‹ L'ancien chapitre cathédral du MansChapitre 2 sur 3 · HT · texte numérisé non relu

HT

Cette harmonie fraternelle ne semble avoir été troublée qu'une seule fois, en 1717, au milieu des querelles religieuses du Jansénisme. Les chanoines du Mans firent, d'une manière retentissante, acte d'adhésion à Tappel contre la Bulle Unigfenite, tandis que le Chapitre d'Angers se maintenait avec fermeté dans les voies de l'orthodoxie. Il témoigna à nos chanoines sa désapprobation en rompant les relations séculaires qu'il entretenait avec eux. Il ne les reprit qu'après la soumission entière du Chapitre du Mans à l'autorité du Pape (1).

Suppression du Chapitre.

Pendant les deux derniers siècles de son existence, nous avons vu la situation du Chapitre se modifier profondément à certains égards. Son indépendance spirituelle succombe définitivement sous les coups du gallicanisme des Parlements, après avoir été longtemps battue en brèche par les évêques. Ceux-ci, grands seigneurs de naissance, habitent la Cour aussi souvent que leur palais épiscopal, et possèdent une influence contre laquelle il serait vain et quelquefois dangereux pour le Chapitre de lutter. Au lieu d'entrer dans leur cathédrale portés sur les épaules des hauts barons du î)ays, ils se bornent a prendre possession de leur siège par procureur; mais les chanoines ne leur en interdisent plus l'entrée et ils y sont devenus les maîtres, ainsi que dans le diocèse- Le pouvoir absolu du Chapitre sur les quarante cures tombe en désuétude, et le doyen a cessé défaire ses visites archidiaconales en qualité de chef de sa compagnie, mais bien comme délégué de l'évêque, de même que les archidiacres. L'évêque de Grimaldi peut bouleverser à son gré le chœur de li cathédrale, faire disparaître une foule d'objets d'art, vendre au poids pour 19,4:23 livres 4 sous 9 deniers tout le cuivre ciselé

(J) Dom IMolin, Uisloire de lÉijUsc du Mans^ t. VI, p. 435.

qui l'ornait, pour y substituer, au prix d'une soixantaine de mille livres prises sur les fonds du Clergé, la décoration froide et nue que nous y voyons toujours (1).

Mais la perte d'une partie de ses privilèges n'empêcha pas le Chapitre de tenir la conduite la plus noble et la plus digne dans la crise suprême oîi il devait disparaître avec l'ancienne organisation de notre église. Tous ses membres, sans exception, suivirent inviolablement la ligne du devoir et firent, comme leur évêque, résolûment tête à l'orage. Il est difficile de ne pas se sentir ému en présence de la ruine de cet illustre corps, aussi ancien que la monarchie française, et de ce long passé qui allait disparaître. La constitution civile du clergé, mesure impolitique et blâmée par tous les historiens, avait été édictée le 12 juillet 1790, mais ne fut appliquée au Chapitre calhédral qu'au commencement du mois de décembre suivant. Le vendredi 3, en effet, l'administration du district du Mans fit signifier par huissier aux chanoines le décret de l'Assemblée nationale qui supprimait les chapitres et communautés et, le lendemain, M. de La Briffe, doyen, recevait de M. Le Prince, aîné, maire de la ville, le billet suivant dont le laconisme incorrect et le parfait sans-gêne méritent d'être relevés :

« Monsieur, j'ay l'honneur de vous prévenir que, ce soir à trois heures, il ira quatre commissaires pour poser les scellés dans votre église.

<( J'ay l'honneur, etc. »

Le Chapitre n'avait pas attendu cette exécution sommaire pour affirmer, avec une imposante énergie d'expression, la doctrine de l'indépendance de l'Église à l'égard des pouvoirs temporels, et l'avait formulée dès le 19 novembre 1790, dans la délibération capitulaire suivante :

(( Le vendredi 19 novembre 1790, au Chapitre extraordinaire -

(1) Archives départementales, G-430.

ment assemblé, à l'issue de la messe du chœur, le sergent a rapporté avoir été par les maisons, etiam extrà Barras.

« Un de Messieurs ayant rapporté qu'il était très-probable que Messieurs du département de la Sarthe doivent incessamment nous faire signifier l'ordre de nous conformer aux décrets de l'Assemblée nationale, au sujet de notre suppression et de la nouvelle organisation du clergé : la matière mise en délibération, il a été décidé unanimement qu'il était de notre religion et de notre devoir de faire des protestations ; et, après avoir pris Tavis et les réflexions de chacun de Messieurs, elles ont été rédigées et arrêtées comme suit :

a Messieurs,

« Au milieu de la consternation profonde que répand sur chacun de nous la rigueur des ordres que vous vous croyez obligés de nous intimer, il n'en est aucun qui pressé par un sentiment plus impérieux que toutes les considérations politiques, et par une loi supérieure à toutes les puissances humaines, ne se fasse une obligation essentielle d'en suivre les impressions.

a Ce sentiment est celui de la Conscience, et cette loi est celle de la Religion.

« Dans ce lieu même où nous nous trouvons rassemblés, nous avons tous confirmé, par le serment le plus sacré, la promesse que nous avons faite à l'église et au Chapitre du Mans, d'une fidélité et d'une soumission inviolables tant (juenous existerions dans leur sein.

