‹ L'ancien clergé de France (volume 2)Chapitre 16 sur 31 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Engouement d'une partie du clergé pour les affaires publiques

Prélets hantés par le souvenir du rôle politique et diplomatique joué

r des évêques. — Les d'Estrées, les Forbin-Janson, les Polignac, es Dubois, les Fleury, les Berni t pour les affaires publie ques, se traduit dans une partis du clergé, durent la seconde moitié lu XVIII siècle, par un grand enthousiasme pour les théories des économistes. — Préoccupations profanes, en pleine Sorbonne, de Turgot, Brienne, let! Talleyrand, Vergnisud, le fatur Girondin— Cabiers de séminaire de Sieyès. écrits de Necker, l'assemblée des notables, les assemblées provinciales précipitent le mouvement, — Les évé. ques inistrateurs. —

Le lecteur peut déjà pressentir que les évêques de l'ancien régime, considérables par leurs dignités spirituelles et temporelles, par leur naissance et leurs richesses, devaient paraître dans les administrations locales, provinciales, et se mêler activement à la gestion, à la défense de tous les intérêts du pays.

Les prélats du XVIII* siècle n'ignoraient pas le rôle que leurs prédécesseurs avaient joué, à travers les âges, dans le gouvernement de l'Etat, dans les négociations les plus importantes et les plus délicates. Leur imagination était comme fascinée par la gloire acquise par un Richelieu, un Mazarin, au service de la France. Avec Louis XIV le pouvoir ne pouvait appartenir qu'au roi ; mais, sous la suprème autorité du monarque, quels heureux et hardis diplomates nous rappellent les noms d'un cardinal d'Estrées, d’un cardinal Forbin-Janson ! i.

1. « Le Roi, dit Seint-Simon, au sujet des dépéches reçues du cardinal de Janson, se mit sur ses louanges, et ajouta qu'il regardait comme un vrai malheur de ne pouvoir le faire stre. Torcy, qui avait porté les dépêches, crut faire sa cour de dire, entre haut et qu'il y avait personne plus propre que lui, et que dès qu'il % boubigur d'en être estimé capable par le roi, il ne voyait pas ce

Hincmar, ancien archevêque de Reims!. Déjà, si nous en croyons une anecdote peu vraisemblable, racontée par Dupont de Nemours, lorsque Turgot se décida à quitter l’état ecclésiastique, pour ne -pas porter, disait-il, un masque toute sa vie, ses amis de Sorbonne, les abbés de Cicé, de Brienne, de Véri, de Buisgelin, lui auraient dit pour combattre sa résolution : « Il sera facile ‘à ta famille de te procurer un évêché de Languedoc, de Provence ou de Bretagne. Alors tu pourras réaliser tes beaux rèves d'administration et, sans cesser d'être homme d'Eglise, tu seras homme d'Etat à ton loisir ; tu pourras faire toute sorte de bien à tes administrés. Jette les yeux sur cette perspective. Vois qu'il ne tient qu'à toi de te rendre utile à ton pays, d'acquérir une haute réputation, peut-être même de te frayer le chemin du ministère ?. »

Voilà donc les amis de Turgot qui lui prêchent de garder la soutane, et viennent le tenter par l’appât d'une grande administration temporelle, dans quelque évêché, en pays d'Etats. Mais Turgot trouva justement le chemin du ministère là mème où, d'après ses interlocuteurs, il semblait devoir le fuir. Pendant que Talleyrand faisait sa licence, Turgot, appelé au contrôle des finances (1774), essayait de faire passer dans les faits les réformes discutées ardemment par les économistes, mais restées jusqu'alors dans le domaine de la théorie. Bientôt les assemblées provinciales, tenues en Berry, en Guyenne, en 1778 et 1779, portaient vivement les esprits vers

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