Memoires de Tulleyrand, 1, p
absolument pauvre. » Ileureusement que l'Eglise ouvrait devant elles ses portes toutes grandes.
On en était venu à regarder les dignités, les revenus
ecclésiastiques comme des apanages de easte !. Pousser un de ses enfants à l’épiscopat, c'était travailler au bien de sa race, en s'assurant par lui influence ct richesse. La vocation forcée de Talleyrand parut à ses parents « plus favorable à l'avancement de La famille. Car dans les grandes maisons, dit-il dans ses Mémoires, c'était /a fumille que l'on individus et surtout que les jeunes
aimait, bien plus que le
individus que l'on ne connaissait pas encore. » « Une seule passion, dit Chateaubriand, dominait mon père, celle de son nom. »
L'Eglise fit trop souvent les frais de ces ambitions de race. La promotion de Richelieu au siège de Luçon nous en fournit un remarquable exemple. A cette époque, hés paraissaient héréditaires dans quelques familles. Les Bonzi se succèdent à Béziers sans interruption depuis un siècle. Le siège de Pa n de Gondi », celui de Maillezais dans la maison de Sourdis, celui de Luçon dans la maison de Richelieu. Un des frères de Richelieu est pourvu de ce dernier. Armand se destine à l'armée etrecoit une éducation toute militaire. Tout à coup l’évèqu
rtains
év
est « dans la ma
donne sa démission et se fait chartreux. Sa mère communi-
que à Armand les perplexités qu'une telle décision cause à toute la parenté. Alors celui-ei fait volte face et renonce à l'armée pour entrer dans le clergé et occuper l'évêché de Luçon. « Que la volonté de Dieu soit faite, écrit-il ; j'accepterai tout pour le bien de l'Eglise et la gloire de notre noni
Que de preuves ne nous donne point Saint-Simon de cette poussée de la noblesse vers l'Eglise. « Les ducs de
La Rochefoucauld, dit-il, s'étaient accoutumés depuis longtemps
ne vouloir chez eux qu'un successeur pour recuei
omment la noblesse s'em-
1. Voir en M. Taine (-tncien régime. p. 8 puroit des charges les plus lucratives de l'Etat. 2. Bonneau Avenant, Histoire de la duchesse d'Aiguillon. p. 14.
montre Louis XIV obligé de faire violence au duc de Beauvillers pour élever à l'épiscopat son fils, l'abbé de Saint- Aignan. Le due de Be:
pour une si grande sit it que trop raison.
Au XVHE siéele.la race des nobles continue à être fécon-
olution, les deux du Plessis-d'Ar-
illiers le trouvait encore trop jeune
ation. L'événement prouva qu'il n'a
de et à avoir besoin de l'Eglise pour sa progénitu la veille de la Ré gentré, évèques l'un de Limoges et l'autre de tent cinq autres fr i de Villeneuve, suc ivement évêque de V pellier dans Le m el neuf garçons et huit fillest. La carrière ecel
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rs et de Mont-
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sœurs. Les parents de Re:
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savaient eu dix-sept € stiqueoffreune Pou est le moyen de maintenir à l'a les intér ous de notre fils Dans quel régiment placevus un bénéfice en vue pour
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dre ces biens de famille,
laisser pe aute de fournir qui les prendre? Le courant est établi. Point ou peu de grandes ieurs tonsurés dès + Quelques
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maisons qui ne comptent un où plu
l'adolescence, parfois dès la première enfance
x coupés n'imposent pas de grande.
leur avenir, et au besoin rd. En atten- S'ils ultat obtenu. Voilà un enfant
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établi, et cet enfant, devenu évêque, sera un jour le meil-
leur soutien de tous les
iens. Le jeune d'Osmond a une belle figure, mais par suite d'un accident arrivé en nourrice
1, Saurel, l'évéque François Renaud de Villeneuve, V889,in-8°. 2. Mémoires, 1, V3,
l'une des jambes est de trois pouces plus courte que l'autre. Si l'armée lui est fermée, l'Eglis Le voi d'abord chanoine et comte de Lyon ; le voilà bientôt pro-
e lui est ouvert:
dit de son frère.
mu au siège de Comminges, grâce Il se montre « le meilleur parent possible, élève ses neveux bien autrement que lorsqu'il était simple comte de Lyon, donne des dots, pourvoit à tout, » et a le talent en démissionnant, en 1785, de se faire attribuer son neveu pour successeurl. En 1787, durant la première assemblée des notables, Dillon, archevêque de Narbonne, dinait un jour chez le maréchal de Castri I fut question des projets dirigés contre le clergé. Le marquis de Bouillé dit que
« c'était très bien fait, » qu'il était temps de secouer son joug, « qu'il ne voyait pas pourquoi lon marcherait toujours par le chemin des prêtres. — Il me semble, reprit l'archevêque de Narbonne, que vous ne vous êtés
pourtant pas mal trouvé d’avoir marché dans ce chemin
R; c'est lui qui vous a conduit au temple de la gloire. » — Comme le marquis faisait la sourde oreille : « Et oui, ajouta Dillon, si feu M. l'évêque d'Autun, votre oncle, ne vous eût pas donné un régiment, ou en ser
Toutes les combinaisons familiales ne réussissaient pas aussi bien. Au milieu du XVII siècle, l'aîné des des Cars a embrassé, comme il convient, le métier des armes ; ilest déjà colonel de cavalerie et chevalier de saint Louis ; le
vous ? ? »
second a porté un moment le petit collet qu'il a quitté ensuite pour s'engager dans Ia marine ; le troisième est voué à l'état ecclésiastique. M:
Mémoires, « me faisait la peinture la plus douce et la plus attrayante de la vie de séminaire à Paris, au centre de ma famille. Elle me montrait les pensions sur les abbayes pleuvant d’abord en abondance, bientôt sui de pricurés riches, de grosses abbayes. Je serais aumônier du roi,
mère, raconte-il dans ses
1. Mémoires de Dufort, comte de Cheverny. 1886, 2 vol. in-8e, t. IT, p. 45-46, 61-64. Dufort dit que M. d'Osmond était a aimé et estimé. » 2.. Mémoires de Bachaumont, 8 mars, 1887.
