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l'on voudrait les en remlrc plus ou moins responsables, où l'on se détourne d'eux comme ayant été enfantés par un sol où poussent les « tueurs de chrétiens et les tueurs de rois ^ ». En Angleterre on chasse notre ambassadeur et nos prêtres sont obligés de quitter le ci-èpc qu'ils avaient })ris en signe de deuil, pour ne pas exciter sur leur passage l'indignation causée par le régicide. Triste sort d'être expulsé par des assassins et de porter encore, quand on est victime, la solidarité des bourreaux.
Ces bourreaux envoient de temps en temps de leurs nouvelles aux émigrés autrement que par les feuilles publiques. Il n'est pas rare de voir à l'étranger le prêtre en contact avec nos soldats, soit que ceux-ci, paraissant en vainqueui*s, aient perdu, à mesure qu'on avance dans la Révolution, l'ardeur antireligieuse des premières années 2 et excitent moins d'épouvante ; soit que, étant prisonniei's de guerre, ils se rencontrent en Allemagne dans la même ville avec les exilés. C'est le cas à Wesel, où l'abbé Delestrc entend crier ironiquement à son oreille par un soldat captif : Vwe le Roi! une année après que ce pauvre Louis XVI avait été mis à mort. Le clergé pouvait être olVensé de cette persistante hostilité. Il s'en vengeait en se mettant au service des prisonniers.
Au mal du pays venait se joindre, pour les prêtres expulsés, ce que nous pourrions appeler le mal d'Eglise. L'autel s'était effondré avec le trône. Le même courrier (|ui leur apportait le récit des exécutions sanglantes, leur
1. « Beaucoup, rejetant sur la nation tout entière le crime de quelques scélérats, nous regardent, écrit l'abbé Forest, comme couverts de honte et irinfamie par cela même que nous sommes Français. » { Vie de M. Forest, p. 140.)— Fehsex, Journal, t. II, du G février i;9"3, trouve à Maëstricht les émigrés à peu prés inditrérents au régicide, « quelques-uns même ont été au spectacle et au concert ».
2. L'évêquc de Luçon, M. de Mercy, écrit d'Italie le 3o juillet 1796 : « Dans ce pays-ci, les F^rançais n'ont nulle part inquiété et molesté les émigrés. Us les ont plutôt protégés, et surt^it les prêtres... Les prêtres qui sont restés ont été favorablement traites. Ils ont eu la consolation de voir beaucoup de soldats français venir entendre leur messe. » (Lettre inédite de -M. de Mercy.)
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apprenait le triomphe des constitutionnels, bientôt la chasse aux jurcurs comme aux réfractaires, la dévastation des églises, les saturnales de Notre-Dame, les apostasies de clercs livrant leurs lettres d'ordination, bref ce que Robespierre appelait V interrègne de la Dwinité en France. Le mal est si grand, la ruine si universelle, le tableau si noir, que les exilés, ahuris, étourdis par ces événements, se demandent si ce n'est pas la fin du monde ï.
Suivons cette scène émouvante qui nous transporte dans l'abbaye de Saint-Maurice en Valais. M. de Galard, évoque du Puy, réfugié dans ce monastère, va y procéder à l'ordination de deux jeunes gens, natifs de son diocèse, qui sont venus à travers tous les périls recevoir de lui l'onction sainte. Animés de la flannne des apôtres et des martyrs, ils ont hâte, une fois prêtres, de rentrer en France pour y exercer leur ministère au péril de leur vie. M. de Galard veut parler à ces vaillants, mais il ne peut contenir son émotion. « Ici, dit le récit, les soupirs et les larmes reviennent. Monseigneur se mouche à plusieurs reprises et nous aussi... Il nous dépeignit les maux présents. Allez, Messieurs, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Faites face à l'impiété, au schisme. Soyez prudents... » Cette fois. Monseigneur ne pouvant plus y tenir, des larmes intarissables coulent de ses yeux. Les deux jeimes prêtres reprennent tout de suite le chemin du Puy et commencent immédiatement leurs fonctions. « Habillé en laïque, avec de longs cheveux, portant avec moi un rituel, la boîte de l'extrême-onction et un petit ciboire où étaient renfermées des hosties consacrées, je m'achemine vers le lieu si justement décrié de ma mission. Je m'arrête au premier village. » Tout le monde
I. « Comment ne serais-je pas triste, écrit un prêtre angevin, en apprenant que le lieu saint où j'avais eu le bonheur d'être régénéré en Jésus-Christ, de devenir chrétien et catholique, a été souillé et profané, et est devenu la proie des flammes? » {Vie de M. Forest, p. j8.)
