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Tableau moral du clergé se France. V78, pe

384% AUMINISTRATION ÉPISCUPALE

successeur à un prélat faible pour les Jansénistes ou acquis à leur doctrine, un prélat ouvertement prononcé contre eux. On sait qu’à Paris le cardinal de Noailles fut suivi d'évèques adversaires déclarés du jansénisme jusqu’à la Révolution. Le cas, fréquent dans les accès de fièvre janséniste, était devenu rare sur la fin de l'ancien régime.

Il est toutefois bien peu de diocèses où les évèques n'aient point à convertir quelques dissidents. Dans les contrées où le‘passage d'un prélat favorable au parti lui avait acquis des sectateurs, il fallait une grande prudence pour les ramener, faire tomber peu à peu les préventions opiaiâtres et panser les blessures. Parmiles plus habiles dans l'urt de manier les esprits, on citait le cardinal de Saulx-l'avannes qui, placé à Chälonssur-Marne entre deux Noailles, ses prédécesseurs, et un Choiseul-Beaupré son successeur, tous plus ou moins sympathiques au jansénisme, avait su faire triompher l'orthodoxie sans soulever aucun trouble. Un curé auquel on reprochait sa soumission répondit : « Que vouliezvous que je fisse, Monseigneur me la demanda avec tant de politesse qu'il ne me fut pas possible de la refuser. »

La situation de M. de Bourdeilles à Soissons, après Fitz-James, était plus diflicile encore. Celui-ci manœuvra habilement, parla au besoin des « larmes que la mort de son prédécesseur avait fait répandre », remplaca

1. A Rodez, à M. de Tourvuvre, prélat longtemps favorable aux Junsénistes (1716-1733), avait succédé M. léon, antijanséniste (1735- 1746); à Montpellier, à Colbert de Cr janséniste. 1696-1738, suecède M. de Cl antijanseniste, 1788-19 nt Poi a Montgaillurd, 1664-1713, a pour successeur M rillon, sé- 1713-1727 Fleuriau d'Arn es 1706-1738, va à l tre de quelques préiée jus ou moi favurables aux Jansénistes. M. Lu Vieux " en agil de même à ae et Me de “Bertin à Vannes: 17 te à Bayeux, M. de Lor-

ste, 1718-1728, a pour xuccesseur M. ‘le Luÿnes,

; à Troyes, Bossuet, neveu du grand évêque

"1716-1742, a pour Poncet de la Sehurné contre le, jans Suint Papoul, M janéni

La © Lécuns M. de Verthun Matignon et Milon s'étnient moutrés favorables aux Jansénistes.

anti

nant plus, il dut échanger, en 1761, son évêché d'Auxerre contre celui de Lisieux.

Son successeur, Champion de Cicé, paraissait destiné à porter avec Jui la paix sans sacrifier l'orthodoxie. Telle avait été sa mission durant ses trois années d'épiscopat dans le diocèse de ‘Troyes, agité avant lui par le zèle militant de Poncet de la Rivière, adversaire déclaré des jansénistes. On attendait de lui que, d’une main légère et caressante, il dénouût les diflicultés à Auxerre, comme il l'avait fait à Troyes. Il dut cependant débuter par un coup d’audace. On avait tenu secrète la translation de Condorcet à Lisieux, pour éviter que le chapitre, toujours favorable aux jansénistes, ne profitât de l’interrègne pour les favoriser. Tout à coup, Cicé arrive à Auxerre, accompagné de l’archidiacre «le Sens qui avait le privilège d'installer les évèques de la province ; il se présente au chapitre, et lui demande de le mettre immédiatement en possession de la cathédrale. On lui répond qu'il n'est point d'usage de précipiter ainsi une telle cérémonie, qu'il y a des formalités à remplir. Cicé réplique que toutes ses mesures sont prises, qu'il a fait prévenir les notaires, et qu’en cas de refus, il est décidé à passer outre. Le chapitre, comprenant l’inutilité de la résistance, se réunit après complies, fait la lecture des bulles, recoit le serment du prélat dans le parvis de la cathédrale et lui en ouvre les portes à la lueur des flambeaux, au milieu de la foule attirée par la nouvelle de cette réception insolite et tardive.

