont ledit fief est composé appartiennent ou sont

(1) Liv. DL, no CXCIV.

(2) Liv, Bl., nos XLI et XLII. Livre Rouge, I» 272. Cauvin, Géograph., p. 163.

« occupéespardes gens de la plus basse condition, la plupart « mendiants, qui ne lui donnent aucune espérance de suc- « cession mobilière et immobilière (1). » Remarquons, en passant, que cette appréciation peu obligeante de Tétat de la population de Saint-Gilles, au siècle dernier, fait souvenir de la présence antérieure, dans le même faubourg, d'une tribu de cagots, considérés comme étant la lie du peuple, méprisés par l'opinion et forcés de s'allier exclusivement entre eux. On les nommait les cagous de Saint-Gilles, et ils exerçaient les professions de cordier et de tonnelier. Ils sont maintenant fondus dans le reste de la population (2).

L'institution des doyens, dans les cathédrales, paraît appartenir aux premiers siècles de l'Église. On rencontre, en effet, le Primicerius, ou premier clerc, à côté de Tarcliidiacre et de l'archiprêtre, dès les commencements de l'histoire ecclésiastique, et les chefs de quelques Chapitres ont porté, jusque dans les derniers temps, le titre de primicier. Quelques auteurs pensent, dit Dom Piolin, que le premier dignitaire du Chapitre auquel saint Aldric confia la garde du registre des ordinations, était le doyen ; mais d'autres historiens, non moins fondés dans leur sentiment, soutiennent que le Chapitre du Mans n'avait pas encore de doyen, mais un prévôt.

Quoi qu'il en soit, la liste des doyens de l'église du Mans, donnée par Cauvin, débute à un certain Jacob, sous l'épiscopatde Joseph (785-794). C'est à celte époque, en effet, que se place la première apparition, clairement constatée, de cette dignité, dans notre cathédrale. Les actes des évéques du Mans ne donnent pas à Jacob le titre de doyen, mais s'expriment de façon à faire croire qu'il était le chef du Chapitre (3).

(1) Enquête judiciaire faite au Mans, vers 1748, à l'effet de pourvoir a la dépense des enfanls assistés do la ville.

(2) Francisque Michel, Histoire des Races maudites» 3 Cauvin, Géographie^p. 158.

Considérés dans leur essence, la juridiction et le pouvoir du doyen étaient plus de privilège que de droit commun, et plus honorifiques que réels. Ils consistaient généralement à être nommé le premier avant tous les chanoines et le corps du Chapitre; à se placer à la tête du Chapitre dans toutes les assemblées publiques ou particulières; à y porter la parole k Texclusion de tous autres; à officier aux fêtes solennelles en l'absence de l'évêque; à présider au chœur et au Chapitre; à recueillir les suffrages, à prononcer les décisions et, enfin, à remplir, au nom du Chapitre, toutes les fonctions curiales à l'égard des chanoines et des autres ecclésiastiques attachés à la cathédrale.

Mais, dans Téglise du Mans, les prérogatives de cette dignité étaient beaucoup plus étendues, en raison de l'usage local et des droits particuliers du Chapitre. Il remplissait d'abord les fonctions d'archidiacre pour toutes les paroisses de la ville et quinte du Mans, et y jouissait, à ce titre, des droits de visite et de déport, ainsi que de la juridiction attribuée aux archidiacres dans leurs circonscriptions. Comme chef du Chapitre, il concentrait ensuite entre ses mains une grande partie des pouvoirs disciplinaires des chanoines sur les quarante cures, dont il faisait la visite. Le 24 mars 1234 (V. S.), l'évêque Geoffroy annonce, en effet, au Chapitre qu'à la prière du doyen Robert, parti pour Rome, il a fait visiter par le doyen du Saosnois quelques-unes des anciennes églises (1). Une autre charte (2) ajoute à son dispositif : Hoc autem sialutum esl^ salvo omni jure decani in deportationihus^ procurationibus et justitiis sacerdotum in antiquis ecclesiis et in a/m, si qua alia sunt speclantia ad decanum. Ces droits se perpétuèrent jusqu'aux approches de la Révolution, ainsi que le constatent les procès-verbaux des visites décanales qui ont été conservés (3). L'évêque Jouffroy-Gonssans

(1) Liv. BL, n" LXXXVd.

(2) Liv. BU, no CCX.

(3) Archives du Chapitre, B.-32, B.-33 et B.-34.

enleva aux visites du doyen le caractère spécial qu'elles avaient eu jusqu'alors. Il exigea de M. de La Briffe-Ponsan, doyen du Chapitre, une déclaration solennelle de n'avoir ni prétendre aucune espèce de juridiction spirituelle et ecclésiastique sur les églises, le clergé et le peuple de son doyenné, autre que celle qui est ordinaire aux archidiacres de l'église du Mans ; qu'il faisait ses visites, non en qualité de doyen du Chapitre privativement, mais comme archidiacre de l'évêque (1). A partir de ce moment, les curés de la ville et quinte et des quarante cures apportèrent beaucoup de mauvaise volonté à recevoir le doyen, dont l'importance et l'autorité se trouvèrent grandement amoindries.

Bien que chef de sa compagnie, le doyen n'en était pas moins soumis, comme les autres dignités et les chanoines, à la juridiction du Chapitre. Le doyen Félix de Brie de Sérens voulut s'y soustraire et soutint, dans ce but, pendant treize ans, un procès devant le Parlement. Il perdit sa cause, et ses successeurs ne paraissent pas avoir fait revivre ses prétentions.

L'obligation de la résidence lui était également imposée, etil ne pouvait s'absenter qu'avec la permission du Chapitre. Il est vrai que, tout en maintenant cette règle, le Chapitre fut souvent obligé d'user outre mesure de son droit de dispense en faveur de certains doyens qui, déjà pourvus de bénéfices plus riches dans d'autres églises, durent subordonner leur résidence, non aux statuts de notre Chapitre, mais à l'importance relative des divers postes qu'ils occupaient. Cet état de choses provenait de ce que les chanoines cherchèrent souvent, dans l'élection du doyen, bien moins à se donner un chef effectif qu'un protecteur puissantqui leurapportât son appoint d'influence dans les luttes incessantes qu'ils avaient à soutenir. C'est ce qui peut expliquer la présence, dans la liste des doyens, d'un évêque de Chartres, Charles Guillart de L'Épi- Ci) Archives départementales^ G.-408.

chelière, de Margarin de La Bigne, grand pénitencier de l'église de Baveux, de Dominique Séguier, conseiller au Parlement de Paris, et de plusieurs autresqui, à proprement parler, ne firent jamais résidence au Mans, et confièrent l'exercice de leurs pouvoirs à des grands vicaires choisis et nommés par eux.

La dotation du décanat se composait de biens-fonds situés dans les paroisses d'Asnières, Tassé et Saint-Pierre-des- Bois. En 1400, ils produisaient au doyen Jean Solas, une rente annuelle de 30 livres tournois, ou environ 1 ,471 fr. 81 c. de notre monnaie. Le doyen possédait aussi une prébendelle dont le revenu, en 1555, représentait à peu près 50 de nos francs (3 livres tournois) ; et deux rentes en cire et en blé, payées, la première, par le luminaire et, la seconde, par la paneterie du Chapitre. Ces deux redevances étaient acquittées ordinairement en argent, au taux de la valeur du froment et de la cire à l'époque de l'échéance, qui arrivait le jour de la Nativité de la Sainte Vierge. Le produit peut en être évalué à environ 900 fr. Dans la somme de 9,736 livres 14 sous 9 deniers qui formait le revenu ecclésiastique du dernier doyen, M. de La Briffe-Ponsan, en 1790, le doyenné était compté pour 2,743 livres 14 sous (1).

Le doyen du Chapitre était présentateur de la cure de Savigné-l'Évéque, ainsi que des chapelles de La Mégretière et de Saint-Jacques, desservies dans la cathédrale du Mans.

La stalle décanale se trouvait la première à droite en entrant par la principale porte du chœur de la cathédrale.

Chantre. — Le chantre était la seconde dignité du Chapitre de Saint-Julien du Mans. Il prenait souvent le titre de grand chantre pour se distinguer des chantres ordinaires, ou choristes gagés.

Du temps de l'évêque Guillaume de Passavant (1144-1187), le chantre occupe déjà le second rang dans la hiérarchie

(1) Archives départementales^

des dignitaires du chapitre (1), et nous le voyons, un siècle auparavant, souscrire une charte immédiatement après le doyen (2). La chantrerie avait obtenu le même rang dans la plupart des cathédrales, notamment à Notre-Dame de Paris ; à Goutances, elle était même devenue la première dignité du Chapitre.

Le rang élevé qu'occupait presque partout cette dignité, s'explique par la nature des fonctions qui lui étaient dévolues. Le chantre dirigeait anciennement les diacres et les autres ministres inférieurs pour le chant et pour toutes les cérémonies du chœur. Il surveillait leur tenue, les accoutumait à la décence dans les vêtements et dans le maintien, et h l'exactitude dans l'accomplissement de leurs devoirs; il présidait, en un mot, aux diverses cérémonies du culte dans l'intérieur de la cathédrale; d'où résultait qu'une certaine juridiction se trouvait attachée à ses fonctions.

Comme marque de sa dignité, il portait aux fêtes solennelles la chape et le bâton cantoral, recouvert moitié en velours cramoisi et moitié en argent doré ou vermeil. Ce dernier insigne était aussi placé dans ses armes. Il occupait, à la cathédrale, la première stalle à gauche en entrant par la porte principale du chœur.

La cure de Laigné-en-Belin était à la présentation du chantre.

Scolastique. — Cette dignité, la troisième du Chapitre, eut, au Mans, des fortunes diverses suivant les temps et les circonstances. Avant l'établissement des universités, c'est-àdire antérieurement à Tan 1200, son éclat et son importance furent tels qu'elle effaçait les autres dignités du Chapitre, et que le titulaire était regardé comme le second personnage du diocèse. C'est qu'en effet, le titre de scolastique n'était porté que comme la marque de fonctions enseignantes effectivement

f — 1 Ci

(1) Archives départementales, -I—

(2) Livre Blancy CXI

remplies par son possesseur. Sous le nom de Modérateur de l'école, de Magister scole (1), d'Écolâtre, le scolaslique se trouvait à la tête de l'école de la cathédrale, la seule vraiment digne de ce nom qui existât dans le Maine, et chargé, à ce titre, de perpétuer dans le clergé de la province le goût de la culture intellectuelle, de pourvoir, en même temps, dans une certaine mesure, à son éducation morale, et de sauvegarder, h l'ombre de la basilique, le dépôt sacré de la tradition littéraire et scientifique. D'aussi graves intérêts confiés à ce dignitaire lui donnaient une grande autorité, et lui assuraient une grande influence au Chapitre, dans la ville et même dans toute la province, surtout lorsque, par son propre mérite, il se montrait à la hauteur de ces nobles et délicates fonctions.

Il en fut ainsi du au xiu" siècle. La liste des scolastiques présente une succession ininterrompue de personnages remarquables qui, placés à la tête de l'école calhédratique, y élevèrent de plus en plus le niveau des études, et en développèrent le programme jusqu'à y renfermer à peu près tout le cycle des connaissances humaines. Il en sortit une foule de savants, qui occupèrent de hautes positions dans l'Église, tels que Hildebert et Hugues de Saint-Galais, évêques du Mans, Geoffroy, archevêque de Rouen, Hardouin, archevêque de Bordeaux, Herbert, abbé de Giteaux, qui portèrent au loin, le renom de notre école et de ses scolastiques. Leur influence s'étendit même jusqu'en Angleterre, où plusieurs de leurs élèves appelés par les rois normands et angevins, comtes du Maine, allèrent à diverses reprises fonder de nouvelles écoles et occuper des sièges épiscopaux.

Mais ce rôle important et si honorable du scolastique dépendait entièrement de la prospérité de l'école de la cathédrale. Aussi, lorsque la cessation de la vie commune, parmi les chanoines, les progrès de l'esprit féodal, et l'établissement des universités, eurent disloqué le faisceau de

(1) Livre BlanCy CXC.

forces intellectuelles, nécessaires au maintien de cette prospérité, le rôle de TÉcolâtre subit une décadence et un amoindrissement rapides. De ses hautes fonctions, il ne lui resta bientôt plus que le soin d'expliquer à certains jours l'Écriture devant le clergé de la cathédrale, l'obligation de prononcer quelques homélies pendant l'année, et la surveillance à peu près nominale des écoles dans le diocèse (1).

Une dotation spéciale se trouvait attachée à cette dignité. Elle se composait d'une dîme, de la grange dîmeresse, de deux pièces de terre et d'un pré, le tout situé en la paroisse de La Bazoge, près Le Mans, et affermé par bail authentique, en 1786, pour la somme de 2,520 livres, plus un pot-de-vin de i,200 livres pour neuf ans, un millier de bardeaux estimé 21 livres, et une rente annuelle de 2 livres. Ces diverses sommes, réparties par année, constituaient au scolaslique un revenu de 2,657 livres 13 sous 4 deniers (2). Si l'on y ajoute le produit d'une prébende canoniale qui, à la même époque, montait à près de 2,800 livres, on trouvera que la dignité du scolastique était une des mieux dotées du Chapitre, et jouissait d'un revenu de plus de 12,000 de nos francs.

La place du scolaslique, dans le chœur de la cathédrale, se trouvait à côté et à droite de celle du doyen. Sa stalle était donc la seconde à droite du chœur en entrant parla porte principale.

Archidiacres. — Le titre d'archidiacre apparaît dans l'église du Mans presque à l'origine de sa fondation, et particulièrement sous l'épiscopat d'Iîerlemond (710-724). A cette époque reculée, l'archidiacre avait pour attributions de veiller, sous l'autorité de l'évêque, à l'ordre et à la décence des offices divins, ainsi qu'à la gestion du temporel de l'église. Il administrait les revenus ecclésiastiques, les matricules, les

(1) Dom Piolin, Histoire de l'Église du Mans^ t. III, p. 282 et passirUf t. IV, p. 217 et passim,

(2) Archives départementales," .

hôpitaux, présentait les clercs à Tordination, leur distribuait ce qu'ils devaient recevoir pour leur subsistance, veillait à la correction des mœurs du bas clergé et du peuple, prévenait ou apaisait les querelles, poursuivait la réparation des méfaits, était, enfin, la main et Tœil de l'évêque (1). L'importance de ces diverses fonctions, qui touchaient à la fois au spirituel et au temporel, rendit bientôt l'archidiacre supérieur à tous les autres dignitaires de la cathédrale et même aux archiprêtres (2), dont les fondions étaient purement spirituelles, et il devint le premier personnage du diocèse après l'évêque.

Ainsi, les archidiacres réunissaient dans leurs mains la juridiction gracieuse et volontaire à la juridiction contentieuse; et ils étaient à la fois les grands vicaires etlesofficiaux des évêques. Des pouvoirs aussi étendus excitèrent l'ambition desarchidiacres, qui en vinrent rapidement à croire quela juridiction qu'ils exerçaientpar commission était ordinaire, inhérente k leur dignité et à peu près indépendante de l'autorité épiscopale (3). Ils s'arrogèrent même le droit de déléguer cette juridiction en établissant des officialités en leur propre nom, et il fallut toute l'autorité des conciles provinciaux de Château-Gonthier, en 1231, de Tours, en 1239, et de Laval en 1242, pour combattre efficacement ces prétentions exorbitantes. Les canons de ce dernier concile leur interdisent, en même temps, de connaître des causes matrimoniales, delà simonie et des autres crimes qui emportent la peine de dégradation. L'archidiacre seul delà ville épiscopale, c'est-k-dire le doyen du Chapitre, fut maintenu dans le droit d'avoir son officiai devant lequel se traiteraient et se définiraient juridiquement les matières ordinaires. Statuimus ut archidiaconi et alii de cousis matrimonialibus, simonîa^ vel aliis quœ degradationem exi-

(1) Decrétales, iiire XWll, chap. iel\i.¥\eury, Institution au droit ecclésiastique, 1. 1, part. I, chap. xix.

(2) Archipresbyter sciât se subesse archidiacono (Décret. Lococit.),

(3) Ducasse, De lajuridiction ecclésiastique.

gunt^niside specialimandato sui pontificis ^ nullatenus cognoscere^ vel diffinire prœsumanty nec officiales habere, excepta civitatis archidiaconus^ qui alias of/iciales habere consuevit^ cui permittimus officiales in civitate solummodo^ et non extra, antiquum statutum ah usu eonimdem minime eustoditum, super hoc rénovantes. Plus tard, Tévêque Adam Chastelain dut avoir recours au concile de Bâle pour briser les entraves apportées par les archidiacres à l'exercice de sa juridiction (1).

Menacés de se voir dépouillés de leur juridiction par les archidiacres, les évêques réagirent donc avec énergie contre leurs empiétements. Il les privèrent successivement de leurs prérogatives les plus gênantes pour l'autorité épiscopale, en créant des grands vicaires et des officiaux révocables ad nutum episcopiei jamais tentés, par conséquent, de s'approprier les pouvoirs temporaires qui leur étaient confiés; puis ils multiplièrent le nombre des archidiacres. Au lieu d'un seul qui existait d'abord (2), on en trouve déjà trois en 1009, sous l'épiscopal d'Avesgaud (3), et en 1230, sous l'évéque Maurice, la division du diocèse en archidiaconés porta leur nombre à six, sans compter le doyen du Chapitre qui, comme nous l'avons vu, était archidiacre de la ville et quinte du Mans. Disséminés do la sorte en plusieurs mains, les pouvoirs des archidiacres allèrent s'affaiblissant de jour en jour, et cessèrent d'être redoutables à l'épiscopat.

A l'époque où furent renouvelées par l'évéque Maurice les circonscriptions ecclésiastiques (4), le diocèse était divisé en archiprêtrés et en doyennés. Les pouvoirs des archiprêlres, qui déclinaient sensiblement depuis longtemps, furent définitivement abolis, et les évêques n'eurent plus devant eux que

(1) Dom Piolin, Histoire de VÉglise du Mans, t. IV, p. 366, 367 et passim.

(2) Guérard, Essai sur les divisions territoriales de la Gaule.

(3) Livre Blanc, u'^ CLXXXI.

(4) Livre Blanc, no CCXXXII.

des pouvoirs hiérarchisés, assez forts pour se défendre, mais trop peu puissants pour attaquer.

Ce statut qui, en changeant l'organisation diocésaine, substitue les archidiacres aux archiprêtres (1), approuvé successivement par Geoffroy de Laval, successeur de Maurice, et sanctionné, après enquête solennelle, par le pape Grégoire IX, est un des plus importants qui aient été faits dans le diocèse du Mans. La division territoriale qu'il établit, ne subit presque aucun changement jusqu'en 1789; et on la retrouve à peu près entière dans la carte du diocèse dressée par l'abbé Janvier, curé de Changé, et gravée parDroueten 1772. Ilédicta, en outre, certaines mesures secondaires, qui méritent d'être rappelées. L'archidiaconé du Saosnois [Archidiaconatus Sagonensis) fut assigné au grand archidiacre, et prit le nom de grand archidiaconé. — L'ordre de la prêtrise était exigé de tous les titulaires des nouvelles circonscriptions, au moment de leur installation, excepté du grand archidiacre qui n'était tenu qu'à se faire ordonner diacre dans l'année de sa réception; mais, dans ce cas, celui-ci devait se faire assister, dans les visites des paroisses de son district, d'un prêtre approuvé pour entendre les confessions et s'acquitter de certaines autres fondions sacerdotales, que l'archidiacre non élevé à la prêtrise ne pouvait remplir. — Le droit de procuration pour les visites, n'est dû aux archidiacres que s'ils s'acquittent personnellement de ces visites, et leur suite ne peut comprendre plus de six chevaux, y compris celui du doyen rural qui les accompagne quelquefois. — Tous les fruits enlevés de terre appartiendront au curé en cas de cession de bénéfice, ou à sa succession, en cas de décès ; et si le montant des dettes qu'il a contractées est supérieur à la valeur de son mobilier, la moitié de la récolte suivante pourra être appliquée à leur extinction, pourvu que la vacance de la cure n'ait lieu qu'après Pâques. Pour réfréner l'avidité des archidiacres, un tarif de droits de

(1) Absorptis penitus et amotis presbyteralibus.

visite est établi proportionnellement aux revenus des églises. Celles dont les ressources étaient comprises entre 10 et 15 livres, payaient 12 deniers tournois; — - entre 15 et 20 livres, 2 sous tournois; — entre 20 et 25 livres, 3 sous; — entre 25 et 30 livres, 4 sous ; — entre 30 et 40 livres, 5 sous ; — et enfin, au-dessus de 40 livres, 6 sous tournois, à Tarcbidiacre lors de sa visite (1).

Ces visites des archidiacres, dans les paroisses de leur ressort, se faisaient régulièrement deux fois par an, au printemps et à l'automne. Elles avaient pour but de s'enquérir do la conduite des curés, des vicaires et des prêtres habitués, et de l'efficacité de leur ministère, de veiller à l'exécution des ordonnances épiscopales, de régler sommairement tout ce qui concerne la police des églises, de donner la solution provisoire des doutes et scrupules qui leur sont soumis , de s'enqu(*rir des causes de divorce, de remédier aux désordres dans les familles, aux inimitiés éclatantes, de faire cesser les commerces honteux, les scandales publics, les contraventions habituelles aux lois de Dieu et à celles de l'Église; en un mot, de pacifier les esprits, de réunir les cœurs, de rappeler chacun à son devoir, et d'arrêter le cours des dérèglements par leurs sages avis, leurs charitables remontrances et leurs ordonnances. Ils contrôlaient enfin la gestion des marguilliers, et rapportaient procès-verbal de leur visite.

Les procès-verbaux qui ont été conservés, nous font connaître le cérémonial usité dans ces circonstances. L'archidiacre, en surplis et bonnet carré et accompagné de son secrétaire, était reçu au-devant de la principale porte de l'église, par le curé qui lui présentait l'étole, lui faisait adorer la croix et lui donnait l'eau bénite. Il en aspergeait les assistants, montait ensuite au grand autel, y faisait l'exposition du Saint Sacrement, chantait le Veni Sancte Spirilus, puis, après avoir visité

(1) En 1230, la livre tournois équivalait au moius à 101 fr. 30 de noire monnaie actuelle.

l'église dans toutes ses parties, écoutait les réclamations des paroissiens, que le curé avait dû prévenir de la visite au prône du dimanche précédent.

La rédactica des procès-verbaux de visite fut pendant longtemps abandoanée aux archidiacres. Mais Tévêque Jouffroy- Gonssans leur imposa un cadre uniforme et imprimé qu'ils n'eurent plus qu'à remplir, en consignant après chaque article leur appréciation en quelques mots. La teneur d'une de ces formules que je crois devoir transcrire ici, malgré sa longueur, donnera une idée très-nette de l'inspection des archidiacres dans les paroisses, à la fin du siècle dernier.

Procès-verbal de visite de la paroisse de généralité

de justice de

L'an mil sept cent quatre-vingt.... le jour du mois de.. .

Nous prêtre archidiacre de , étant dans le

cours de nos visites archidiaconales,

Nous sommes transporté dans la paroisse de., en ce diocèse, pour y faire la visite dûment indiquée à ce jour, tant pour

le spirituel que pour le temporel, accompagné de M que

nous avons pris pour secrétaire, où étant arrivé, avons trouvé

M , curé de ladite paroisse, lequel nous a conduit de sa

maison à la principale entrée de ladite église, au son des cloches, et après nous avoir présenté l'étole et l'eau bénite en la manière accoutumée, et de là, conduit au grand autel, nous avons chanté l'Antienne, l'Oraison du saint Patron, exposé le Saint Sacrement, donné la bénédiction au peuple et failles autres prières et cérémonies qui s'observent en pareil cas ; et, procédant à ladite visite, nous avons trouvé toutes choses ainsi qu'il est marqué dans les articles suivants :

Sanctuaire Grand Autel. — Tabernacle. — Soleil et Croissant. — Ciboire. — Si l'on renouvelle les Hosties, conformément au nouveau Rituel. —Calice. — Patène. —Vaisseaux des saintes huiles, et s'ils sont dans une armoire fermant à clef, distinguée de celle du Tabernacle. — Canon de la Messe. — Croix pour l'autel. — Tableaux. — Chandeliers. — Lampes. — Burettes. — Piscine. — Dais. — Chœur. Voûtes ou plafonds du chœur. —

Clocher. — Cloches. — Couverture. — Aigle ou Lutrin. — Chaire à prêcher. — Confessionnaux. — Cancelles. — Tables de communion.— Petits autels ou chapelles. -—Sacristie. Ornements.

— Linges, Aubes, Amicts, Ceintures, Surplis, Corporaux, Pâlies, Purificatoires, Nappes d'autel et Essuie-mains. — Armoire pour les resserrer. — Croix pour la procession . — Croix pour l'Extrême- Onction. — Encensoir, Navette et Cuillère. — Bannière. — Lanterne. — S'il y a une représentation pour les morts. — Livres.

— Missel, Graduel, Antiphonaire, Processionnal, Rituel. — Si le registre courant est coté et paraphé par le juge royal et couvert de carton. — Si les actes qui y sont inscrits, sont dressés conformément au modèle du Rituel. — Si le tableau des Obits et Fondations est exposé dans la sacristie. — Si les fondations s'acquittent exactement, suivant l'intention des fondateurs. — Nef et Collatéraux. Yoûte ou plafond de la nef. — Couverture. — Vitres. — Pavés. — Bancs. — Fonts baptismaux. — Vase à à verser l'eau. — Piscine. — Bénitiers. — Portes. — Parvis. — Cimetière. — Croix du Cimetière. — Curé. Nom, âge, lieu de

naissance, diocèse, depuis quel temps Adresse pour faire

tenir les lettres. — Adresse pour faire tenir les paquets. — Vicaire, nom, âge, lieu de sa naissance, diocèse, l'ancienneté de ses services, les paroisses où il a été employé. — Autres Ecclésiastiques. — Nombre des communians. — Depuis quel temps les paroissiens n'ont reçu la confirmation. — Si le prône et les catéchismes se font exactement. — Si le maître d'école fait bien son devoir soit pour le service de l'église, soit pour l'instruction des enfants. — S'il y a des sœurs de charité ou une maîtresse d'école, et si elles remplissent leurs obligations. — S'il y a une sage-femme, si elle est instruite de la manière d'administrer le sacrement de baptême. — Revenu de la fabrique. — Si on a soin de faire passer des reconnaissances des rentes et droits qui lui appartiennent. — Si les comptes sont rendus tous les ans. — Si les titres et papiers de la fabrique sont conservés dans un coffre fermant à deux clefs. — S'il y a un inventaire desdits papiers et litres, qui soit signé au moins du curé, du marguillier, des principaux parofssiens, dont on aura soin de faire un double.

