Cf. Dom Benoit, op. cit., II, p
I. Espérances que fait naître la Révolution de Brumaire.— Cest un esprit nouveau qui s'annonce. — .Mais l'ancienne législation est inaintejuje. — Bonaparte n'avait d'abord voulu faire qu'œuvre politique. — Son entourage et l'administration très hostiles au clergé. — 11 faudra du teniiis pour amortir l'esprit de persécution. — Comment les lois non rapportées sont tournées par le gouvernement. — II. Malgré la modération du pouvoir, les déportés peuvent être légalement frappés de mort. — Exemples de quelques victimes. — Alerte pendant le saint sacrilice. — Précautions prises par M*' d'.\viau, qui ne craint pas de donner une mission dans risére. — Poétique ordination faite par lui sous un toit de chaume, dans les montagnes de l'.Vrdèche. Discours de l'évéque. — Précautions prises par les prêtres. Leur arrivée de nuit. — On ne se sent point encore en sflreté. — La situation morale d'un diocèse prise sur le vif. — Là, des « chrétiens restés tidéles ». .Villcurs, un « peuple sauvage, cruel pour la religion ». — Quelle révélatrice des cœurs a été la Révolution ! — IIL .Mais à celte époque l'opinion change vite avec les événements. — La religion prolite du rétablissement de l'ordre. — Ai)rés Marengo le mouvement de réparation se précipite. — Bonaparte reçoit le clergé de Paris. — Ses déclarations en faveur de ceux qui font la j)r(>messe. — Sa défiance des évêques du dehors. — Comme la condition de retour est la soumission à la constitution, M. Emerj' y pousse de toutes ses forces. — Les rentrés en surveillance. — Le roi veut retenir les évoques au dehors. — IV. Comment le retour des prêtres est plus facile que celui des évêques. — Les paroisses réclament leurs anciens curés. — (Juelques-uns hésitent à revenir. — Mais la masse s'ébranle et rentre en France. — V. En quel équipage arrivent les rentrants. — Enivrement du retour. — Joie de retrouver les siens. — Où se loger? Comment subsister ? — Uc quel «ril les Jacobins inquiets, qui ont trempé dans la Révolution, regardent ces revenants qu'on croyait partis à jamais. — VI. L'ouverture des églises s'accentue. — Les populations veulent les cloches. — Luttes entre sonneurs et antisonneurs. — (clochettes et porte-voix. — Outre les églises, multiplication extraordinaire des oratoires, malgré la défiance du gouvernement.
Tous les contemporains ont décrit la joie qu'excita « riieureux attentat » de Brumaire. En particulier, les
victimes du Directoire à l'intérieur, les déportes ou les émigrés du dehors, saluèrent avec confiance, parfois avec transport, ce nouveau Thermidor qui marquait le terme d'un régime détesté. Les témoins nous ont redit les acclamations qui, malgré les défiances des jacobins, accueillirent l'ouverture des prisons ou des frontières, le retour de l'ordre et de la liberté, une époque enfin « de réparation, de régénération, de rajeunissement ' » universels.
L'écho de ces événements devait avoir son contre-coup dans le cœur de tant de prêtres qui, soit au dedans soit à l'extérieur, attendaient dans leurs retraites, leurs cachots, sur les pontons, sur tous les chemins de l'exil, le moment de reprendre leur ministère sacré ou de rentrer dans leur pays. Ils sentaient que quelque chose finissait et qu'un destin nouveau commentait en France ^. Ils comprenaient que Bonaparte, quels que fussent ses sentiments intimes, quelques gages qu'il eftt donnés à la Révolution, ne pouvait continuer la tradition du gouvernement méprisé et persécuteur qu'il venait de renverser.
Ne croyons pas cependant que la volte-face ait été subite, ni qu'une confiance absolue ait fait immédiatement irruption dans des esprits trop souvent trompés dans leurs espoirs pour exclure toute crainte. Ils avaient raison de ne point se livrer à un optimisme exagéré. Ni les
1. Cf. Mémorial de Norvins, publié par M. de Lanzac de Laborie.
2. LVvcquc de Soissons, M. de Bourdcilles, écrivait, du fond de son exil, le 25 février 1800 : «J'aime à me llatter que le nouveau gouvorncmenl qui vient de s'introduire chez vous (le Consulat) s'efforcera de gafcncr la confiance des peuples en renonçant aux mesures de rigueur qui, depuis longtemps, pèsent sur eux. » Du fond de l'Espagne, un prêtre déporté, l'abbé Vialar, écrit à ses paroissiens, le 2 janvier 1800 : « L'époque d'une nouvelle résurrection semble s'approcher insensiblement. » (Pkciikik, op. cit., t. IX, 602.) — « Tout ce que je vois dans les nouvelles publiques, écrit l'évêque de Luçon, et ce que les nouvelles particulières m'apprennent des dispositions et de la conduite du Premier Consul, me donne les plus grandes espérances que nous verrons enfin des jours plus heureux... Nous verrons la religion catholique redevenir celle de la France, celle que les gouvernants avoueront, qu'ils protégeront plus spécialement. Déjà, ils commencent ii y revenir ; ils ont fait célébrer des actions de grâces dans les temples catholiques. » (Lettre inédite de Mgr de Mercj; 6 août 1800.)
décrets portes par le Consulat, ni les hommes chargés de les appliquer, ne leur promettaient une sécurité complète.
Le nouveau gouvernement n'a, en elï'et, nettement annulé aucune des dispositions prises par le Directoire contre le clergé. Son manifeste contient, il est vrai, ces paroles l'assurantes : « Les consuls déclarent que la liberté des cultes est garantie par la Constitution ; qu'aucun magistrat ne peut y porter atteinte ; qu'aucun homme ne peut dire à un autre honnne : Tu exerceras tel culte, tu ne l'exerceras que tel jour. La loi du ii prairial, qui laisse aux citoyens l'usage des édifices sacrés, sera exécutée '. » Ces affirmations étaient bonnes, mais eUes inauguraient plutôt un nouvel esprit qu'une nouvelle législation. I/arrèté porté par les consuls le 8 frimaire an VIII, au sujet des détenus aux îles de Ré et d'Oléron 2. seml)le n'annoncer la délivrance qu'aux constitutionnels. Pour les prêtres restés à l'intérieur, il est statué que ceux qui se sont soustraits à la déportation « justifieront de leur droit à jouir de cette disposition par-devant les administrations centrales de leur département ».
C'est vague, et un tel langage ne pouvait donner plein repos au clergé catholique. Bonaparte, par le covq) d'Ktat de Brumaire, avait voulu faire œuvre politique. La question religieuse ne se posait point encore à lui avec un caractère de précision et d'urgence. Il aj)pela même un jour le coup d'État de Brumaire « l'alliance de la philosophie et du sabre ». On l'eût bien étonné sans doute en lui