Après la fermeté, la souplesse. Cicé ne tarde pas à conquérir son clergé à force de modération, d’affabilité et de grâce. Sa douceur fit plus que l’intransigeance de Condorcet. Une fable du temps mettait en garde le clergé d'Auxerre contre les inanières insinuantes du nouveau prélat. Elle se terminait par ces vers :

Cecy s'adresse à vous, prêtres peu clairvoyants. De Condorcet l'humeur atrabilaire,

Le plus sûr moyen d'éclaircir les rangs des Jan nistes et d'éteindre peu à peu les sympathies qu'ils pouvaient avoir dans le clergé, c'était d'élever les séminaristes dens des idées opposées à leurs doctrines. Une congrégation entre toutes se chargen de cette mission et mérita, par son opposition séculaire à Jansénius, les anathèmes de ses partisans, depuis Saint-Simon jusqu’au dernier rédacteur des Nouvelles ecclésiastiques. En 1790, M. Asseline, dans unc lettre pastorale du 25 janvier, avait dit de son prédécesseur sur le siège de Boulogne, M. de Partz de Pressy : « Formé de bonne heure à la pratique des vertus sacerdotales par des hommes vénérables, qui se dévouent généreusement à un genre de vie mortifiée et pénible à la nature, pour être les modèles et les maitres de ceux qui sont appelés aux fonctions du saint ministère, il a toujours conservé les impressions salutaires qu'il avait reçues dans une maison sainte, et fait fructifier au centuple la semence précieuse qui lui avait été confiée !. » Un tel éloge de Saint-Sulpice irrite le journal janséniste. « Chacun sait, répond-il, si cette maison sainte a produit beaucoup de bons évêques, depuis que le cardinal de Fleury se fit une règle de les prendre parmi les élèves qu'elle avait formés. » Il signifie à Asseline qu'il dément, dès son début, les espérances qu'il avait fait concevoir, qu'il oublie que M. de Pressy avait eu recours contre ses prêtres à la mesure « odieuse des lettres de cachet. »

Les Sulpiciens sont cause de tout le mal, et ont le don d’exciter à tout propos la bile de la gazette jansé-

annonçait des dispositions pacifiques. Mais à peine trois ans s'étaient écou- Lés, que M. de Cicé fut transféré à Auxerre et remplacé par M: de, Barral. » Le Père Jean, op. cit. p. 374, 377, trouve M. de Cicé tiède à l'égard du jansénisme. Il nous ait difficile de l'accuser de modérantisme devant es résultats obtenus à Auxerre et les attoques virulentes des Nouvelles ecclésiastiques.

1. Nouvelles ecclésiastiques, 1790, p. 61-62. M. de Mecbault, évêque d'Amiens, ayant dit que son saint prédécesseur, M. de la Motie, avait gardé pour Saint-Sulpice « une tendre vénéralion », les Nouvelles profestent. 1775, p. 61-64.

piété sur mes droits. Il n'appartient qu'à moi de pourvoir à l’enseignement de mon diocèse, et vous avez recours au parlement. Je vous interdis tous tant que vous êtes. Il le leur répéta, dit la gazette, avec tout le feu dont un homme de quatre-vingts ans est capable. » Après cet assaut de l'évêque, les nouveaux professeurs eurent à en soutenir un autre non moins redoutable donné par cinq cents personnes, hommes et femmes, qui voulaient les expulser avec violence !.

Cette hostilité témoignée çà et là aux Dominicains par les prélats les plus déclarés contre le jansénisme, montre qu'ils étaient suspects de sympathies pour l'erreur. Un incident provoqué, en 1779, par une thèse soutenue en Sorbonne par un Dominicain de la rue Saint-Jacques, nous fait connaitre l’état d'esprit de cet ordre vingt ans avant la Révolution. « Le collège de la rue Saint-Jacques, disent les Nouvelles, est le berceau et comme le chef-lieu de l'ordre de saint Dominique. » Or, c'est dans cette maison sainte qu'un jeune Dominicain, le Père Pichegru (un nom prédestiné à toutes les trahisons) allait soutenir que « la grâce est un don surnaturel que Dieu accorde gratuitement », la « possibilité de l’état de pure nature » et autres erreurs moliniennes. Les vieux docteurs de la maison s'émeuvent de l’injure faite à l'école thomiste par un Dominicain, qui refuse de « reconnaître la grâce eflicace par elle-même. » Un vénérable vieillard de l’ordre, auquel Pichegru a apporté sa thèse, refuse de la recevoir, disant qu'il ne voulait pas que « sa chambre füt souillée par une pièce si détestable. » Et comme le jeune délinquant se jette à ses genoux : « Ce,.n'est pas à moi, lui dit-il solennellement, que vous devez demander pardon, c'est à Dieu, à l'Eglise et à-tout l'Ordre que vous avez outragé. » Les Dominicains de la rue Saint-Honoré, ceux de la rue Saint-Dominique, s’émeuvent à leur tour et écrivent au supérieur général. Au cou-

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