— S'il y a d'anciens marguilliers qui soient reliquataires à la fabrique. — Si l'on a pris des mesures pour les faire payer.

Reçu de M. le curé. . . . pour nos honoraires et droit de procuration, et du procureur de fabrique pour ceux de notre

secrétaire.

Ainsi comprises, ces inspections devaient produire d'excellents résultats; mais il faut avouer qu'elles étaient, au point de vue financier, une lourde charge pour les bénéficiers et les fabriques. Les archidiacres paraissent ne pas avoir usé de leurs droits avec toute la modération désirable, car moins de trente ans après l'apparition du statut de Maurice, les plaintes du clergé, sur les exactions qu'exerçaient les archidiacres, forcèrent l'évêque Guillaume Roland h promulguer un nouveau règlement qui censure énergiquement leur avidité et cherche à y apporter remède (1). Ces mêmes droits de procuration ou de part étaient, en outre, un sujet de récrimination de la part des communautés, auxquellesles archidiacres attribuaient des revenus qu'elles ne possédaient pas, afin d'augmenter d'autant la rétribution qu'ils en exigeaient (2).

Pendant le cours de leurs visites, les archidiacres étaient tenus pour présents à toutes les heures canoniales et jouissaient des distributions journalières, selon les prescriptions du concile de Trente. Dans la seconde moitié du xvii^ siècle, les archidiacres y employaient annuellement trois semaines ou un mois (3).

Le déport était encore, pour les archidiacres, une source abondante de profits. On entendait par là le droit de prendre les revenus d'un bénéfice pendant tout le temps delà vacance, ou pendant qu'il se trouvait en litige, en en payant les charges et le faisant desservir. Le texte du statut de Maurice permet de penser que ce droit était déjà en vigueur au bénéfice des archiprêtres dans la première moitié du xiii'' siècle, puisqu'à propos de leur remplacement par les archidiacres, il se borne

{[) Livre Ronge, 292.

(2) Dom Piolin, Histoire de VEglise du ManSy tome IV, p. 415. (3] Manuscrit du cal)inet de M. l'abbé Esnault.

à régler l'attribution des fruits des bénéfices pendant l'année de la vacance.

Quoi qu'il en soit, les archidiacres jouirent du droit de déport jusqu'en 1790, bien qu'il leur ait été souvent contesté, surtout au commencement du xvii^ siècle. Le 10 septembre 1605, ils obtinrent du Parlement un arrêt qui les maintient et garde en possession et saisine de régir, administrer et desservir les cures étant en leurs arcliidiaconés et sur lesquelles ils ont droit de procuration, quand elles serontvacantes et litigieuses sans fraude; savoir : les vacantes jusqu'à la prise de possession, et les litigieuses, depuis contestation en cause jusqu'au jugement de recréance ; et de prendre et percevoir tous et un chacun les fruits et émoluments desdites cures pendant lesdits temps et à la proportion d'icelui, eu égard au revenu de toute l'année, en payant les charges dudit temps (1).

On trouve encore (2) qu'à la mort des curés, les archidiacres avaient le droit exclusif de présider à leur inhumation et de prendre tout le luminaire qui y avait servi. Ils prétendirent même quelquefois s'emparer d'une partie des meubles du défunt, prendre son bréviaire, son surplis, son bonnet carré et jusqu'à son cheval.

A moins qu'ils ne fussent en même temps prébendés, ce qui était le cas le plus ordinaire, les archidiacres ne faisaient point pariie intégrante du Chapitre et n'avaient ni voix ni entrée dans les chapitres ordinaires, mais seulement dans les synodes et les chapitres généraux, où il s'agissait des mœurs et de la discipline. Ils devaient assister à ces dernières réunions sous peine d'être déclarés en défaut ; ils y prenaient séance selon le rang de leur réception, mais uniquement avec voix consultative. Au chœur, le grand archidiacre, l'archidiacre de Sablé et celui de Ghàteau-du-Loir avaient des places marquées qu'ils n'occupaient d'ailleurs qu'aux fêles solen-

(1) Archiv. municip., Ms. n» 258, ^ 63. — Dom Piolin, Histoire de l'Église du ManSy tome VI, p. 582.

(2) Archives municipales, n» 1483-A.

nelles. Le premier se plaçait dans la dernière stalle du côté gauche en entrant, près l'autel des Saintes-Huiles; Tarchidiacre de Sablé, dans la dernière stalle à droite, la plus voisine du trône pontifical, et Tarchidiacre de Cliâteau-du-Loir était à la gauche du chantre. Aux offices ordinaires, ils prenaient rang comme leurs trois confrères de Laval, de Montfort et de Passais, suivant la date de leur réception.

Tous n'y jouissaient d'aucune autre prérogative que de porter l'encens à toutes les fêtes solennelles de première et de seconde classe, préférablement aux chanoines ; ce qui était aussi le privilège des archiprêtres avant leur extinction.

De même que les canonicats, les archidiaconés étaient à la collation de l'évêque, et l'installation et la mise en possession du bénéfice appartenaient au Chapitre, comme le témoigne le texte même des lettres de provision : Quatenus

te in archîdiaconum recipiant, ac fructibus, juribus et

emolnmentis ipsius gaudere faciant in corporalem^

rcalem et actualem possessionem inducant stallum in

choro, ut moris est, assignantes^ cum plenitudine juris^ servalis etiam solemnitatibus . Le récipiendaire se présentait devant le Chapitre, auquel il soumettait ses provisions et qui délibérait, en son absence, sur le fait de savoir s'il y avait lieu de l'admettre. Après cette délibération, le nouveau titulaire prêtait, è genoux, devant le Chapitre, le serment ordinaire des chanoines {postquam flexis genibus, jiiramenta solita prœstitit); puis, était installé au chœur, au son de toutes les cloches, par un chanoine délégué à cet effet, et dont il recevait le baiser de paix, signe de sa confraternité avec les autres membres de l'église matrice.

Les archidiaconés proprement dits ne donnaient à leurs titulaires que des revenus peu élevés. En 1789, ceux de Laval et de Montfort valaient environ 300 livres, et celui de Château-du-Loir 600 livres (l).

(t) Archives départementales, — ^.

Sous-chantre. — Le sous-chantre élait le seul personnat du Chapitre de Saint-Julien. Il prenait rang immédiatement après les dignités et dirigeait le chœur en l'absence du chantre.

Certains documents (1) permettent de croire que les fonctions de sous-chantre existaient dans l'église du Mans longtemps avant qu'elles y fussent expressément établies, en 1260, par l'évéque Geoffroy Freslon,qui fonda la prébende destinée à faire vivre le titulaire. Son successeur, Geoffroy d'Assé, augmenta les biens de cette prébende, et ces diverses dispositions furent sanctionnées par le pape Jean XXII (2). Mais, en 1408, à cause de la diminution du pouvoir de l'argent, les revenus assignés h la sous-chantrerie ne pouvaient plus entretenir décemment le sous-chantre. Pour y remédier, l'évéque Adam Chastelain, d'accord avec le Chapitre, unit une prébende et une chanoinieà ce personnat. H fixa en même temps les fonctions du sous-chantre, les qualités dont il devaitfaire preuve et sa situation hiérarchique dans le Chapitre-.

Avant d'être installé, le sous-chanlre, qui ne pouvait être qu'un prêtre, subissait un examen sur le chant devant les commissaires du Chapitre, et prêtait le serment de bien et fidèlement remplir les fondions spéciales qui lui étaient confiées. Il pouvait parvenir à Thonorariat, mais il ne prenait rang alors dans les hautes stalles et aux processions qu'après les chanoines derniers reçus.

Outre les revenus de sa prébende, le sous-chantre possédait un bordage et le fief des Bœufs, situés àSargé (3).

Théologal. — Le grand concile de Latran, en 1215, oii furent excommuniés les Albigeois et les Vaudois, institua, dans les cathédrales, deux nouvelles charges, le Théologal et le Pénitencier. Cette institution du théologal avait pour but

(1) Liv. Blanc, nos CXLVI et CVII.

(2) Archiv. municip., Manuscrits n" 24o, fo45; n» 258, f"" 21 et 252. (,3) Cauvin, Géog. ancienne du diocèse du ManSy page 1G7. Archives

départementales, G-106.

de remédier au défaut d'instruction du clergé, et de le mettre en mesure de combattre les ravages de l'hérésie. Mais le décret du concile resta lettre morte dans l'église du Mans jusqu'en 1420. A cette époque, l'évêque Adam Ghastelain et le Chapitre de Saint-Julien, afin de dissiper l'ignorance qui, grâce aux misères du temps, allait croissant dans le clergé, établirent de concert (7 août) une prébende théologale. Le titulaire devait être docteur en théologie ou au moins bachelier formé, ou tout simplement habile théologien (1).

Les fonctions du théologal consistaient à prêcher les dimanches et les fêtes solennelles de l'année, et à faire publiquement une leçon sur TÉcriture sainte tous les cinq jours au moins. Elles étaient purement onéreuses et ne conféraient à leur titulaire aucun droit en dehors de ceux que pouvaient avoir les autres chanoines. Mais, dans ses règlements, le Chapitre se montre très-soucieux de maintenir chez le clergé le goût des études sacrées et, à cet effet, a soin d'entourer le théologal d'une grande considération.

A l époque du premier concordat, les raisons qui avaient porté le concile de Latran à créer les théologaux n'avaient pas cessé d'exister, car le concordat renouvelle les prescriptions du concile : « Nous statuons, en outre, que l'ordinaire collateur en une et chacune église cathédrale ou métropolitaine sera tenu conférer une chanoinie et prébende théologale estant en son église, à un maistre ou licencié ou bachelier formé en théologie, qui par dix ans en une université générale privilégiée, aura estudié et qui se voudra submettre à la charge de résidence, lecture et prédication actuelle, et lequel sera tenu deux fois ou pour le moins une fois la sepmaine lire, s'il n'a urgent empeschement (2). »

Le théologal fut, suivant les temps, astreint à remplir ses fonctions avec plus ou moins d'exactitude. Lorsqu'il s'agis-

(1) Archives du chap., B-25, 92-94.

(2) Isambert, Anciennes lois françaises y tome XII, p. 82.

— casait, au xvi^ siècle, de repousser du diocèse l'invasion des idées calvinistes, le Chapitre enjoignit au théologal de faire des leçons de théologie dans le Chapitre trois fois par semaine, et de prêcher les jours de fête k la cathédrale, à midi et demi. Tous les clercs du haut et du bas-chœur durent, sous peine d'amende, assister aux leçons et aux sermons. Celte ferveur s'éteignit avec le danger qui l'avait fait naître et, en 1667, on voit le théologal proposer au Chapitre de faire des conférences sur l'Écriture, ce à quoi le Chapitre consent.

11 va sans dire que le théologal était tenu h la résidence comme les simples chanoines, et ne pouvait s'absenter sans l'autorisation du Chapitre.

Chanoines. — Nous avons précédemment dit que le nombre des prébendes s'élevait h quarante-trois. L'une était supposée appartenir au roi qui, ici comme dans quelques autres cathédrales, avait le titre de premier chanoine; mais cette prébende faisait retour à la mense capitulaire. L'abbé de Sainl-Calais en possédait une seconde, et une troisième servait au traitement du suisse et des bedeaux. Quarante seulement restaient effectives. L'abbaye de Saint-Vincent jouit pendant longtemps d'une de ces prébendes qui lui avait été conférée par l'évêque Gervais de Château-du-Loir, à condition qu'un des religieux viendrait célébrer chaque jour h la cathédrale la messe d'06i7, qui se disait après Prime, et que les chanoines auraient droit de sépulture dans ladite abbaye. Mais en 1615, l'abbé de Saint-Vincent, Guillaume Richcr, et sa communauté refusèrent de profiter plus longtemps de la fondation de l'évêque Gervais qu'ils trouvaient trop onéreuse; ils renoncèrent h la prébende et le Chapitre les déchargea de leurs anciennes obligations (i).

Presque toujours, les dignités, doyen, chantre, archidiacres, scolastique, outre leur titre et ses émoluments, possédaient encore une prébende, de sorte que le nombre des chanoines

(l) Dom Piolin, Histoire de VÉglise du Manst t. VI, p. 84.

proprement dits, ou capitulants, resta constamment inférieur au nombre des prébendes.

Une de ces prébendes portait le nom de prébende serve. Elle avait été fondée en 1208, par Jean de La Chapelle, diacre, chanoine de l'église du Mans, qui, considérant que souvent plusieurs offices ne pouvaient être célébrés, notamment la messe pour les morts qui devait se dire tous les jours après l'office de Prime, attendu que très-peu de chanoines se faisaient ordonner prêtres, donne^ pour constituer une nouvelle prébende, la dîme du Breil {de Brolio), avec la grange, qu'il a acquises de Geoffroy du Breil, chevalier, pour la somme de 102 marcs et un palefroi ; plus la grange du Teil {de Tilia), avec le pressoir qu'elle renferme, les terres et vignes qui l'entourent, et un pré aux environs du bois de Montsor, et, en outre, trois arpents de vigne, le tout situé en la paroisse d'Yvré (de Ebriaco). Il entend que la prébende qu'il fonde ainsi, pour remédier à la pénurie de prêtres et aux fâcheuses omissions dans le service divin qui en étaient la suite, ne pourra être conférée qu'à un prêtre, ou à un diacre surle point d'être promu à la prêtrise, lequel sera tenu de résider avec assiduité et de suppléer au défaut des offices et surtout à celui de la messe pour les morts (1).

Plus tard, afin de combler les vides causés dans le Chapitre par Tabsence des chanoines qui étudiaient dans les universités, ou occupaient quelque emploi auprès des rois de France ou des ducs d'Anjou, on créa de nouveaux chanoines placés en sous-ordre comme le précédent. En 1394, sur la demande du Chapitre, le pape Benoît XIII divisa une pré, bende vacante en deux demi-prébendes pour servir à l'entretien de deux chanoines semi-prébendés. Les semi-prébendés devaient être prêtres et assister à toutes les heures canoniales; ils jouissaient par moitié de tous les droits accordés à la prébende, portaient le titre de chanoines, et prenaient

(1) Livre Blanc ^ n» CLI.

place dans les hauts sièges du chœur, mais sans voix délibérative au Chapitre. En 1430, une bulle du pape Eugène IV créa encore deux nouvelles demi-prébendes dont les titulaires se trouvaient dans les mêmes conditions que leurs aînés.

Cette situation d'infériorité et, pour ainsi dire, de vasselage à l'égard de leurs confrères, faite aux quatre chanoines semiprébendés, semble avoir été supportée dans tous les temps par ceux-ci avec une certaine impatience. On rencontre fréquemment dans les délibérations capitulaires des injonctions qui rappellent durement aux semi-prébendés le but de leur institution, en les frappant d amendes et d'autres peines pour désobéissance et, quelquefois, pour insultes graves adressées aux principaux chanoines.

L'évêque disposait pleinement de toutes les prébendes, à l'exception des semi-prébendes qui étaient à la nomination du Chapitre seul. Toutefois, le droit de 1 evêque se trouvait limité par la création de chanoines ad effectum. On appelait ainsi des chanoines nommés directement par le pape dans une cathédrale, en dehors de toute vacance, auxquels appartenait la première prébende libre, et qui pouvaient même obtenir toutes dignités, personnats et offices électifs. Ces créations, au reste, durent être peu fréquentes, car je n'en ai trouvé que deux dans les archives du Chapitre/dont celle de noble bomme Eustache du Bellay, créé par le pape Paul III chanoine ad effectum des églises de Paris et du Mans. Le roi nommait à la première prébende qui devenait vacante à son avènement.

Les anciennes règles ecclésiastiques faisaient descendre jusqu'à quatorze ans la limite inférieure de l'âge oii l'on pouvait posséder un canonicat dans une cathédrale. Au Mans, cette limite fut encore abaissée, car, en 1616, un clerc nommé Drugeon, âgé seulement de treize ans, fut, malgré la résistance du Chapitre, installé comme chanoinedans une des stalles du chœur par le Lieutenant-général et le Procureur du Roi, et jouit paisiblement des fruits de sa prébende ei des distribu-

— jetions manuellCwS. D'après un statut de Tévêque Maurice, approuvé par le cardinal Saint-Ange, légat du pape, en 122o, les chanoines nommés dans ces conditions ne pouvaient siéger dans les stalles hautes du chœur, jusqu a ce qu'ils eussent reçu la prêtrise ; mais ils avaient voix au Chapitre dès l'âge de vingt et un ans, pourvu qu'ils fussent au moins revêtus du sous-diaconat (1).

L'installation et la mise en possession des nouveaux chanoines, avait lieu de la manière indiquée plus haut pour les archidiacres. Le récipiendaire, qui ne devait avoir aucune imperfection corporelle (2), jurait fidélité à l'église du Mans, soumission et obéissance au doyen et au Chapitre, d'observer les statuts et coutumes écrites et non écrites, approuvées ; qu'il n'était engagé dans aucun lien de servage incompatible avec la dignité canoniale ; qu'il était né en légitime mariage, et que l'obtention de ses provisions n'était entachée ni de simonie ni d'aucune convention illicite.

Après sa prise de possession, il n'avait plus, pour jouir de la plénitude de ses droits, qu'à verser certaines sommes entre les mains de l'argentier du Chapitre, et à accomplir sa rigoureuse.

Avant i563, les nouveaux chanoines payaient un droit de chape, montant à 12 livres; ils faisaient, de plus, les frais du repas des Innocents, qui ne fut définitivement aboli qu'en 4644, et dont la dépense était assez considérable; ils contribuaient enfin, dans une large proportion, à la garde et à l'éclairage de la cathédrale la nuit de la fête de saint Julien. En 1563, les contributions déjà assez lourdes, imposées aux chanoines entrants, furent augmentées par décision capitulaire, d'une sommede40écus d'or, destinée à la réparation des pertes de la cathédrale, dont le trésor, comme on sait, avait été pillé parles huguenots l'année précédente. De sorte que tout nou-

(1) Livre Blanc, n» CCXXI et GCLVII.

(2) NuUi gibbosi, claudi, monoculi et alii imperfecti in canonicos recipiuntur.

veau membre versait à peu près, lors de son installation, le montant du revenu d'une année de son canonicat. Cet usage se maintint jusqu'en 1789. Les nouveaux chanoines payaient alors à leur réception 200 livres, et abandonnaient les gros fruits de leur prébende pendant la première année.

En principe, les chanoines devaient desservir personnellement leur prébende, c'est-à-dire assister chaque jour de l'année, au chœur, à toutes les heures canoniales et à la messe capitulaire. Cette assiduité était de droit étroit et nécessaire pour gagner les distributions manuelles et les gros fruits des prébendes. Mais au Mans, comme ailleurs, beaucoup de chanoines cherchaient à se soustraire à une obligation si gênante, et se faisaient accorder des congés sous les prétextes les plus divers et les moins justifiés. Le concile de Trente cherche à contenir cette tendance dans de justes limites, en décidant que tout chanoine pourrait obtenir annuellement trois mois de vacance qui rompraient à plusieurs reprises la monotonie de la vie canoniale. Vers la fin du xvii« siècle, dans l'église du Mans, pour qu'un chanoine prébendé eiît, à la fin de l'année, délivrance des gros fruits de sa prébende, les statuts du Chapitre voulaient qu'on examinât les jours de sa résidence aux heures canoniales, et que s'il i/y avait pas assisté au moins Tespacede huit mois en tout pendant l'année, il fût totalement privé des revenus de sa prébende (i).

Mais ce statut ne s'appliquait pas à la première année de résidence des chanoines. Us étaient astreints à faire une résidence non interrompue pendant huit mois consécutifs, ou trente-deux semaines au moins, en assistant chaque jour à toutes les heures canoniales. Cela s'appelait, pour le nouveau chanoine, faire la rigoureuse.

Anciennement, la rigoureuse devait commencer au chapitre général de juillet, et se terminer k celui de la Saint- Pierre. Mais en 1630, il fut décidé que les nouveaux cha-

(i) Manuscrit du cabinet de M. Tabbé Esnault, pi 121.

noines ponrraient la commencer en tout temps. Elle ne devait être interrompue que pour cause de maladie dûment constatée par un médecin; autrement, il fallait la recommencer. Le 4 juillet 1530, le Chapitre reçut des lettres du roi François I^*" et de Louise de Savoie, en faveur d'un M. Hamelin, chanoine, premier aumônier du roi, qui voulait, bien qu'absent, jouir des revenus de sa prébende. On examine les registres et on répond que le Chapitre ne peut accéder aux désirs du roi et de la reine mère à cause du statut de Tévêque Hamelin, confirmé par le Saint-Siège, dont ce chanoine ne peut être dispensé, n'ayant pas fait sa première résidence de huit mois ou trente-deux semaines. , Un siècle plus tard, il y avait avec la rigoureuse des accommodements, car l'auteur du Roman comique^ reçu chanoine le d3 décembre 1636, put jouir des fruits de son canonicat et le résigner sans s'être jamais soumis à cette dure prescription des statuts. En 1784, le baron Louis jouit de la même immunité, et fut exempté de toutes les obligations imposées aux nouveaux chanoines (1).

Dès qu'un chanoine arrivait à l'âge de soixante ans, il était dispensé de l'assistance aux Matines, c'est-à-dire de la partie la plus pénible de ses devoirs religieux, surtout dans la mauvaise saison. Le Chapitre accordait cette dispense sur la demande de l'intéressé.

Les congés étaient aussi accordés par le Chapitre. L'impétrant continuait ordinairement de jouir de tous les fruits de sa prébende, excepté du pain du Chapitre.

Un certain nombre de maisons appartenant au Chapitre et situées dans les environs de la cathédrale, étaient spécialement affectées par les statuts à la demeure des chanoines, qui les occupaient ordinairement à leur vie canoniale, et en versaient le loyer annuel entre les mains de l'argentier. Si Tune de ces maisons canoniales devenait vacante par décès ou

(1) Dom Piolin, Histoire de l'Eglise du Mans, tome VI, page 563.

par démission, les ctianoines qui désiraient l'obtenir, avaient trente jours pour le déclarer au secrétaire du Chapitre, qui recevait leurs soumissions jusqu'au premier son de la cloche de Tierce du trentième jour, moment où les enchères étaient irrévocablement closes. Le secrétaire pouvait faire connaître à chacun les mises h prix déjà faites, mais devait taire les noms des enchérisseurs. La maison canoniale restait au plus offrant, qui fournissait caution de payer le loyer et de satisfaire aux réparations. Ces précautions minutieuses avaient été prises pour éviter les querelles et les inimitiés que la licitation des maisons canoniales faisait naître auparavant parmi les chanoines (i).

Le costume des chanoines, en temps ordinaire et en dehors des offices, ne différait en rien de celui des autres membres du clergé séculier. Mais, dans les fêtes solennelles, ils portaient la soutane violette, et cet usage datait de fort loin. Dès 1574, en effet, le Chapitre prétendait être en possession immémoriale de porter des robes de pourpre, rouges et d autres bleues et violettes. Quant à la forme des vêtements, elle varia souvent et ne fut pas toujours conforme à la gravité de l'état ecclésiastique, particulièrement dans les temps de désordres et d'anarchie sociale qui ne furent que trop fréquents. Le Chapitre réprimait alors par des statuts les tentatives de changement dans le costume de ses membres. En 1539, il défend aux chanoines et aux membres du bas-chœur « de porter robes dont les manches sont par le haut plyées, froncées, eslevées, rembourées, bouffées, en sorte que elles se eslèvent au-dessus des espaulles, vers le coul, dont il s'ensuyt difformité.» Deux années auparavant, il avait déjà défendu aux chanoines, aux membres du bas-chœur et aux prêtres des églises relevant de sa juridiction, de porter des vêtements

(1) Ad tollendum odia quœ inler concanonicos ex Uciialione domovum fwslrarum canonialium vaccantium passent verisimiliter provenirey sicut relrolapsis temporibus m'pius 7wvimus provenire, sLatuimus quod quando seu guoliens

qui ne fussent pas conformes aux prescriptions canoniques et aux statuts et, particulièrement, des chaussures couvertes de velours {caligœ bouffantes). Ces prescriptions rencontrèrent parfois de la résistance, surtout de la part des chanoines les plus jeunes, à peine entrés dans les ordres, et qui conservaient sous l'aumusse les affections et les allures mondaines(l).

Jusqu'en 1778, c'est-à-dire à la veille de la ruine du Chapitre, le costume des chanoines ne comprit ni le rochet ni la mosette, réservés au costume épiscopal. Ce fut Tévêque de Grimaldi qui permit aux chanoines de porter ces ornements et compléta ainsi le costume canonial.

Possessions et régime économique.

Possessions. Origines de propriété. — Dans les premiers temps de TÉglise, les chapitres n'étaient autre chose que des sociétés de prêtres, de diacres et d'autres ministres établis comme conseillers, assesseurs et coadjuteurs des évêques pour les seconder et les soulager dans leur vaste et pesante administration. L'évêque déléguait les plus capables dans les églises de la ville et de la campagne, pour y administrer les sacrements; d'autres pour visiter son diocèse, et, sous son autorité, y réformer et corriger les abus. Il les rappelait ensuite à sa volonté près de sa personne, et les faisait rentrer dans le collège dont il était le chef, et qui porta longtemps le nom de Preshyterium.

Selon l'expression des auteurs ecclésiastiques, l'évêque et son clergé n'avaient tous alors qu'un cœur et qu'une âme; il n'y avait entre eux rien de particulier, de propre, et le tien et le mien étaient inconnus, toutes choses étant en commun entre l'évêque et le Preshyterium, Les oblations des fidèles,

(1) Archives déparlementaîeSi G-19.

les dîmes, les héritages, les droits épiscopaux, les honoraires des prêtres et des autres ministres étaient confondus dans la communauté, recueillis par des prévôts ou trésoriers, régis et administrés par des économes (1). Tel fut certainement l'état du Chapitre du Mans sous saint Julien et ses premiers successeurs.