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offre à dîner au jeune et intrépide apôtre, mais personne ne veut le loger, tant est gi*ande la terreur publique. Le lendemain, il dresse un autel improvisé dans une chambre haute, exposée à tous les vents. « L'attention de mes auditeurs, leurs larmes, leurs soupirs, tout, dit-il, m'encourageait ' . » Quel tableau, et que pouvait-on trouver de plus touchant dans la primitive Eglise ! Ce voyage de deux jeunes héros que le péril et l'amour de Dieu excitent, ce grand seigneur avec ses habits râpes, ce vieil évêque qui ne peut contenir ses larmes à la pensée de son diocèse et des malheurs qui accablent l'Église de France, ces mystères célébrés à la hâte, dans une chambre liante, au milieu des pleurs des assistants et des menaces du dehors, voilà l'émouvant spectacle auquel nous croyons assister. Prêtons l'oreille aux gémissements qui nous viennent des plus lointains rivages. Dans l'inaction forcée que les événements leur imposent, les exilés, n'étant pas surexcités par la présence du danger, sont parfois tentés de découragement, et alors quelle profonde tristesse respire leur correspondance ! Entendez quels accents mélancoliques M. de Thémines envoie du fond du Portugal à ses diocésains de Blois : « Vous nous avez vus, leur dit-il, au milieu des fureurs de la place publique, et vous paraissiez contents de notre contenance assez calme et facile. Nous vous semblions voir tomber avec quelque sang-froid ces dépouilles et ces dehors que l'on appelle grandeur et fortrnie. Maintenant que nous respirons un air moins dévorant, que nous sommes changés et devenus accessibles à toutes les terreurs, le calme a disparu. Nous portons dans notre sein nos fidèles disciples, les invincibles ministres de Jésus-Christ, ses vierges incomparables, et notre cruel martyre est d'être loin du péril et de les y savoir. Nous souffrons de toutes les alarmes et des violences qu'ils
I. Ces documents sont pris d'un recueil intitulé : Bésultals d'une conférence ecclésiastique du diocèse du Puy, 184"), iu-8°, a36 pages, p. iSS-igi.
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éprouvent, nous sommes tourmentés de toute notre imagination, de tout notre amour pour eux, et de tous les excès dont leurs ennemis sont coupables. Voilà l'objet de nos soullrances, de notre trouble, de nos gémissements et de nos larmes ï. » — « Assis sur les bords de Babylone », l'évèque du Puy « pleure au souvenir de Sion et de son épouse chérie ».
Les préoccupations de famille, venant s'ajouter aux angoisses religieuses, achèvent de martyriser nos malheureux proscrits. L'arclievôque d'Auch, M. de La Tourdu-Pin, apprend en Espagne l'exécution afl'reuse du jeune al)bé de La Toin*-du-Pin, traqué et al>attu comme une bétc fauve pendant la seconde Terreur, en aoi\t i^yH. « On avait été à une heure du matin dans la maison où on le croyait. Ne le trouvant pas, dit le narrateur, on s'est jeté dans la cam])agne et thms les ])ois. Il allait échapper lorsque plusieurs coups de fusil l'ont atteint et renversé mort. » M. do Nicolaï, évêque de Béziers, à.qui on a longtemps caché la triste nouvelle, finit par connaître, dans l'émigration, la fin tragique de ses deux frères morts sur léchafaud en 1794-
Point n'est besoin de porter un grand nom pour aimer les siens, pour soulfrir de ce que l'on sait et plus encore de ce qu'on ne sait pas. Pendant des mois, des années, par impossibilité, par prudente, toute communication a été interrompue entre ceux du dedans et ceux du dehors. Un humble prêtre nous dit l'angoisse que lui cause dans les lointains exils le silence de sa famille. « Je n'ai point éprouvé, écrivait-il, de privation et de perplexité qui approchât de celle-là. J'en savais trop ou trop peu pour être tranquille. » L'idée de ses parents sous le glaive, ou au fond d'un cachot, dans le tomlicau peut-être, le poursuit sans cesse. « Que de lugubres nuits, ajoute-t-il, que de