agent du clergé, évèque au plus tard à trente ans, et enfin le plus riche de ma famillet. »
Les événements se chargent souvent de déranger ces
combinaisons. Tel enfant, d'abord destiné à l'Eglise, est parfois appelé par ln mort de son aîné à échanger le petit collet pour l'épée. La mort de son frère invita ainsi l'abbé Loménie de Brienne à entrer dans la carrière militaire. IL persévéra malheureusement dans l'état ecclésiastique où il se croyait plus assuré d'un brillant avenir. n retour, nous voyons, au XVIII siècle, sur les sièges de France, de nombreux prélats qui avaient délaissé le service de Mars pour celui de Dieu. Le dernier évêque de Soissons, avant la Révolution, M. de Bourdeilles a été tonsuré à dix ans. Il quitte la cléricature, devient mousquetaire et entre plus tard à Saint-Sulpice. Les parents de La Luxerne, futur évêque de Langres, l'avaient d’abord dirigé vers l'ordre de Malte. De Conzié, évêque d'Arras, est d’une famille de guerriers. 11 débute dans la carrière des armes avec le grade d'oflicier de dragons. De Condorcet, avantdernier évêque de Lisieux, Maillé de la-Tour-Landry, évêque de Gap et de Saint Papoul, ont été militaires. M. de la Marche, dernier évêque de Saint-Pol-de-Léon, à été à la bataille de Plaisance, en 1746. Il à été promu, en 1747, au grade de capitaine dans le régiment de la reine: A la prix d’Aix-la-Chapelle, il a quitté l'armée pour rentrer au séminaire.
C'est alors toute une éducation à refaire. Tel fut le cas de Richelieu, appelé à vingt-un ans à recueillir la succession de son frère comme évêque de Lucon. Jusquelà, l'équitation, l'escrime, la danse avaient occupé sa jeunesse; voici le tour de la théologie. Cette connaissance nouvelle ne fe ichelieu évêque, suivant à cheval les opérations du siège de la Rochelle, émerveillera les troupes par sa bonne con-
point oublier les premières leçons.
4. Mémoires du duc des l'ars, publiés en 1890, 2 vol. in-8, t. 1, p. 8.
là avec ses six enfants, à dix lieues de Mende, dans le village de Saint-Chely. L'ainé, Dominique, né en 1713, est remarqué par Mgr de Choiseul, évêque de Mende, en tournée de confirmation. Quelle joie pour un Choiseul- Beaupré d'avoir déniché un La Rochefoucauld pur sang sous l’habit d'un paysan. Il le prend sous sa protection, lui fait faire ses études chez les Doctrinaires de Mende et, quand il l'a ainsi préparé, il avise de sa découverte un parent du jeune homme, le cardinal de La Rochefoucauld, archevèque de Bourges, l'un des plus grands personnages du clergé de France à cette époque. Un jour, le jeune Dominique se trouvait confondu dans la foule des solliciteurs qui attendaient leur tour d'audience dans l’antichambre du cardinal. Le cardinal se présente et sans l'avoir jamais vu, reconnaissant en sa personne le sang des La Rochefoucauld, il court à lui, l'embrasse en disant : « C’est mon neveu, Messieurs. » Dès lors l'avenir du jeune abbé est assuré. Après le séminaire Saint-Sulpice, après son séjour en Sorbonne, une charge de grand vicaire l'attend à Bourges. Boÿer, ministre de la feuille, s'excuse en ces termes d’avoir tardé un peu d'en faire un évêque : « Oui, dit-il, je connais l'abbé de La Rochefoucauld ; mais un mérite si rare demande un grand siège. » La vacance de l’archevêché d'Albi offre enfin une occasion favorable, Dominique y est appelé et le roi s'écrie : « Je suis charmé de nommer l'abbé de La Rochefoucauld à cette riche église. Le bon usage qu'il a fait jusqu'ici de ses revenus me répond de celui qu'il en fera par la suite. » La Révolution trouvera M. de La Rochefoucauld cardinal, archevèque de Rouen, abbé de Cluny et bientôt chef de la droite du clergé à la Constituantet. :
Sans être un La Rochefoucauld, tout abbé de bonne noblesse avait chance de rencontrer, hors de l'Eglise ou