La communauté de biens avait pour conséquence naturelle la communauté de vie. Tous les clercs de la cité épiscopale habitaient donc sous le même toit, et vivaient en commun avec le prélat. Mais une telle discipline imposée à une corporation qui avait tant de points de contact avec la société civile, ne pouvait se maintenir indépendante des changements de celte société. Or, sous les Mérovingiens, la race conquérante, non encore fixée au sol, entretint par son humeur violente, ses déprédations, ses fluctuations sans cesse renouvelées, une agitation perpétuelle dans la société du temps ; principe dissolvant auquel nulle institution ne pouvait résister. La vie commune des chanoines y succomba et, dès le viii® siècle, elle avait complètement disparu, du moins dans l'église du Mans.

Plusieurs évêques, saint Aldric, Gervais de Château-du- Loir, Hildebert tentèrent de rétablir la vie commune powni les chanoines ; mais leurs efforts n'eurent que des succès éphémères. Le premier fit construire, dans ce but, un cloître d'une grandeur et d'une magnificence remarquables, qui s'étendait, croit-on, depuis la rue du Doyenné jusqu'à celle des Chanoines (2). Les chanoines y vécurent quelque temps en suivant la règle de saint Chrodegang, évêque de Metz; mais, à la fin du x*^ siècle, ils étaient de nouveau dispersés, et le cloitre détruit. Par les soins de Gervais et grâce à sa munificence (3), une habitation splendide remplaça le cloître, et Hildebert put ramener encore une fois momentanément les

(1) Manuscrit du cabinet de Tabbé Esnault, p. 70.

(2) Dom Piolin, Histoire de L'Église du Mans.i. II, p. 134.

(3) Livre Blanc, n" CLXXVII.

membres du Chapitre à l'antique discipline. Cette tentative fut la dernière; les chanoines, entraînés par une pente insensible, abandonnèrent leurs anciennes règles, et, sousTevêque Hanrielin (1190-4214), le Chapitre adopta la forme qu'il a toujours conservée depuis. Les possessions et les revenus de l'église du Mans furent divisés en deux jpaj;ts attribuées, la première à l'évêque, sous le nom de mense épiscopale, et la seconde aux chanoines, sous le titre de mense capitulaire.

Il ne faut pas entendre, toutefois, que les biens de l'église du Mans fussent restés absolument indivis jusqu'à cette époque. Des partitions accidentelles avaient dû être faites précédemment selon les vicissitudes de la vie commune des chanoines. Dom Piolin désigne (1) six bourgs canoniaux, c'est-à-dire appartenant au Chapitre, et six autres dont la seigneurie se partageait entre celui-ci et le fisc royal, dans la seconde moitié du viii^ siècle. L'évêque Francon (793-816) affecte les domaines d'Asnières, de La Mue et d'Épiers à l'entretien de ses chanoines, villas très ex suo episcopio, id est Asinarias et Speltœrias, sive Mantulam ad eorum stipendium dédit (2). Une charte-pancarte accordée aux chanoines par Charlemagne, en Tannée 802, contient l'énumération de possessions nombreuses qui paraissent appartenir en propre au Chapitre (3). Enfin l'évêque Gervais de Châteaudu-Loir donna {delegavi vestris siimptibus) aux chanoines la moitié des droits d'autel de la cathédrale, toutes les dîmes, les cens appartenant à la même église, la métairie de Benais (Gué-Bernisson), l'église de Parigné-l'Évêque et d'autres possessions au Mans et dans les environs (4).

Nous ne pouvons guère, actuellement, avoir une idée exacie de la valeur et du rendement des biens possédés par l'église

(1) Dom Piolin, Histoire de l'Église du Mans, t. II, p. 39.

(2) Analect., p. 203.

(3) Vetera anal, t. III, p. 26:2. — Cauvin, Géog. du diocèse du Mans. Instrumenta, p. L.

(4) Livre Blanc, ro GLXXVII.

du Mans sous la première et sous la seconde race ; mais il es* permis d'aflirmer que ses richesses territoriales étaient énormes. Sans appauvrir sensiblement son église, sain; Domnole pouvait en détacher le domaine de Canon (1) qu forme aujourd'hui la paroisse de Goulongé (2), pour le donnei cum agris, silvis^ pratis^ pascuis^ aquis^ aquarumve decursibus et mancipiis, à l'abbaye d^ Saint-Vincent qu'il avai. fondée. Il fallait d'ailleurs que ces biens fussent en rapport avec les besoins auxquels ils devaient faire face. Or, sous l'épiscopat de saint Aldric, le clergé tant séculier que réguliei de la ville du Mans se composait certainement de plus de deux cents clercs qui vivaient des revenus de l'église (3). Aux dépenses occasionnées par ce nombreux personnel, venaien* s'ajouter celles que nécessitait l'entretien des pauvres inscrits sur les matricules et, enfin, les frais du culte, d'entretien et de restauration des églises.

L'église du Mans tenait ses vastes possessions de la pieuse générosité des rois, des particuliers et surtout de ses évêques. Saint Domnole, saint Bertrand, saint Lonégésille, Hadoin, Bérairell, Herlemond, enrichirent à l'envi leur église et lui léguèrent, dans le Maine et les contrées environnantes, et même jusqu'en Aquitaine, des domaines considérable?.

Malheureusement, dans ces temps de violences, de trouble? et de confusion, où la société n'était pas encore assise, le clergé ne pouvait jouir en paix de ses richesses. Les convoitises des leudes, aiguillonnées par Charles-Martel, ne laissèrent au clergé ni repos ni trêve. Ses biens furent envahis effrontément par les puissants du jour, dont la barbarie et l'ardeur de rapine se jouaient également de l'équité et des censures ecclésiastiques. Grêlait alors, comme toujours, la lulte éternelle et éternellement odieuse du fait brutal contre l'idée, de la barbarie contre la civilisation, de la force contre le droit,

(1) Vetera anal, t. III, p. 2o2.

(2) Cauvin, Géographie du diocèse du Mans, p. 103.

(3) Dom Piolin, Histoire de l'Église du Maiis, t. II, p. 199.

lutte qui ne s'apaisa momentanément sous Charleraagne et Louis le Débonnaire, que pour renaître aussi longue et plus désastreuse avec les invasions normandes.

Le xi^ siècle ouvre pour notre église une ère d'apaisement et de réparation, malgré les atteintes fréquentes que ses droits eurent encore à subir. Le domaine du Chapitre se constitua alors tel qu il devait exister, sauf quelques modifications, jusqu'à la Révolution. Il comprenait, avant l'an 1200, labaronnie de Courgenard, léguée par Tévêque Mainard avec un certain nombre de domaines, de métairies et de prairies énumérées dans son testament; de plus, la châtellenie de Gonnerré (1), — la châtellenie d'Assé-le-Bérenger donnée par Geoffroy fils de Burcard de Brûlon (2) , — les seigneuries d'Allonnes (3) , — Asnières (4), — Boessé-le-Sec (5), — La Bosse, — La Ghapelle-Saint-Aubin (6), — Saint- Georges-du-Plain (7), — Grazay (8), — Gréez (9), — Laignéen-Belin (10), — Lamnay (11), — Maurane (12), — Montenay (13), — Montrenault (14), — Mulsanne (15), — Parigné-l'Évêque (16), — Pruillé-le-Gaudin (17) - et Saint- Quentin (18).

(1) Livre Blanc, CXX.

(2) Livre Blanc, CXII. — Anal,, 30S.

(3) Anal, 312.

(4) Anal, 293.

(5) Livre Blanc, ii« CXX.

(6) Anal, 305.

(7) Anal, 319.

(8) Anal, 323.

(9) Livre blanc, vfl CXX.

(10) Anal, 305.

(11) Livre Blanc, no CXX.

(12) Livre Blanc, n» CXX.

(13) Anal, 261, 293.

(14) Anal, 261, 293.

(15) Anal, 303, 306.

(16) Anal, 306.

(17) Livre Blanc, no CXVIII.

(18) ^na/., 319.

Vers ce même temps, beaucoup d'autres biens, droits et indemnités furent concédés au Chapitre. Guillaume le Conquérant déclara exempts de toute redevance les biens du Chapitre situés dans la quinte du Mans, in eleemosinam et restaurationem illorum dampnorum que per me et propter me passi sunt canonici Sancti-Juliani (1). Le comte Hélie exemple les possessions canoniales, dans l'étendue du comté du Maine, de toute coutume, exaction, diablage, etc., excepté l^s amendes en cas d'incendie et de rapt. A l'occasion de la dédicace de l'église cathédrale, reconstruite sous l'épiscopat d'Hildebcrt, qui eut lieu le dimanche de l'octave de Pâques, l'an 1120, le comte Foulques créa au Mans une foire de trois jours pour chaque anniversaire de cette fête, et céda au Chapitre tous les droits, coutumes et amendes à percevoir dans la ville et les faubourgs pendant ces trois jours, ne retenant que le cas où il y aurait effusion de sang. Geoffroy Plantagonet accorda au Chapitre la propriété des fossés et retranchements établis depuis le Mont-Barbet jusqu'à l'église Saint-Ouen (2) ; Gui II de Laval leur rendit les droits d'autel sur toutes les terres relevant de son château de Laval, droits qui lui avaient été donnés par son beau-frère, Tévêque Gervais (3). Guillaume de Passavant détermina eUfixa les droits des chanoines sur les paroisses de Courgenard et de Cormes (4), et leur donna les églises de Charné, du Grès, de Horps, de Nogent-le-Bernard, de Pruillé-le-Gaudin, de Coulans et du Breil, ainsi que la moitié des églises de Sainte- Trinité de Laval, de Saint-Mars-d'Oulillé, d'Ancinnes et de Longues qu'il était parvenu à retirer des mains des laïques (5) , Le comte Hugues fils d'Azon exempta aussi de toute redevance le cloître de l'église et le domaine de la Mue (Mantula)

(1) Livre Blanc^ n° I.

(2) Livre Blanc, n» CXIX.

(3) Livre Blanc, w CLXXXIII.

(4) Livre Blanc, no XXVII.

(5) Livre Blanc, no CXXIl.

en Sainl-Aubin, pro restauratîone dampnorum que michi {Hoëllo^ episcopo) injustissime, quorumdam pravis persuasionibus^ intulerat {{). ■

A cette liste, on peut encore ajouter, pour le xii® siècle, Barthélémy de Milesse qui rendit au Chapitre les dîmes de Neuville-sur-Sarthe (2); — Maurice de Bellême, surnommé Le Breton (3); — Foulques, clerc, qui légua aux chanoines son fief de Neuville-sur-Sarthe, du consentement de Herbert de La Guierche, son suzerain ; — Guillaume de Saint-Marceau et Gui de Cortollen (4), — l'archidiacre Eustache, qui fonda une prébende dans la cathédrale et la dota très-richement (5); — Tarchidiacre G.., qui fit réparer k ses frais les maisons du Chapitre détruites par l'incendie dans l'assaut donné au Mans, en 1189, par Philippe-Auguste, cum Philippus, rex Francorum, una cum R. tune comité Pictaviensium,, fines nostros, peccatis nostris exigentibus^ cum exercitu irrupisset et suburbium nostrum totum in circuitu lacrimabile pervasisset incendium (6) ; — enfin l'infortuné Arthur de Bretagne qui donna une rente de 10 livres, monnaie d'Anjou, assise sur le barrage du Mans, pour fonder l'anniversaire de Geoffroy, son père (7).

Pendant le xiii^ siècle, des bienfaiteurs non moins nombreux augmentèrent encore par leurs dons les biens du Chapitre que Jean, comte de Nevers, et Geoffroy III, comte du Perche, prirent sous leur protection, vers 1203 (8). Gui de Laval abandonna au Chapitre tous les droits de procuration qu'il pouvait prétendre sur le bourg d'Asnières (9). Henri d'Avaugour,

(1) Livre Blanc, CLXXVIII.

(2) Livre Blanc, n° XLVII.

(3) Livre Blanc, n»* LXXXV, CCCCXVIII, CCCCXIX et DCLH.

(4) Livre Blanc, n^s XLV et XLYI.

(5) Livre Blanc, CLVIII.

(6) Livre Blanc, n° LXX.

(7) Livre Blanc, n» IX.

(8) Livre Blanc, nos XXII, XXIII, XXV, DXXXVI et passim. (9 Bibliothèque nationale. Fonds Latin, Ms., 17754, 57

seigneur de Mayenne, renonce à tout droit de seigneurie sur la dîme d'Ambrières, rachetée par le Chapitre de Guillaume Géré, chevalier (i). Rolrou le Jeune, seigneur de Monifort, sur le point de partir pour Jérusalem, vint faire amende honorable au Chapitre pour une agression injuste contre les cimetières de Gréez et de Saint-Quentin, et en garantit la possession paisible aux chanoines (2). L'évêque Hamelin leur légua de grands biens pour la fondation de son anniversaire (3), et fit constater les droits du Chapitre sur les abbayes de La Pélice et du Gué-de-Launay. L'évêque Nicolas, successeur de Hamelin, donna au Chapitre la présentation de l'église de Saint-Denis-de-Gastines, et lui confirma la possession de ses dîmes, à Cormes (4); Guillaume Bureau, évéque d'Avranches, né à Outillé, fit aussi plusieurs largesses à la cathédrale (5). Le doyen Azon donne au Chapitre, pour la célébration de son anniversaire, une dîme de blé et devin qu'il possédait à Beauraont-Pied-de-Bœuf, au doyenné de Sablé, que les chanoines affermèrent à Regnauli de Buaret pour 4 livres tournois de loyer annuel (6). Pierre I", comte de Vendôme, lui confirma la propriété des dîmes de Fontaines, qu'il avait retirées des mains de Guillaume du Ranchier ^7). Par reconnaissance pour les services qu'ilcn avait reçus (co/Za^c micvit libcralitatis gratie nonimynemor), Guillaume, seigneur de Sillé, assura au Chapitre une rente de 100 sous tournois assise sur la prévôté de Sillé (8). L'évêque Guillaume Roland lui abandonne tous ses droits sur l'église de Sargé (9) ; Patrice de Chaources, chevalier, seigneur de Brùlon, vend au Chapitre une rente

(1) Ribliothêque nationale. Fonds Latin, n» 17754, n' 41.

(2) Livre Blanc, n» XXVI.

(3) Livre Blanc, n»» LXVI, XCVII el XCIX.

(4) Livre Blanc, no» XXX, CLllI et CLIV.

(5) Livre Blanc, n" CLXVIII et CLXIX.

(6) Bibliothèque nationale. Fonds latin, Ms. n» 17754, u» 15.

(7) Livre Blanc, DCXCVII.

(8) Livre Blanc, n» CCLXXX.

(9) Livre Blanc, n» CCL.

annuelle de 20 livres, pour le prix de 220 livres tournois (1).

Il serait trop long et peu intéressant d'épuiser la liste des particuliers, chanoines, chevaliers, artisans qui, à l'époque précitée, augmentèrent par leur générosité les ressources de l'église cathédrale, et dont les nonfis sont relatés dans le cartulaire du Chapitre. Nous pensons qu'il suffit de ce qui précède pour faire connaître l'origine de propriété du domaine temporel des chanoines, et de quelle manière il se constitua pendant les xi®, xu® et xiii^ siècles.

La lecture des monuments écrits qui relatent ces dons, peut donner matière à de nombreuses observations sur l'état de la société du temps. Bornons-nous à relever les plus importaates.

Depuis les temps mérovingiens, un travail social d'une immense portée s'est accompli. La richesse publique a reçu de profondes modifications^ et n'est plus tout entière dans le sol. Elle a commencé à se mobiliser et avec elle la fortune privée. Autrefois, le Chapitre recevait en don de vastes domaines, presque des territoires, avec les colons et les troupeaux qui les peuplaient; à l'époque où nous sommes arrivés, les libéralités qui lui sont faites consistent en sommes d'argent, en rentes, en redevances, en dîmes. La nature de ces dons révèle clairement la révolution qui s'est opérée dans la constitution de la propriété. Ce nouvel état de choses a multiplié les transactions et les intérêts, qui sont entourés de plus de garanties et ont acquis une stabilité longtemps inconnue.

Quelques-uns de ces dons sont faits à titre purement gratuit (2), mais ce sont les moins nombreux. Dans la majorité des cas, les chanoines remboursent en argent, sinon la totalité, au moins une partie de la valeur des biens qui leur sont cédés.

Au XIII'' siècle, les exigences du luxe, les guerres et les

(1) Bibliothèque nationale. Fonds latin. Ms., n^^ 17754, n» 41.

(2) Livre blanc, nos LXXIII, LXXIV, LXXV et passim.

expéditions lointaines commencent à obérer les fortunes seigneuriales. Les revenus du chevalier ne suffisent plus à ses dépenses, et il est obligé de chercher un supplément de ressources dans l'aliénation de quelques-uns de ses domaines. Ainsi peut s'expliquer le nombre considérable de transactions passées entre les chanoines et des membres de la noblesse, décorés presque tous du titre de chevalier. Le Chapitre ne pouvait subir les mêmes entraînements; il administrait ses revenus avec sagesse et prévoyance, et pouvait disposer de ses économies pour faire des prêts notables hypothéqués sur des fonds de terre dont il finissait presque toujours par rester propriétaire.

Dans le nombre des contrats d'achat pur et simple, on en trouve quelques-uns dont les stipulations semblent dénoter chez le vendeur, le désir de cacher à son voisinage l'aliénation qu'il fait d'une partie de ses biens. Il vend sa propriété et en reçoit le prix en argent, mais il en conserve la jouissance à charge de payer au Chapitre une rente annuelle. Son amourpropre se trouve ainsi à l'abri, puisqu'en apparence la propriété n'a pas changé de mains.

Tous les actes ont été dressés exclusivement par des officiers ecclésiastiques, qui sont l'official du Mans, les doyens de chaque doyenné et, très-rarement, le doyen du Chapitre ou le chantre.

Par ces divers achats, les chanoines ne faisaient souvent que rentrer en la possession de biens, de dîmes surtout qui leur avaient appartenu jadis, et dont ils avaient été dépouillés dans des temps de troubles. Mais, bien que pressés parles remords de leur conscience, les détenteurs ne restituent jamais gratuitement et exigent des sommes considérables pour conformer leur conduite à l'équité (1).

Les violences exercées contre les ecclésiastiques et les spoliait) LivreBlanCy D0.CIX, CLXXII, CLXXIII, CLXXIV.CLXXV, CLXXVl, CLXXXV et passim.

ions de biens ont beaucoup diminué dans les temps qui nous occupent, du xi« au xiii^ siècle. Cependant elles ne sont pas encore devenues si rares qu'il n'en soit question dans les actes du concile de Château-Gonthier (1231); et on en rencontre quelques exemples dans le Lfure^/anc. La Charte n° CCLXVIl nous apprend que l'archidiacre de Château-du-Loir fut insulté gravement par un certain Morel de Pauver qui, en réparation de son méfait, abandonna à l'église cathédrale une rente annuellede 23 livres mansaises(l). Le chevalier Guillaume de Coulans ayant voulu ravir au Chapitre le patronage de l'église de Coulans, fut condamné par les commissaires pontificaux chargés de juger cette affaire, et ensuite excommunié par le Chapitre. Cette double sentence ne lui fit pas lâcher prise, car dix ans plus tard, Tévêque Maurice confirma l'excommunication dont avait été frappé ce chevalier obstiné, qui finit, cependant, par reconnaître et confesser sa faute et en obtenir l'absolution (2). Liziard de Poillé, vassal du Chapitre à raison du fief d'Asnières qui lui avait été inféodé, voulut s'affranchir de la suzeraineté des chanoines et fit naître une contestation qui allait aboutir en duel judiciaire, lorsque révêque Geoffroy intervint entre les parties et provoqua un arrangement. Liziard se désista de tous ses prétendus droits, et le Chapitre le tint quitte de tout ce qu'il pouvait lui devoir (3).

Un autre seigneur laïque, le chevalier Herbert de Belin, prétendait à tous les droits de coutume sur le fief du Chapitre au faubourg Saint-Vincent du Mans ; il n'abandonna ses prétentions qu'au prix de 3 marcs d'argent que lui payèrent les chanoines parle conseil de l'évêque d'Angers, Michel de Villoiseau (4).

Pour rentrer en possession de ses biens, ou se maintenir simplement dans la jouissance de ceux qu'il avait conservés,

(1) Environ 4,660 francs actuels.

(-2) Livre Blanc, nos CXXYI et CXXVIÎ.

(3) Livre Blanc, n» CXCV.

(4) Livre Blanc, CCCCXXXIII.

le Chapitre était obligé de faire preuve de vigueur, et même de soumettre son droit aux formes violentes de la procédure du temps, qui étaient si peu sympathiques à l'esprit de l'Église. Il fut aidé dans cette tâche difficile par ses évêques, par quelques seigneurs puissants et, enfin, par le Saint-Siège, qui répondit toujours aux demandes d'intervention que lui adressèrent les chanoines, et leur accorda constamment aide et protection (1).

A partir de la fin du xiii* siècle, la charité paraît se refroidir à l'égard de l'église cathédrale. Le Martyrologe et le Livre Rouge mentionnent encore des dons faits au Chapitre, mais qui ne sont plus ni aussi importants, ni aussi nombreux que dans les siècles précédents. La plus considérable de ces donations lui fut faite par le roi Charles VL En 1392, ce prince allant venger sur le duc de Bretagne, Jean IV, le meurtre du connétable de Clisson, passa, comme on le sait, par Le Mans. 11 fonda dans la cathédrale une messe basse quotidienne pour le salut de son âme et de colles de ses prédécesseurs et successeurs, rois de France, laquelle devait être célébrée à l'issue des Matines ; et, à cet effet, donna au Chapitre une rente annuelle de 100 livres tournois (2). Quinze ans plus tard, au mois d'avril 1407, il lui accorda, pour sûreté de celle rente, la terre de Connerré, la métairie de Villepéan, avec des cens, tailles et rentes â Villetrion, au diocèse de Chartres, les bois de La Charmoye, la terre de La Bosse et la métairie de La Vallée, « avecque toutes les appartenances et appendances quelconques d'icelles terres, tant en mestairies, bourdaiges, cens, renies, tailles, hommages, garennes, justices, seignories, espaves et coustumes, et tous aultres droiz féodaulx et autres, prez, boys, four banier et aullres chouses quelconques. » Ces biens ne dépendaient pas du domaine royal et avaient été achetés de Bouchard de Cour-

Ci) Livre Blanc, no« XVI, LIV, LVI, LXXVII, XCI, CXXXVIII, DCXX, DCLIV, DCLV, DCLVJ et passim.

(2) 4,938 fr. 53 environ.

temblay, par ordre du Roi, en vue d'en faire don au Chapitre (1).

Louis de Bourbon, comte de Glermont, fit paraître ses sentiments de dévotion à saint Julien, en se déclarant, lui et ses successeurs, hommes de foi du corps de Monsieur saint Julien, sans entendre cependant que lui ni eux fussent vassaux de l'église ou du Chapitre. Comme signe de cette vassalité, il s'engagea, pour lui et ses descendants, à présenter tous les ans, ou à faire présenter par procureur cinq florins de rente devant le grand autel de la cathédrale, et à baiser la châsse où reposaient les reliques du saint; il voulut, de plus, qu'à chaque mutation, le nouveau duc de Bourbon vînt en personne dans l'an payer cette redevance, et qu'il y joignît les frais de son voyage s'il la faisait payer par procureur. Le même duc fonda, en outre, divers services religieux dans notre église, pour raison desquels il fit don d'une rente de 90 livres tournois hypothéquée sur tous ses biens, et spécialement sur son duché de Bourbonnais (2).

D'un autre côté, le Chapitre continua de faire de loin en loin quelques acquisitions. Il acheta de Brisegault des Arglantiers, seigneur d'Ayron et de Possay, les fiefs de La Jarriaye, de La Mercerie, de Loupendu, de La Poissonnaye, de Gui-Louveau, de La Pichonnaie, de La Gendrière, de La Gouduflère, de La Guérinière et de La Rousselinière, pour la somme de 300 livres tournois (1511); le domaine et appartenances de La Benecillaye et le bordage du Château-Cuiller, enMontenay (1523-1551) ; le domaine de Pain-Perdu et celui de La Thiberdière, situés, le premier, paroisse du Pré, et le second à Sainte-Croix-lez-le-Mans (1558), et le lieu de La Vincendière, à Connée (1603) (3).

Mais ces donations et ces acquisitions ne pouvaient com-

(1) Archives départementales^ G-13.

(2) Pesche, Dictionn. topographique, historique et statist. de la Sarthe t. III, p. 322.

(3) Archives départementales, G-U.

penser les pertes énormes essuyées par le Chapitre h l'époque des guerres de religion. Tandis que les protestants saccageaient la cathédrale et détruisaient en un seul jour les trésors qu'y avait accumulés pendant des siècles la piété des fidèles, la Cour forçait les chanoines à se dépouiller du quart du temporel qui leur restait encore, et le domaine de la Mue était mis à l'encan, comme le reste, par le sénéchal du Maine (1). En 1577, le Chapitré, déjà épuisé par les contributions qu'on lui avait demandées pour soutenir la quatrième guerre civile (1572-d 573), est contraint, pour satisfaire aux nouvelles exigences du gouvernement, d'aliéner la terre, fief domaine, seigneurie et moulins de Connerré, l'une de ses plus belles propriétés. Pendant ce temps, des particuliers profitaient de la confusion générale pour s'emparer des terres des chanoines. Dès que la guerre civile commença à s'apaiser, ceux-ci entreprirent de retirer ces biens des mains des ravisseurs et adressèrent (1594) une requête à Henri ÏV. Malgré tous leurs efforts, ils ne recouvrèrent jamais tout ce qui leur avait été enlevé et, de ce chef encore, le temporel du Chapitre fut notablement amoindri.

Ces spoliations furent les dernières que les chanoines eurent à subir,et leur domaine resta sans variations bien sensibles jusqu'à la Révolution, sauf quelques acquisitions faites de loin en loin et dont la plus importante fut celle de la seigneurie du Bourgneuf, en Jublains (Mayenne). Elle avait été saisie judiciairement sur Philippe de Bouille, comte de Créances, seigneur d'Arqucnay, Maisoncelles et autres lieux, pour une dette de 23,400 livres, contractée par lui envers Gédéon de Chévré, et l'adjudication eut lieu aux Requêtes du Palais, à Paris, le 19 septembre 1682, au profit du Chapitre, qui la paya 44,100 livres, ou environ 280,000 francs de monnaie actuelle (2).

(1) Dom Piolin, Histoire de l'Église du Mans, t. V, p. 478.

(2) Archives du Chapitre, B-93.

Voici maintenant la nomenclature, par paroisses, de tous les biens, tels que seigneuries, fermes, bordages, maisons, moulins, vignes, terres détachées, dîmes, cens et rentes, composant en 1789 le domaine du Chapitre, avec l'indication du revenu qu'ils produisaient.

