Cf. Besson, Panégyriques, 3 vol. in
la main de M. de Liancourt ; Chamfort prenait le bras de Mme de Vaudreuil; La Vaupallière, Travanet, Chalabre allaient au voyage de Marly, soupaient à Versailles chez M"° de Lamballe. Le jeu et le bel esprit avaient tout nivelé. Les carrières, ce grand soutien de la hiérarchie et du bon ordre, se détruisaient.... Le plébéien riche, éclairé, qui ne dépendait point » des nobles, « qui pouvait se passer d'eux et dont ils ne pouvaient se passer, vivait avec eux comme avec .des égaux. »
Chose étrange, ce plébéien, qui est entré de plein pied dans « la grande société, » voit se fermer devant lui les premières situations de l'Eglise. Chateaubriand raille « Monsieur son père, qui aurait volontiers, comme un grand terrier du moyen-âge, appelé Dieu le gentilhomme de là haut, et surnommé Nicodème {le Nicodème de l'Evangile) un saint gentilhomme. » I] semble vraiment que le gentilhomme de là haut soit bien décidé à ne prendre à son service que des gentilshommes. Au moment mème où le vieil édifice menace ruine de toutes parts, où un vent de rénovation universelle souffle avec tant de force sur la France, la résolution d’exclure de l'épiscopat tout prètre sans naissance paraît s’aflirmer de plus en plus. L'évèque de Poitiers, Beaupoil de Sainte-Aulaire, a un vicaire général de grand mérite et de grande vertu, l'abbé d'Aviau. Dans un voyage à Paris, en 1788, il le recommande à Marbeuf, ministre de la feuille, comme un homme qui ferait honneur à l'épiscopat ct dont la nomination serait favorablement accueillie par l'opinion, après le scandale de la récente promotion de Talleyrand. Marbeuf est loin de contester les éloges qu’on lui fait de l'abbé d’Aviau. Une seule dificulté l’arrête, c'est le peu d'éclat de sa famille. Comment répondre aux observations désobligeantes qui seront faites à la cour sur sa petite noblesse? Beaupoil de Sainte-Aulaire est trop grand seigneur et peut-être trop infatué lui-même des idées de caste pour se récrier contre une pareille observation, alors qu'il s'agirait pour
l'Eglise de choisir le plus digne. Il se contente, l’armorial à la main, de prouver à son interlocuteur que la famille d'Aviau de Sanzay est l’une des plus anciennes de son diocèse et compte de très belles alliances. C'était lui ouvrir par là même la porte de l'épiscopat où Marbeuf promet de le faire entrer ; mais il est remplacé, en 1789, à la feuille des bénéfices, par Lefranc de Pompignan qui nomme, à sa place, d’Aviau à l’archevêché de Vienne. Le choix était excellent, ce qui n'zmpècha pas quelques courtisans de s'apitoyer sur le peu de disi'nction et l’absence de monde du nouvel élut. Quel aveuglement ! Il s’agissait bien alors d'aller parader et faire ses grâces à la cour.