« Pourrions-nous donc aujourd'hui, par un coupable silence et par une lâche désertion, contribuer à la subversion de leur constitution hiérarchique?

« Ce serait alors que, prévaricateurs envers Dieu, dont nous sommes les ministres, en abandonnant volontairement les fonctions de son culte public qui nous sont confiées, nous n'échapperions ni aux reproches de notre conscience, ni à ceux des âmes honnêtes dont nous aurions provoqué le mépris.

0 Ce n'est donc point par un esprit de résistance à une autorité dont nous connaissons l'étendue et les bornes, mais c'est pour remplir le plus saint des devoirs, celui cCobéir à Dieu plutôt quaux hommes y que le Chapitre déclare :

« 1° Qu'attendu que son existence est indissolublement inhérente à celle du siège épiscopal dans l'Église catholique, laquelle n'érige point d'évêché sans un chapitre cathédral, essentiellement sénat de l'évêque, d'après la tradition apostolique et la décision des conciles généraux, le Chapitre du Mans ne peut pas plus être détruit que le Siège épiscopal, ou il ne peut l'être comme lui qu'en vertu d'un décret de la puissance ecclésiastique, et d'après les formes canoniques ;

« 2° Qu'attendu que ledit Chapitre, par un décret formel du saint Concile de Trente, adopté par l'Église universelle, est investi de la juridiction spirituelle pour le gouvernement du diocèse, au moment delà vacance du siège épiscopal, cette prérogative ne peut lui être enlevée et transmise à tout autre corps ou individu, que par une loi nouvelle de l'Église qui abrogerait son ancienne discipline, promulguée dans un concile œcuménique : car, sans cette abrogation, il résulterait une anarchie dans chaque diocèse à la mort de l'évêque.

« 3° Qu'attendu encore qu'il est notoire que le Roi a recouru au Souverain Pontife pour soumettre à son examen le plan de la nouvelle constitution du clergé, décrétée par l'Assemblée nationale, et que le Pape a nommé, à cet effet, une congrégation pour procéder à cette discussion ; le profond respect dont le Chapitre est pénétré pour le Chef de l'Église, ainsi que la déférence qu'il doit aux mesures prises par Sa Majesté, lui font une loi d'attendre la décision du Saint-Siège apostolique, dans une matière qui tient aussi essentiellement à la Religion et à l'autorité spirituelle de l'Église.

« D'après ces considérations , le Chapitre cathédral du Mans requiert qu'il lui soit donné acte de la protestation qu'il fait que, sans manquer aux devoirs de sa conscience, il ne peut participer ni directement ni indirectement à l'exécution du plan de la nouvelle constitution ecclésiastique en ce qui le concerne, et, qu'en conséquence, il continuera ses fonctions sacrées et canoniales et l'acquit de ses fondations, jusqu'à ce que la force physique y mette un obstacle invincible. Il fait, au surplus, toutes réserves expresses

pour le maintien des droits de l'église du Mans, dont l'origine est plus ancienne que celle de la Monarchie française. « Arrêté au Mans, lesdits jour et an que dessus.

« Ont signé : de la Briffe, doyen de l'église du Mans ; Paillé, chantre en dignité; Tessier, scolastique; du Perrier, archidiacre de Montfort; de la Fontaine, archidiacre de Passais; Berthelot du Gage, archidiacre de Laval ; Coupvent, souschantre ; Trotté, Royer, Nepveu, Huet, vicaire général ; Fay, LE Conte, N. Huet, le Gointre, Herpailler du Ghesneau, syndic ; Savarre, Fay, Pillon de Saint-Gherreau, de Salmon du Chatellier, Fay, Laizé, Quillel, Ghenere, Roman, Jupin, Hervé, le Maignan, Tuffier et Pillon, chanoines. »

MM. de Sagey, grand archidiacre, Seran d'Audrieu, Cellier, Dugast et Bonnet, absents ou ennpêchés pour cause de maladie, s'empressèrent d'adhérer à cette protestation.

Le samedi 4 décembre, les quatre commissaires municipaux, accompagnés d'un détachement de la milice citoyenne el de douze hommes du régiment de Chartres (dragons), se présentèrent vers six heures et demie du soir, h la cathédrale, où l'office canonial avait été célébré toute la journée, comme d'habitude. Ils fermèrent avec des cadenas les trois portes du chœur et celle de la chapelle du Chevet, mirent les scellés sur la porte du Trésor ou des Archives, et se présentèrent au Revesliaire. Le chanoine Herpailler Du Chesnean, procureur du Chapitre, voulut alors leur présenter la protestation des chanoines, mais ils ne voulurent point la recevoir, disant qu'ils n'étaient venus que pour l'apposition des sceaux. M. Du Ghesneau ne put même trouver d'huissier qui voulût se charger de la signifier au District, et fut obligé d aller la remettre luimême h M. Franchct, apothicaire, procureur-syndic du district, en lui disant : « Monsieur, je n'ai trouvé aucun huissier qui ait voulu signifier les protestations du Chapitre; voulezvous bien les remettre à M. le Procureur général syndic du Département? » M. Franchct assura qu'il le ferait; M. Du

Ghesneau le prévint qu'il allait les déposer chez un notaire. Alors tout fut fini ; le Chapitre avait vécii.

Page 1