Paroisse du Crucifix.

La cathédrale et bâtiments accessoires, savoir : le trésor ou chartrier, l'auditoire de la juridiction, les prisons et la maison de la geôle, occupée par le sonneur ; les maison, cour et jardin de la Forge, occupés par le suisse; le magasin de matériaux destinés aux réparations, nommé la Sablière ; la boutique du brodeur ;

le tout ne produisant aucun revenu.

Diverses maisons et treize boutiques situées Liv. s. D.

sur la place du Cloître, le tout loué 386 6 6

LesmaisonsduBon-Conseil, Neuve du Cloître, du coin de la rue des Chanoines, de l'Argentier

et de la Petite-Macre, non canoniales, louées. . 655 15 8

Les maisons canoniales suivantes : de la Macre,

occupée par M. de Beaurepaire 468 15 »

Du Volier, affermée à M. Perrier 376 10 »

Basse du Volier, canoniale, affermée à M. l'abbé

Royer, chanoine 279 10 »

De Saint-René, occupée par M. Savare chanoine 600 » »

De Notre-Dame, louée à M. de Sagey 675 » »

De Saint-Martin, louée à M. Dugast, chanoine. 430 » »>

De Saint-Gervais, à M. Bazoge, chanoine. . . . 166 12 »

De Saint-Protais, à M. Trotté, chanoine 368 15 »

De Saint-Sébastien, louée 215 » »

De Saint- Alexis, affermée à M. Pillon, chanoine 548 5 »

De Saint-Christophe, à M. Huet, id 215 » »

Seconde de Saint-Christophe, à M. Coupvent,

chanoine 430 » »

A reporter 5.815 9 2

Report 5.815 9 2

De Saint-Pierre, à M. Savare 483 15 »

De Saint-Paul, à M. Cellier 161 3 »

De Saint-Jacques, à M. Lecomte 209 15 »

De Sainte-Agathe, louée 161 5 »

De Saint-Gatien, affermée à M. Chevallier, receveur du Chapitre 139 15 »

Petite de Saint-Gatien 116 12 »

De la Madeleine 280 » »

De la Basse-Poterne 213 » »

De la Haute-Poterne, à M. d'Andrieux, chanoine 268 13 0

Du Grabatoire, à M. Fay, chanoine 300 » d

Du Pavillon, seconde du Grabatoire, à M. de la

Briffe 292 » »

Grande des Morets, à M. Paillé, chantre 537 10 »

Petite des Morets, à M. de Taradeau 374 2 »

Peinte, à M. Berlhelot-Dugage, chanoine. . . . 322 10 » De devant l'Auditoire, à M. Le Cointre, chanoine 403 2 6

De Saint-Berirand, à M. Herpailler,chanoine. 645 » »

De Sainte-Catherine, à M. Huet, chanoine. . . 445 » »

De la Voûte, à M. Duperrier 430 » »

De devant les Ardents 150 » »

Rentes diverses assises sur des maisons situées dans ladite paroisse du Cruclix 344 8 8

Deux maisons dont la jouissance est abandonnée au grand sacriste, en payement de ses honoraires, et les caves du Chapitre; non affermées. Mémoire.

Paroisse de Saint-Vincent.

Le bordage de Prémarline, affermé 153 15 »

Les prés des Trois-Maillels 517 12 6

Les maisons, jardin, terre et vignes des Mail-

els 311 15 »

Le lieu du Ri dard et vignes en dépendant. . . 500 » »

A reporter 13.576 2 10

Report 13.576 2 10

Les trois maisons de la Croix-de-Pierre. .... 722 8 »

Le jardin de la Tarasse 30 d »

Trois maisons et une boutique 377 A »

Douze quartiers de vigne situés, en majeure

partie, au clos de Charbonnière et de l'Épine ... 153 » » La dîme de la Croix- de-Pierre, d'Isaac et de

Bourdelle 512 10 «

Le lieu de Charbonnière 306 7 6

Le champ de Torcé, lesprébendelles desPon-

ceaux, duMorier, d'Écorchevillain, des Chande-

lets, de Banjan, d'Isaac, du Friloux, du Portail,

de Bel- Air 630 11 6

Terres volantes, et rentes assises sur divers

héritages 1.507 13 4

Paroisse de Saint-Ouen.

Jardin et maison près les Cordeliers 299 5 »

Quinze quartiers de vigne au clos de l'An-

douillerie 158 18 »

Rente due par les Prêtres de l'Oratoire » 10 »

Paroisse de Gour daine.

Quatre maisons, dont deux près la Fontaine-

Habert 389 10 »

^ Le moulin Maigret , 358 15 »

- Le moulin Gervais , 335 15 »

^ Le moulin Renard 358 15 »

^ Le moulin Louvet 256 5 »

Un pré et diverses rentes foncières 15911 »

Paroisse de la Couture.

La ferme de Sable 1.209 10 »

• Droit de pêche sur la rivière d'Huisne 10 » »

Deux maisons. 169 7 6

Rentes foncières. 7 8 6

A reporter 21.529 7 2

Report 21.529 7 2

Paroisse de Saint- Gilles.

Une maison 148 5 »

Paroisse de Saint-Germain.

Deux maisons et une rente de 6 sous, due par la fabrique 92 10 »

Paroisse de Saint- J ean-de -la-Chévrie.

' Une maison, une rente et une dîme 43 2 6

Paroisse du Pré.

Le champ de la Sonnerie 87 3 7>

Le bordage de la Malmare, que tient gratuitement le maître de musique du Chapitre Mémoire.

La maison de la Griponnière 51 3 »

Rentes foncières 2 » »

Paroisse Saint-Pavin-des-Champs.

Le champ des Cochereaux 123 » »

Vignes au clos du Château 27 13 6

Rentes sur le lieu de la Fousselière : quatre

poulets 4 » »

Ville du Mans.

Rentes foncières assises sur diverses maisons. 165 3 » Paroisse d'Assé-le-Béranger.

La terre, fief et châtellenie d'Assé-le-Béran-

ger 2.050 » »

La maison de l'Auditoire et prisons dudit lieu. 46 2 6 La ferme de Rouperroux et le moulin de Lau-

nay 973 15 »

Fief d'Assé 21 9 2

132 boisseaux et un quart d'avoine, à 2 1.10 s. 330 12 6

6 mesures de froment 210 »

17 poules à 12 sous 10 4 »

Ventes et rachats Mémoire.

A reporter 25.658 0 4

Report 25.658 0 4

^ Paroisse d'Assé-le-Boisne. \

^ * Une dîme 768 15 »

Paroisse d'Allonnes, \^

Le Grand-Guédon 600 15 »

Le Petit-Guédon 338 15 »

Le Grand-Chevillé 164- »\ »

La dîme d'AUonnes et la ferme de La Bon- \ ~f

guérie 1.691 3f}

Deux rentes 5 » A»

Paroisse d'Asniéres. / \

La dîme 1.486 '5 \

Le moulin d'Asnières 412 6 )>|

La ferme de Longuebrun 1.640 3 »!

La maison des Arcis , 50 » »

Le Moulin-Neuf 412 1 »

La Petite-Salle 512 10 »

La prébendelle des Arcis 56 7 6

Le fief d'Asnières, produisant en argent 22 14 4

Rentes Il 5 »

14 boisseaux d'avoine, rachats, ventes, etc. Mémoire.

Paroisse d'Arnage.

La dîme 129 3 »

Paroisse d'Aigné.

La Buchetière 871 10 »

Rentes 5 » »

Paroisse d'Ambrières.

La dîme I.599 » »

Paroisse d'Amné.

La dîme et une rente de 6 liv 47 » »

A reporter

Report 36.481 13 2

Paroisse de Beillé.

Les Belles 307 iO »

Rente due parle curé 1 10 »

Paroisse de Bonnétable.

La Mancelière , 410 » »

Rentes dues par le curé 14 » »

Produit du fief de la Cliesnaie. . . o » 10 »

Paroisse de Baugé-eri- Anjou.

La dîme 369 » »

Paroisse de Drains.

La Roche-des-Étangs 1.390 8 »

Cinq journaux de terre 73 10 »

Paroisse de Bouer.

Une rente de deux charges de seigle, et une autre do 2 liv. dues par le curé 32 » »

Paroisse de Courgenard,

La maison seigneuriale, les prisons, jardins, granges, cours et issues, dont jouit à litre gratuit

le garde de la baronnie Mémoire.

Rentes en avoine, chapons et argent produisant 2.200 « ,>

^ Le four à ban 30 15 »

La dîme 641 13 »

Champguisard 120 » »

La Pigallière 611 » »

Chênelivard 436 13 »

Le Plessis 503 15 »

La Fosse-aux-Loups et la Genevaye 267 10 »

La lande des Guenivières 28 3 9

Chantecler 205 » »

Un jardin et diverses rentes 48 13 10

A reportera 44.233 10 9

Report 44.233 10 9

Paroisse de Congé. '

Maumusson, terre, fief et seigneurie 3.075 » »

Le Chapitre 2.000 » »

Rentes 13 » »

Paroisse de Cherreau.

Launay, en Cherreau, et la Justière, en Avézé,

réunis 266 10 »

Le pré Moisy 1 74 5 »

Paroisse de Cherré.

La ferme de la Moussardière, le moulin Val- ♦ mer et dépendances 1.332 10 »

Paroisse de Champrond.

Ponlor 563 15 »

Paroisse de Cormes.

Le Petit-Vaugeois 294 3 6

Congé 123 » >

Rentes en avoine et chapons.. Mémoire.

Paroisse de Courcemont.

Les Marais 922 10 »

Le Taillis 260 » *

Le Rocher 615 a »

Rente due par le curé 7 » »

Paroisse de Chérancé.

Terres de Coudâne 15 7 6

Le fief des Guyettes 1 5 6

Paroisse de Conlie.

La Journalière 820 » »

Brétignoles 974 5 »

Rente sur la métairie de la Garenne 2 » »

A reporter 55.693 2 3

Report 55.693 2 3

Paroisse de Champagné.

Vigne au Clos des Marnières, et rentes foncières 82 iO ))

Paroisse de Coulaines,

Rapasseval 205 10 »

Terres de l'Enfermerie 82 5 y*

Le pré Bossé 120 » »

Rentes 56 » »

Paroisse de Changé.

Champ, maison et pré Boulay 300 » »

Paroisse de Connerré.

Bresteau 256 10 »

Maison du Four à ban 31 3> »

Moulins de Connerré 1.000 » »

Rentes diverses 24 18 3

Paroisse de Degré.

Boissorans (?) et la dîme du même nom 786 10 » ^ |

La Filatrière 840 » »

Le pré Saint-Martin 49 4 »

Paroisse de Duneau.

La Pierre 800 » »

Rente due par le curé 4 » »

Paroisse d'Ècommoy.

La Languerie 225 10 »

La Couasnerie 307 10 »

LaHérisserie 143 10 »

LaPoulainerie. 205 » »

La Ganterie 205 » »

Rentes 2 18 4

Paroisse d' Épineu-le-Chevreul.

La dîme 1.742 10 »

A reporter 63.163 7 10

Report 63.163 7 10

Paroisse d'Ètival-lez-le-Mans.

Le fief des Trochcs 10 » »

Paroisse de Grazay.

La Colazière, La Roche, Guénette, Écures, les Maisons-Rouges et la seigneurie de paroisse, comprises dans la terre du Bourgneuf Mémoire.

Rentes dues par le curé 11 5 »

Paroisse de Gréez.

La seigneurie de paroisse et plusieurs rentes

comprises dans la terre de Courgenard Mémoire.

La dîme 950 » >

Le moulin de Gourgirault 533 » »

Le pré de l'Argentier 61 10 »

La Mairie 698 10 6

Paroisse d'Hambers.

Les moulins et terres affermés avec la terre du Bourgneuf. Mémoire.

Paroisse de Jublains .

La terre, fief, domaine, 'étangs et seigneurie

du Bourgneuf 5.535 » »

La dîme de la Francelière 200 » »

Le fief du Bourgneuf 67 15 11

Rente due par le curé 4 » »

Rente de 11 boisseaux un quart de froment, mesure de Sillé, de 26 boisseaux et demi d'avoine,mesure de Mayenne, de 11 oisons, 4 chapons et 39 poulets Mémoire.

Paroisse de Jauzé.

La Grasserie 255 4 »

LaMoirerie 335 15 »

A reporter 71.825 8 3

Report 71.825 8 3

Paroisse d'hé.

Ladîmô 205 »

Rente 4 » »

Paroisse de la Bosse.

Le Grès 102 15 »

LaPatronnière. 250 10 »

Bongart 184 10 »

Seigneurie de paroisse, avénages, cens et rentes 520 » »

363 boisseaux d'avoine, 1 poule, lods et ventes. Mémoire.

Paroisse de Lamnay.

La Servinière et La Fontaine 307 10 »

Le Petit-Montaigu 200 » »

Le taillis de la Baugère 100 » »

Rentes dues par le curé 5 15 »

Paroisse de Lombron.

Gaigné 615 » »

Rente due par le curé 10 » »

Paroisse de Louplande.

La moitié d'une pièce de terre nommée La

Hardière 18 » d

Paroisse de Lucé-sous-Ballon.

Le lieu des Soulas 128 2 6

Paroisse de Montbizot,

La Hurtaudière 700 i> »

Les Gastellières 49 4 y>

Rentes foncières 11 3 6

Rente de 4 chapons et 4 fromages Mémoire.

A reporter 75.236 18 3

Report 75.236 18 3

Paroisse de La Bazoge,

Rente de trois charges de seigle à prendre sur la dîme dépendant du temporel de la Scolastique 71 15 »

Autre renie 2 » »

Paroisse du Breil.

Rentes en avoine, argent et chapons provenant du fief du Breil 556 12 »

Le moulin du Breil 225 12 6

La dîme 400 » »

Le bordage de La Villebardière 250 » »

Rente foncière 14»

Paroisse de La Croisille.

La dîme 1.000 » »

Paroisse de Laigné-en-Belin.

Le pré de La Houdairie 12 » »

Rente sur la métairie de La Goudraie, due par M. de Renusson 2 » »

Paroisse de Montenay.

La terre, fief et seigneurie de Montenay 3.000 )j »

Rentes féodales et autres 81 4 »

Paroisse de MaroUes.

Les Béchis et terres volantes . , 250 » »

Paroisse de Maignë.

Les Bouillaudières 210 » »

Paroisse de Muîsanne.

La dîme 200 » »

Le moulin 212 » »

La Houssière, affermée avec la dîme de Moncé. Mémoire.

Le pré de La Mare 24 » »

A reporter 81.735 5 9

Report 81.735 5 9

Le fief de Mulsanne et de Montineau 17 1 »

Rente due par le curé 3 » »

Paroisse de Montrenault.

Rentes en argent, blé et avoine du fief du

même nom 500 » »

Rente de 128 boisseaux de froment, douze poules, lods et ventes Mémoire.

Paroisse de Mansigné.

La dîme 768 15 »

Paroisse de Marcillé.

Le moulin de Marcillé, compris dans le bail du Bourgneuf Mémoire.

Paroisse de Martigné.

La dîme 500 » »

Paroisse de May et.

La dîme 100 » »

Paroisse de Monhoudou.

La dîme 375 » n

Rentes 13 » »

Paroisse de Moncé-en-Belin.

La dîme 1.000 » »

Rentes dues par le curé 9 » »

Paroisse de Neuville.

ChèvrenoUes 840 10 »

Lorgerie 307 10 »

Rentes de 2 septiers de blé sur la métairie du Luart, et de 42 charges et 8 boisseaux de seigle sur les dîmes et domaines de la cure 248 5 »

Riffay 768 15 »

La Bougerie 41 » »

Rentes foncières 4 13 »

A reporter 87.231 14 9

— 5f> — Report 87.231 14 9

Paroisse de Neuvy.

Le Perrin *. 820 y> »

Rente foncière 5 » »

Paroisse de Nogent- le-Bernard.

La dîme 2 . 460 d »

Rentes foncières 22 » »

Paroisse de Piacé.

Les Marais 738 » »

Rentes et fief de Courfesson 80 » »

Paroisse de Parigné-VÉvêque.

Le Chapitre 328 » »

LesReinières 140 » »

La dîme 1 .600 i» »

L'Oisellerie 164 » »

Renies foncières 17 15 ))

Deux chapons , Mémoire.

Paroisse dePanon,

La dîme 505 6 6

Le domaine de la cure de Panon 505 6 6

Paroisse de Pruillé-le-Chétif.

Les dîme, seigneurie et fief 952 » »

La Petite-Salle 184 10 »

LeTroiichet 123 » »

La Touche 563 15 »

Longmorlier 410 » »

Rentes d'avoine, etc 180 » »

Le fief des Troches 15 1 »

Rentes foncières 27 6 8

Paroisse de Pontlieue.

Le pré de Torcé 50 » »

A reporter 97.122 15 5

Report 97.122 15 5

Paroisse de Pizieux.

Cinq journaux et demi de terre et six hommées de pré 421 » »

Paroisse de René.

Cinq journaux de terre et une hommée de pré 55 » »

Paroisse de Rouillon.

La Guillotière . . , 160 » »

Divers quartiers^de vigne et rentes foncières. . 2118 »

Paroisse de Saint-Aubin.

Moncollière 114 16 >

La dîme 1.414 » »

La prairie des Folletières et celle de La.Noë-

Bécanne 1 . 600 » »

Les Ruelles 153 15 »

Le moulin de Vilgermain 300 » »

Le fief de Saint-Aubin 45 11 1

4 journaux de terre nommés la Lande-des-Mées 24 » »

Rentes foncières 34 8 »

Paroisse de Saint-Corneille.

Les Caves 215 » »

Paroisse de Sainte-Croix-lez-le-Mans.

Le lieu de Gazonfier et vignes sises au clos du

même nom 695 d »

Le fief de Sainte-Croix 3 » 11

Lods et ventes du fief de Léard Mémoire.

Paroisse de Saint-Georges-du-Plain .

La dîme 615 » »

Vignes 210 2 6

Rentes foncières 8 5 »

A reporter

Report 403.213 11 11

Paroisse de Saint-Jean-des-Èchelles .

Les Bertinières 172 4 »

La Goulaize et la Ludinière 492 » »

La Chauvelière 225 10 »

Rente due par le curé 1 8 )i

Paroisse de Sainte- J amme-sur-Sarthe.

La dîme 1 . 300 » »

Renies foncières 3 » »

Produits du fief : 25 boissseaux de seigle, 7

chapons et 8 poules ; et en argent 81 2 9

Paroisse de Sainte-Jamme-le-Robert.

La dîme 1.200 » »

Paroisse de Saint-Jean-d'Assé.

La dîme 1.092 13 »

Rentes foncières 16 10 »

Paroisse de Saint-Mars-sous-Ballon.

La Bagottière 72 » »

Rente foncière 2 10

Paroisse de Sainte-Osmane.

La Burelière 100 » »

Paroisse de Saint-Ouen-en-Belin.

La dîme... 430 10 )>

Rentes foncières 4 7 6

Paroisse de Saint-Pierre-des-Bois.

La dîme 307 10 »

LaGauleraye 205 » »

Rentes foncières 3 » »

Paroisse de S aint-Vincent-d es-Prés.

La dîme 615 » >;

A reporter

Report,.. 409.537 17 2

Paroisse de Saint-Pavace.

La Mue 129 » »

Le pré Bureau 161 » »

- Les terres de Lembase 40 y> »

^ La Gau traie 70 » »

Le pré de Saint-Pavace 205 » »

^ Lardoise 258 » »

— Le Pré-Long 164 » »

Le pré des Ruches 11 » »

Rentes foncières 9 8 »

Paroisse de St-Pierre-de-la-Cour (Mayenne).

La terre, fief et rentes de Montfaucon 1 . 845 » »

Rentes foncières 5 12 6

Paroisse de Saint-Maixent,

La dîme 718 » »

Paroisse de Saint-Léonard-des-Bois,

La dîme 184 10 »

Paroisse de Saint-Mars-d' Outillé.

La dîme 871 5 »

Rente foncière » 13 4

Paroisse de Saint-Mars-la-Bruyère.

La Mouchetière 215 10 »

Paroisse deSargé.

Les Ricordanes 600 j> »

La prébendelle des Châtelets 75 » »

Le lieu du Petit-Gast 150 » »

La prébendelle des Bœufs 61 10 »

Id. des Ponceaux 12 > »

La dîme de Sargé 2.020 ï »

Le bordage des Bœufs, attaché à la Sous-Chan-

trerie 175 » »

A reporter

Report 117.522 6 »

Le pré des Fontenelles 153 15 6

Le fief de Sargé 3)13 1

Rentes foncières 18 10 »

Paroisse de Savigné-VÈvêque»

La dîme 3 . 044 5 »

Les Marais 133 5 »

Prémices et menues dîmes 338 5 »

Rente foncière 4 » »

Paroisse de Ségrie.

Le fief produit 1 11 7

Paroisse de Souday.

La dîme 563 15 »

Paroisse de Souligné-sous-Vallon.

LaGautraye , 412 10 »

Rente due par le curé 3 » »

Paroisse de Saussay.

LaBréhennière 220 » »

Paroisse de Théligny,

La dîme et La Cordelière 1.588 15 »

La Botellerie 307 10 »

Paroisse de Torcé.

Le Grillon 700 i> »

Rente foncière 10 » »

Paroisse de Trangé.

LesDouets 358 15 »

La dîme 627 6 6

Rentes foncières 2 4 »

Paroisse de Teillé.

La dîme et un bordage 2.326 15 »

A reporter 128.337 1 g

Report 128.337 1 8

Paroisse de Tassé.

La dîme 240 » »

Rentes foncières 6 10 »

Fief de Tassé et Longé 3 8»

Paroisse de Thoiijn(^-.

La dîme 430 10 »

Rente due par le curé 3 10 »

Paroisse de Thorigné.

Launay 615 » »

Rente due par le curé 3 » o

Paroisse de Vimarcé.

La dîme 287 » »

Paroisse de Vaiges.

La dîme 40 » »

Rentes 23 18 »

Paroisse de Villaines-la-Gonais.

La dîme 13 16 »

Paroisse de Vilmardy (près Vendôme).

Villepéan 1.435 » »

Paroisse d'Yvré-VÈvêque.

Larcy 26 » »

Treize quartiers de vigne. 122 » »

Le Grand-Foucauge 615 » »

Le Petit-Foucauge 472 15 »

Le pré des Vicaires 102 10 »

Deux journaux de terre 12 » »

Treize quartiers de vigne, au clos duLuart.. . 130 » »

Le fief de Benair 20 3 3

Rentes 25 13 »

A reporter

Report 132.940 U 44

Revenus divers.

Rentes foncières, dues par divers titulaires de

bénéfices ecclésiastiques 4.145 » »

Rentes dues par les curés du diocèse à la

recette du Luminaire 416 6 1

Droit de Franc-Salé 1 . 330 » »

Les Ardents 1.200 » »

Les chaises de la cathédrale 566 » »

Lods et ventes de tous les fiefs 4.200 » »

Total 141.798 1 »

Produit des vinages, faisances et subsides, répartis par année 5.647 7 8

Total général des revenus du Chapitre 147.445 8 8

Régime économique. — Tous les biens composant le temporel du Chapitre, seigneuries, fermes, bordages, terres volantes, maisons, moulins, rentes foncières, féodales, dîmes, etc., étaient divisés, sous le rapport de l'affectation du revenu, en sept classes.

classe : Gros des prébendes mis en partition ;

2^ classe : Fonds attribués a la recette de l'Argenterie ;

3® classe : Fonds attribués à la recette delà Bourse ;

4^ classe : Biens affectés à la recette des Matines ;

5^ classe : Biens affectés à la recette de la Paneterie ;

6^ classe : Biens affectés à l'entretien des vicaires de la cathédrale ;

7^ classe : Biens affectés à Tentretien de la cathédrale.

Chacune de ces sept divisions, à l'exception de la première, donnait lieu annuellement à un compte spécial de recettes et dépenses, apuré, en fin d'exercice, par trois délégués du Chapitre. Au siècle dernier, un seul comptable, pris en dehors de la compagnie, se trouvait chargé du maniement des fonds ;

mais, dans les temps antérieurs, il y avait autant de receveurs que de comptes particuliers. Jusqu'en i 650, Tannée financière commença le 1^^ juin pour finir au 31 mai suivant ; à partir de cette date, elle coïncida avec Tannée civile.

Après chaque apurement, le boni, s'il y en avait, était cuilibetté, c'est-à-dire réparti entre tous les chanoines et dignités prébendés.

l""^ classe. — Nous avons vu précédemment que des quarante-trois prébendes fondées dans l'église du Mans, deux avaient fait retour à la mense capilulaire, celle du Roi, premier chanoine, et celle qui avait été attribuée primitivement à Tabbaye de Saint-Vincent. Une troisième servait au traitement du suisse et des bedeaux; Tabbé de Sainl-Calais en possédait une quatrième; deux autres étaient divisées en semi-prébendes affectées aux quatre chanoines semi-prébendés ; lrente-sej)t restaient effectives.

Les revenus de chacune de ces prébendes se composaient essentiellement du gros, des distributions journalières pour l'assistance au service canonial, et des cuilibets répartis, comme on vient de le dire, à la tin de chaque exercice financier.

On appelait gros fruits, ou simplement gros d'une prébende, le revenu perçu directement par le titulaire sur certains biens-fonds dont il avait la jouissance et l'administration soit isolément, soit en commun avec quelques-uns de ses confrères.

Afin de maintenir l'égalité du revenu des gros, les partitions étaient renouvelées tous les vingt ans par le Chapitre en présence du bailli et de la Prévôté régale, qui en dressait procès-verbal.

Tous les biens affectés au payement des gros se divisaient en huit collocations, dont chacune formait un tout à peu près indivisible chargé, selon Timportance de son rendement, d'acquitter les gros d'un nombre plus ou moins grand de chanoines colloques. Ce mode de répartition remontait au moins au

xiii" siècle, car il est fait mention des prébendiers et, par suite de la coUocation de Saint-Aubin dans une .charte de 1279(1).

