Chapitre de Saint-Michel-du-Cloître ou Bas-Chœur de la Cathédrale
Les doyen, dignités et chanoines ordinaires composaient le Chapitre cathédral, dont j'ai essayé de décrire l'organisation. Mais, au-dessous de cette corporation, s'en trouvait une autre attachée aussi à la basilique de Saint-Julien, et qui y occupait une place considérable. C'était la confrérie ou Chapitre de Saint-Michel-du-Cloître, appelé souvent le Bas-Chœur de la cathédrale, par opposition au titre de Haut-Chœur que prenait le Chapitre.
I/origine de ce chapitre secondaire remonte à la première moitié du xii^ siècle. Vers ce temps, les titulaires des chapelles et les autres membres du clergé inférieur de la cathédrale s'unirent pour célébrer ensemble le service divin, et pour remplir d'autres devoirs de religion et de charité, tels que d'assister les pauvres et les malades, de leur administrer les sacrements, etc. En faveur de cette pieuse association, l'évéque Hugues de Saint-Calais donna, du consentement du Chapitre, aux clercs qui la composaient, les offrandes de l'autel le jour de l'octave de Saint-Julien, pourvu qu'ils eussent assisté à Matines et aux autres offices de la cathédrale. Il leur donna ensuite personnellement une stalle qu'il possédait dans le cloître de l'église, l'ayant achetée de ses propres deniers d'un certain Païen Bove, mais sous la condition qu'ils assisteraient à son anniversaire (1). Cette donation, la plus ancienne qui ait été faite à la confrérie de Saint-Michel, n'est pas datée ; elle eut lieu entre les années 1 136 et 1 142.
De nos jours, assurément, une telle concession se tradui-
(1) Livre Blanc, no CCXXIV.
rait par des avantages assez minces pour la personne morale qui en serait favorisée; mais il n'en était pas de même au XII*' siècle, temps de foi et de ferveur religieuse où les populations bâtissaient ces magnifiques églises qui font encore notre admiration et notre orgueil, et les enrichissaient de leurs offrandes. La fête de Tapôtre du Maine, saint Julien, en exaltant encore ces sentiments religieux, attirait au Mans un grand concours de fidèles de toutes les parties de la province, et la plupart voulaient laisser à la cathédrale un don qui attestât leur confiance dans la protection du grand thaumaturge. C'est ainsi que Ion peut se rendre compte de Timporlance de la donation de Hugues. Le Chapitre cathédral s'associa plus tard à cet acte en permettant aux confrères de tenir le chœur ce même jour de l'octave de Saint-Julien, d'ordonner le service divin et de prendre les clefs des troncs. Ils devaient jouir de ces privilèges jusqu'en 1790.
Sous l'évêque Hamelin, vers 1190, l'existence de la confrérie fut implicitement reconnue par une bulle du pape Clément m, qui confirme les confrères en la possession et jouissance des revenus de leurs chapelles et de tous les bénéfices et oblations qu'ils pourraient obtenir de la dévotion des fidèles (1\ On les voit ensuite acquérir, vendre, affermer des biens, soutenir des procès, transiger, se livrer enfin collectivement à tous les actes qui dénoncent, dans une corporation, la pleine jouissance de tous ses droits et, par là même, l'achèvement de son organisation (2).
Ainsi constituée et déjà maîtresse de revenus considérables provenant de legs pieux et d'acquisitions, la confrérie ne fit que croître en importance et en nombre. L'autel Saint-Pierre lui fut assigné dans la cathédrale pour y chanter les messes et y ac(iuiilcr les divers services religieux prescrits par sa fondation. L'évêque Maurice la confirma, et l'un de ses succes-
(1) Archives déparlementahs, ^'^ ^'Fonds|dc Saint-Micliel-du-Cloilrc*
(2) Archives départementales^ Mùme fonds.
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seurs, Jean de Craon, la transféra, d'accord avec le Chapitre, de l'autel Saint-Pierre dans l'église Saint-Michel-dii-Gloître, attenant à la cathédrale et dont elle prit le nom (1) (1347- 1355).
Jusqu'alors la confrérie était restée dans la dépendance complète du Chapitre cathédral. Mais, désireuse de devenir à son tour indépendante, elle profita des luttes qui surgirent entre les évêques et le Chapitre au sujet de l'exemption, pour se soustraire à la juridiction de ce dernier, et l'évêque Adam Chastelain entra dans ses vues. En 1401, le l^"" avril, il rendit à Paris un premier décret qui souleva de violentes et nombreuses protestations de la part des chanoines. Trois ans après, un nouvel arrêt du prélat prononça l indépendance de la confrérie vis-à-vis du Chapitre, lui abandonna entièrement l'église de Saint-Michel-du-Cloître, qui fut érigée en chapellenie et dont la paroisse fut réunie à celle du Crucifix, et attribua enfin à l'évêque toute juridiction sur les confrères.
Cet acte d'Adam Chastelain fut l'origine d'une suite interminable de procès entre le Chapitre cathédral et la confrérie. On plaida pendant plus de trois cents ans, pour le même sujet, avec des succès divers, selon les temps et les circonstances, sans que les chanoines pussent parvenir à ramener les confrères sous leur dépendance. Un pape même y échoua. Vers 1476, un bref de la cour d'Avignon donna gain de cause au Chapitre et le rétablit dans sa juridiction sur les confrères; mais ceux-ci, protégés par les pouvoirs locaux, s'opposèrent à cette réunion, et un arrêt du Parlement arrêta l'exécution du bref pontifical. Le résultat de tant de démêlés fut l'obligation imposée à la confrérie d'envoyer à l'église cathédrale, h de certains jours de fête et à certaines cérémonies, des semainiers et sous-semainiers pour y chanter une leçon et un répons à matines et le traita la grand'messe (2).