I. Lettre pastorale de M. l'Éwquc de lilois, Coïmbrc, 1791, 272 pages.
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sommeils agités ! Leur mort eût été moins cruelle que l'incertitude. » Il s'enhardit enfin à leur écrire quand il peut ci'oire que sa lettre ne sera point un danger pour eux. Une réponse arrive après de longs mois. « Le cachet est rompu d'une main tremblante. » Bonnes nouvelles, quelle joie ! « Elle vit encore cette bonne mère ! Il vit encore ce tendre frère qui, malgré la diversité de nos opinions, n'a pas fermé son cœm' à l'impulsion du sentiment i. » En Angleterre, l'abbé Gaudemctz, après une pareille attente, arrose de ses larmes la lettre qui lui arrive enfin et qui lui rappelle, dit-il, « la branche d'olivier après le déluge ».
Mais lès exilés ont beau soulTrirdes nouvelles de France, et plus encore de l'absence de nouvelles, leur grande douleur est l'éloignement de la patrie. A une époque où le Français était plus casanier encore que de nos jours, la France attirant depuis deux siècles tous les regards, mais ne les portant guère au dehors, ils s'étaient fait comme un besoin de respirer l'air natal. La langue, l'aménité des relations, la sociabilité, la vivacité de la race, tout ce qui constitue le caractère propre et le tempérament d'un peuple, une civilisation douce et raffinée, le climat, le sol, jusqu'aux ondulations du pays, je ne sais quelle atmosphère physique, intellectuelle et morale, la France, en un mot, leur manquait, et ils en souffraient cruellement.
L'histoire de l'émigration nous peint nos gentilshommes pleins de dédain au dehors pour les coutumes des autres nations, et ne comprenant que les leurs, raillant la gaucherie de la noblesse étrangère qui ne sait pas même faire
I. F. D., Six années, etc., p. 2^3-278. — Les Mémoires de l'abbé Pclel nous redisent aussi son émotion quand il retrouva sa famille. (Loth, op. cit., pp. 444, 456.)
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la révérence, et où le plus grand seigneur est plus emprunte que le moindre hobereau de province égaré à Versailles. L'abbé Baston nous présente les Françaises tuant au dehors les sympathies, qui vont d'elles-mêmes à la pauvreté et au malheur, par leur acharnement à promener à l'étranger « les lambeaux de l'opulence » avec « leurs boucles, leur chignon traînant, leur ébouriffé et les autres babioles. J'ai connu, dit-il, une femme en émigration cpii travaillait pour vivre : il lui fallait un coitl'eur et de la poudre à la maréchale. » D'autres pestaient contre le régime. Quoi ! dire le pain mauvais, et être à la veille de manquer de j^ain ! la bière détestable et })ien chère au moment de n'avoir plus que de l'eau à boire ' ! » Une telle fatuité ne pouvait se rencontrer chez des prêtres : mais comment les empêcher de comparer, de trouver les étrangers moins aimables, moins sociables que leurs compatriotes, là même où ils rencontrent une hospitalité généreuse 2 ?
Faut-il le dire, ils ne se sentaient pas aimés. « Quand on nous connaissait en particulier, dit l'un d'eux, on s'accoutumait à nous, mais, en général, on ne nous aimait nulle part. » Depuis deux siècles, la France, point de mire de l'Europe, avait pu étonner, charmer ou même éblouir le monde, tantôt par le prestige de ses armes, tantôt par le génie des écrivains ou les raffinements de sa civilisation. Elle était en ti'ain, par sa Révolution, de provoquer dans toutes les nations une attente anxieuse et passionnée. Il y