La collocation de Gourgenard comprenait la maison seigneuriale, fief et seigneurie dudit lieu, avec les cens, rentes, devoirs, amendes, ventes, rachats, avoines et chapons en dépendant ; — la métairie de la Botellerie, en Théligny ; — la dîmerie et four à ban de Gourgenard ; — les bordages de Ghampguisard et de Gongé , — et les moulins de Gourgenard et de Gourgirault. Elle desservait les gros de huit prébendes un quart, en 1735. Les coUoqués n'ayant pas la nomination aux offices de judicature, réservée au Ghapitre, n'étaient pas tenus de pourvoir aux dépenses des procès criminels ; mais ils devaient faire tenir les assises de la baronnie de neuf ans en neuf ans.

La collocation de Montrenault se composait des cens, charges, devoirs, rentes d'argent et de blé, ventes, amendes, rachats de fief appartenant à la seigneurie du même nom ; — de diverses rentes dues au Ghapitre par des curés ; — des dîmeries de Nogent-le-Bernard, de Monhoudou, etc. Il y avait cinq colloqués.

La collocation du Breil comprenait les fief et seigneurie du Breil, avec leurs revenus, — le moulin du même lieu, — le fief et dîmerie de Sainte-Jamme-sur-Sarthe, — la dîmerie de Saint-Jean-d'Assé, — une rente de quarante-deux charges et huit boisseaux de seigle, mesure du Ghapitre, due par le curé de Neuville-sur-Sarthe. — Cinq colloqués et un quart.

La collocation de Savigné-l'Évêque était composée de la dîme du même lieu, — de la métairie de Refay, en Neuvillesur-Sarthe, — de la dîmerie de Sargé, — d'une rente de deux charges de seigle due par le curé de Bouer, — du bordage de la MontcoUière, en Saint-Aubin, et de diverses rentes montant à 22 livres. — Ginq colloqués, qui rapportaient annuellement 30 livres à l'office de la Bourse.

(1) Livre Blanc, CCCXL.

LacoUocation de Mulsanne, composée du lieu de La Houssière, et du droit de dîme sur la paroisse de Mulsanne, — des terres nommées les Prébendelles de Mulsanne, — des dîmeries de Moncé-en-Belin, de Saint-Ouen et d'Arnage, — des lieux de la Coasmerie et de la Hérisserie, situés à Écommoy, — et des fief et seigneurie des Loges, en Spay, — desservait le gros de trois colloqués et un quart.

La collocation de Saint-Aubin, formée des fief et seigneurie ^ du même lieu et de Trangé, — des dîmeries de Saint-Aubin, de Trangé, d'Allonnes, du Petit-Sainl-Georges et de Pruilléle-Ghétif, — de la prée des FoUeiières, en Saint-Pavace, avec le pré de La Noë-Bécane, — du fief et seigneurie de La Trocbe, avoines et chapons en dépendant, etc., — comptait huit colloqués et demi.

La collocation d'Asnières de laquelle dépendaient les dîmeries d'Asnières, Saint-Pierre-des-Bois et Tassé, avec diverses petites rentes, — avait deux colloqués et demi.

La collocation de Parigné-rÉvêque comprenait les dîmerie et fief du même nom, — la métairie de Champmaison, à Changé, — le lieu de Loiselière, à Parigné, — la métairie de Launay, à Thorigné, — les fiefs et seigneuries de Bener et de Sainte-Jammes, h Changé, et diverses rentes, — formait le gros de cinq colloqués et un quart.

En 1735, le revenu total de tous ces biens fut estimé à la somme de 8,600 livres qui, réparties entre les quarantetrois prébendes, donnaient pour chaque gros une somme de 200 livres.

2*^ classe. — L'office de l'Argenterie formait la partie la plus importante de l'organisation financière du Chapitre. Ses revenus devaient pourvoir aux dépenses occasionnées par les potations, les distributions canoniales pour les anniversaires, les fêtes solennelles et les fondations, le traitement du secré. taire du Chapitre, deschapiers, du porte-croix, des sergentsgardes de l'église, le payement des décimes, l'entretien de la Psallette, etc. Le receveur effectuait les versements sur le vu

de mandais de payement qui s'appelaient des Tradat k cause du mot par lequel ils débutaient.

Malgré la destination spéciale des revenus de l'Argenterie, il arrivait fréquemment que ce compte supportait ce qu'on appellerait maintenant des virements de crédit, en faveur des autres offices moins bien dotés.

Les biens affectés à l'Argenterie, ou de la deuxième classe, formaient la part la plus grande du temporel du Chapitre. Ils comprenaient les terres, fiefs et seigneuries d'Assé-le-Bérenger, de Montenay, de Maumusson et du Bourgneuf, — quarante et une métairies, — vingt-neuf bordages et quelques rentes en grains, — vingt maisons non canoniales, situées au Mans ou dans les faubourgs, — douze boutiques sur la place du Cloître, — six prairies, — cent sept quartiers de vigne, — dix-sept dîmeries, — trente et une maisons canoniales, — diverses rentes foncières formant un total de 1,085 livres 19 sous 2 deniers, — et certains biens appartenant à la Psallette. D'après un compte de Tannée 1748, le revenu total de ces biens montait à 25,761 livres 11 sous 8 deniers.

Chacune des prébendes, h l'exception de la prébende serve, était tenue de payer annuellement, h la Toussaint, une pisioli3 ou 10 livres à la recette de l'Argenterie, pour les réfections et réparations des gros; ce qui doit augmenter la somme précédente de 420 livres.

3' Classe. — L'office de la Bourse avait pour destination unique de pourvoir aux distributions manuelles qui devaient se faire chaque jour aux chanoines, pour leur assistance aux offices religieux et aux chapitres généraux.

Le montant des distributions variait continuellement tant à cause de l'assiduité plus ou moins grande des chanoines, que de l'importance des fêtes, ou de la libéralité des fondateurs de services religieux. En général, la somme distribuée ne dépasse guère 50 livres, et descend fréquemment jusqu'à 34 sous. Selon le compte de 1758, la dépense de la Bourse

s'élevait à 3,240 livres 15 sous 6 deniers, ce qui donnait à peine 100 livres à chaque chanoine.

La dotation de la Bourse se composait : 1° de fermes, bordages, métairies, vignes et terres volantes, parmi lesquels on remarquait le Grand et le Petit-Foucauge, le lieu de L'Ardoise, le moulin de Villegermain, la métairie de Sablé, le bordage et le moulin de Mulsanne, etc. ; 2° les dîmeries de Mayel, de Mansigné, dlsaac, de Yillaines-la-Gonais, d'Amné, de Saint-Germain, de L'hommeau, etc.; 3° de diverses renies foncières montant à 66 livres 2 sous 6 deniers; 4° et d'environ quinze petits bordages portant la désignation commune de prébendelles.

Le même compte de 1758 fait monter la recette totale de la Bourse à 6,638 livres 8 sous 10 deniers.

4® Classe, — L'assistance aux Matines qui se chantaient aux premières heures du jour, devait être une grande gêne pour l'indolence naturelle de certains chanoines. Aussi le Chapitre jugea-t-il à propos, de très- bonne heure, de stimuler le zèle de ses membres en établissant des distributions spéciales à cet office canonial, et en désignant certains biensfonds et rentes pour y subvenir.

Parmi les fonds de terre affectés à la recette des Matines, on remarquait les terres, fiefs et seigneuries de Montfaucon et de Villepéan, — la métairie du Rocher, en Gourcemont, — les moulins de Connerré, avec droit de pêche dans THuisne, — la métairie du Grillon, à Torcé, — les lieux du Grez et de la Patronnière, k la Bosse, etc. Les rentes foncières donnaient un revenu de 329 livres 10 sous ; celui des biens-fonds s'élevait à 2,009 livres, en 1741.

5*" Classe. — Office de la Paneterie. — L'office de la Paueterie, dernière trace de l'ancienne vie commune des chanoines, avait pour mission de pourvoir aux dépenses occasionnées par les distributions journalières de pain aux membres du Chapitre, et k certains clercs de la cathédrale.

Pour avoir droit k ces distributions, comme k toutes les

autres faites sur les fonds de l'Argenterie et de la Bourse, les chanoines devaient résider au Mans et assister aux divers offices canoniaux. Les absents, même par congé régulier, en étaient privés; et un mode de répression, fréquemment employé par le Chapitre contre ses membres, consistait dans la privation du pain du Chapitre pendant un temps plus ou moins long.

Le blé était acheté le plus souvent à Montfort par un chanoine délégué à cet effet ; et les délibérations capitulaires contiennent de curieux renseignements surle prix des céréales à diverses époques. On amenait ce blé au Mans où il était converti en farine et en pain sous la surveillance immédiate des commissaires de la Panelerie. Le boulanger recevait une somme fixe par charge de douze boisseaux de blé, mesure du Mans. En 1611, le boulanger Andouillette s'était chargé de cette manutention, moyennant 25 sous par charge.

Les pains sortant du four devaient peser uniformément 15 ou 16 onces, c'est-à-dire une livre, et chaque chanoine en recevait trois par jour ordinaire et quatre les jours de chapitre. Celte quantité était, sans doute, plus que suffisante pour une seule bouche; mais elle avait été fixée en vue delà domesticité des chanoines.

Les distributions de pain ne se perpétuèrent pas jusqu'à la suppression du Chapitre. Il n'en est plus fait mention à partir du siècle dernier. Les revenus de la Paneterie furent centralisés dans les comptes de l'Argenterie et cuilibettés, à la fin de chaque exercice annuel, avec les excédants de recettes de ce dernier office.

Au xiii® siècle, les revenus de la Paneterie {Opus partis capituli) s'élevaient à 70 livres 6 sous 6 deniers mansais, valant 140 livres 13 sous tournois (1). Comme la valeur intrinsèque de la livre tournois était alors de 20 fr. 1063 et le pouvoir de l'argent au moins cinq fois plus grand que de

(l) Livre Blanc, DCCXXII.

nos jours, ce revenu représentait environ 14,100 de nos francs, somme énorme et sans proportion avec les besoins qu'elle devait satisfaire, puisque le nombre des membres du Chapitre était déjà fixé à une quarantaine (1).

Par suite de l'amoindrissement général des possessions du Chapitre, les revenus de la Paneterie se trouvaient considérablement réduits au siècle dernier. Ils provenaient des dîmes de Saint-Maixent, de Grateil, de Martigné, de Linlhe, à Saint-Léonard-des-Bois, de Sainte-Jamme-le-Robert, de Saint-Mars-d'Outillé, — des revenus des moulins Maigret, Saint-Gervais et Renard, a Coulaines, — du moulin d'Asnières, — du moulin Louvet, — des métairies de La Rochedes-Étangs, à Drains; de la Mairie, à Gréez; des Marais, h Savigné-rÉvéque ; — des terres de Bresteau, de Rébillon et deRuechèvre, — de divers bordages, terres volantes, prés et maisons; et, enfin, de quelques renies foncières. Le produit total de ces biens était estimé, vers 1750, à 3,828 livres 7 sous.

6^ Classe. — Office des vicaires. — Les biens destinés à l'entretien des vicaires de la cathédrale donnaient, h la même époque, un revenu de 441 livres 11 sous 6 deniers, et comprenaient le lieu et bordage de la Moucbelière, en Saint- Mars-la-Bruyère; — le pré des vicaires annexé au Grand-Foucauge, Il Yvré-l'Évêque, — deux maisons, rue Coëfort, — la métairie de la Bréhennièrc, en Saussay, — quatre portions de vigne, au Mans, — et diverses rentes en blé ou en argent montant à 104 livres i 1 sous 6 deniers.

Le traitement de chaque vicaire était fixé à 300 livres, non compris quelques distributions manuelles. La dépense pour les douze vicaires montait, par conséquent, h 3,C00 livres, somme bien supérieure au revenu des biens de Toffice des Vicaires, et qui était complétée par l'office de l'Argenierie.

7* classe. — Office de la Fabrique ou de la Forge. — Les

(1) Archives municipales du Mans, u» 83t.

travaux d'entretien d'une aussi vaste cathédrale que la nôtre devaient occasionner au Chapitre, qui en était exclusivement chargé, des dépenses considérables. Une partie de ses possessions avait été affectée à cet entretien ; mais elle était loin de donner en revenu la somme annuellement nécessaire aux réparations de cet immense vaisseau, et Toffice de l'Argenterie venait encore au secours de la Fabrique.

Les biens de la Fabrique se composaient de trois maisons situées au Mans, des celliers et des caves du Chapitre, des métairies de Brétignolles et de Larsif, et d'une rente foncière de 25 livres 8 sous qui, jointe au revenu des biens-fonds, donnait à la fabrique une recette totale de 478 livres 8 sous, en 1750.

Actuellement, l'État consacre, chaque année, une somme d'environ 3,000 francs aux réparations courantes de la cathédrale, et, à des intervalles inégaux, des allocations presque aussi fortes aux grosses réfections. Or, de 1741 à 1774, la valeur intrinsèque de la livre se maintint à 1 fr. 24 c. environ, ce qui porte intrinsèquement à 489 fr. 47 le rendement annuel des biens de la Fabrique, au pouvoir d'à peu près 1,000 de nos francs. On voit donc combien se trouvait insuffifisanle la dotation de l'office de la Fabrique qui avait à pourvoir, non-seulement aux réparations ordinaires de l'édifice, mais encore aux grosses réparations éventuelles, à l'entretien du mobilier et h l'acquit de nombreuses fondations.

En résumé, à l'époque que nous avons dû choisir, comme ayant seule conservé tous ses comptes, c'est-à-dire le milieu du xviii^ siècle, le total des revenus du Chapitre atteignait le chiffre de 44,685 livres 2 sous 2 deniers, somme dont on avait coutume de déduire le cinquième pour réparation et entretien de tous les fonds qui la produisaient, ce qui réduisait le revenu du Chapitre à 35,748 livres 1 sou 8 deniers.

Mais ce chiffre, déjà peu élevé, subissait encore de fortes réductions par suite d'une foule de dépenses auxquelles le Chapitre se trouvait astreint, et qu'il serait trop long de

détailler. Elles montaient, pour les six recettes, à la somme de 18,398 livres 11 sous 1 denier, laquelle étant retranchée de 35,748 livres 1 sou 8 deniers, laissait aux chanoines 17,349 livres 10 sous 7 deniers de revenu clair et liquide, à peine 500 livres par chanoine.

On peut s'étonner que les riches et nombreuses possessions du Chapitre ne donnassent qu'un revenu aussi restreint. Pour expliquer cette anomalie apparente, il faut savoir que la plupart des biens-fonds, dîmes, etc., étaient loués par le Chapitre aux chanoines individuellement pour un laps de temps assez long, ordinairement à leur vie canoniale, et à des prix fort peu élevés. Les chanoines adjudicataires, et tous se trouvaient dans ce cas, sous-louaient à des particuliers et pour leur vraie valeur le bien dont ils avaient consenti bail au Chapitre. Ils trouvaient dans cette double opération une source de revenus qui venait augmenter le produit des collocations, des distributions et des cuilibets. Or les pièces de comptabilité des divers offices ne font entrer en ligne de compte que le produit de l'adjudication faite aux chanoines, produit de beaucoup inférieur, par conséquent, au revenu réel du Chapitre.

Cette manière de procéder avait encore pour les chanoines un autre avantage, qui consistait à ne payer de décimes qu'au prorata d'un faible revenu. Et ce qui peut démontrer la vérité de cette observation, c'est qu'en 1791, le 25 janvier, lorsqu'il s'agit pour le Chapitre de faire, devant le Directoire du district du Mans, la déclaration de son temporel, afin de parvenir à la liquidation des pensions revenant h chacun des chanoines, en conformité des décrets de l'Assemblée nationale des 6 et 11 août 1790, les revenus de l'église du Mans se trouvèrent monter, comme on l'a vu dans le tableau qui précède, d'après les baux notariés, à 147,445 livres 8 sous 8 deniers; et les charges annuelles à 36,039 livres 1 sou 3 deniers; ditférence 111,406 livres 7 sous 5 deniers, qui, partagée entre les quarante chanoines, donnait à chacun d'eux 2,785 livres

3 sous 2 deniers (1). Or il est impossible d'admettre que, dans un espace de quarante ans, la valeur locative des biens du Chapitre ait plus que quintuplé, et Ton est fondé, par suite, à trouver beaucoup trop faibles les évaluations de i750.

Administration intérieure et usages divers.

Tout ce qui concernait son administration intérieure était réglé par le Chapitre lui-même, sans Tintervention d'aucune autorité étrangère. Les intérêts temporels et spirituels de la corporation et de chacun de ses membres, la conservation de ses droits et privilèges, la gestion de ses biens, Tordre des cérémonies dans son église, le maintien d'une discipline exacte parmi les chanoines et les clercs, la nomination aux diverses fonctions capitulaires, la présentation et la collation des bénéfices, les rapports d'intérêt ou de politesse avec les autorités et les personnages marquants, constituaient les principales matières qui faisaient l'objet de ses soins et sur lesquelles il décidait souverainement.

Afin de pourvoir plus sûrement et avec plus de célérité k tous ses intérêts, le Chapitre avait établi dans son sein un pouvoir délibérant et un pouvoir exécutif. Aux chanoines réunis appartenaient la délibération et la décision. Quant à l'exécution, elle était confiée à des commissaires, ordinairement au nombre de deux ou trois au plus pour chaque espèce d'affaires, choisis parmi les membres du Chapitre.

(l) Archives départementales, ^qJïs — * ^^«^'^^ Crochardière

donne des chiffres pour l'année 1788. D'après son tableau des revenus du Chapitre, les recettes montaient a 150,836 liv. 8 sous; les dépenses à 70,052 liv. 3 sous 8 deniers. La différence, 80,336 livres 4 sous 4 deniers, donnant le revenu net à partager entre les quarante chanoines. {Annuaire de la Sarthe, an XII, p. 93.)

En général, les pouvoirs de ces commissaires duraient un an, du commencement de juillet à la fin de juin de Tannée suivante. Nous verrons plus tard comment ils étaient nommés. Ils rendaient fréquemment compte de leur gestion au Chapitre, et lui soumettaient des rapports presque journaliers sur la marche des affaires dont le règlement leur était confié.

Outre ces commissaires annuels, le Chapitre nommait aussi des commissaires spéciaux et essentiellement temporaires, qui avaient mission de statuer sur un cas particulier surgissant inopinément, tel, par exemple, qu'une contestation ou un procès entre deux chanoines, une insuite adressée à un ou plusieurs membres, la conduite scandaleuse de quelque clerc attaché à la cathédrale. Dans ce cas, le Chapitre se réservait de prononcer la sentence définitive, et avait grand soin de défendre aux intéressés, sous les peines les plus sévères, de se pourvoir devant une autre juridiction que la sienne.

Les décisions du Chapitre, en matière correctionnelle, pouvaient recevoir une sanction pénale. Sans parler des amendes, de la privation de tout ou partie du pain du Chapitre ou des distributions manuelles, de la suspense, des jeûnes forcés au pain et h l'eau, de la flagellation en présence de tous les clercs de l'église, il est souvent fait mention, dans les registres, de clercs condamnés k la prison et renfermés dans la Touséc, ou même descendus in carcere suh lampadibus^ cachot souterrain qui devait se trouver entre le chœur de la cathédrale et la chapelle de Nolre-Dame-du-Chevet, pour y expier leurs déportements et les scandales dont ils avaient affligé l'Église. L'exécution de ces sentences, que notre temps trouverait bien rigoureuses, était sans doute confiée aux sergents-gardes de l'église, ou aux suppôts de la justice temporelle du Chapitre.

Le Chapitre avait h sa disposition do nombreux bénéfices ecclésiastiques dont, par consétjuent, il choisissait h son gré les titulaires. Ce choix, surtout pour les postes les plus impor-

tants, aurait dû être fait par voie d'élection capitulaire; mais, de bonne heure, les chanoines jugèrent à propos de procéder autrement. Chacun d'eux, d'après un roulement établi d'avance, avait la nomination à tous les bénéfices qui venaient à vaquer pendant une semaine. Il devenait ainsi, sous le nom de semainier, /^eèc^omadanus, le patron, le présentateur et même le collateur unique de ces bénéfices, puisque le Chapitre devait toujours ratifier ses choix.

Ce mode de collation des bénéfices, souvent blâmé par les auteurs ecclésiastiques et bien inférieur évidemment à l'élection, fut néanmoins maintenu jusqu'à la fin par le Chapitre. 11 avait, en effet, aux yeux des chanoines, le grand avantage de relever la personnalité de chacun d'eux, en le rendant temporairement dépositaire d'tttributions considérables. A une certaine époque, ils tentèrent môme d'aller plus loin dans cette voie et votèrent un statut capitulaire qu'ils firent homologuer en cour de Rome, par lequel ils partageaient entre eux tous les bénéfices pour y nommer séparément. Mais un arrêt du Parlement, du 7 août 1625, rendu sur les conclusions de l'avocat général Talon, déclara ce statut nul et abusif, comme changeant l'ancien état de l'église cathédrale sans la permission du Roi qui en est le patron-né, et comme contraire à l'utilité de l'Église, ordinairement pourvue de plus dignes sujets par voie d'élection.

Le but de l'institution des chapitres était la célébration solennelle et journalière de l'office divin dans leurs églises, le chant en commun des psaumes et des cantiques, l'assistance, en un mot, et la participation de tous leurs membres à toutes les heures de l'office canonial. En vue de soutenir le zèle des chanoines et de neutraliser les effets de la nonchalance et de la paresse qui diminuaient leur ponctualité dans l'accomplissement de ces devoirs, l'archidiacre Gervais Payen établit, au commencement du xii® siècle, les distributions manuelles (1).

(1) Dom Piolin, Histoire de V Église du Mans, t. III, p. 580.

L'assistance à chaque office donnait ainsi droit à tout chanoine de percevoir une légère rétribution dont les absents se trouvaient naturellement privés. Ces distributions se firent d'abord pendant les offices, puis on les remplaça par la remise d'un espèce de jeton de présence appelé mèreau, et enfin par rétablissement de la pointe. Tous les ans, à la fin de juin, le Chapitre chargeait un de ses membres de contrôler l'assiduité des chanoines aux offices du chœur; c'était le pointeur. Muni d'une liste complète des membres du haut-chœur, il pointait les noms de ceux dont il constatait la présence à chaque office, et c'était sur le vu de ros points que l'office de la Bourse délivrait, en fin de mois, le montant des rétributions gagnées par chacun des chanoines. Il y avait aussi un pointeur pour les clercs du bas-chœur. Tout le clergé de la cathédrale, depuis le doyen jusqu'au dernier enfant de chœur, se trouvait soumis à la pointe, à moins d'exemption formelle et toujours temporaire accordée par le Chapitre.

Le maintien des anciens usages qui intéressaient la discipline et la conservation de ses droits, faisait aussi l'objet des soins administratifs du Chapitre. Il eut h soutenir, djns ce but, des procès nombreux et fort longs, mais il ne se découragea jamais, car il savait que tous les droits se tiennent, et qu'en laisser perdre un, c'est préparer la ruine de tous les autres.

Ainsi, toutes les paroisses du diocèse étiient tenues, envers la cathédrale, à une cert.iino redevance annuelle peu élevée, connue sous le nom de droit de luminaire, et qui variait presque pour chaque paroisse. D'après un compte de lG88,les moins imposées payaient un sou (Monlreuil-le-Chétif et les plus imj)Osées, 30 sous (Saint-Mars-sous-Hallon). Le total de la recette montait à 207 livres 3 sous 2 deniers obole mansais, qui valaient 414 livres 6 sous 5 deniers tournois. Beaucoup de curés, dès la fin du xvi*" siècle, refusèrent de payer ce droit ; d'où nécessité pour le Chapitre de les poursuivre et d'entamer une suite de procès désagréables qui

absorbaient, et bien au delà, le rendement total du droit de luminaire. Les curés, de leur côté, apportèrent dans cette lutte une opiniâtreté telle, que le Chapitre eut à procéder quelquefois contre plus de soixante d'entre eux (1).

Comme souvenir de Tancienne communauté de vie qui existait dans le principe entre l'évêque et le Chapitre, et d'après un usage très-ancien, l'évêque devait donner un dîner à tout le Chapitre et à ses officiers dans certaines circonstances, notamment lorsqu'il officiait pontificalement dans la cathédrale. Ce fut encore là une source de contestations sans cesse renaissantes entre les deux parties, et qui motivèrent des concordats sous les évêques Gontier de Baigneux, Pierre de Savoisy, Jean d'Hierray et Martin Berruyer. Les droits du Chapitre diminuèrent graduellement dans cette lutte, et il fut convenu avec Martin Berruyer (1460) que l'évêque serait désormais exonéré des repas qu'il devait aux chanoines, à leurs officiers et serviteurs, en donnant seulement à manger aux clercs qui l'auraient servi à l'autel chaque fois qu'il officiait, et en fournissant, comme par le passé, dix sommes de vin à la sacristie (2). En outre, l'évêque remettait aux chanoines deux rentes annuelles montant à 66 livres 2 sous (3), qu'ils lui devaient, et lui donnait tous les ans unum cousteretum vini pour les paroissiens du Crucifix qui feront leurs communions le jour de Pâques. On peut déduire approximativement des termes de cet accord la dépense imposée aux finances épiscopales par les repas en question. Les troubles de l'année 1562 ne firent pas oublier aux chanoines cette dernière convention ; l'année suivante, ils en réclamèrent énergiquement l'exécution auprès de l'évêque Charles d'Angennes.

L'abbé de Beaulieu devait aussi au Chapitre et à ses officiers un repas le lundi de Pâques de chaque année. Le

(1) Archives municipales, n° 830.

(2) Livre Rouge, 18, 20, 287 v».

(3) 1,851 fr. 30 environ.

9 avril 14^25, le Chapitre et tout le clergé de Saint-Julien se rendant processionnellement, comme d'habitude, à la maison de l'abbé, située dans la rue Dorée, trouvèrent porte close et M" Barthélémy de Lavardin, prêtre, vicaire général et procureur de labbé, vint leur déclarer qu'ils auraient dû faire prévenir Tabbé de leur arrivée, et que cette obligation n'ayant pas été remplie par eux, il ne les recevra pas. Le Chapitre, par l'organe de son doyen, Jean de Bussy, lui répond que cette question fait en ce moment entre eux l'objet d'un procès au résultat duquel il est disposé à s'en rapporter, et qu'il n'entend point la préjuger. Sur cette réponse, les portes de la maison sont ouvertes, les chanoines et le reste du clergé de la cathédrale prennent place, dans Tordre des préséances, autour d'une table dressée dans la cour de l'abbé. Mais, hélas ! celle table n'était chargée d'aucun mets et, après une assez longue attente, les chanoines purent se convaincre que nul ne se disposait à les servir. La situation devenait aussi pénible que bouffonne. Pour en sortir, le doyen manda le procureur de l'abbé qui lui déclara, avec toute la gravité convenable, qu'à la vérité un repas était dû au clergé de la cathédrale, mais qu'aucun titre n'imposait à Tahbé l'obligation démettre ses serviteurs à la disposition du Chapitre; que les melsélaient là, cuits à point et prêts à être servis par qui les convives jugeraient à propos. Le doyen repoussa bien loin celte nouvelle préleniion ; toutefois, comme il eût été déplorable de tromper les espérances légitimes de tant d'estomacs, il finit, après avoir dûment protesté, par consentir, sous toutes réserves, à ce que les serviteurs du Chapitre remplissent l'oflice faisant l'objet de ce nouveau débat ^i).