(1) Cauvin, Géographie du diocèse du Mans, p. 169.
(2) Bibliothèque du Mans, 1483 A.
Dans l'impuissance de réduire la confrérie à son premier étal, le Chapitre voulut au moins l'amoindrir et, à cet effet, provoqua auprès du Parlement l'extinction de la plupart des tilrcs qui la composaient et dont les revenus seraient réunis à la mense capitulaire, laquelle, selon les chanoines, était devenue insuffisante (1772). Les confrères ne pouvaient se laisser dépouiller en silence; ils protestèrent hautement et avec énergie contre les prétentions du Chapitre, et surent mettre dans leurs intérêts la municipalité du Mans qui fut partie au procès. Ce nouveau débat, terminé encore par la défaite des chanoines, donna lieu à de nombreux mémoires qui ont pu être conservés; quelques-uns portent la signature de l'avocat Philippeaux dont le rôle pendant la période révolutionnaire est assez connu, grâce surtout aux récents travaux de M. Henri Chardon.
La confrérie de Saint-Michel-du-Cloître avait donc son régime propre et ses statuts, qui lui donnaient le droit* de s'assembler particulièrement, de députer aux assemblées du clergé, de marcher processionnellement la croix haute, et d'avoir une mense indépendante. Cette mense était composée des revenus de cent vingt litres, dont quatre-vingts chapelles et quarante places. Des quatre-vingts chapelles, il y en avait cinq h la nomination de l'évêque, dix h celle de la confrérie elle reste, c'est-à-dire soixanle-cinq, ainsi que les quarante places, h la nomination du Chapitre. Parmi ces soixante-cinq dernières chapelles, il s'en trouvait cinq qui portaient des dénominations particulières : deux s'appelaient capellœ asinariœ, parce qu'elles avaient été fondées en faveur des vicaireschoristes, asinarii, officiers-gagistes du bas-chœur; les trois autres étaient dites les chapelles du Pain, à cause delà rétribution d'une livre de pain par jour, en assistant à un grand office, qui s'y trouvait attachée.
Tous ces chapelles étaient desservies dans l'église cathédrale du Mans, et leurs titulaires devaient y acquitter par an plus de quatre mille messes, sans compter environ quatre
mille autres messes célébrées annuellement par eux dans l'église Saint-Michel.
Les quarante places de confrères n'imposaient à ceux qui en étaient pourvus aucune obligation spéciale. Le Chapitre en disposait en toute liberté, parce qu'elles étaient de la nature des bénéfices désignés, dans le droit ecclésiastique, sous le nom de bénéfices libres ou de pleine collation libre, non sujets à la prévention, et dont le titulaire ne tenai-t ses pouvoirs que de la simple volonté du collateur, à laquelle ni la résignation en faveur, ni la réquisition, ni la permutation, ni même la dévolution ne pouvaient apporter d'entraves. Au siècle dernier, le revenu moyen de ces places atteignait environ deux cents livres.
Les cent vingt membres du Chapitre de Saint-Michel se divisaient ainsi en deux classes, les chapelains et les simples confrères. Tous se partageaient le produit de la mense particulière de la confrérie; mais les chapelains jouissaient, de plus, des rétributions et des revenus attachés à leurs chapelles et formaient la catégorie la mieux dotée.
A ces deux classes, on peut en joindre une troisième consistant dans les vingt-huit officiers qui formaient, à proprement parler, le bas-chœur de la cathédrale. Après avoir fait leur rigoureuse, ils étaient reçus dans le sein du Chapitre de Saint-Michel, pour y participer aux distributions manuelles et y jouir des mêmes droits que les autres confrères.
Les membres ordinaires du Chapitre de Saint-Michel-du- Cloître n'étaient pas astreints à la résidence au Mans. 11 n'y en avait ordinairement que la moitié qui demeurât dans la ville ou aux environs, remplissant les fonctions de vicaires, desservant les monastères de filles ou se livrant à l'enseignement; le surplus se trouvait employé au ministère dans les cures ou d'autres places éloignées.
Pour les confrères qui n'obtenaient point de cures, les revenus qu'ils tiraient de la confrérie venaient suppléer à l'insuffisance des ressources provenant des fonctions subalternes
quMls remplissaient. Il y avait encore un certain nombre d'étudiants admis dans la confrérie et qui étaient réputés présents pendant la durée de leurs éludes. Celte organisation favorisait le recrutement du clergé par les petits revenus qu'elle mettait à la disposition des jeunes clercs dont la pauvreté aurait pu paralyser les talents et contrarier la vocation religieuse. Une place de confrère leur tenait lieu de titre sacerdotal (possession d'un fonds suffisant pour assurer la subsistance d'un ecclésiastique), sans lequel, autrefois, on ne pouvait être promu aux ordres sacrés.
La totalité des revenus de la confrérie n'était pas inférieure, en 1789, à 60,000 livres, y compris le revenu des chapelles de la cathédrale, lesquelles se trouvaient inégalement dotées. Toutefois, le traitement d'un chapelain ne descendait presque jamais au dessous de 500 livres.
Le Wans. — Typ. Ed. Monnoyer. — Janv. 1875.
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