De son côté, le Chapitre devait donner à déjeuner, le troisième jour des ilogalions, aux moines delà Couture, ainsi qu'aux clercs séculiers qui les accompagnaient en procession. Le nombre de ces derniers s'accroissait, parait-il, d'année en

(1) Archives di'parlementaleSy G-18.

année et mettait continuellement en défaut les plus larges prévisions des chanoines. Vers 1537, le Chapitre, las de repaître tant de gens attirés plus peut-être par Fespoir d'un bon déjeuner que par la dévotion, chargea deux de ses membres de s'entendre à ce sujet avec Tabbé de la Couture ou le prieur claustral, et de limiter, d'accord avec eux, le nombre des clercs qui accompagneraient les moines.

Un déjeuner était aussi préparé par les soins et aux frais du Chapitre le dimanche des Rameaux, aux vicaires, diacres et employés de 1 église. Mais, en 1608, cet usage fut aboli et le Chapitre décida qu'une somme de 3 sous (1) serait remise à chacun des clercs pour leur tenir lieu de ce repas.

A certaines fêtes, comme celles de saint Julien, de la Fête- Dieu et autres, la longueur des offices avait fait établir trèsanciennement un léger repas appelé potoiio^, composé d'oubliés et de vin, destiné à soutenir les forces des chanoines. Il avait lieu dans la salle capitulaire, pour les chanoines, et à l'aigle, dans le chœur, pour les vicaires et autres clercs inférieurs. En 1419, le Chapitre engage chacun des ses membres à prendre du vin une fois seulement avec une cuiller, modérément et honnêtement, et défend d'en emporter ou faire emporter au dehors. Un siècle et demi plus tard, la quantité de vin attribuée à chaque chanoine s'était beaucoup augmentée, car le Chapitre réduit à un seul flacon les deux que chacun de ses membres avait coutume de recevoir. Cet usage, qui rappelait les agapes des premiers chrétiens et l'ancienne communauté dévie des chanoines, fut aboli en 1634 et remplacé par la distribution d'une somme de 2 sous à chacun de ceux qui avaient droit aux potations.

L'indépendance à peu près complète du Chapitre le laissait sans autre protection ni appui que ceux de la cour de Rome, qui était bien loin pour être fréquemment invoquée. Aussi, de tout temps, nos chanoines se firent-ils une règle de chér-

it) Environ 1 fr. 30.

cher à se concilier les sympathies des personnages influents par des témoignages publics de déférence et d'honneur, et même par des présents. Tous les ans, quelques jours avant le commencement de l'année, le Chapitre revisait la liste des personnes de Paris auxquelles il envoyait, comme étrennes, des poulardes ou de la bougie. Une notabilité quelconque arrivait-elle au Mans, les chanoines s'empressaient de lui députer deux des leurs pour lui offrir le pain et le vin du Chapitre, en d'autres termes, les honneurs du Chapitre. Rien n est plus commun dans les délibérations capitulaires que des décisions de celte sorte. On trouve même que des femmes ont reçu ces honneurs et il n'y avait dans ce fait, delà part des chanoines, ni galanterie ni désintéressement, car la délibération explique naïvement, en latin il est vrai, que c'est en vue des services que le mari reconnaissant pourra rendre plus tard. Voici, d'après les mémoires inédits du chanoine René-Pierre Nepveu de La Manoullière, comment se pratiquait cette cérémonie. (( Le i l juin 1759, dit-il, le Chapitre a député MM. I^érier et Maignan, chanoines et orateurs ordinaires, pour haranguer M. de Reauvau, sénéchal, qui venoil nu Mans pour se faire installer. On luy a porté les honneurs qui sont le pain et le vin ; ce sont deux grandes urnes d'étain que l'on remplit du meilleur vin. Elles tiennent chacune six ou huit pintes; il y a aussi douze pains mollets. Chaque chanoine a pour luy une pinte de vin et une livre de pain. Voici comment cela se pratique envers le seigneur à qui l'on veut envoyer les honneurs du Chapitre. On envoie demander par un des sergents quand le seigneur sera visible, pour ne pas attendre. Les deux chanoines sont en robes de cérémonie, avec le bonnet carré, précédés de deux sergents ou bedeaux ; il y a un homme qui porte les urnes ou vaisseaux remplis de vin ; le receveur de la forge (fabritjue), qui est un prêtre, en manteau long, porte le pain. Quand ils sont arrivés, ils se font annoncer: MM. les Députés de la Cathédrale ! Le seigneur se présente dans la salle, et là, debout, il entend le compliment de MM. les ora-

leurs et les reconduit. Ordinairement, il fait donner de l'argent qui est pour les sergents ou les bedeaux (1). »

Synodes. — Un synode est, comme on le sait, une assemblée oîi sont convoqués les ecclésiastiques relevant immédiatement d'une même juridiction spirituelle. L'objet de ces assemblées est de faire des règlements afin de pourvoir au maintien de la discipline, à la conservation de la pureté de la foi et des mœurs, etc.

La juridiction spirituelle du Chapitre sur les quarante cures et sur tout le clergé de la cathédrale, lui donnait le droit et lui imposait, en quelque sorte, le devoir de tenir ces sortes d'assemblées. Elles avaient lieu deux fois par an, dans la semaine de la Pentecôte et quelques jours après la Saint-Luc, qui tombait le 18 octobre. L'ouverture s'en faisait sous la présidence du doyen, dans la cathédrale, à une heure après midi, avant vêpres. Un discours appelé oraison synodale y était prononcé parle doyen du Chapitre, ou, à son défaut, par un chanoine qu'il devait désigner plusieurs mois d'avance.

Le nombreux personnel convoqué et qui devait comparaître à ces assemblées, se composait des dignités, personnats, offices et chanoines formant le Chapitre, des curés des quarante cures, des deux chapelains-curés de l'autel du Crucifix, des quatrevingt-huit titulaires des chapelles desservies dans la cathédrale, des titulaires des offices du Secrétariat, de la Sacristie, de l'Argenterie, de la Bourse, de la Fabrique, des Matines, de la Paneterie, du Luminaire, des douze vicaires du Chapitre, des choristes, des quatorze clercs, du maître et des enfants de la Psallette.

Plusieurs des règlements éiiictés par ces synodes ont été conservés dans les archives provenant du Chapitre (2). Ils attestent, par leur développement et le soin minutieux avec lequel sont réglées les affaires, le zèle des chanoines pour

(1) Extrait communiqué par M. Tabbé Esnault.

(2) Archives municipales du ManSy Ms. n» 233.

maintenirles droits deleur église, sauvegarder Tintégrité delà foi, épurer les mœurs et répandre l'instruction dans le clergé placé sous leur dépendance. On peut remarquer encore, avec Dom Piolin, qu'ils peuvent fournir de nombreux et intéressants détails sur l'état moral et matériel du clergé et de la société à l'époque où ils furent formulés.

Chapitres généraux et ordinaires. — Des réunions moins nombreuses et moins solennelles que les synodes avaient lieu aussi périodiquement, pour régler toutes les affaires intéressant la corporation des chanoines. C'étaient les chapitres généraux et les chapitres ordinaires tenus, les uns et les autres, sous la présidence du doyen.

Les chapitres généraux se composaient de tous les titulaires du haut-chœur de la cathédrale, prébendés ou non prébendés. On y débattait les affaires d'intérêt général, ce qui concernait les droits et prérogatives du Chapitre, ou de ses membres, les modifications à apporter aux statuts disciplinaires, les mesures de conservation ou de restauration à prendre pour la cathédrale, le trésor des titres, les ornements destinés au culte ; enfin, on y renouvelait les agents du Chapitre et le personnel des commissions cîiargées de surveiller quelques détails d'administration intérieure. Ils duraient huit jours et s'ouvraient ordinairement le lendeiîiain des fêtes de saint Julien, des apôtres saint Pierre et saint Paul, de la Translation de saint Julien (25 septembre) et delà Nativité de la sainte Vierge ^1).

Le renouvellement des commissions et des agents se faisait au chapitre général de la fin de juin. Les chanoines y nommaient un officiai et un promoteur de leur juridiction ecclésiastique, le garde-scel du Chapitre, le pointeur des chanoines, celui des vicaires, un prévôt, les membres des commissions du grand et du petit trésor, de la fabrique, du vestiaire, de la prévôté, de la psallelte, des reliques, des maisons et des moulins.

(1) Archives départemenlalest G-19; G-âO.

Les chapitres ordinaires bornaient leurs soins et leurs travaux aux affaires ayant pour objet la ntiense capitulaire ou les prébendes canoniales. Tout ce qui était relatif aux acquisitions de biens, aux adjudications, à la perception des fermages, des dîmes, des redevances féodales, aux réparations d'édifices, de ponts, de maisons canoniales ; aux distributions manuelles, aux gratifications, aumônes, à la réception et à l'installation des nouveaux membres, aux réprimandes et punitions à infliger aux justiciables du Chapitre, y était discuté et réglé. Comme il ne s'y agissait que du temporel du Chapitre, on n'admettait dans celte assemblée que ceux des membres qui étaient directement intéressés à sa conservation, je veux dire les prébendés. Les dignités sans prébende en étaient exclues, et le doyen lui-même n'y avait plus voix délibérative s'il ne jouissait pas d'une prébende.

A moins d'affaires nombreuses et urgentes, les chapitres ordinaires n'avaient lieu que les lundi, mercredi et vendredi de chaque semaine.

La tenue de ces chapitres généraux et particuliers, comme celle de beaucoup d'autres assemblées délibérantes, n'offrit pas toujours le calme et la gravité qu'on était en droit d'en attendre, et fut même souvent tumultueuse. Dans l'ardeur de la discussion, les esprits s'échauffaient et plusieurs ne tardaient pas à sortir des bornes de la modération. Il fallut édicter des peines contre ces chanoines turbulents (1). La Bourse devait leur être fermée, c'est-à-dire qu'ils devaient être privés de toutes distributions manuelles jusqu'à ce qu'ils eussent fait amende honorable, devant le Chapitre, à ceux de leurs confrères qu'ils avaient insultés ou maltraités.

Le sou d'une petite cloche ou clochette {campanula) déterminait l'ouverture et la fin des séances. Les statuts déclaraient

(1) Statutum contra rixantes in Capitula. — Quoniam fréquenter accidit quod nonnulli concanonicorum noslrorum taxant linguas in

socios et eos contumeliosis verbis desJionestant statuimus quod

omnino bursa elaudatur illis donec

nul et non avenu tout ce qui pourrait être réglé en dehors du temps limité par cette double sonnerie de la clochette capitulaire.

La solution d'un grand nombre de questions délicates se trouvait donc remise aux chanoines dans les chapitres ordinaires. Il en résultait pour ces assemblées un travail très-considérable et qui ne fit qu'augmenter de jour en jour. Elles cherchèrent à s'en exonérer en partie par la création d'une commission particulière nommée la Chambre, dont nous allons étudier la constitution.

Chambre. — La Chambre fut établie dans le chapitre général tenu le 5 juillet 1564. Deputamus DD. KiW, Bellanger, Oudineau^ Quincé, Fermé et Picault cum procuratore nostro generali, ad conveniendum invicem singulis diehus

sabbati in Caméra hiijus nosirx Ecclesiœ et ibidem

deliberandum^ ac inter eos mature deîiberatis providendum in omnibus quœ viderint expedire pro felice s/a/u, administralione et conservations jurium et possessionum ejusdem Ecclesiœ. ... Cette délibération ne fait pas connaître ce qui donna occasion h l'établissement de la Chambre; mais à la date du 1" septembre précédent, on trouve une autre délibération nommant les mêmes chanoines députés avec pleins pouvoirs pour l'heureux succès des affaires de la religion. Il est probable que les chanoines, satisfaits des résultats obtenus par ce premier bureau, voulurent le constituer d'une manière permanente et étendre son action à toutes les affaires du Chapitre.

Le rôle de la Chambre s'agrandit rapidement, et le Chapitre prit l'habitude de renvoyer à son examen la plupart des affaires. En ioTO, un seul jour ne suffisait déjà plus à ses séances, et on décida que les commissaires s'assembleraient les mardi et jeudi de chaque semaine, à la diligence du procureurgénéral du Chapitre; sept ans après, en 1577, il fallut assigner trois jours de séances par semaine, et il fut ordonné aux commissaires des maisons de faire construire un local

uniquement destiné à ces séances. Toutes les archives du Chapitre y furent transportées en 1596.

Dans la suite, le mouvement des affaires se ralentit et permit à la Chambre de réduire ses séances à une par semaine, le samedi; et un pain du Chapitre fut accordé aux commissaires qui y seraient présents. Ils étaient réputés présents aussi aux heures canoniales pendant le temps qu'ils vaquaient aux affaires du Chapitre. Des modifications furent, en outre, apportées dans la composition de la Commission. En 1621, le Chapitre décida que la Chambre serait composée de quatre dignités ou chanoines anciens, de deux chanoines dage moyen, des deux derniers chanoines reçus et du procureur.

Afin de rendre plus promptes les décisions à prendre dans les chapitres généraux, la Chambre tenait une séance extraordinaire où les commissaires procédaient à une première étude des affaires à traiter dans l'assemblée des chanoines. Les procès-verbaux des séances delà Chambre étaient ensuite soumis au Chapitre qui en approuvait, modifiait ou rejetait les conclusions.

Tous les chanoines avaient la faculté d'assister aux séances de la Chambre; mais il est à croire qu'on en profita rarement, puisqu'il fallut quelquefois prononcer des peines disciplinaires contre des commissaires qui négligeaient d'y paraître.

Exemption.

La prééminence qu'emporte la dignité épiscopale sur toutes les autorités diocésaines, et spécialement sur les chapitres, est tellement conforme aux principes religieux et si bien établie dans les faits actuels, que l'on peut trouver surprenant qu'il ait été apporté autrefois des dérogations à cette règle de droit commun. Telle était pourtant la situation du

Chapitre du Mans qui, jusqu'en 1686, fut exempt de toute juridiction de l'ordinaire, ainsi que du métropolitain, et releva directement du Saint-Siège (1).

L'origine de cette exemption remonte fort haut dans l'histoire du Chapitre. Elle paraît avoir eu sa source dans ce principe de l'ancien droit ecclésiastique, en vertu duquel toute corporation religieuse de fondation royale était, par son titre même, enlevée à la juridiction épiscopale. Or l'église du Mans, restaurée et enrichie par Charlemagne et Louis le Ddhonnaire, s'est toujours considérée comme de fondation royale ; et sous répiscopat de Nicolas (1214-1216), les chanoines du Mans prenaient le titre de chapelains du Roi. D'un autre côté, la constitution de la société féodale du moyen âge, dont les éléments tendaient à s'isoler, à vivre d'une vie propre ei indépendante, favorisa énergiquement la tendance des corporations religieuses à se soustraire à l'action immédiate de l'évêque. Celui-ci, entré lui-même dans le concert féodal, entraîné par son double caractère de seigneur spirituel et de baron dans des luttes continuelles, obligé de défendre ses droits contre l'avidité ou la brutalité de ses voisins, livré quelquefois à des occupations très-profanes, telles que la guerre et la chasse, vit d'un œil assez indifférent cette diminution de sa suprématie spirituelle, peu jaloux de conserver sous sa houlette des corps dont il croyait n'avoir rien à redouter, et qu'il voyait assez fortement constitués pour se soutenir et se développer seuls.

Il paraît très-difficile, sinon impossible, de déterminer l'époque précise où le Chapitre commença à jouir des bénéfices de Texemption. Comme la plupart des institutions nées dans le moyen âge, elle exista sans doute longtemps en fait avant d'être formulée par écrit dans un titre quelconque ; elle fut le résultat de l'usage, conséquence lui-même d'une

(l) C'est eu vertu de cette prérogative que le Chapitre s'intitulait : Capituliim insignis ecclesiœ Cenomanensis ad ecdesiam Uomanam nullo medio perlinens.

série d'empiétements accomplis et répétés sans protestation, et légitimés par le temps. Le Chapitre profita avec habileté de toutes les circonstances favorables pour étendre et consolider ses privilèges, et, une fois acquis, il les défendit avec la plus grande ténacité et la plus inquiète sollicitude.

Sa première tentative d'émancipation paraît dater du temps de révêque Joseph, vers la fin du viii® siècle (785-793). Les violences et les déportements de ce prélat forcèrent le Chapitre à rejeter sa juridiction ; mais ce fut un fait particulier à Fépiscopat de Joseph et qui cessa avec lui.

Sous Geoffroy de Loudon, cent cinquante ans plus tard, les chanoines se trouvaient déjà en possession de nombreuses immunités, qu'ils firent confirmer par une bulle d'Innocent IV. Le saint évêque se garda bien de contester les privilèges accordés à son Chapitre et les confirma en bonne et due forme (1).

En 1309, le Chapitre fit une déclaration de ses droits, coutumes et libertés, laquelle porte en substance qu'il avait pleine juridiction sur tous ses membres, sur les clercs du chœur, et tous ses sujets, ainsi que sur les prêtres des églises qui lui étaient soumises; — qu'il pouvait juger tous les malfaiteurs qui lui avaient causé quelque dommage, et que les prêtres du diocèse étaient tenus de publier ses sentences lorsqu'ils en seraient requis; — qu'il avait le droit d'examiner et d'admettre les clercs nommés par l'évêque aux canonicats, et de leur désigner leurs stalles; — que l'évêque n'avait aucun pouvoir sur les quarante églises du Chapitre, ni sur les curés qui les desservaient ; — que le Chapitre avait pouvoir de jeter rinterdit sur la ville du Mans et même sur le palais épiscopal; — qu'enfin il avait le droit de se faire délivrer ceux de ses vassaux qui seraient traduits au tribunal de l'évêqne ou de l'official (2).

(1) Archives municipales, Mss. n»» 245, f» 260 v»; 2d1, fo41, ; iii> 258, P 65.

(2) Archives municipales. Ms. ii-^ 2i5, fos 143, v el 145, r".

Cette déclaration solennelle eut lieu à la fin de Tépiscopat de Robert de Clinchamp. Sous son successeur, le Gliapitre affirme de plus en plus son indépendance, et l'on trouve dès cette époque des statuts intitulés : Statuts de l'Église du Mans soumise immédiatement au Saint-Siège.

La jouissance complète de toutes ces immunités date, pour le Chapitre, de l'an 1200, du temps de l'évêque Hamelin. En cette année, le cardinal Octavien, évêque d'Oslie et de Velletri, légat du Saint-Siège, étant venu visiter Téglise du Mans, fut prié par les chanoines de leur obtenir de l'évêque le droit formel d'exercer la justice canonique, selon les formes adoptées par l'église de Chartres, sur les hommes et les terres de leur dépendance, et par tout le diocèse sur ceux qui attenteraient à leurs biens ou molesteraient leurs vassaux. Hamelin acquiesça aux conseils du légat et aux prières du Chapitre. Sa concession fut confirmée successivement par Octavien, par l'archevêque de Tours, Barthélémy II, et enfin par deux bulles du pape Innocent III (1). Dans la seconde bulle, ce pontife enjoignit aux abbés, prieurs, doyens, prêtres et à tout le clergé du diocèse de mettre à exécution les sentences prononcées par le Chapitre en vertu de ladite concession, nonobstant toute opposition et toutes lellres à ce contraires.

Afin de déterminer et de fixer nettement la portée et l'étendue de la concession qu'ils obtenaient, les chanoines s'adressèrent à leurs confrères de Chartres. Ceux-ci transcrivirent, dans une lettre formée (2), adressée à notre Chapitre, les privilèges dont ils jouissaient et qui devenaient aussi ceux de l'église du Mans.

Ce pouvoir prit bientôt entre les mains du Chapitre une activité terrible. Les têtes les plus hautes furent frappées des foudres ecclésiastiques et obligées de s'humilier sous la main qui les avait lancées; la reine Bérengère, de douce et gra-

(1) Livre Blanc, n«s CCI, CCII, CCIII, CCIV el CCV.

(2) Livre Blanc, ii" CCVI.

cieuse mémoire, fut elle-même en butle à leurs coups. Pour une perception d'une chétive somme de deniers faite à titre douteux par un des officiers de la reine sur le fief du Chapitre, l'interdit pesa sur toute la ville pendant dix-huit mois, c'est-àdire que les cloches cessèrent de sonner, les offices religieux d'être célébrés et les morts de recevoir la sépulture ecclésiastique (1).

Vers 1238, le chevalier Guillaume Coësnon, excommunié par le Chapitre pour avoir maltraité grièvement et jusqu'à effusion de sang Guillaume du Temple, arcTiidiacre de Sablé, et son secrétaire, et avoir battu le curé d'Amné, n'obtint son pardon qu'en se soumettant à une pénitence publique prolongée, rude et humiliante. Il dut parcourir un jour de dimanche ou de fête solennelle le grand chemin qui menait de la Couture à la cathédrale, dépouillé de sa tunique et de ses braies, portant dans ses mains un faisceau de verges avec lesquelles il fut fustigé au bout de ce trajet; puis aller, un autre jour et dans les mêmes conditions, de l'église de Neuvy à celle de Bernay, et subir la même humiliation dans trois autres localités au choix du Chapitre. 11 prit l'engagement, en outre, de passer trois années à combattre les infidèles dans la Terre sainte; de payer dOO livres tournois (environ 12,000 de nos francs) au Chapitre, avec quelques autres amendes plus légères. Tous ses domaines furent affectés à la garantie du payement de ces amendes et de l'accomplissement des autres prescriptions. De plus, il fournit comme cautions les chevaliers Guillaume de Bures, Jean des Essarts, Jean de Rouez, Gervais fils de Hugues, Guillaume de Moncruchet et plusieurs autres, qui s'engagèrent individuellement envers le Chapitre à lui donner satisfaction à défaut du coupable (2).

Cet usage immodéré et vraiment excessif do l'excommunication et de l'interdit dans le but de sauvegarder des intérêts

(1) Archives municipales, n" 834.

(2) Bibliothèque nationale. Fonds latin, Ms. n» 1775i, f*" 31, v".

temporels assez mesquins, devait amener à la longue le discrédit des censures ecclésiastiques, et montre chez nos chanoines une ardeur de domination et une âpreté peu louable dans la conservation de leurs droits. Toutefois, pour être juste, il ne faut pas oublier que ce pouvoir du clergé, excessif, si Ton veut, était alors le seul pouvoir moral assez fort pour s'interposer efficacement entre la brutalité de l'oppresseur et la faiblesse de l'opprimé. Seul, il pouvait maintenir ou rétablir l'ordre dans la société; et le peuple, c'est-à-dire la gent taillable et corvéable, exposé sans autre protection ni défense aux fureurs sauvages des Guillaume Goësnon du temps, voyait sans doute avec joie et admiration ses tyrans abaisser leurs mains sanglantes et courber leur tête altière devant un parchemin que, peut-être, ils ne pouvaient lire. 11 bénissait donc la religion et ses interprètes qui savaient mettre un frein aux passions des grands, lui apportaient la sécurité dans ce monde, et lui offraient dans l'autre les perspectives les plus consolantes et une large compensation aux maux qu'il souffrait ici-bas.

Mais ce fut en 1383, sous l'épiscopat de Gontier de Baigneux, au début du grand schisme d'Occident, que les libertés du Ghapitre du Mans reçurent une consécration définitive. Deux prétendants, Urbain VI et Glément VII, se disputaient la tiare, et leur querelle divisait l'Église en deux camps opposés. Pour conserver ou rattacher à leur obédience des dignitaires ou des corps ecclésiastiques puissants, les deux rivaux se montraient prodigues de faveurs. Nos chanoines étaient trop habiles pour laisser échapper une si belle occasion d'affermir et d'étendre leurs privilèges. Ils s'adressèrent à Clément VII, que la France pre.<que entière tenait pour le véritable pape, et par sa bulle datée du 15 juin 1383, le pontife souscrivit aux demandes du Ghapitre et confirma ses prétentions. Il déclare exempter le doyen et le Ghapitre, les dignités, chanoines, chapelains, choristes, vicaires et autres clercs, tant prébendés que non prébendés, et tous leurs offi-

ciers, domestiques et serviteurs, de la puissance, visite et justice ordinaire de tous patriarches, archevêques et évêques, spécialement de Gonlier et de ses successeurs, tant pour leurs fonctions, offices, bénéfices, que pour leurs juridictions, droits, possessions, biens patrimoniaux, maisons ne dépendant point de Téglise. Comme on le voit, la concession de Clément VII était aussi large que possible, et constituait le Chapitre de Saint-Julien dans une véritable indépendance.

Malgré ses qualités personnelles, sa naissance distinguée, des alliances nombreuses dans les régions du pouvoir qui rendaient Gontier de Baigneux l'un des plus puissants prélats de son temps, cet éveque ne put parer le coup porté à sa suprématie spirituelle. Toutes ses réclamations et ses démarches à la cour d'Avignon n'aboutirent qu'à faire proroger l'effet de la bulle d'exemption, dont les dispositions furent, de nouveau, confirmées par deux autres bulles pontificales expédiées pendant la même année 1383.

Les successeurs immédiats de Gontier de Baigneux s'efforcèrent en vain, comme lui, de ramener le Chapitre sous leur autorité, mais sans imiter la mansuétude de cet évêque. La lutte qui s'ensuivit fut longue et quelquefois violente. Pierre de Savoisy et Adam Chastelain y employèrent la majeure partie de leur épiscopat, et y usèrent sans profit leur influence, leur activité et presque leur vie. Le Chapitre sut rendre tous leurs efforts inutiles et resta indépendant. Il jouit depuis lors, sans aucun obstacle, tant du bénéfice de son exemption, que de sa juridiction spirituelle sur ses membres et sur les quarante cures.

L'exemption ainsi conquise par les chanoines était, sans nul doute, un fait considérable; mais les droits du Chapitre sur les quarante cures, déjà mentionnés plusieurs fois, venaient lui donner une nouvelle gravité et la rendre d'autant plus onéreuse à l'autorité épiscopale. Ces quarante cures, appelées aussi églises anciennes^ étaient à la présentation et à la col-

lation du Chapitre, c'est-à-dire à sa libre disposition, tandis que toutes les autres étaient conférées par Tévêque. Pour expliquer celle anomalie, on admet que la constitution primitive de l'église du Mans fut modelée sur celle de l'église de Rome, et que, de même que chacun des cardinaux avait reçu pour titre le nom d'une des églises de la Ville éternelle, de même une des églises du diocèse fut assignée à chacun des chanoines. La juridiction, exercée d'abord isolément par chaque titulaire sur son église, perdit plus tard ce caractère individuel, et fut exercée collectivement par le Chapitre. En 1313, l'évéque Pierre Gougeul reconnaît cette juridiction et tous les droits des chanoines sur les quarante cures; il se réserve seulement la connaissance des cas de mariage et du crime d'hérésie, et constate que l'institution et destitution des curés et autres personnes attachées à ces églises appartient de plein droit au Chapitre (1).

Par l'exemption, l'exercice de la juridiction canonique et ses droits sur les quarante cures, le Chapitre se trouvait investi d'une autorité quasi épiscopale; un diocèse secondaire était formé à son profit au sein du diocèse principal et pour lequel sa juridiction marchait parallèlement à celle de l'évéque du Mans, au moins sous le rapport contentieux. Aussi avaitil, comme l'évéque, son officialilé et sa prison située au pied de la tour Saint-Aldric et nommée La Touzée, détruite au commencement de ce siècle, et dont on peut voir dans les cartons de la Bibliothèque du Mans, les plan, coupe et élévation dressés de souvenir par M. l'abbé Tournesac.

Ces immunilésdonnaient aux décisions du Chapitre un caractère de force et de stabilité qui manquait à celles de la cour épiscopale ; car, tandis que les décisions de l'évéque pouvaient être déférées en appel à l'archevêque de Tours, les ordonnances capitulaires, par l'effet même de l'exemption, étaient

(1) Archives municipales. Livre Rouge, f»» 5, 9 et 14, — Ms. u» 258» 74, r«.

réformées seulement par le pape ou par des commissaires pontificaux in partibus, nommés pour en connaître (1).

Une telle accumulation de pouvoirs entre les mains du Chapitre devait, on le comprend sans peine, porter ombrage aux évêques du Mans. Ils étaient enclins, par la force des choses, à en contrarier l'exercice et à en contester la légitimité. De là, des luttes incessantes, presque séculaires, quelquefois sourdes, souvent bruyantes auxquelles, on doit le dire, la conduite hautaine et trop peu déférente du Chapitre à legardde ses évêques ne fut pas toujours étrangère.

Pour éviter ces dissentiments et sauvegarder ses droits, le Chapitre avait grand soin de vérifier si les bulles de provision des évêques ne contenaient aucune clause attentatoire à ses libertés, et s'il s'en rencontrait, de protester énergiquement et d'exiger du prélat la promesse de ne pas s'en prévaloir. Le nouvel évêque, au reste, n'était admis par le Chapitre qu'après avoir prêté, sur les Évangiles, le serment de respecter les droits et coutumes de l'église du Mans. On sait qu'à leur première entrée solennelle dans la ville, les évêques étaient portés sur les épaules de huit barons du Maine, feudaiaires de la baronnie de Touvoie, depuis l'église Saint-Ouen jusqu'à la cathédrale dont ils trouvaient les portes fermées. L'évêque, élevant la voix, disait : A ttollite portas, principes vestras^ et elevamini portœ œternales, etintroihit Rex gloriœ. Puis le dialogue suivant s'établissait entre lui et un dignitaire du Chapitre, placé en dehors de l'église, qui lui disait ;

— Est-ne ingressus tuus pacifions ?

— Paci ficus.

— Vis-tu sermre jura et consuetudines Cenomanensis Ecclesiœ, scriptas et non scriptas, approhatas ?

— Volo.

— Jura !

Et l'évêque, la main étendue sur le livre des Évangiles,

(1) Chopin. De sacra poAtià, liv. II.

disait : Sic me Deus adjuvet, et hœc sacra ver ba, statuta vera approbo et observabo et proviribus augebo (1). Alors seulement s'ouvraient les portes de la basilique, et les chanoines recevaient l'évêque et le conduisaient au chœur. Lorsqu'on se rappelle, en outre, qu'il fallut que l'autorité royale intervînt à deux reprises pour forcer les chanoines à adnfiettre l'évêque Charles d'Angennes, parce que ce prélat portait toute sa barbe selon la mode du temps, contrairement à un statut de notre Église, on comprend quelle importance le Chapitre attachait au maintien de ses us, coutumes et libertés, et avec quel soin jaloux il s'efforçait de les faire observer.

Le Chapitre cathédral tenait donc une place éminente dans la hiérarchie ecclésiastique du pays. Sans cesse exposé aux regards des populations dans la magnifique basilique de Saint- Julien ; se recrutant, en général, comme nous l'avons dit, parmi les premières familles de la province; puisant dans son esprit de corps et de tradition, une indomptable énergie, il devait être, et il fut en effet, un des plus fermes soutiens de l'ordre, du droit et de l'orthodoxie catholique dans une société pleine de confusion, en proie aux violences de la guerre et aux ravages de l'hérésie. Il était bon et juste qu'une corporation à laquelle un tel rôle était échu, possédât une grande et large existence ; qu'elle marchât l'égale des autres pouvoirs et eût sa sphère spéciale d'action, au lieu de n'être que l'humble satellite de l'épiscopat.

Aussi peut-on remarquer que le Chapitre ne descendit de celte haute situation que lorsque l'apaisement et l'ordre se furent établis sous la main puissante de la royauté, et qu'il eut commencé lui-même à dévier de l'orthodoxie en se laissant séduire par les subtilités jansénistes. Son exemption, après avoir traversé sans encombre les temps les plus troublés, et avoir résisté aux chocs les plus violents, vint expirer obscurément sous un arrêt du Parlement de Paris, le 27 juin 1686.

(1) Archives municipales, Ms n».

Voici les principales dispositions de cet arrêt : « La Cour

« sans s'arrêter aux demandes dudit Chapitre, afin

(( d'être maintenu en sa prétendue exemption et juridiction : « Maintient et garde ledit de La Vergne Montenard de Tres- « san, audit nom, et ses successeurs évêques du Mans, aux « droits de Juridiction, Visite, Correction, et en tous les actes (( qui en dépendent, surTéglise et le corps dudit Chapitre, et « les personnes particulières des Doyen, Dignitez, Chanoines, (( Prébendez, Semi-Prébendez, Chantres et autres ecclésias- (( tiques servant en ladite église du Mans : Et pareillement en « tousdroits de juridiction spirituelle et ecclésiastique surles « Curez, Clergé et Peuple des quarante paroisses, dont les « cures sont à la collation dudit Chapitre. Fait défense audit (( Chapitre et à tous autres d'y troubler ledit évêque ou ses « successeurs. »

La lutte suprême terminée par cet arrêt, avait duré sept ans ; et on peut aisément s'imaginer avec quelle ardeur elle fut soutenue de part et d'autre. Toutefois, les chanoines durent prévoir de bonne heure quelle en serait l'issue, car le 30 mai 1684, ils demandaient au Parlement, que dans le cas oïl il ferait difficulté de les maintenir en possession de leur exemption, il lui plût de les exempter au moins de la juridiction de 1 évêque du Mans, et leur permettre de conserver leur propre juridiction à la charge de ressort au métropolitain, l'archevêque de Tours, en cas d'appel des sentences rendues par leurs officiers. Mais cette demande, relativement modeste, devait encore leur être refusée.

Le Chapitre resta plus de soixante ans sans attaquer l'arrêt qui le frappait. Mais, vers 1748, l'Officialiié épiscopale intenta un procès à l'un des chanoines, M^ Michel Royer, et la vieille querelle recommença. Depuis quelques années, d'ailleurs, la bonne harmonie avait cessé d'exister entre l'évêque et les chanoines. Des dissentiments graves s'étaient produits entre eux au sujet de la composition du Bureau du Clergé. Le Chapitre adressa au Parlement une requête qui fut supprimée

par arrêt du Conseil du Roi « comme sédi'tieuse et injurieuse, tant à l'égard de l'évêque du Mans et de ses grands vicaires, que contraire au respect dû à Sa Majesté, et que le Chapitre y employé sans mesure l'indécence des expressions, les railleries amères et les plus grossières injures pour flétrir la réputation de son évêquc » (Cliarles-Louis de Froullay). Ce premier échec ne découragea pas les chanoines; ils prirent en main la cause de leur confrère Royer, et s'inscrivirent en faux contre l'arrêt contradictoire de 1686. Il fallut qu'un nouvel arrêt du Parlement vînt les débouter de cette inscription, les déclarer non recevables dans les oj)posiUons par eux formées et, enfin, les condamner à 1 ,000 livres d'amende, dont une moitié envers le Roi et l'autre pour l'Évêque. Tels furent les derniers démêlés qui eurent pour cause ou pour prétexte l'exemption du Chapitre.

En bonne logique, il semble que cette immunité n'aurait dû être enlevée aux chanoines que par l'autorité qui la leur avait accordée ; qu'il n'appartenait, enfin, qu'au pape de la détruire. Ce fut, sans doute, la pensée du Chapitre; car il subit plus qu'il n'accepla la jurisprudence du Parlement, et conlinua même d'agir, dans maintes circonstances, comme s'il eût encore joui de son exemption. Les évêques, de leur côté, s'abstinrent de heurter trop fortement les susceptibilités des chanoines; de sorte que, de part et d'autre, on vécut dans une espèce de compromis lacite pendant le peu de temps qui devait s'écouler avant que la Révolution vînt réduire l'antique organisation de notre Chapitre à l'état de simple souvenir.

Justice temporelle.

A rencontre de l'ancienne jurisprudence française qui avait établi en principe, dans presque toutes les provinces, que Fief et Justice n'ont ritn de commun, la Coutume du Maine

tenait pour maxime que Fief et Justice sont tout un, c'est-àdire que les droits du fief et de la justice étaient confondus; que ce qui appartenait à Fun était attribué naturellement à l'autre; et qu'il n'y avait point de fief sans justice, ni de justice sans fief (i). Or le Chapitre de Saint-Julien, possesseur de plusieurs fiefs importants, devait être, d après celte règle, seigneur justicier sur ses domaines. Au siècle dernier, trois tribunaux ou justices seigneuriales, établis en son nom, existaient encore à Assé-le-Bérenger, à Gourgenard et au Mans. Chacun de ces sièges était composé d'un bailli ou juge, d'un procureur fiscal, ministère public, et d'un greffier.

Ces trois juridictions avaient haute, moyenne et basse justice, ce qui comprenait la connaissance, au civil, de toutes les actions personnelles ou réelles, au pétiloire et au possessoire; au criminel, la répression des crimes d'enlèvement de personnes, d'homicide avec guet-apens, d'encis « qui est de meurdrir (tuer) femme enceinte ou son enfant au ventre, » d'incendie, de vol sur les grands chemins, de brigandage, d'empoisonnement et autres cas semblables (2). Le signe extérieur de cette haute justice était un gibet à deux piliers, à liens par haut et par bas, dedans et dehors (3). Au Mans, le gibet du Chapitre se trouvait sur la place du Cloître de la cathédrale. Cet appareil patibulaire, sans doute plus sinistre que formidable, déshonorait par son voisinage, sans grand profit pour la sûreté publique, l'aspect de notre cathédrale, car le Chapitre semble, dans tous les temps, avoir pratiqué la maxime : Ecclesia abhorr et a sanguine.

La chàtellenie d'Assé-le-Bérenger n'étendait sa juridiction que sur la paroisse du même nom; la baronnie de Courgenard, sur les paroisses de Gourgenard et de Gréez; et la justice du Mans, ou Prévôté régale du Chapitre, sur les paroisses d'AUonnes, Asnières, La Bosse, Bourg-le-Roi, Chantenay,

(1) Pocqoet de Livonnière, Traité des fiefs, p. 21.

(2) Coutume du Maine, art. 51.

(3) Coutume du Maine, an. 49.

La Chapelle-Saint-Aubin, Fyé, Sainte-Jarame, Sainte- Jamme-le-Robert, Saint-Georges-du-Plain, Saint-Jean-des- Échelles, Marigné, Saint-Mars-d'Outillé, Montrenault, Mulsanne, Notre-Dame-des-Champs, Panon, Pruillé-le-Chétif, SaiDl-Quentin etTrangé. Vingt-trois paroisses, sans compter deux cent soixante-dix maisons de la ville du Mans, se trouvaient donc soumises, en totalité ou en partie, à la justice temporelle du Chapitre. Ces trois sièges reportaient, par appel, à la Sénéchaussée du Mans.

La constitution et le mode d'existence des justices seigneuriales d'Assé-le-Bérenger et de Courgenard ne différaient en rien de ceux des autres tribunaux particuliers, et il serait peu utile de nous en occuper. Quant à la Prévôté régale, dont le siège, comme nous l'avons dit, était au Mans, il n'en saurait être de même. Son origine, le milieu oîi elle s'exerçait, les luttes qu'elle eut à soutenir, lui méritent une mention spéciale.

D'où venait à cette juridiction le titre de Prévôté régale ? C'est ce qu'il nous est impossible de décider d'une manière certaine. A-t-il servi, dans l'origine, à consacrer le souvenir d'une concession royale? Il faudrait alors reculer les commencements de cette institution jusqu'à Charlemagne. Cet empereur défendit, en effet, sous l'évêque Francon I*"", aux comtes d'exercer aucun acte de juridiction sur les terres de l'église du Mans, et sur les personnes qui lui appartenaient ; ce qui laisse supposer que notre église possédait pleinement le droit de justice sur ses terres et ses vassaux (1). A la fin du xi^ siècle, vers 1099, Guillaume le Roux confirma les anciens droits dont l'évêque et l'église avaient joui sous son père, et faciant, ajoute-t-il, libère ecclesiasticam justiciam (2). De bonne heure, le Chapitre posséda des droits féodaux dans le voisinage immédiat de la ville. Un certain Hugues fils de Landry lui aban-

(1) DomPioliQ, II, 80.

(2) Livre Blanc^ II.

donna, après de longs débats, la seigneurie d'un des faubourgs du Mans (1). Plus lard (1040), Geoffroy, comte d'Anjou, en lui cédant les fossés qui s'étendaient du Mont-Barbet à l'église Saint-Ouen, constate que les chanoines avaient également la seigneurie du faubourg Saint-Vincent (2). La possession seule de ce fief, en supposant que les anciennes concessions royales fussent tombées en désuétude, donnait au Chapitre, d'après les coutumes féodales, le droit d'avoir au Mans un siège de justice à son nom. En 1334, le roi Philippe VI déclara par lettres patentes les Chapitres du Mans et d'Angers exempts, eux et leurs justiciables, de la juridiction des baillis de ces deux villes, privilège, ajoute le roi, dont ces Chapitres ont joui de toute ancienneté (3).

Quoi qu'il en soit, cette juridiction rencontra dans sa marche bien des entraves, éprouva dans son exercice des contradictions nombreuses et violentes, subit, en un mot, de nombreuses et pénibles vicissitudes. Elle fut violée par les officiers de révéque (4), par ceux du comte et par les seigneurs de la province (5). Pour repousser ces agressions, le Chapitre n'avait qu'une arme, mais qui était redoutable, l'excommunication lancée par lui contre les violateurs de ses droits, et même l'interdit jeté sur leurs domaines.

Cependant, un moment arriva où le pouvoir des Parlements devint sinon supérieur, au moins plus efficace pour faire respecter les droits de chacun. Après s'être longtemps protégé lui-même en usant de ses armes spirituelles, le Chapitre fut obligé, à diverses reprises, d'avoir recours au Parlement de Paris afin de détruire les prétentions des justices rivales, et surtout celles de la Prévôté royale du Mans. L'un des procès les plus intéressants qui naquirent de ces contestations, fut

(1) Livre Blanc, n» CXV.

(2) Livre Blanc, n» CXIX.

(3) Archives déparlemenlales, G-10.

(4) Livre Bouge, n°30.

(5) Livre Blanc, n° DCCXIX.

soutenu et gagné par le Chapitre, vers 1636, contre la Prévôté royale. Deux arrêts furent successivenfient rendus en faveur des chanoines, statuant, le premier (24 mai 1636), «qu'ils étaient maintenus en la possession et jouissance d'avoir, tenir et faire exercer toute justice et juridiction, haute, moyenne et basse, sur leurs hommes et sujets demeurant dans l'étendue de leur Prévôté régale ; le second, qu'il est permis au Chapitre de faire marquer les maisons de ses justiciables, en telle sorte que le territoire de sa juridiction se puisse cognoistre. » Le premier membre de la Cour souveraine qui se trouverait sur les lieux, était délégué pour présider à l'exécution de ce second arrêt.

Les chanoines apprirent bientôt qu'un conseiller au Parlement, le sieur Vincent Nevelet, beau-frère de Jean II du Bouchel, seigneur deSourches, grand prévôt de l'Hôtel, et grand prévôt de France, se trouvait au château de Sourches, et lui députèrent M. Honorât Le Pelletier, l'un deux, pour le requérir de procéder à l'exécution des prescriptions de l'arrêt. Ce magistrat se rendit aux désirs du Chapitre, et, s'étant transporté au Mans, fit comparaître en sa présence les députés du Chapitre et M^' Antoine Pousset et Julien Jarrié, bailli et procureur du Roi delà Prévôté royale, le jeudi 5 novembre. Ces derniers s'opposèrent de toutes leurs forces à l'exécution de l'arrêt, et soulevèrent toutes les exceptions que l'habitude de la procédure pouvait leur suggérer. La marque des maisons, disaient-ils, « tirerait à grande conséquence à la juridiction royale de la Prévosté, notamment pour le droit de prévention coustumière, d'autant que par un arrost donné en 1614, et de l'exécution duquel il s'agist, il est dit que lesdits du Chapitre ne sont maintenus en la justice par eux prétendue en regalle sur leurs hommes et subjects, qu'à la charge de la prévention au bailli de la Prévosté, prévention qui rend la justice desdits du Chapitre commune au Roy et indifférente à leurs subjects pour se pourvoir par devant les officiers de ladite Prévosté ou le juge desdits du Chapitre, laquelle nrévention

serait absolument oslée au Roy et auxdits de la Prévosté, d'aultant que voyant telles marques apposées auxdites maisons, ceux qui les verroient pourroient bien clairement sçavoir qu'il faudroit faire appeler tels justiciables par devant lesditsdu Chapitre, et néanlmoings ignoreroientqu'ils eussent mesme faculté et liberté de se pourvoir par devant lesdits officiers de la Pré-

voslé joint que si telle prétention avoit lieu, cela donne-

roit exemple h tous les aulires haults justiciers de ceste ville, faulxbourgs et quinte de prétendre le mesme, et ainsy les maisons de ladite ville seroient marquées à la réserve de dix ou douze pour le plus, soubstenans lesdits delaPrévosté que le Roy n'a poinct en sa féodalité de la ville et quinte plus de vingt nuement justiciables, tous les aultres relevant daultres justices, il se trouveroit que lesdits de la Prévosté n'auroient juridiction quelconque. » Sans tenir compte de ces motifs, le commissaire délégué ordonna qu'il serait passé outre à Texéculion de Tarrêt. Le bailli Pousset lui présenta alors une requête très-hardie dans la forme, que nos magistrats actuels trouveraient certainement attentatoire à leur dignité et à leur honneur, mais qui peint bien les mœurs judiciairesde Tépoque.

Il lui expose que les officiers delà Prévôté royale ont appris que lui, commissaire, avait depuis longtemps des liens d'amitié et même d'intérêt avec certains membres du Chapitre; qu'il était venu au Mans avec la résolution de faire triompher les prétentions des chanoines, ainsi que ceux-ci s'en vantaient publiquement; que, dans ces conditions, les officiers de la Prévôté royale ne pouvaient avoir confiance dans son impartialité, puisqu'ils devaient craindre qu'il ne fît fléchir les droits de la justice en faveur de ses amis ; et il finissait par lui demander de se récuser lui-môme dans la poursuite de cette affaire.

Le conseiller Nevelet déclara ces raisons impertinentes, intempestives et inadmissibles, et qu'il y serait passé outre.

Les armes du Chapitre (d'azur semé de fleurs de lys d'or, h trois clés d'argent posées 2 et 1, les deux premières adossées),

gravées sur une petite plaque de cuivre, avec cette inscription : Jurisdiction du Chapitre, avaient déjà été appliquées sur les deux principales portes de la cathédrale, lorsque reparut le sieur Pousset, bailli delà Prévôté royale, muni d'une nouvelle requête au même commissaire, dans le but de lui demander, derechef, de se récuser lui-même pour d'autres motifs qu'il expose avec une grande hardiesse et une enli^re indépendance de langage. Cette seconde tentative ne fut pas mieux accueillie que la première et reçut, comme celle-ci, les qualifications d'impertinente, intempestive et inadmissible. Le bailli de la Prévôté déclare alors appeler de cette décision comme de juge suspect, récusé en cette qualité, et protester d'attentat.

Toutes les maisons soumises h la juridiction temporelle des chanoines, tant au Mans que dans les paroisses limitrophes, furent donc marquées des armes du Chapitre. Le procès-verbal de cette opération (i) pourrait aider, par les amples détails qu'il contient, à reconstituer la topographie de la ville dans la première moitié du xvn' siècle.

Sortie victorieuse de cette lutte, la Prévôté régale du Chapitre subsista jusqu'à la destruction des justices seigneuriales par la Révolution. Elle tenait ses audiences deux fois par semaine dans la Touzée, qui comprenait, outre l'auditoire, les prisons de la Prévôté régale et de l'Officialité du Chapitre.

Les archives du grefl'e de la Prévôté régale ont presque complètement disparu en 1793. Les quelques dossiers qui nous sont parvenus n'offrent malheureusement que peu d'intérêt. Ce sont des procédures, des contestations sur des sujets et pour des motifs quelquefois de la plus mince importance. Ils établissent que la justice était rendue par ce tribunal d'après les mômes errements que dans les autres juridictions. Le duel judiciaire y fut en vigueur pendant long-

(I) Archives di'pnrtewctU'tlef:, G-17.

temps, et même après son abolition, en 1260, par saint Louis (1).

Confraternité du Chapitre avec d'autres corps ecclésiastiques.

Depuis qu'il se fut constitué sous une forme définitive, le Chapitre chercha toujours à créer et à entretenir avec d'autres corporations religieuses des liens et des relations de confraternité. Cette tendance, très manifeste surtout au moyen âge, c'est-à-dire à une époque où tout était local, particulier, spécial dans les mœurs et les institutions, est une preuve de l'intelligence de nos chanoines et de l'esprit de sociabilité dont ils étaient animés. Sans doute, le sentiment religieux fut l'inspirateur de ces associations; mais les bénéfices temporels qui en découlaient pour les membres associés sont aussi évidents. Le Chapitre y trouvait, en dehors de sa propre constitution, de nombreux points d'appui pour résister aux agressions extérieures; et il ne manqua jamais lui-même à soutenir de son influence les corporations avec lesquelles il avait des rapports de confraternité et, par suite, de solidarité.

La plus ancienne et, certainement, la plus remarquable de ces confraternités est celle qui s*établit entre le Chapitre du Mans et celui dePaderborn, dans la Saxe, en l'année 836, sous l'épiscopat de saint Aldric, à l'occasion du transfert à Paderborn des reliques de saint Liboire, évêque du Mans. Cherchant un patron pour son diocèse, l'évêque de Paderborn, Badurad, mû par une inspiration divine, s'adressa à Aldric et lui envoya des députés, munis d'un précepte de Louis le Débonnaire, pour lui demander le corps de saint Liboire. L'évêque du Mans acquiesça à la demande de l'évêque ger-

(I) Livre Blanc, »<> CXIV; Le Corvaisier, p. 523; Dom Piolin, Histoire de VÉglise du Mans, t. IV, p. 433.

main, malgré la résistance d'une partie de son clergé et de la population ; saint Liboire devint le patron de la Saxe, tout en restant le protecteur du Maine.

Vers 1205, sous Tépiscopat de Hamelin, le bruit se répandit dans le Chapitre du Mans que la châsse de saint Liboire n'occupait plus, dans l'église de Paderborn, la place d'honneur qui lui avait été primitivement assignée, et que, par suite, les reliques avaient cessé d'être l'objet du culte accoutumé. Cette nouvelle était fausse, comme il fut prouvé plus lard, mais elle émut profondément le Chapitre, qui envoya h Paderborn un messager et des lettres pour vérifier les faits. Cne des lettres qui furent échangées à cette occasion, a été conservée dans le Livre Blmic du Cha|)ilre; c'est la réponse des chanoines saxons à leurs confrères du Mans, datée du 18 des calendes de septembre (15 août 1205'.

Après avoir rappelé les circonstances de la translation des reliques de saint Liboire, le Chapitre allemand écrit : « Cet honneur conféré à notre église a été la source de grands bienfaits, car il a produit de nombreuses guérisons, tant de l'âme que du corps. Fidèle à sa parole, le Seigneur a, en effet, confirmé les promesses immuables de sa révélation. A la vue des nombreux miracles qui attestaient les mérites de saint Liboire et appuyaient la parole des prédicateurs, un peuple barbare, récemment converti à la foi, n'est plus retourné au culte des idoles, a abjuré ses erreurs héréditaires, et Paderborn a cessé d'être en butte aux outrages des païens. Notre église, fière et joyeuse des mérites et des prières de son patron, semblable à un navire que la science d'un bon pilote guide au sein d'une mer agitée, en pleine terre de Saxe, au milieu de nations barbares, et des tourmentes d'une dure persécution, a échappé à tous les dangers. Pour un si incomparable trésor et un si glorieux présent de votre éminente charité, nous vous rendons grâces par le contenu de la présente lettre, non autant que nous le devons, mais comme nous le pouvons, et du fond de nos cœurs. . . Quant h ce gage récent que vous

nous avez donné d'une sollicitude que le temps n'a pu affaiblir, il demeurera gravé dans nos cœurs, et sera pour nous l'objet d'une reconnaissance particulière. Votre messager nous a appris avec quelle émotion profonde vous aviez entendu dire que la châsse (de saint Liboire) avait été par nous changée de place. Vous l'avez envoyé vers nous pour s'en assurer et nous remettre, avec vos lettres, la Vie et la Translation de saint Liboire, incertains que vous étiez si nous avions conservé ces récits jusqu'à présent, et craignant que les titres qui témoignent de ces faits venant à nous manquer, le souvenir des évéuements s'effaçât dans notre esprit, et que nous ne devinssions ingrats et, par suite, odieux aux hommes et à Dieu. Pour que vous n'ayez plus aucune inquiétude, nous nous empressons de vous faire savoir que la châsse est toujours de notre part l'objet du culte primitif. . . 11 n'est aucune fête, ni suspense, ni interdit qui nous empêche de faire de vous chaque jour mémoire spéciale et nominative. Nous désirons, en outre, établir avec vous une réciprocité de secours {stipendia) avec une seule restriction, pour ne pas laisser exploiter nos églises par des faux frères ou des vagabonds. C'est que si un des vôtres, à nous connu, vient ici, ou si un de nous, à vous connu, va vers vous, ils seront de part et d'autre accueillis et secourus; quant à l'étranger non muni de lettres de recommandation, il ne pourra nous imputer à injure ou à mépris de n'être pas reçu et traité honorablement et fraternellement. Nous vous demandons, enfin, avec les élans d'un dévouement sincère et de toute l'affection de nos cœurs, que vous fassiez mémoire solennelle de notre glorieux Patron, lumière de notre Église, tant à l'office du jour qu'à celui de la nuit, le jour de sa Nativité. Et vous devez d'autant mieux accéder à notre prière que si le Maine, grâce aux mérites de saint Julien, est en renom dans le royaume de France, il n'est pas moins célèbre en Saxe, ni moins illustre, par suite de la Translation, des mérites et des miracles de saint Liboire. Salut en Notre Seigneur. Donné Tan du Seigneur MGCV, le

18 des calendes de septembre (1).» Ainsi se trouvaient resserrés et très-explicilenfient établis, au commencement du xiir siècle, entre les deux Chapitres, les liens d amitié qui unissaient depuis longtemps les églises du Mans et de Paderborn.

Quatre siècles plus tard, le traité de Weslphalie, qui devait reconstituer l'Europe sur de nouvelles bases en terminant la lutte de la France contre la Maison d'Autriche, et la lutte entre le Catholicisme et le Protestantisme, vint fournir au Chapitre du Mans Toccasion de cimenter de nouveau cette union, par les services qu'il allait rendre à l'église de Paderborn.

Dans les remaniements territoriaux auxquels ce traité donna lieu en Allemagne, les chanoines de Paderborn avaient tout sujet de. craindre le sort de tant d'autres corporations catholiques, et d'être sacrifiés à l'établissement de l'équilibre européen. Ils implorèrent le secours de leurs confrères du Mans, qui envoyèrent h Paris l'un d'entre eux afin de tâcher d'obtenir du cardinal Mazarin et de la Régente le maintien du Chapitre de Paderborn. Ils associèrent à leurs efforts l'évêque du Mans, Éméric-Marc de La Ferté, et l'évêque de Dol, Denis Cohon, ancien chanoine et grand archidiacre du Mans. Mais les soucis de toute sorte qui assiégeaient alors le Cardinal, le rendaient peu accessible aux sollicitations du Chapitre, et ce ne fut qu'au prix de démarches réitérées et continuées pendant longtemps que furent obtenues du Roi des lettres de protection pour le Chapitre allemand. Aussi, en informant leurs confrères de ce succès, le 27 décembre 1647, les chanoines du Mans leur disaient-ils : Sedres curia ita se habent ut non facile sit nisi post longam et maturam discussionem , talia ohlinere. Ulud nerjotium muUolies prnpositum, multoties eliam sinon omnino rcjectuniy saltem quibusdam de causis dilatum fuit. L'intervention de nos chanoines en faveur de leurs confrères fut donc couronnée d'un succès complet. La Cour adressa aux plénipotentiaires français au Congrès de

(1) Livre Blanc, CXCVIIl.

Munster une lettre qui leur recommandait les intérêts du chapitre de Paderborn, et délivra à ce dernier des lettres de protection pour le mettre à Tabri des vexations, des violences et des ravages que la guerre traînait après elle. Voici le texte de ces deux documents.

« A mon Cousin le duc de Longueville, gouverneur et mon lieutenant général en Normandie, et mon premier plénipotentiaire pour les traitez de la paix générale ; et Messieurs les comtes d'Avaux et de Servien, conseillers en tous mes Conseils et mes ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires pourlesdits traitez.

« Mon Cousin et Messieurs les comtes d'Avaux et Servien, ceux du Chapitre et diocèse de l'église de Paderborn m'ayant fait représenter qu'ils ont esté fondez par Charlemagne, et dottez de plusieurs bienfaits par les Roys mes prédécesseurs, et que pour marque de leur dévotion vers la France, ils se trouvoient conjoints d'amitié et de confraternité avec l'Évesque, Chapitre et diocèse du Mans, auxquels ils se sont addressez pour obtenir de moy les faveurs de ma protection royale et ma recommandation pour leurs intérêts. A quoy je me suis porté bien volontiers, et leur ay envoyé mes lettres de sauvegarde, sur quoy je vous escris celle-cy, parl'advisde la Reyne régente, Madame ma mère, pour vous dire que je seray ayse qu'ils en ressentent du soulagement, et que vous fassiez entendre à tous qu'il appartiendra que je les considère comme des personnes que je veux défendre de toutes incursions et violences, et qu'ils jouissent de tous les advantages de ma protection, tant en ce qui touche leurs personnes et la liberté de leurs fonctions spirituelles, qu'en la jouissance de tout ce qui leur appartient. Vous aurez aussy à les favoriser en toutes les occasions qui s'en présenteront à Munster durant le cours de la négociation. Ce que me promettant que vous ferez volontiers, je prieray Dieu qu'il vous ayt, mon Cousin, et Messieurs les comtes d'Avaux et dejServien, en sa sainte garde.

« Escript à Paris, le douziesme de décembre mil six cent quarante-sept. Signé : Louis. Et plus bas : de Loménie. A côté : A Messieurs les Plénipotentiaires. Ladite lettre cachetée du cachet du Roi. »

De par le Roy, « A tous nos Lieutenants généraux en nos armées et provinces, Mareschaux de France, Mareschaux et Maistres de camps. Généraux, Majors, Colonels, Capitaines, Chefs et Conducteurs de nos gens de guerre, de quelque nation, qualité et condition qu'ils soient, François et estrangers, et tous autres justiciers, officiers et subjets qu'il appartiendra, salut. Sçavoir vous faisons que désirant favorablement traiter les chanoines et habitans du Chapitre et diocèse de Paderborn, en considération de ce que l'Évesché dePaderborn a esté fondé par Charlemagne, d'heureuse mémoire, nostre prédécesseur; Et pour prévenir les hazards où se trouvent réduits lesdits chanoines et habitans de perdre leurs biens, leurs vies et leurs âmes mesmes par les extrêmes violences qu'ils souffrent journellement depuis longues années de leurs voisins et ennemis ; et voulant à l'exemple des Roys, nos prédécesseurs, d'immortelle mémoire, protéger envers tous et contre tous les intérêts de l'Église; et encore en considération de la confraternité que ceux dudit Chapitre ont avec celuy de l'église cathédrale du Mans, qui s'est employé pour eux ; Nous, de l'advis de la Reyne régente, nostre très-honorée dame et mère, avons pris et mis, prenons et mettons par ces présentes, signées de nostre main, en protection et sauvegarde royale tous les biens desdits chanoines et habitans qui sont dans l'estendue du diocèse do Paderborn ; Vous mandons et ordonnons de les en faire souffrir et laisser jouyr, de sorte qu'aucuns de nos gens de guerre ne fassent aucun tort ou ravage dans ledit diocèse de Paderborn, ne fouragent, ne enlèvent aucune ciiose d'iceluy, ni mesmc y fassent aucun logement ; Et où quelques-uns seroienl si osez que de faire le contraire. Nous vous ordonnons de les faire punir si sévèrement que les autres y prennent exemple; Et que pour marque de nostre dite protection et sauvegarde, Nous avons permis et permettons de faire mettre et apposer aux endroits les plus éminents, dans tous les lieux de l'estendue dudit diocèse de Paderborn nos armoiries, basions et pannonceaux royaux. Et d'autant que de ces dites présentes l'on pourroit avoir besoin en divers lieux, Nous voulons qu'aux coppies d'icelles, deument collationnées, foy soit adjoutée, comme au présent original. Car tel est est nostre plaisir. Prions tous Roys, Princes,|Estals, Polen-

tats, Républiques et autres nos bons amis, alliez et confédérez, et requérons aussy les généraux de leurs armées ou autres commandans leurs troupes, de tenir la main à ce que la présente protection soit observée, offrant de nostre part de faire le semblable pour ceux qui Nous seront ainsy recommandez de la leur. Donné à Paris, le douziesme jour de décembre mil six cent quarantesept. Signé : Louis. Et plus bas : Par le Roy, la René [sic) Régente, sa mère. De Loménie, secrétaire d'Estat. Et scellé du sceau royal. Lesdites lettres en une grande feuille de parchemin. »

Le Chapitre du Mans eut ainsi la bonne fortune et la joie d'assurer le maintien de son allié de Paderborn, et le privilège assez rare de faire fléchir, au gré de ses désirs et de ses vœux, les froids calculs de la politique.

L'évêque et le Chapitre de Paderborn multiplièrent les témoignages de leur gratitude envers nos chanoines, déclarant dans toutes leurs lettres qu'après Dieu, ils ne devaient qu'à leur intervention persévérante la conservation de leurs biens, de leurs privilèges et même de leur existence ecclésiastique, en un mot, de n'avoir pas été sécularisés. Leurs successeurs actuels s'en sont-ils souvenus lorsqu'ont passé récemment sur notre diocèse les désastres et les douleurs de l'invasion? Ont-ils cherché à détourner ces calamités de notre pays ou, au moins, à en atténuer les conséquences? Je n'en sais rien. L'intervention de l'évêque et du Chapitre de Paderborn auprès de l'état-major prussien n'aurait eu, sans doute, aucune efficacité; mais on peut dire qu'une telle démarche eût honoré ses auteurs, et affirmé une fois de plus l'antique confraternité des deux églises.

Les traités d'Osnabruck et de Munster avaient, en réalité, donné à la France le protectorat de l'Allemagne, et Mazarin était trop habile pour négliger une occasion d'asseoir de plus en plus solidement l'influence française dans un état tel que révêchédePaderborn,qui comptait vingt-trois villes et possédait un territoire assez étendu. En 1656, au sortir des troubles de la Fronde, il se souvint delà confraternité de cette église avec

celle du Mans, et voulut l'utiliser au profit de ses vues politiques. Il publia, à cet effet, une Déclaration du Roi, dont voici le lexte qui nous semble peu connu.

« Louis, par la grâce de Dieu Roi de France et de Navarre, à tous ceux qui les présentes lettres verront, salut. Sur ce qui nous a esté représenté que l'Évesché de Paderborn a esté autrefois fondé par l'un des Roys nos prédécesseurs, Charles le Grand, lors empereur des Romains, et qu'il y auroit toujours eu depuis ce temps-là une eslroite liaison d'amitié et une espèce de confraternité entre cet évesché et celuy du Mans, scitué dans noslre royaume, ce qui auroit toujours tenu les évesques qui ont possédé ledit Évesché de Paderborn dans une particulière affection et une deppendance envers cette couronne, ensuite de quoy, les Roys nos prédécesseurs et Nous aurions aussy en toutes occurrences pris un soin particulier de donner ausdits Evesques tous les témoignages de bienveillance et de protection royalle qu'ilz ont désiré, non-seulement pour les conserver dans la jouissance de tous leurs droitz, immunités et privilèges, comme les autres Princes du Saint-Empire, nos bons amis, voisins ou alliez, mais pour leur faire connoistre que Nous Nous tenons en quelque façon engagés à les proléger et que les intérestz et advantages du dit Évesché ne Nous sont pas en moindre recommandation que ceux dudit Évesciiè du Mans et autres (jui sont scituez dans nostre Royaume, non-seulement en considération de ladite confraternité, mais pour satisfaire à l'affection particulière que nos prédécesseurs et Nous avons toujours eu pour la conservation et augmentation des droitz de l'Église, cl Nous acquitter comme Roy très-chrétien du devoir qui nous oblige de les protéger en tous lieux. A ces causes et pour autres bonnes et justes considérations à ce Nous mouvans, de l'avis de noslre Conseil, Nous avons dit et déclaré, disons et déclarons par ces présentes que Nous avons ladite confraternité desdits Éveschès de l'aderborn et du Mans bien agréable; voulons et entendons qu'elle soit à l'advenir sincèrement cultivée et entretenue de part et d'autre, comme elle a esté jusqu'à présent, et, en conséquence d'icelle, que ledit Évesché de Paderborn et les évesques possesseurs d'iceluy, présens et advenir, comme estans leurs personnes,

droitz, dignités, prérogatives et immunités sous nostre particulière protection, soient dès à présent comme pour lors compris dans tous les traités d'alliance, confédérations et autres que nous ferons présentement et à l'advenir avec les Princes du Saint- Empire, tant pour la conservation de la paix establie en iceluy par les traitez faits à Munster au mois d'octobre 1648, que pour empescher, faire cesser ou réparer les contraventions qui pourroient y avoir esté ou estre cy-après faites ; lesquels traitez Nous n'entendons faire que pour le bien et repos dudit Empire et pour maintenir tous les Princes et Estatz qui le composent dans la libre et paisible jouissance de tous leurs droitz, libériez, prérogatives et privilèges qui leur appartiennent. Et pour tesmoignage de nostre intention sur ce sujet, Nous avons signé ces présentes de nostre main, et avons fait apposer nostre grand sceau. Donné à Compiègne, le vingt-quatrième de septembre, l'an de grâce mil six cent cinquante et six, et de nostre règne le quatorzième. Signé : Louis. Et sur le repli : Par le Roy : de Loménie. Et scellé du grand sceau de cire jaune. »

La guerre de Sept ans vint remettre encore une fois en question l'existence de l'église de Paderborn, et fournir au Chapitre de Saint-Julien une r^ouvelle occasion de prendre en main les intérêts de son allié.

Au mépris des dispositions du traité de Westpbalie qui maintenait le Chapitre de Paderborn en possession d'élire son évêque, le commandant des forces confédérées défendit aux chanoines, en 176i, de pourvoir à la vacance du siège par Télection d'un nouvel évêque, leur déclarant qu'il avait ordre de l'empêcher par n'importe quel moyen. Le motif de cette entreprise sur les droits du Chapitre n'était pas difficile à découvrir. La maison de Brunsv^ick désirait, à l'exemple de la maison de Brandebourg, arrondir ses États par la sécularisation des évêchés environnants, et celui de Paderborn lui semblait surtout enviable. Elle espérait qu'à la paix ce territoire pourrait lui être attribué, et ne voulait pas, conséquemment, en laisser élire un nouvel usufruitier qui contesterait et affai-

blirait ses prétentions, et dont la dépossession ne pourrait, dans tous les cas, avoir lieu sans compensation. Il y avait donc dans celte intervention un péril menaçant pour l'église de Paderborn. Ses chanoines adressèrent au Roi de France une éloquente supplique et eurent recours, pour l'appuyer, à leurs confrères du Mans. Ceux-ci firent présenter par leur évêque, Charles de Froullay, un placet au Roi dans le but d'obtenir un ordre de la Cour aux maréchaux de Soubise et de Broglie de favoriser l'élection, et des instructions dans le même sens pour les plénipotentiaires qui devaient traiter de la paix. Ils écrivirent de plus, au premier ministre, le duc de Choiseul, la lettre suivante :

« Monseigneur,

« Oserions-nous prendre la liberté de joindre nos très-humbles prières cà celle de M. l'évêque du Mans pour supplier Voire Grandeur d'appuyer auprès de Sa Majesté le placet qu'il a l'honneur de luy présenter afin d'obtenir à l'église de Paderborn, enWestphalie, la liberté d'élire un nouvel évêque en la place de M. l'archevêque de Cologne, son dernier pasteur.

« L'opposition de la Maison de Brunswic y a mis obstaclejusqu'à ce jour. La protection persévérante qu'il a plu à nos Roys d'accorder à cette église dont ils sont fondateurs, nous fait espérer, qu'aydés de la vôtre, Monseigneur, nous obtiendrons du Roy la même grâce.

« La confraternité qui règne entre cette église et la nôtre, depuis le commencement du neuvième siècle, nous rend communes toutes ses peines.

« Nous avons l'honneur d'être avec le plus profond respect, « Monseigneur,

a De Votre Grandeur « Les très-humbles et très-obéissants serviteurs.

« Les doyen, chanoines et Chapitre de l'église du Mans. « Par le Chapitre :

« Signé : Bucquet, chanoine et archidiacre de ladite église et syndic général du Chapitre. »

Le duc de Choiseul accueillit gracieusement la supplique des chanoines et leur répondit :

« Versailles, le l^"^ septembre 1761.

« J'ai reçu, Messieurs, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire au sujet de votre confraternité avec le Chapitre de Paderborn. Votre intercession en faveur de cette églize sera un motif de plus pour le Roi de lui faire éprouver les effets de sa protection et de sa bienveillence.

« J'ai l'honneur d'être, avec une parfaite considération, Mes sieurs, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

« Le duc de Choiseul. »

Malgré ces assurances consolantes, l'église de Paderborn resta sans pasteur jusqu'au mois de janvier 1764, c'est-à-dire jusques après la conclusion des traités de Paris et de Hubertsbourg qui mirent fin à cette absurde guerre de Sept ans. Grâce aux démarches de nos chanoines, le péril qui menaçait l'église de Paderborn fut encore conjuré, et sa sécularisation retardée jusqu'en 1801 .

Dans tous ces événements, le rôle du Chapitre de Saint- Julien fut, comme on le voit, vraiment digne d'envie. Il put donner à son allié de Paderborn des preuves répétées d'une affection constante et désintéressée, et lui rendre d'inappréciables services. Mais la tourmente révolutionnaire devait bientôt changer les rôles et envoyer le chef de l'église du Mans chercher un refuge auprès des reliques de saint Liboire. M. de Jouffroy- Gonssans, chassé de France, réduit au plus extrême dénûment, fut recueilli, avec les prêtres qui l'accompagnaient, par le Chapitre de Paderborn, avec l'empressement et les honneurs dus au pontife et au proscrit; et l'hospitalité la plus généreuse pourvut à tous ses besoins. Il y vécut quatre ans entouré de la vénération du clergé et du respect des populations (1).

(1) Dom Piolin, Histoire de l'Église du Mans, t. VI, p. 578.

Une association de prières et de mérites s'était aussi formée entre le Chapitre du Mans et celui d'Angers, en 1244 (1). Elle fut resserrée et confirmée au mois de février 1256(2). Les avantages mutuels qu'en retirèrent les deux corporations rendirent cette confraternité de plus en plus étroite, et la firent renouveler solennellement à diverses reprises, le 13 avril 1472, spécialement.

Dans le traité d'union conclu à cette dernière date, il fut convenu : 1° Qu'à la mort d'un évêque ou d'un chanoine, arrivant dans une des églises, avis en sera donné à l'autre qui célébrera une fois l'office pour le repos de l'âme du défunt; — 2" Cette clause ne s'étend ni aux semi-prébendés du Mans, ni aux grands chapelains d'Angers. — 3'' Si un chanoine d'une des églises est obligé, pour conserver sa vie, de quitter son église, soit à cause de quelque contagion, soit pour éviter les violences de quelque prince ou seigneur, il pourra se retirer dans l'autre église, aura entrée au chœur et voix au Chapitre, conservera le rang de sa réception, ou le rang et prérogatives de la dignité dont il est revêtu dans sa propre église.

- 4" Qu'il sera tenu présent dans son église lorsqu'il assistera à l'office de celle dans laquelle il se sera réfugié, et sera payé entièrement sur le certificat du pointeur ; — 5° Que le chanoine réfugié n'aura pas voix au Chapitre pour l'élection del'évéque, ni pour la collation des bénéfices; — 6*' Qu'il produira des lettres du Chaj)itre de son église faisant foi de la cause de sa fuite et du rang qu'il occupe parmi ses confrères; — 7" Qu'un chanoine, absent de son église pour quelque autre raison, pourra prendre rha!)it de l'église alliée où il se trouvera, et assister ainsi au chœur, mais sans pouvoir par la suite, pendant son séjour, assister aux offices avec un autre costume sous peine de cinq sous tournois d'amende au profit des enfants de chœur ;

— 8° Que les cérémonies et marques d'honneur et de civilité

(1) Archives municipales, Ms 59.

(2) Livre Blanc, n» CCXC.

{ceremonias et civilitates), prescrites dans les présentes lettres de confraternité seront, à l'avenir et à perpétuité, observées dans les deux églises, et que des copies desdites lettres seront remises à chacun des deux Chapitres, ^signées par les secrétaires et scellées du grand sceau (1).

Heureusement pour TÉglise d'Angers, nos chanoines n'eurent jamais l'occasion de lui rendre de grands services comme à celle de Paderborn. Toutefois, un évêque d'Angers, Charles Miron, ayant voulu détruire la juridiction du Chapitre de sa cathédrale, le Chapitre du Mans prit fait et cause pour son allié et contribua au maintien de ses droits.

Les rapports entre les deux Chapitres furent très-fréquents, et eurent surtout pour objet la dénonciation de la mort de quelques-uns de leurs membres ou des évêques, selon le vœu du traité d'union. La plupart des lettres écrites de part et d'autre dans ce but, aux deux derniers siècles, ont été conservées. Elles sont rédigées en latin, et les secrétaires chargés de les formuler, semblent avoir voulu rivaliser d'élégance cicéronienne, et faire assaut de sensibilité. A Angers, ces qualités dégénèrent même en une sorte de boursouflure, ainsi qu'on en peut juger par la lettre suivante écrite aux chanoines du Mans, pour leur annoncer la mort de M. de Bascardon, chanoine, dont la vieillesse avait été tourmentée par la goutte.

Venerabiles viri^ confratres et amici.

Versa est in luctum cithara nostra : ita cuique suum comparalum^ ita Deoplacitum, gaudiun, ut mœror^ cornes consequatur. Undique hymnis et canticis personabant iempla ob sanitatis recuperationem serenissimi prineipis Domini de Lambesc, provincix Andeyavensis prœfecti^ et serenissimde Dominae Comitiss3e de Brionne, matris ejus^ at illico suspendimus organa nostra et flevimus vobiscum mortem DD. Godard et Vauguyon, concanonicorum vestrorum.pro quibus

(1) Archives mmiicip. Dossier 834.

— di5 —

proximis diehus Martis et Jovis potentissimum Christi sanguinem iremendo Numini lilahimus. Si vestram tristitiam lenire posset calamitas nostra^ vohis denunciaremus subitaneam mortem venerahilis et circunspecti viridomini Andréas Estard de Bascardon, presbyleri, confratris nostri, qui omnium in se animas conciliabat singulari comitate^ miserationem, infanda et diutina dolorum acerbitate, admirationem vero, rara insuper abilique patienlia. Digna res visu ! Articularis morbus qno quindecim et amplius annorum spatio dire cruciatus fuit, pedes horride contorserat, torpuerant nodis turgentes manus. Attamen, horis canonicis interesse non desistebat et vero quoties titubante gressu et quasi reptans, recrudescente inlerdum œgrïtudinis sensu, ad sacras œdes conscendit. Sed tandem plus sexennio domi detentus et tolus cruci defixus, quam constanti animo passus fuerit, melius sentitur quam dicitur. Talis est quem extinctum deflemus ac veslris precibus juxta confraternilatis leges enixe commendamuSy multamvobis salutem adprecantes. Vaïete, Venerabiles viri, confratres et amici,

Vobis addictissimi et obsequentissimi Decanus, Canonici et Capitulum insignis ecclesiae Andegavensis.

Per Capitulum,

Brossier, secret,

Dalum in CapilulOy die 28 Junii 1763.

Voici maintenant la lettre par laquelle le Chapitre du Mans notifie à celui d'Angers la mort de Tévéque Charles-Louis de Froullay. Celte lettre sulfira avec la précédente pour Taire connaître le ton général de la correspondance établie entre les deux Chapitres.

Venerabiles viri, confratres et amici,

Bepenlinâ morte, die sabbati nuperrimâ, nonâ hora post meridianâ, octogesimo œtatis sux anno nondum compléta, sublatus est DD. Carolus Ludovicus de Froullag, antisies

noster^ necnon abbas abbatiœ regalis SS. Pétri et Pauli de Cultura.ordinis Sancti Benedicti, hiijus civitatis, etcomitum Lugduni decanus. Quod lacrimabile fatum intimo cordis dolore attacti, vobis annuntiamus. Si saltem^ ad solatium nostrum, quanto mœrore conficiebamur ^ eloqui potuissemus. Sed gravi et improviso morbo affectus^ vix ad illius valetudinem vota nostra ad altaîHa detulimus : hinc animo sollicito, ad lectuîïi doloris concurrimus; accedimus ut testes tristioris spectacull.

Nobiscum lacrymas fundite, Venerabiles Confratres^ nobis aufertur prœsul, deliciœ nostrœ, tum pace quâ gregem sibi perquadraginta ferè quatuor annos commissum^ rexit, tum commodis et utilitate quibus provincise^ quse ortum illi dédit ^ curavit inservire.

Naturœ calamitatum aut fortunœ morositatum^ sacrum perfugium, charitatis et amoris ejus, œternum monumentum curis et benefîciis ejus^ erectum : membrorum Christi vociferationes usque ad cœlestiapersonent^ vox potens, omnia oblinens.

Heu ! jam, naturœ debitum persolvit : quid nunc nobis desiderandum superest nisi ut patri pauperum portas cœlorum sint apertcB : perpetuo in cordibus suis altaria exstruent ; nosque properemus, pro illustrissimi defuncii requie, victimam expiationis déferre. Coeunles nobiscum, Venerabiles Viri, p7*o mutuo confraternifatis et amicitiœ vinculo, juxta pristinas leges, preces fundite, pro dignissimo antlstite nostro. Vos etiam enixe rogamus ut nobiscum vim Deo faciatis et pastorem juxta cor suum nobis concéder e dignetur. Multam vobis salutem adprecamus, Valete,

Venerabiles Fm, Confratres et Amici,

Vobis addictîssimi et obsequentissimi Decanus^ Canonici et Capitulum insîgnis ecclesiœ Cenom,

Per Capitulunij

Mabilleau, secret.

Datumin Cenomani, die 5 februarii 4767.

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